La gifle qu'elle prit en se souvenant enfin de ce qui était arrivée fut si violente, que la jeune femme n'en trouva pas les mots. Seule la haine revînt en force, plus fulgurante que jamais, l'obligeant à lâcher violemment la main de Rosalie, qui pâlit devant la cruauté soudaine de son regard. Une cruauté qu'elle n'avait jamais perçue chez elle, et qui pourtant sembla identique à celle qu'on avait vu pendant si longtemps chez son père. La panique la saisit, mais c'était peine perdue. Personne en ce monde n'aurait été capable de contenir une telle vague.

- Katherine ! Non !

Il était trop tard. Avant que la Malfoy n'ait le temps de réagir, Katherine avait déjà sauté de son lit, ignorant la faiblesse de son corps qui n'était plus que guidé par une force plus grande encore, et plus destructrice. Sans savoir où elle allait, elle dévala les escaliers de ce qui ressemblait de plus en plus à une chaumière. Mais elle ne prit pas le temps d'observer la décoration. Non, elle cherchait autre chose. Quelqu'un. En soit, elle ignorait s'il vraiment était là, ni même comment sa seule présence en 1944 était possible... mais ça lui était égale. Tout ce qu'elle voulait, c'était le trouver. Lui.

Sans regarder les portes qu'elle passait dans un claquement effrayant, elle déboucha devant un petit salon d'où les seules voix de la maison s'élevaient. Dieu qu'elle souhaitait s'être trompée, avoir rêvé ou même halluciné. Elle aurait voulu ne jamais avoir vu ce visage, ni même envisagé qu'il puisse être réel. Pourtant les cris furibonds de Rosalie, ne faisaient qu'effrayer un peu plus son cœur. Un cœur qu'elle ne senti plus battre, à son entrée brutale dans la pièce. La première personne qu'elle vit fut Terrence, assis sur une chaise, le visage grave devant une lettre écrite à la main, et en pleine discussion avec un homme. L'homme de trop. Grand et de dos, la couleur de ses cheveux le trahit. Une couleur étrangement semblable à celle de sa propre chevelure. Une couleur, qui lui fit voir rouge. Alors qu'un silence envahissait la pièce, le Zabini se leva brusquement à la vue de son amie. Paniqué, il resta bouché bée devant elle, ému, mais aussi profondément choqué par l'image qu'elle renvoya. Amaigrie au possible, les jambes et les ventre entièrement bandé et couvert de ecchymoses, Katherine affichait une pâleur de cire. Grâce à cette dernière, ses tâches de rousseurs n'avaient jamais paru aussi vives sur ses joues, tandis que des cernes noirâtres les surplombaient. Étonnement, ses cheveux avaient poussé, réduisant son ancien carré plongeant, à de longues ondulations désordonnées. Mais ce qui l'effraya le plus, fut de loin son regard. Ses yeux ne ressemblaient plus qu'à deux amendes aiguisées, sertis d'un éclat couleur de lave si empreint de violence, qu'il ne sut pas quoi en dire. Pourtant, ces deux rubis incandescents ne le regardèrent pas un seul instant. Non. Ils avaient déjà une cible.

Alors qu'on entendait le cri paniqué de Rosalie dans les escaliers, Ron n'eut pas le temps de se retourner. Frappé de pleine fouet par un sort informulé, il s'écrasa contre un mur, réduisant en miette un guéridon sur lequel il tomba lourdement. Horrifié de cette scène, Terrence chercha à se saisir de sa baguette mais n'en eut pas le temps non plus. Propulsé hors de la pièce de la pièce par un revers de main de son amie, il enfonça la porte que Rosalie s'apprêtait à passer, l'écrasant de sa chute par la même occasion dans un gémissement douloureux. Pourtant, Katherine n'en avait que faire. Comme possédée, elle n'écoutait, ni ne voyait plus personne. A part lui. Seule comptait cette grimace sur ce visage. Les battements de ce cœur dans cette poitrine ; la poitrine de son ennemi, qu'elle avait bien l'intention de vider de ses côtes, une à une. Gémissant de tout son être, Ron se releva comme il le put, une main appuyée sur sa jambe déjà blessée. Pourtant, il le regretta bien vite et vola de nouveau à travers la pièce, cette fois pour venir percuter une table qui céda comme du petit bois sous le poids de l'impact. Il gémit, se retenant d'hurler, au grand damne de son bourreau. Face à lui, Katherine se demanda bien comment elle avait pu ne serait-ce qu'un instant oublier ce visage à son réveil. Ce visage qui l'avait hanté, elle et sa famille pendant plus de Vingt ans.

