- On a réussi à échapper aux rondes de Mulciber, mais on n'a pas beaucoup de temps avant qu'il ne revienne. S'empressa de chuchoter Drago en se faufilant dans la salle sur Demande, Blaise sur ses talons.

- Vous n'avez pas été suivi ?

- Non, mais Jedusor se demande déjà pourquoi vous n'êtes pas descendues pour le petit déjeuné ! S'affola Zabini dans un rictus angoissé.

- On a encore un peu de temps avant qu'il ne se pose trop de questions... Dit Hermione dans un soupir de soulagement mesuré.

- Un peu de temps ?! S'écria le métis. Nan mais tu te fiche de nous ! On n'a plus de temps ! Si Jedusor ne vous vois pas toutes les deux d'ici le début des cours, je ne donne pas cher de notre peau ! On est tous morts !

- Blaise...

- Il va envoyer des patrouilles dans le château ! On est fichu Hermione ! Fichu !

La jeune femme sourit presque devant son air d'hystérie, quant à Ginny, elle, rigola franchement dans leurs dos. Surpris, les deux Serpentards sursautèrent, les yeux écarquillés de stupeur devant leur Dark Lady, vivante. Debout sur ses jambes chancelantes, et recouverte d'une couverture couvrant les trois quarts de son corps livide, elle afficha un air étrangement éveillé. Comme si elle venait enfin depuis son sa sortie de coma, d'ouvrir les yeux pour la première fois. Oh bien sûr, ses traits étaient tirés, et ses cernes affreux, mais son sourire lui, n'avait pas d'équivalence. Il scintillait en plein jour, concurrençant jusqu'à la clarté même du soleil qui se reflétait dans les vitraux. Ils ne l'avaient pas vu ainsi depuis ils ne savaient quand, et c'était presque à croire qu'ils la retrouvaient enfin... leur Ginny. Face à elle et à la véracité de son regard, les deux soldats se turent dans un mutisme gêné, avant de spontanément s'avancer et de l'enlacer dans une étreinte pressée. Le souffle coupé par leur spontanéité, elle ne put que chercher vainement à leur rendre, le nez plongé dans leurs torses musclés. Hermione ne put retenir un sourire émut. A les voir, il ne fallait pas être devin pour deviner qu'ils avaient honte d'eux, et de leur comportement de la veille. De leurs doutes et de leur défiance. Or, l'hypothèse de la perdre une seconde fois n'avait fait que raviver leur foi et leur ouvrir les yeux. Ginny n'était pas qu'une meneuse. Elle était aussi et avant tout leur amie, leur famille ; leur plus grand espoir.

- Pardonne nous...

Elle rit dans l'éclat de quelques larmes qu'elle ne chercha pas à retenir, avant de dire, d'une voix enrouée.

- Ne dites pas de sottises. C'est moi qui devrais implorer votre pardon.

- On a cru que tu nous claquais entre les doigts. Souffla Drago en se détachant, la respiration lourde.

- Moi aussi. Mais je vais mieux.

- On sait ce qu'il t'ait arrivé ? Ou c'est juste notre malédiction habituelle ? Demanda Blaise étonnement plus serein.

- Non... je ... je crois savoir ce qu'il s'est passé. Souffla-t-elle encore incertaine en rabattant son plaide sur ses épaules tremblantes.

- C'est à dire ?

Elle ne dit rien, la gorge brusquement serrée mais se tourna vers Hermione, qui n'avait toujours pas bougé de l'entrée. Elle sembla brusquement mal à l'aise, à tel point qu'elle se mit à admirer le tapis, le visage déchiré par l'incertitude et le doute.

- Quoi ? Qu'est-ce qui se passe ? Paniqua Blaise.

- Rien de grave. Trancha finalement la Granger.

- Hermione ! Se scandalisa Ginny au regard presque outré.

- On n'en sait rien Ginny ! Ce n'était peut-être qu'un rêve !

- Pas un rêve ! Un souvenir du futur !

- Un souvenir ? Répéta Drago.

- Oui !

- Ginny...

