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Une bourrasque de vent glacial s'infiltra dans l'auberge quand Venec en ouvrit la porte. Comme la plupart du temps à cette heure là, l'établissement était vite. La différence de température entre l'extérieur et l'intérieur provoqua des petits nuages d'air glacé à chaque expiration du romain, alors que celui-ci s'affairait à retirer gants et écharpe. Il sourit largement en voyant son ami derrière le comptoir et alla s'installer à une table proche de la cheminée. Kado le rejoignit avec deux verres et un pichet de vin, comme à son habitude. Il les servit tous les deux puis imita Venec qui avait approché ses mains du feu et contemplait les flammes, songeur. Après quelques dizaines de secondes, il ferma les yeux lentement avant de reporter son attention sur son verre, qu'il vida d'une traite.

« Et bien ! Quelle soif. » plaisanta le bandit.

L'aubergiste lui répondit par un regard malicieux avant de se racler la gorge. « Alors ? C'est le grand jour ?

- Pas tout à fait. Il nous reste quelques réglages de dernière minute, mais nous allons bientôt passer à l'attaque oui. » répondit Venec avec bonne humeur.

Kado sentit son estomac se contracter. Il se pencha légèrement par dessus la table avant de chuchoter. « Venec, il faut que tu… »

Avant qu'il ne puisse finir sa phrase, une dizaine d'homme avait fait irruption dans la pièce, certains dévalant les escaliers, d'autres arrivant par la cuisine ou encore de dehors. Ils encerclèrent la table avant que Venec n'ait le temps de comprendre ce qui se passait, et deux d'entre eux le soulevèrent par les épaules pour le forcer à se lever de sa chaise. Le romain écarquilla les yeux puis dirigea son regard horrifié vers son ami qui baissa le sien. « Qu- qu'est-ce que..?

- Bandit Venec, vous êtes arrêté sur ordre de notre bien aimé roi Lancelot pour haute trahison envers le royaume de Bretagne. »

Ledit bandit en resta un instant abasourdi avant de voir la lueur coupable qui luisait au fond des prunelles de l'aubergiste. « Kado ! Pourquoi ?!

- Ils tiennent mes filles Venec, renifla le traître, tu dois me croire ! Ils ne m'ont pas laissé le choix ! »

Le plus jeune, qui commençait à s'agiter entre les mains des deux hommes de Lancelot, voulut répliquer qu'on avait toujours le choix. Mais une énorme masse s'abattit à l'arrière de son crâne, l'empêchant de parler, et le plongeant accessoirement dans l'inconscience.

Alors que ses hommes traînaient le renégat vers l'extérieur, le petit chef du groupe s'approcha de Kado et fourra une bourse de pièces d'or dans sa main.

« En vous remerciant pour votre collaboration. »

L'aubergiste devint rouge de colère et dut se contrôler pour ne pas frapper l'homme en blanc. « Je n'ai que faire de votre argent ! Libérez mes filles. Et ne menacez plus jamais ma famille. »

L'homme se contenta de sourire et tourna les talons. Il ne resta plus rien de la scène qui venait de se jouer devant lui, à part l'ombre amère de sa culpabilité.

Les deux jours d'attente passèrent très lentement aux yeux d'Arthur, qui, même s'il redoutait l'issus de l'affrontement, devait bien admettre qu'il était impatient de connaître l'état de ses proches. Il avait déjà préparé ses provisions de nourriture avec l'aide de Kalupso pour être sûr d'avoir ce qu'il fallait. Il passa la plupart de son temps avec la jeune fille, conscient du fait qu'il n'allait pas la revoir tout de suite. Peut-être même pas la revoir du tout, en fait. D'ailleurs, Arthur n'avait pas osé relancer le sujet mais la romaine ne lui avait pas fait part de sa décision concernant son possible déménagement en Bretagne, et l'angoisse montait chez le souverain. Et si elle souhaitait rester à Rome ? Il ne pourrait pas l'en empêcher. Mais lui ne pourrait pas se séparer de la personne qu'il avait souhaité trouver plus que tout. Renoncerait-il de nouveau au trône de Bretagne ? Mais alors, à quoi bon combattre Lancelot ? Ces questions tournèrent en boucle dans sa tête toute la nuit, l'empêchant de trouver le sommeil. Kalupso avait bien remarqué sa mine fatiguée mais n'avait pas fait de commentaires.