- Katherine ! Stop !

Alors que Rosalie hurlait dans son dos, elle n'entendit rien. A la place, et d'un mouvement de poignet, elle attira à elle cet oncle qui faisait honte à son sang. Désormais, elle n'allait pas s'évanouir. Désormais, il ne s'en sortirait pas. Et c'était elle qui le ferait hurler de souffrance. Alors qu'ils se faisaient face, Ron ne chercha pas à détourner le regard de sa nièce. Il la fixa, avec plus de sincérité qu'il n'avait jamais regardé personne dans sa vie. Et malgré la douleur et la haine, il ne put s'empêcher de la trouver magnifique. Elle portait sur elle, les traits de sa mère, allié à la violence bestiale de son père. Et cela le bouleversa. Pourtant, elle ne put supporter davantage cette contemplation, si bien qu'elle le fit hurler à la mort d'un Doloris à peine murmuré.

- Toi...

- Kath...

Mais il ne put parler. A terre et le souffle coupé, il se tordit de douleur dans la plus grande jouissance de la Jedusor, révélant dans ses iris, cet éclat mortel, symbole et signature de son sang. Pourtant, elle s'arrêta brusquement, figée de stupeur et les yeux ancrés sur la main de son ennemi. Il tenait sa baguette. Mais pourtant, ne faisait pas le moindre geste pour l'utiliser contre elle. Sans comprendre son comportement, et plus furieuse encore par cet affront, elle hurla de rage en l'envoyant contre une fenêtre qui explosa violemment sur lui. Le visage martelé d'impacts de verre, il retomba en crachant du sang, défiguré, hagard et désorienté... mais toujours armé. Le poing serré, elle le regarda se relever en titubant, attendant de lui qu'il se défende enfin, qu'il se batte avec hargne et dédain, et qu'il meurt, comme le chien qu'il était. Mais il n'en fit rien. A la place, il se tourna vers elle, sans rien dire ni implorer. Non. Mais il la regarda encore, de haut en bas, comme s'il venait de rencontrer une vague connaissance, par hasard, dans un couloir. Il n'y avait ni haine, ni douleur, ni rancœur dans ses yeux. Juste de la surprise, de la gêne, de la culpabilité et enfin, une dernière chose, que Katherine ne put accepter. Du soulagement. Plus enragée que jamais, elle l'agenouilla d'un coup de poignet et l'attira à elle dans un le crissement douloureux du verre sous ses genoux. Pourtant, il avait arrêté de hurler, et même de grimacer. Il ne faisait que la regarder, la détaillant jusqu'au bout des pointes. Par Merlin que ce regard l'horripilait, la dégoûtait au plus profond de son âme. Celui d'un lâche qui n'avait même pas le cran de se battre pour les misérables restes de sa vie.

- Défends toi ! Hurla-t-elle alors en le renvoyant valdinguer dans les airs.

Elle voulait en finir. Elle voulait le voir mort, venger sa mère et sa famille. Elle voulait relâcher son pouvoir sur lui, le voir se tordre sous sa puissance comme un vulgaire ver qu'elle écraserait sous sa chaussure.

- Kather...

- Espèce de lâche ! Scanda-t-elle.

Dans son cri, elle fit voler à lui tous les morceaux de verres au sol, dans une vague mortelle et un bruissement strident. Recroquevillé au sol, il était à sa merci, mais toujours armé malgré tout et toujours pas décidé à se défendre. Il savait qu'elle entendait cela de lui : qu'il réplique. Mais il ne pouvait pas, cette simple idée lui étant plus douloureuse que n'importe laquelle de ses tortures. Katherine était sa nièce, son sang, sa famille… et il comprenait sa rage, son désir de vengeance et sa haine à son égard. Comment aurait-il pu la blâmer, lui qui lui avait presque tout prit dans son époque. Il méritait ce qu'elle lui infligeait. Plus que n'importe qui, et refusait de lui voler sa vengeance, elle aussi. Même si cela devait lui coûter la vie.

Mais Katherine n'en avait que faire. Alors qu'elle le regardait toujours au sol, elle se dit-elle que cela n'avait pas d'importance. Sa vengeance aurait le même goût. Pourtant et alors qu'elle ressentait déjà la tension mortelle remonter le long de sa colonne vertébrale, elle ne put s'avancer davantage, violemment expulser à son tour. Choquée, elle retomba sur le parquet dans un cri de surprise, sans pour autant en comprendre les raisons.