- Celui de Katherine !

- De Kather... Quoi ?! S'étouffa Blaise.

- On n'en sait rien ! Insista Hermione.

- Je le sens ! Scanda Ginny brusquement enfiévrée devant la face déconfite des garçons. Je l'ai senti au fond de moi, je l'ai senti m'appeler ! Ce n'était pas un simple sentiment ou une impression, c'était réel ! Elle hurlait ! Elle m'appelait !

Hermione soupira devant son amie, une main plaquée contre son front, les sourcils froncés devant un pareil discours. Depuis son réveil, elle n'en démordait pas. Pourtant, la Granger ne demandant qu'à la croire, mais la croire était aussi espérer. Espérer un peu plus, alors que tout s'écrasait machinalement autour d'eux. Leur bonheur, leurs avancées, leurs certitudes... tout. Et elle ne voulait pas que Katherine fasse parti du cimetière de leurs espérances. Trop de leurs enfants y étaient peut-être déjà...Aussi, elle était bien placée pour savoir que les chances que Katherine soit véritablement arrivée dans cette époque, relevaient plus de l'imaginaire que de la réalité. Mais comment le faire comprendre à une mère, qui ne vivait plus que pour ses enfants ? Elle-même n'arrivait pas à calmer ses propres ardeurs maternelles à l'évocations des siens. A croire que c'était un cercle vicieux sans fin, qui n'avaient pour but que de briser leurs cœurs de mères.

- Attendez... on parle bien de Katherine, ta fille ?

- Oui ! S'exclama-t-elle d'un sourire à faire fondre un glacier. Elle... elle est là, j'en suis sûr !

- Ici ? En 1944 ?

- Mais comment ce serait possible ? Demanda Blaise en proie à une migraine. Je veux dire, ça n'a aucun sens ! L'esprit ne l'a pas envoyé dans l'autre dimension, cela voudrait dire qu'elle serait arrivée ici par ses propres moyens ? Mais comment ? Et pourquoi ?

- Et comment aurait-elle deviné l'année de notre atterrissage ? Renchérit le Blond. Même nous, n'avions pas pu l'anticiper !

- Je sais et je n'ai aucune réponse, mais la seule chose dont je suis sûr c'est qu'elle est là ! Je l'ai entendu, et je sais qu'elle a besoin de moi. Il... il faut que je la retrouve.

- Que tu la retrouve ?! Tu as perdu la tête !

- Oh non. Souffla-t-elle dans l'esquisse d'un sourire. Je viens de la retrouver. Vous aviez raison hier. Mon lien avec Jedusor altère mon objectivité et ma façon de penser.

- Gin...

- Je suis incapable de lui résister. Avoua-t-elle franchement sans sourciller, ni se défaire de sa fossette heureuse. Je suis faible face à lui, et je peux enfin l'admettre. Ma fierté et mon orgueil m'empêchaient de le voir clairement, mais aujourd'hui... je n'ai plus envie de me croire plus forte que je ne le suis. Je suis fatiguée. Et mes enfants ont besoin de moi. Peu m'importe si je dois m'écraser devant Tom, ça n'a plus d'importance. Tout ce que je veux, c'est la retrouver.

Les sorciers restèrent pantois devant la légèreté du ton de leur amie. Elle ne regrettait rien, ni ne semblait rongée d'horreur face à son échec personnel. Au contraire. Elle n'avait jamais paru aussi libérée et soulagée qu'à cet instant de confession. Elle savait qu'elle avait fait de son mieux ; eux aussi. Et personne n'étaient à blâmer. Ils comprenaient son choix et ses priorités, mais redoutaient déjà ce que cela impliquait.

- Ginny... s'il te plaît, ne prend aucune...

- Ma décision est déjà prise Hermione. Je dois retrouver ma fille.

- Tu ne sais même pas si elle est vraiment là !

- Je sais que tu as peur de m'encourager dans cette voie. Dit-elle alors en prenant les mains de son amie avec ferveur. Mais nous savons que je n'ai besoin de rien d'autre que de ma certitude ! C'est ma fille Hermione. Je la sens. Et tu sais aussi bien que moi, que rien de ce que tu me diras ne pourra m'arrêter.