Ils discutèrent de sujets légers pendant les repas, firent des promenades encore plus longues que d'habitude dans les rues de Rome, jouèrent aux dés et s'entraînèrent comme si de rien n'était. Tout était prévu pour éviter au maximum de discuter de ce qui les tracassait tous les deux. Car Kalupso dormait mal, elle aussi. Pourtant, elle avait la réponse à la question d'Arthur depuis bien longtemps. Seulement, un mauvais pressentiment bien tenace la rongeait de l'intérieur, grignotait ses boyaux petit à petit. Et plus l'heure du départ approchait, plus elle se questionnait. Si bien qu'au beau milieu de la deuxième nuit, une réponse lui vint naturellement. Elle ne savait pas encore pourquoi, mais il était impératif qu'elle accompagne Arthur en Bretagne pour l'aider à récupérer son trône. Il le fallait.

Arthur eut du mal à émerger de son sommeil le matin du départ. Une boule d'angoisse grignotait son ventre lentement. Il inspira profondément plusieurs fois avant de réussir à se lever. Kalupso l'attendait dans un des salons, épluchant des fruits.

« Bonjour Arthur ! Venez manger, il faut prendre des forces. »

Le roi hocha doucement la tête avant de s'asseoir en face de la jeune fille. Son regard fut attiré par son baluchon de nourriture qu'il avait posé dans un coin de la pièce. Il n'était plus seul. Un second sac, taillé dans un tissu plus sombre que le sien, s'appuyait sur le mur, et il avait l'air bien chargé.

« Qu'est-ce que c'est ?

- Ça ? Oh, juste une deuxième réserve de nourriture, nous en aurons besoin, à deux. Je viens avec vous. »

Les sourcils d'Arthur se haussèrent et il crut avoir mal compris. « Comment ça vous venez avec moi ?

- Et bien, vous aider à reprendre votre trône, tout ça. Je vous accompagne. »

La boule de stress d'Arthur grossit. « Mais… mais depuis quand ? Non, c'est trop dangereux, il faut que vous restiez ici, à l'abri. »

La romaine se crispa légèrement. « Vous allez avoir besoin du plus de monde possible, non ? Je sais me battre, vous l'avez bien vu. Je sens que j'ai un rôle à jouer auprès de vous, laissez moi venir, s'il-vous-plait. » Elle profita du silence déconcerté du breton pour se lever en vitesse et attraper ce qu'elle avait caché derrière la banquette. « Et puis regardez ! J'ai tout prévu. »

Son grand sourire innocent fut caché par des vêtements d'homme confortables et légers.

« Comme ça je serai entièrement libre de mes mouvements, c'est mieux pour se battre à l'épée. »

La respiration du souverain se fit erratique et il devint pâle. Kalupso se précipita vers lui et posa ses mains sur celles, tremblantes, d'Arthur. « Respirez, respirez. Doucement. » Elle insuffla des vagues de douce quiétude à son invité et le sentit se décontracter petit à petit. La boule d'angoisse devint bien plus légère. Arthur parvint à articuler de nouveau.

« Où est-ce que vous avez trouvé ça ?

- J'ai couru en ville dès le lever du couvre-feu. Quelques marchands installaient déjà leur boutique et j'en ai trouvé un qui vendait des vêtements. Ils n'étaient pas donnés mais au moins je suis équipée. J'ai même un manteau pour braver le froid de Bretagne. Vous voyez, tout se passera bien.

- Le marchand a accepté de vous vendre ça? »

Elle pouffa et planta son regard dans celui du roi. « J'ai dit qu'ils étaient pour mon père, que c'était un cadeau que je voulais lui faire. »

Arthur se perdit dans les prunelles noires. Un instant, il eut envie de tout lui révéler, pour qu'elle comprenne pourquoi il était là, pourquoi elle était là, pourquoi elle devait rester ici à l'abri. Pourquoi il ne supporterait pas qu'il lui arrive quoi que ce soit. Il se ravisa. Sa survie n'était pas certaine face à Lancelot et il ne voulait pas donner de faux espoirs à la jeune romaine. Cette dernière tenait toujours ses mains et diffusait calme et sérénité dans son être. Arthur se sentait bien. Le sourire encourageant de Kalupso lui donnait des forces et il dut admettre qu'il serait sûrement plus fort avec elle à ses côtés, bien que plus inquiet. A peine touché par cette pensée, il sut qu'il ne pourrait pas dire non.