- Katherine arrête ! S'époumona Rosalie en se dressant devant elle.

Pour la première fois, elle entendit ces mots que son amie lui hurlait depuis tout à l'heure. Malheureusement, elle regretta bien vite de le pouvoir. Face à elle, Rosalie, baguette en main, se tenait là. Devant son oncle, prête à le défendre. Terrence ne fut pas long à la rejoindre. Le nez en sang, mais le regard alerte. Ils se dressaient tous deux contre elle, dans le seul but de le protéger, lui. Cette scène n'avait pas le moindre sens à ses yeux, pourtant, elle brisa le cœur de la Jedusor dans un écho qu'elle seule fut capable d'entendre. Le souffle court et les jambes titubantes, elle s'accrocha au mur, désorientée ; avant de les regarder, plus meurtrie et perdue que jamais.

- Vous le défendez ?! lui ?

- Kath...

- C'est Ron Weasley ! C'est... c'est notre ennemi !

- On sait. Souffla le Zabini un air désolé sur le visage.

- Kathy, tu dois te calmer !

- Me calmer !? Cet homme a enlevé et torturé ma mère ! Il a torturé Kai ! Il t'a torturé toi ! S'écria-t-elle en pointant la Malfoy du doigt.

- Crois moi, je n'ai pas oublié.

- Et pourtant, vous m'empêcher de le tuer !

- Il nous a sauvé ! S'exclama alors Rosalie. Il t'a sauvé !

Ces mots avaient encore moins de sens que tout le reste. Pourtant, Terrence et Rosalie gardèrent leurs positions, plus déterminés que jamais, convaincus jusqu'à la moelle et porteurs d'une foi telle, que Katherine en fut presque intimidée.

- C'est lui qui m'a trouvé. Dit alors Terrence en abaissant sa baguette. J'étais dans les bois, seul et sans ressource. Et moi aussi j'ai voulu le tuer. Mais cela ne l'a pas empêché de me sauver quand les aurores m'ont attrapé, et de m'aider à vous trouver !

- Non... tu dis n'importe quoi ! C'est impossible...

- C'est vrai Katherine ! Renchérit la Malfoy. C'est lui qui a découvert où le ministère m'avait enfermé. Il a aidé Terrence à me faire évader d'Azakaban. Il n'a pas hésiter à se mettre en première ligne pour me sauver ; et il a risqué sa vie, pour venir te chercher toi aussi !

- Mais... c'est... non ! Il vous manipule ! Cet homme est Ron Weasley ! Le monstre qui nous a traqué toute notre vie !

- Pas exactement... bafouilla alors brusquement le jeune homme dans le dos des sorciers.

Le visage tuméfié et recouvert de sang, Ron s'accouda du mieux qu'il put au mur encore intact de la chaumière. Ses vêtements, en lambeau pour la plupart, pendaient sur sa peau lacérées et griffée par le verre. Il ne ressemblait plus à grand-chose dans un pareil état, et pourtant, l'éclat de son regard n'avait pas péri. Au contraire, il n'avait jamais paru aussi heureux malgré la douleur. Le souffle court, et les yeux toujours fixé sur sa nièce, il s'avança dans un boitement douloureux. A le voir ainsi, Katherine recula d'un pas, méfiante et sans comprendre le moindre sens de tout cette situation. Il sembla même esquiver un semblant de sourire, quelque part entre sa bave et son sang, quelle crut presque imaginer, avant que la porte d'entrer ne s'ouvre brusquement dans un courant d'air.

C'est là que son esprit n'arriva plus à suivre.

Elle ne sut pas comment, mais elle ne s'écrasa pas au sol dans son malaise ; deux bras l'ayant étonnement rattrapé de justesse. En revanche, ce dont elle était certaine, c'était d'avoir vu Harry Potter dans l'entrée dans la chaumière, les bras chargés de bois.

Une scène si inattendue et incongrue, qu'elle en aurait sûrement rit, si elle n'était pas certaine qu'il s'agissait bien de la réalité.


- Avec tout le respect que je vous dois jeunes gens, je dois vous dire qu'il était évident, que vous n'étiez pas comme les autres. Dit Dumbledore dans une grimace.