- Mais où iras-tu ?! Demanda Blaise déboussolé.

- Ginny, tu es enceinte de cinq mois, et la guerre n'est toujours pas fini dehors ! Les moldus se lancent des obus, et on n'a même pas encore retrouvé le corps de Grindelwald ! Dit Drago en sueur. Harry et Ron sont déjà parti en mission sur le terrain, on ne peut pas te laisser t'échapper toi aussi !

- Mais je n'ai pas le choix !

- Pense à Magnus. Ton corps n'est même plus capable de supporter un sortilège de camouflage, alors une cavale dans la nature ? C'est du suicide. Tu ne parviendras qu'à te tuer, toi et ton fils ! Ajouta la sorcière.

- Je ne peux pas rester sans rien faire en sachant que ma fille est dehors ! S'exclama-t-elle.

- On ne peut pas tout gérer en même temps. Jedusor était sur le point de déclencher un état d'urgence en ne te voyant pas à table ce matin, alors je peux t'assurer qu'il ne te laissera pas partir ou agir à ta guise. Sans parler qu'on n'a toujours pas trouver comment cacher ton ventre.

- Vous vous êtes occupé d'Abraxas au moins ? Demanda brusquement Hermione dans un éclaire de panique.

- A voir sa tête, personne ne doutera qu'il a pris la cuite de l'année. Ricana Blaise.

- Abraxas est le dernier de mes problèmes. S'emporta Ginny agacée. Tout comme Tom. Rien ni personne ne m'empêchera d'aller chercher ma fille.

Derrière ses cernes et sa pâleur, elle avait en elle le feu d'un volcan et la dureté des montagnes. Tout ça, réuni en un corps si frêle, qu'elle n'en paraissait que plus dangereuse encore sous le calme effrayant de ses traits. Sa voix était lisse, claire et simple ; pourtant, on y décerna plus de vigueur et de force que dans n'importe quelle autre parole. Son regard était franc et d'une sincérité à faire pâlir les Dieux. La sincérité d'une promesse d'enfer. Ginny se sentait changée, mais aussi plus forte. Sa détermination n'avait jamais atteint un tel paroxysme. Et elle promettait les feux plus douloureux du monde à quiconque se mettrait en travers de son chemin. Tom Jedursor inclus.

- On a besoin d'aide. Dit alors Blaise dépité.

- Il est hors de question de rappeler Harry et Ron !

- Je ne parlais pas d'eux. Depuis le début on joue cavaliers seuls, mais si on fait le bilan on n'est pas plus avancé. On n'a ni la baguette de sureaux, ni l'âme à sacrifier une fois l'esprit invoqué, et Jedusor se méfie toujours de nous malgré tout ! Mais le pire, c'est que ça c'est notre meilleur résultat ! Et je ne veux même pas envisager ce qu'il risque d'arriver dans quelques heures, soit quand la patience de Jedusor aura touché à sa fin et qu'il se mettra à fouiller le château à ta recherche ! Dit-il à Ginny. Il est temps de changer notre tactique.

- C'est à dire ?

Blaise s'étonna lui-même de son idée. Mais la redouta déjà, et eut du mal à dire ce simple nom. Un nom maudit par tous les mages noirs du Monde Sorcier.

- Dumbledore.


Les quatre sorciers se regardèrent entre eux, mal assurés et particulièrement tendus à cette heure de vérité. Face au bureau du plus grand Sorcier de leur époque, aucun d'eux n'osa prendre les devants. La porte clause qui les toisait était le dernier rempart de leur anonymat, et de leur secret. Une fois passé, ils devraient alors y faire face et affronter leur vérité. Mais pas uniquement. Ils devraient également combattre le scintillement inquisiteur du regard de leur professeur. Et cette simple idée les terrifiait, presque autant que l'éventualité d'un nouvel échec. Dans un soupir angoissé, tous gardaient à l'esprit qu'ils jouaient un coup de poker et risquaient de commettre la plus grosse erreur de leur vie. Mais ils n'avaient plus le choix. Plus en retrait, une main posée sur son gros ventre dépassant de sa cape, Ginny vit Drago lever le poing contre le panneau de bois. Tous inspirèrent une dernière fois avant le grand saut, mais le Malfoy n'eut pas le temps de frapper. Ils auraient presque pu s'en douter, mais hésitèrent à y croire. Devant eux, la porte s'ouvrit, et Dumbledore leur tournait le dos, planté face sa cheminée crépitante. Il ne dit rien mais aucun mot ne fut nécessaire. Il les attendait.