- Vous saviez que nous ne venions pas de cette époque. Dit Drago dans un soupir agacé.

- Je le supposais. Précisa-t-il. Mais de là à imaginer que vous veniez d'un futur aussi lointain... j'avoue que c'est une surprise.

Il les regarda un à un, un verre de Whisky pur feu à la main, encore un peu éberlué de par la confirmation de sa théorie. Lui qui avait toujours eu la satisfaction de deviner l'imprévisible, n'avait néanmoins, pas vu venir l'ampleur de leur situation. Même son esprit loufoque avait du mal à envisager tous leur propos comme vérité, et pourtant, qui serait un jour capable d'un pareil mensonge ? Qui serait envieux d'un pareil destin ? Être damné hors du temps n'avait rien de reluisant. Assise dans un fauteuil, Ginny n'avait pas dit un mot depuis le début du récit d'Hermione. Un discours, bien entendu, éludé de tous détails compromettants tel que Voldemort, Jedusor, leur guerre, leur découverte sur leur futur encore plus lointain, et bien entendu la propre mort de leur professeur. Pour autant, tout lui cacher n'était pas possible non plus, et pas le but de leur visite. Ils avaient besoin d'aide, et tout avait une contrepartie.

- Et vous ignorez les raisons qui ont poussées cet Esprit à vous maudire ?

- Nous avons arrêté d'essayer de comprendre. Tout ce que nous voulons c'est rentrer chez nous. Dit Blaise.

- Je comprends. Mais je crains de ne pas pouvoir vous aider, le temps est une chose bien imprévisible.

- Ce n'est pas l'objet de notre demande. Dit Ginny d'une voix toujours glacée. Nous... nous avons trouvé un moyen, mais nous devons attendre que toutes les circonstances soient réunies.

- Et je suppose que ces circonstances ont un rapport avec Tom Jedusor et ses fidèles, non ?

L'évocation du sorcier les figea un instant, affichant leur culpabilité comme un gyrophare sur leur visage. Ils savaient que Dumbledore se méfiait de lui comme de la peste, et le surveillait étroitement. Aussi, il était naïf d'attendre de lui qu'il ignore leurs activités et les ambitions du jeune mage Noir.

- Nous ne pouvons pas vous répondre Monsieur. Dit Blaise.

- Je comprends, mais si tout est déjà prévu pour que vous rentriez chez vous, où est le problème ? Demanda-t-il sans comprendre.

Les sorciers se regardèrent, avant de prononcer ce mot qu'ils s'étaient mis à détester.

- Le temps. Souffla Hermione. Nous avons besoin de temps.

- Je crains de ne pas vous suivre.

- Professeur, reprit la rousse en se levant. Notre situation à Poudlard est précaire, et nous ne pouvons plus nous permettre le moindre échec. Nous avons besoin de votre aide pour gagner du temps. S'il vous plaît... Aidez-nous à garder notre secret jusqu'à ce que nous puissions partir.

Pour la première fois depuis son arrivée, il vit de la peine et du désespoir dans le regard de Ginny, elle dont l'iris n'avait eu d'égal qu'un glacier face à lui. Elle ne demandait plus, mais implorait. De son cœur visiblement meurtri, ne se dégageait plus qu'une seule et unique prière, celle d'un peu pitié. A les voir tous, il était évident qu'ils avaient traversé plus de guerres et douleurs que n'en comptait le monde. Et pourtant, ils sortaient tous à peine de l'enfance. Affligé par les malheurs qui se lisaient en eux, Dumbledore prit une dernière gorgée de courage, conscient qu'il ne pouvait pas les laisser à leur sort, sans pour autant arriver à se convaincre que cela resterait sans conséquence.

- Comment ? Demanda-t-il alors.

- Jusqu'à présent, nous avions réussi à maintenir notre couverture, mais... certaines choses ont dégénéré. Dit Hermione d'une petite voix.

Ginny ne dit rien aux mots de son amie. Ils étaient presque un euphémisme. Aussi la contraction de sa mâchoire tout comme le frémissement anxieux de sa main sur son ventre la trahit aux yeux du professeur. Elle n'osa pas le regarder, les pupilles fixées au sol pour dissimuler les restes de cauchemars qui défilaient devant ces dernières. Elle ne voulait pas se montrer aussi effrayée face à Dumbledore, mais avait-elle seulement le choix ?

- Mon... mon corps s'affaiblit. Souffla-t-elle alors. Et ma... ma grossesse est plus difficile que prévue...