Toujours figés dans leurs stupeurs, c'est Drago qui s'avança le premier. Méfiant, et une main posée sur sa baguette, il fixa le dos de Dumbledore les sourcils froncés d'étonnement avant qu'Hermione et Blaise ne se décident à le suivre. Le bureau de leur professeur n'avait pas changé ; encombré du sol au plafond de bibelots volant et bruyant, il leur rappela si violemment leur passé, qu'ils en déglutirent dans l'ombre de leur douleur muette. Seule Ginny resta cachée derrière la porte. Silencieuse, elle était encore incapable de se décider à confier leurs vies, entre les mains de l'homme ayant potentiellement ruiner leur avenir.

- Je dois le reconnaître. Dit-il alors brusquement dans l'échos silencieux des flammes. Je vous attendais plus tôt.

- Vous savez. Dit Drago. Vous avez toujours su.

- Savoir est un bien grand mot. Répondit-il en se tournant enfin vers eux. Je sais beaucoup de choses. Mais les comprendre... ça, c'est une autre paire de manches...

Il les regarda de cette malice insupportable qui l'habitait sans cesse. Les mains croisées dans son dos, un fin sourire au creux des lèvres, il les détailla l'un après l'autre dans une satisfaction évidente. Il était heureux de les voir enfin venir à lui. Cela se lisait aussi clairement que l'orgueil qui le saisissait. Pourtant, il s'arrêta au-dessus de l'épaule de Blaise, là où son regard rencontra celui beaucoup plus acéré de Ginny. Sans s'en offusquer, il sourit davantage et saisit une petite boîte en fer, d'où il en sorti un bonbon. A croire qu'il avait toujours eu un goût prononcé pour les sucreries. Il leur en proposa, et rit, amusé devant leur refus collectif.

- C'est dommage. D'autant que le sucre est excellent pour les femmes enceintes.

Ce pique, aucun d'eux ne l'avait vu venir. Pourtant, ils n'en dirent rien. Dumbledore savait toujours tout ce que qu'il se passait dans le château. Que ce soit les concernant, ou sur Jedusor... aussi, il était inutile de penser pouvoir lui cacher quelque chose. Il n'était pas surprenant qu'il sache pour eux et leur parcours. Avant de partir, Ron n'avait pas manqué de leur faire part des allusions qu'il avait faites lors de leur dernière interaction, et déjà à ce moment-là, il avait percé leur mystère. Comme quoi, Dumbledore resterait toujours cet être à la prestance inqualifiable, et au talent effrayant ; et ce peu importe le temps et l'espace. Il était ainsi, mais avait aussi ses limites. Très rares, mais connues des sorciers. Ils connaissaient leur professeur, mieux que personne dans le château. Et ils savaient que sa bonté avait, elle aussi ses limites, malgré sa bienveillance indéniable. De ce fait, ils gardaient à l'esprit que leur confiance en lui, ne pouvait être absolue.

Plutôt que de rentrer dans son jeu, Ginny le fixa à son tour, dans l'ombre de ses amis. Elle ne dit rien mais respira profondément, consciente qu'il n'y avait plus rien à cacher. Dans un silence mortuaire, ses talons résonnèrent sur le parquet grinçant alors qu'elle s'avançait, la tête haute et le ventre en avant. Elle entrait dans la lumière du jour, plus fière que jamais de sa condition et défiait presque son professeur du regard. Elle n'était pas venue pour parodier une quelconque relation professeur-élève avec lui, ou encore décoder ses sous-entendus philosophiques. Non. Elle voulait des réponses.