- Que dois-je comprendre ?

- Mon bébé est puissant. Bien trop pour que sa magie ne soit pas détectable désormais. Les premiers mois se sont bien passés, mais les choses se sont accélérées. Il est plus fort, mais je ne cesse de m'affaiblir. Mon corps n'est plus en mesure de supporter le moindre sort de camouflage.

- Je reconnais que c'est une situation délicate mais, je puis vous assurez que le corps professoral vous soutiendra dans votre grossesse et que...

- Personne ne doit savoir ! Claqua-t-elle brusquement. Ni élèves, ni professeurs... personne ! Vous êtes le seul à part nous au courant de ce secret... et pour la sécurité de mon futur enfant, j'ose espérer ne pas commettre d'erreur Monsieur.

Il fronça des sourcils, intrigué par cet impératif, mais n'en dit mot. Il avait promis. Sans poser de question, il hocha la tête dans un regard qu'il espéra réconfortant, conscient que porter un enfant à un âge aussi jeune et dans des circonstances si exceptionnelles, constituait déjà un exploit.

- Je respecterai votre choix, Miss Donovan. Mais vous devez comprendre que si votre corps ne peut plus supporter de magie, je doute de pouvoir y faire grand-chose. Votre enfant, s'il est aussi puissant que vous le dite, la contrera de lui-même peu importe les dispositions que vous prendrez.

- Mais il y a forcément un moyen ?! Insista Blaise.

- Bien sûr, mais tous risquent de porter préjudice à votre enfant. Or, je doute que vous recherchiez ce but.

- Il n'y a donc rien à faire ? Demanda-t-elle sans espoir.

Dumbledore grimaça, conscient de l'impact de sa réponse sur le sort de cette jeune femme. Malheureusement, parfois il arrivait que la magie ne suffise pas. Et c'était le cas aujourd'hui. Pour autant, il se refusa de lui ôter tout espoir, incapable pour lui-même de reconnaître son incapacité d'agir. Sa fierté ne pouvait le supporter, mais que pouvait-il faire ? Dire ? Ses méninges se retournèrent dans tous les sens, laissant transparaître sa réflexion torturée derrière ses lunettes en demi-lune. Il était mal connaître Dumbledore, de ne pas trouver de failles dans le plus épais des brouillards.

- Permettez ? Demanda-t-il en tendant une main vers son ventre.

Gênée, mais plus désespérée que pudique, Ginny hocha la tête et ôta sa cape laissant apparaître ses cinq mois de croissance. D'une main professionnelle, il caressa son ventre arrondi. Pourtant, et au premier contact, il ne lui fallut pas plus de quelques secondes pour recevoir une violente décharge électrique. Forte et hérissée, elle le fit trembler jusque dans la moelle, et lui imposa un mouvement de reculs si brusque qu'il faillit se prendre les pieds dans son tapis. Pantois et profondément choqué par la douleur qui restait accrochée à sa chaire, il fixa ce ventre qui l'avait agressé sans pour autant comprendre ce dont il venait d'être victime. Au cours de sa carrière, il n'avait jamais vu une telle chose. Et Ginny avait tort. Son enfant n'était pas seulement puissant. Il était bien plus. A tel point qu'il ne comprit pas lui-même comment cela fût possible. Les enfants pourvus de magie dans le ventre de leur mère étaient courants, mais à des stades généralement très bénins. Or, ce n'était pas le cas de celui-ci. Sa magie était active, mais pas seulement ; elle était défensive, protégeant sa mère de tous contacts intrusifs, ou attaques qu'il considérait comme dangereuses, ou potentiellement suspectes. Son enfant, réfléchissait, écoutait, et plus encore : il existait au-delà de sa condition de fœtus, d'une façon inédite, qu'il avait cru encore impossible il y a quelques instants.

- Je suis désolé ! S'exclama Ginny brusquement, les joues rouges de honte. Je... je ne sais que ce qui m'a pris, je...

- Ce n'était pas vous Miss Donovan. Dit-il encore bouche bée. Mais votre enfant...

La rousse le dévisagea, encore plus perdue qu'elle ne l'était à son arrivée. Elle savait que Magnus pouvait faire preuve de magie, mais au point d'agresser son professeur ? Elle regarda ses amis, presque plus livides qu'elle. Plus le temps passait, plus l'étau se resserrait et voir Magnus agir de son seul gré aujourd'hui, n'était que la preuve qu'ils perdaient le contrôle. Et à ce stade, ils n'étaient plus en mesure d'agir, eux non plus.

- Mais... mais...

- Vous vous trompez Misse Donovan. Dit alors Dumbeldore. Votre corps supporte la magie, mais votre enfant la détourne. C'est lui qui refuse que vous le camoufliez. C'est lui qui brise les sorts et qui les utilisent contre ceux qui vous les lancent.

- Mais il n'a que cinq mois et demi !

- La magie a accéléré son développement... Il arrivera bien plus tôt, Miss Donovan, et je crains ce qu'il risque d'arriver quand vous arriverez à terme. Un enfant d'une telle puissance... c'est incroyable et d'une rareté extrême, mais aussi dangereuse.

- Que voulez-vous dire ?! Paniqua Drago.

Le professeur déglutit, inquiet et hésitant sur ses propos.

- Il est très rare qu'une femme survive à une grossesse de cette sensibilité.

- C'est à dire ?

- Vous serez affaiblit comme jamais. Votre corps se focalisera sur la survie de votre enfant, allant jusqu'à abandonner vos propres fonctions vitales. Dans le meilleur des cas, vous survirez jusqu'à l'accouchement, mais il vous achèvera. Or, dans le pire... et au vu de la croissance magique exponentielle de votre bébé, je ne vous donne pas plus de quelques semaines avant que votre corps ne vous lâche.


- N'oubliez rien de mes instructions Miss Donovan. Rabâcha Dumbledore alors que les sorciers le regardaient une dernière fois.

- Je n'en ai pas l'intention Professeur. Dit-elle un sourire triste au bord des lèvres.

Ginny soupira, le cœur gros et les épaules affaissées de plus de tourments que la veille. Hermione, Drago et Blaise n'avaient pas dit le moindre mot, depuis le présage funeste du sorcier, pour autant, tout espoir n'était pas encore perdu. Anxieuse, elle tritura le bracelet argenté qui pendait à son poignet. Désemparé du désespoir qui avait saisi ses invités, Dumbledore n'avait pas trouvé mieux pour leur redonner confiance. Il s'agissait d'un artefact magique, aux pouvoirs de réceptacle. On les utilisait souvent sur les enfants aux pouvoirs capricieux. Ils servaient à les canaliser, et plus important encore, à contenir leur magie. Avec ceci, et dans la meilleure hypothèse, il suffirait à contenir ceux de Magnus, et à empêcher le corps la Dark Lady de s'affaiblir. Bien entendu, cela sous entendait qu'il marche et contienne Magnus avant tout, or cette hypothèse était déjà moins crédible.

- Merci pour tout. Dit-elle encore.

- Ce ne sont que des accessoires. Sourit-il presque déçu de ne pouvoir lui donner que ça.

- Pas seulement, je vous assure.

A ses mots, Ginny se recouvrit inconsciemment de sa nouvelle cape. Un autre cadeau de la part de son professeur qui a défaut de l'aider à survivre à sa grossesse, l'aiderait à la dissimuler. Au tissu épais et à la broderie scintillante, elle tombait jusqu'à ses pieds dans un bruissement doux. Imprégnée de magie, elle avait été créée au Moyen Age, dans le but de dissimuler les enfants de sang-mêlé pendant les anciennes guerres sorcière de pureté de sang. Les mères sorcières les portaient alors contre leurs corps, les cachant aux yeux de tous le plus efficacement du monde. A sa vue, le cœur de Ginny s'était envolé, soulagé d'une inquiétude plus terrible encore que son propre sort. Indétectable, son ventre avait disparu dans le tissu, ne laissant ni trace ni doute, et lui épargnant la souffrance du poids d'un sort. Magnus n'avait pas réagi une fois vêtu, lui accordant le répit de croire que Jedusor ne la démasquerait pas tout de suite, et lui redonnant pour la première fois de la journée, un peu le sourire. Tout n'était pas perdu.

- Vous n'imaginez pas à quel point votre aide nous sauve professeur... vraiment. Souffla-t-elle plus reconnaissante que jamais.

- Ne dite pas ça. Vous vous en être très bien sorti jusqu'à présent. C'est la moindre des choses.

- Mais c'est déjà plus que ce que nous avons pu recevoir en plus d'un an... Dit alors Hermione, accroché au bras de Drago, sous la fatigue.

- Je n'en doute pas Miss Jeanne... Vous avez traversé beaucoup d'épreuves pour votre âge. Et je le regrette sincèrement.