- Depuis quand savez-vous ? Demanda-t-elle.

- Vous pensez bien que les sortilèges de confusions de vos amis, ne m'ont pas empêché de voir vos véritables résultats d'analyse à votre arrivée ici.

- Vous saviez depuis tout ce temps ?! Se scandalisa Hermione dépitée.

- Ce n'est pas parce que je sais que je comprends. Je dois bien l'admettre, vous quatre êtes l'un des mystères les plus complexes qu'il m'a été donné de rencontrer. Du moins, vous six en comptant Monsieur Whisppert et Jonhson...

- Ron et Harry. Souffla Drago. Vous savez pour eux aussi ?!

- Hum Hum...

- Et vous savez qu'ils ne sont pas fidèle Grindelwald.

- Je sais qu'ils sont partis. Dit-il. Mais la raison m'échappe encore. Malgré mes pouvoirs, je ne suis pas omnipotent. A moins que vous ne soyez venu pour m'en parler plus en détail.

- Non. Cingla Ginny. Ce n'est pas pour eux que nous sommes là.

- Dans ce cas je vous écoute Miss Donovan. Dit-il en s'asseyant son fauteuil avec aisance. Éclairez-moi.

Il la fixa intensément, de ce genre de regards si forts et sincères, qu'ils donnent envie de se confondre avec la moquette. Pour autant, la jeune femme ne sourcilla pas mais le toisa avec méfiance et rancœur. Cet homme qu'elle avait autre fois admirée, ne lui inspirait pas plus confiance que Tom Jedusor lui-même. Dans leur époque, il était le plus reconnu et talentueux de tous. A juste titre évidement, mais ce n'était que le revers de la médaille. Sa vie n'avait pas été la plus irréprochable de toute, bien au contraire. Il avait condamné Rogue à une mort dans la honte et la servitude, son nom à jamais sali. Il avait menti à Harry toute sa vie, dans le seul espoir de le voir un jour mourir de la main de Voldemort. Et encore, il y en avait tant d'autre. Entre manipulations et mensonges, il les avait trahis à sa manière. Lui, l'homme en qui, ils avaient tous une confiance aveugle étant enfant. Et pourtant ils étaient là. Car entre futur et le passé, ils devaient l'admettre, il était le seul à pouvoir les aider ; mais aussi le seul, qui ne les avaient jamais abandonnés malgré ses manipulations. Ginny serra les dents aux souvenirs de sa scolarité passée à ses côtés. Elle se montrait sûrement trop dur avec lui, mais comment aurait-pu faire autrement ? C'était la vie de ses enfants qui étaient en jeu. Aussi, elle inspira un grand coup, prête à partir de zéro. Elle devait garder la tête froide.

- Je dois m'assurer que l'on peut vous faire confiance, professeur.

- J'ignorais que j'avais à faire mes preuves. Ricana-t-il étonné.

- Nous n'avons pas le temps pour ça. Et puis, ce serait inutile. Nous savons bien assez qui vous êtes. Dit Blaise.

Dumbledore les regarda à la fois surpris et déstabilisé. Ils venaient à lui, sans pour autant sembler véritablement le vouloir. A croire qu'une épée de Damoclès volaient au-dessus de leurs têtes, les contraignant à passer cette porte, dans un dernier espoir. Mais plus il les fixa, plus il commença à comprendre que c'était en réalité, le cas. Ginny ne le lâchait des yeux, ne clignant pas même des paupières. Elle semblait peser le pour et le contre, se torturer l'esprit de milles questions, une main toujours machinalement posée sur son ventre. Elle avait peur. Peur de faire le mauvais choix.

- Que puis-je faire pour vous assurer de ma fiabilité dans ce cas ?

Étonnement, c'est Hermione qui cette fois pris les devants et qui, tout en s'avançant devant son amie, dit d'une voix dure et implacable, à l'égale de la dureté du regard de la Dark Lady.

- Promettez. Dit-elle.

- Quoi donc ?

- De ne rien dire de ce que nous nous apprêtons à vous révéler. Et de ne conserver aucun souvenir de notre conversation dans votre pensine.

Ses yeux s'écarquillèrent légèrement à l'évocation de sa pensine, pour autant il n'eut le temps de parler, qu'Hermione ajouta une condition, qui lui ôta cette fois, toute répartie.

- Promettez le, sur votre sœur Ariana.

Un étrange autre silence suivit ses mots, car pour la première fois, Dumbledore sembla démuni. Profondément choqué et perturbé par l'évocation du nom de sa défunte sœur, il les fixa la bouche ouverte sans pour autant trouver quoi dire. Personne ne savait pour Ariana, à part lui, Grindelwald et son frère. Une mort tragique, profondément regrettable, qu'il s'attribuerait pour le restant de ses jours et qui le hantait encore parfois les nuits les plus noires d'hiver. La gorge sèche, il se leva lentement, presque incertain et cette fois beaucoup plus méfiant. User de sa sœur comme d'une garantie, était risquée, mais aussi étonnement osé. A tel point que cela n'accorda que plus de valeur, à ce qu'ils voulaient lui révéler.

- Qui vous a parlé d'elle ?

- Votre frère.

- Cela m'étonnerait beaucoup jeune fille. Dit-il.

-Voilà le problème professeur. Nous allons vous dire beaucoup de choses aujourd'hui, et vous refuserez de nous croire, pour la plus part. Mais nous avons quand même besoin de votre parole. Insista Drago.

- Et si je refuse ?

- Nous partirons. Cingla Ginny.

- Ce qu'elle veut dire, c'est que nous sommes là dans le but de vous demander de l'aide professeur. S'empressa d'ajouter Blaise. Mais que nous avons besoin de votre parole avant toute chose.

Dumbledore les regarda, plus curieux que jamais et intrigué. Il vit leur détresse qu'ils tentaient tant bien que mal de cacher derrière leur fierté, et comprit qu'il était peut-être leur dernier espoir. Mais de quoi ? Et pourquoi ? Ces questions lui brûlaient les lèvres. Les réponses, lui tendaient les bras.

- Je le jure.


Katherine papillonna, la tête engourdie et les oreilles vrombissantes. Dans son esprit résonnait des cris, des sorts et des explosions, alliés à la douleur de son corps décharnée qui se confondait avec celle de son cœur éventré. Tant de souffrance, de peine et de peur. Alors qu'elle luttait contre elle-même pour ne pas retomber dans les ténèbres, elle fut presque surprise de ne pas sentir la pierre humide et moisie de sa cellule sous ses côtes saillantes. A la place, elle ne perçut qu'une étrange douceur, qui en contact avec sa peau arrachée, lui parut presque plus insupportable encore. Dans un halètement, elle s'accrocha à son drap, incapable de voir quoi que soit entre ses deux paupières à moitiés ouvertes. Autour d'elle, elle crut percevoir des chuchotements, mais si faibles qu'elle pensa les avoir inventés. Comment aurait-elle pu distinguer ne serait-ce que la réalité de ses cauchemars, quand ces dernières semaines se résumaient à une définition littérale de l'enfer ? Pourtant et malgré sa confusion, elle entendit rapidement une voix. Le genre qu'on entend que dans ses rêves, ou dans un souvenir heureux. Puis une main, un parfum, le chatouillement de quelques cheveux sur le bout de son nez, et une étreinte, si forte et si désespérée que des larmes roulèrent sur ses joues avant même qu'elle n'ait eu le temps d'admirer le visage d'ange qui lui était tombé dessus dans un cri de joie inespéré. Le cri d'une amie qu'elle avait bien crut perdue.