- Pas nous. Dit alors subitement Drago.

Dumbledore le regarda, surpris de l'aplomb de ses mots. Pourtant, ces compagnons ne le semblèrent pas, au contraire. Ils approuvaient silencieusement, conscient qu'il énonçait non pas une opinion, mais une vérité.

- Que voulez-vous dire ?

- Ce que nous vivons est la plupart du temps insupportable. Croyez-nous... c'est un enfer. Au-delà de tout ce que vous pouvez imaginer. Nous... nous avons tout perdu. Notre présent, notre futur, nos familles, nos proches, nos convictions, nos espoirs... et nos plus grands rêves... Mais si nous n'avions pas traversé toutes ses épreuves, aucun de nous ne serait là aujourd'hui. Aucun de nous, ne formerai notre famille.

- Vraiment ? Vous trouvez que ça en a valu la peine ?

- Plus que ça. On a peut-être tout perdu, mais on a gagné plus encore. Ajouta Blaise.

- Mais quoi donc ? Demanda-t-il une étoile dans le regard.

Les sorciers se regardèrent entre eux, convaincus par leur choix. Ginny caressa amoureusement son ventre, Blaise la couvrit d'un bras protecteur, tandis que Drago et Hermione saisissaient dans leur poche l'éclat de miroir qui contenait tous leurs espoirs. Ils n'en avaient parlé à personne jusqu'à présent, mais étrangement, cela ne les effraya pas autant qu'ils le crurent. Sans un mot, mais avec plus de milles discours dans les yeux, la Granger lui tendit d'une main sereine. D'abord intrigué, le Mage n'y vit que son reflet et pourtant, il y avait bien plus. Très vite, les cheveux platines de Rose et Scorpius se confondirent, pour laisser place au contraste de la chevelure de jais de Kai ; puis au sourire de Katherine, l'innocence d'Elias, et aux traits de Magnus. Des souvenirs, des portraits... que les sorciers ne passaient pas un jour, sans regarder. Là encore, Dumbledore n'eut besoin d'aucune explication, sa perspicacité prenant le pas sur tout le reste. Un fin sourire au coin des lèvres, il échappa un petit rire, semblable à une excitation impatiente. Il les détailla alors, un par un, avant de s'arrêter une nouvelle fois sur Ginny. Elle semblait apaisée.

- Votre fils aura vos yeux, Ginny.

Elle ne dit rien, mais sourit si violemment d'émotion que cela suffit à parler. Oui, Dumbledore ne pouvait le nier, l'enfant qu'elle portait serait magnifique, et à n'en pas douter, d'une puissance redoutable. Mais ce qu'il ne dit pas, c'est que ses yeux n'étaient uniquement les siens ; car personne ne pouvait jamais dissimuler, une étincelle aussi mortelle que celle qu'il y avait dans les regards de ces trois héritiers maudits. Les héritiers d'une lignée reconnaissable entre toute et dont la magnificence n'avait d'égale. Celles des Salazard… des Jedusor.

Aussi, le Sorcier leur sourit une dernière fois, les regardant partir au loin, sans pour autant arriver à comprendre comment le sort des lignées des plus grandes familles de sang purs du monde Sorciers, allaient finir par reposer entre les mains de quatre adolescents.


Coucou ! Voilà la suite ! La rencontre entre Katherine et Ron a, pour le moins, été explosive, ce qui était prévisible. Mais le sera-t-elle toujours ? Sauront-ils s'entraider sans s'entre-tuer ? vous le verrez dans la suite XD Ensuite, vous avez vu l'entrevue de Dumbledore et des sorciers, avec quelques solutions pour le moment, mais est-ce que cela va suffire ? L'artefact va-t-il marcher sur Magnus ?

Vous le verrez bientôt mais la semaine prochaine, et vous aurez les réponses que vous attendez concernant leurs enfants et leur arrivée en 1944. La suite promet d'être mouvementée, croyez moi ! ;)

Merci pour votre soutien et vos encouragements ! J'adore lire vos théories et certains d'entre vous ne sont pas très loin de la vérité dans certaines de leurs suppositions ! Nous verrons bien qui avait raison ;)

Gros bisous à tous !

PS : il est minuit à l'heure où je publie ce chapitre alors Joyeux Noël et plein de bonheur à vous tous ! Vous le méritez ! Je vous aime ! A la semaine prochaine !