Alors qu'une toux la saisissait entre deux sanglots, Katherine se redressa, plus tremblante que jamais pour enfin ouvrir les yeux sur joues ruisselantes de Rosalie. Comme si aucune d'elles n'y croyaient vraiment, elles se contemplèrent pendant plusieurs secondes, incapable de parler si ce n'est de pleurer. Des semaines entières, peut-être même plus s'étaient écoulées, les laissant face à face avec leurs nouveaux visages d'inconnues. Des visages traumatisés par la guerre, la mort et la peur, et qui pourtant étaient bien les leurs. Des visages qui n'avaient rien plus rien avoir avec ceux, de feue leur enfance.

Sans arriver à y croire, Katherine palpa les joues de la blonde. Par Merlin, qu'elles étaient creuses, égratignées et usées de coups. Ses yeux, cernés et violacés de coquart, la fixaient intensément, comme face à une morte. Sa pâleur égalait presque celle de ses cheveux, qu'elle vit brusquement rasée sur le côté gauche de son crâne, dévoilant son oreille et son cou largement entaillé de larges griffures encore sanguinolentes. A la voir ainsi, Katherine eut le souffle coupé d'horreur, et regretta presque de s'être plaint de sa captivité. Dans le regard de son amie, la mort vivait. Celle de la captivité, de la torture et de la honte. Une mort que Rosalie avait déjà endurée par le passé, du temps de leur guerre, et qui n'aurait jamais dû se reproduire de nouveau. Et pourtant, c'était bien le cas. Et par sa seule et unique faute. Terrassée par la culpabilité, Katherine chercha à parler mais ne parvînt qu'à bafouiller dans ses larmes alors que la Malfoy la prenait dans ses bras, le menton posé sur sa tête, comme à une enfant.

- Avant quoi que ce soit, sache que ce n'est pas ta faute. Dit-elle d'une voix enrouée. Ce n'est pas ta faute.

Dieu qu'elle aurait voulu la croire. Mais comment aurait-elle pu ? Par sa faute, sa cousine et seule amie en ce monde avait revécu l'un des pires cauchemars existant sur cette terre. Et tout ça, uniquement parce qu'elle n'avait pas su faire taire sa stupide fierté.

- Ce n'est pas ta faute Kathy. Ce n'est pas ta faute ! Répéta-t-elle encore.

La jeune femme ne pouvait pas l'écouter ; elle ne voulait pas entendre ces mots qui la narguaient par leur mensonge. Dans un cri étouffé, elle se redressa, plus détruite qu'elle ne l'aurait cru possible, avant de demander dans un souffle à peine audible.

- Qu'est-ce qui s'est passé ? Qu'est-ce que t'es arrivé ? Et où... où on est ?

Elle n'avait jeté qu'un bref coup d'œil sur ce qui l'entourait, pourtant, tout indiquait qu'il s'agissait d'une maisonnette à moitié abandonnée. Les vitres semblaient lutter ardemment contre un vent plein Ouest, et une forte odeur de sel se dégageait de parquet en bois en usé. Pourtant, les couleurs étaient chaleureuses, les murs en bon état, la chaleur tiède d'un feu mourant accueillante, et le doux bruit d'un carillon en coquillage plus symphonique encore que le chant d'un oiseau. Elle aurait presque pu se sentir chez elle.

D'une respiration presque sifflante, Rosalie serra le poing nerveusement, avant de parler.

- Après l'explosion, je t'ai perdu toi et Terrence. Les aurores du Ministères avaient infesté la zone, et ils m'ont attrapé. J'ai essayé de leur faire comprendre qu'ils faisaient erreur, mais ils n'ont rien voulu savoir. Ils étaient persuadés que j'étais l'une des fidèles de Grindelwald, alors... ils m'ont emmené à Azkaban. J'ai bien cru que j'allais y rester jusqu'à ce qu'on me sorte de là. Ensuite, j'ai appris pour toi, et on s'est précipité aussi vite qu'on a pu ! Par Merlin, j'ai prié pour qu'il ne soit pas trop tard... et puis je t'ai vu, étendue par terre lors de la bataille et... et tout ce sang... j'ai cru que... que...

Elle n'eut pas la force de terminer sa phrase, laissant échapper toute la peur et l'angoisse qu'elle avait ressenti à cet instant, dans un cri étouffé par les bras frêles de son amie. Après tout ce temps, toutes ses prières... elles avaient enfin droit à un peu de chance. A un peu de répit. Mais pour combien de temps encore ?

- Je suis là. Dit Katherine. Je vais bien, et... tu m'as sauvé !

- Pas exactement. Grimaça-t-elle alors en se détachant.

- Que veux-tu dire ? C'était toi. Toi et Terrence !

Rosalie déglutit, le regard brusquement bas et incertain. Presque tremblante de stresse, elle prit les mains de son amie, les serrant plus forts que jamais avant d'enfin trouver la force de parler. Pourtant, ces mots semblèrent lui arracher la langue. Des mots qu'elle-même avait eu du mal à accepter.

- Kathy... on n'était pas seuls.

- Comment ça ? Demanda-t-elle perdue sans pour autant arriver à comprendre de quoi elle parlait.

- Chérie, tu... tu te souviens de quoi de la bataille exactement ?

La jeune femme ne comprit pas sa question. Ni pourquoi elle la lui posait. Pourtant, alors que son esprit embrumé s'éclaircissait peu à peu, elle crut bien revoir des brides agitées et confuses de ses dernières heures passées dans le château de ses ravisseurs. Le visage figé de son bourreau fut la première image à lui revenir le plus clairement en tête. Bedonnant, cruel et vicieux, elle frissonna au souvenir de sa lames déchirant sa peau. Puis, l'alarme avait retenti, et tout s'était accéléré jusqu'à sa mort, rapide et foudroyante qu'elle se rappela avoir vu venir du bout de ses doigts. Confuse, elle ne comprit pas comment cela fut possible, avant de se revoir brusquement devant la carcasse de son geôlier cracmol. Il la suppliait, l'implorait de mille supplications, pourtant seul son rire glacial et satisfait lui avait répondu. Comme un film interminable, elle ne put cesser le flot d'image de l'envahir, allié à cette haine étrange et vicieuse qui l'avait suivi jusque dans le feu de la bataille. Son cœur s'en saisit brusquement, lui rappelant la force qui l'avait habité, et sa puissance, littéralement invincible à cette heure-là. Une puissance qu'elle avait senti au creux de ses mains. Une puissance indéfinissable, qui s'était matérialisée sous ses yeux en des éclairs de mort ; les plus beaux qu'elle n'avait jamais vu. A mesure que sa respiration s'accélérait, elle put presque le sentir de nouveau... ce chatouillement électrique qui avait engourdi sa main, jusqu'au point de rupture fatidique ; jusqu'à la libération si jouissive de ce pouvoir maudit par les Dieux, mais qu'elle bénissait à présent. Un pouvoir plus fort que tous les autres, qui lui avait sauvé la vie, en rependant la mort. Pourtant, et alors que d'autres images l'envahissaient, elle se souvînt d'une autre douleur. Plus forte encore que n'importe quelle autre torture. La douleur d'un regard. La douleur d'un visage... d'un souvenir.

Celui de sa mère, enlevée sous ses yeux d'enfant. Celui d'un homme, qui n'en était pas un, mais un monstre. Et celui d'un cri qu'elle se souvenait encore d'avoir poussé, à l'idée de perdre sa mère... le souvenir du premier cri de souffrance de sa vie, qui avait résonné en elle par-delà son cœur…


Coucou ! Voilà la suite ! De nombreux éléments de réponses y sont présents, et expliquent un peu mieux ce qui est arrivé à Ginny, via sa fille Katherine ! Mais Dumbledore est là lui aussi, et cela ne va pas s'arrêter là ! Car comment Katherine va-t-elle réagir face Ron ? Que va dire Dumbledore ? Et Jedusor ? Vous le saurez la semaine prochaine, mais n'hésitez pas à me dire vos théories en commentaire !

Merci à tous pour vos messages, toujours aussi encourageants et sincères, vraiment ! A chaque fois je vous remercie, mais j'ai l'impression que ce n'est rien comparé à tout ce que votre soutient m'apporte ! Alors merci encore !

A très vite ! Gros bisous !