- Depuis combien de temps ?

Les sorciers regardèrent Jedusor sans comprendre. Peut-être justement parce qu'il n'avait fait que parler, et qu'il n'avait pas encore essayer de les tuer ? Ou peut-être parce que sa question était simple, et non pas suivie d'une trentaine de requêtes supplémentaires ou de menaces ? Or, c'était bien ce à quoi ils s'étaient attendus de sa part. Surtout, après ce qu'il venait d'arriver, et ce qu'ils lui avaient dit. Malgré tous leurs efforts, ce jour funeste était venu. Celui où le corps de Ginny avait de lui-même, révéler leur secret au grand jour... avait réduit leurs efforts en poussière... avait révéler Magnus à son père. En voyant son ventre, Tom avait semblé tomber d'une falaise, restant figé de stupeur, les yeux écarquillés et fixés sur elle. Mais il n'avait rien dit. A la place, il n'avait fait que regarder Hermione et Drago lui jeter une dizaine de sort, dans l'espoir de ralentir l'inévitable et de la sauver avant qu'il ne soit trop tard. Dans son incompréhension et son mutisme, c'était bien la seule chose qu'il avait réussi à assimiler : l'enfant qu'elle portait, la tuait. D'où son absence de la journée, d'où sa pâleur toujours plus grandissante et ses douleurs inexplicables... d'où cette magie qui l'avait repoussé... c'était lui depuis le début. Cet enfant dont il ignorait tout, et qui changeait absolument tout.

Au début, et dans l'adrénaline de la situation, il n'avait pas réalisé ce qu'un enfant représentait, ni même voulait dire. Il n'avait pensé qu'à Ginny, et tout le temps pendant lequel elle lui avait menti. Mais plus les secondes étaient passées, plus son regard s'était ancré sur son ventre. Un ventre qui désormais portait un tout autre symbole : Celui de la trahison. Or il ne s'agissait pas de n'importe quelle trahison, non. Elle était plus intime, plus personnelle et de ce fait, elle ne s'en trouvait que plus insupportable et douloureuse. Car cet enfant, avait un père quelque part. Ou du moins il en avait eu un, le jour de sa conception. Et cela suffisait à le hanter. Cela suffisait à ravager son âme et son cœur d'une douleur qu'il n'avait encore jamais connue jusqu'à ce jour. Celle de la colère, la confusion, la trahison, l'incompréhension, l'inquiétude, l'effroi et la jalousie ; tout cela mélangé dans un écrin de glace pilée qui lui torpillait les boyaux dans une nausée de dégoût. Il avait fait erreur depuis le début. Ginny n'était pas à lui. Elle ne l'avait jamais été. Et cette idée le rendait fou. Fou d'une rage encore neuve, atténuée par le choque et une incompréhension toujours plus grandissante, mais une rage quand même, qui, il n'en doutait pas, exploserai en lui sans qu'il ne puisse l'arrêter. Car déjà une haine sourde le taraudait, galvanisée par son regard toujours plus insistant sur ce ventre profane.

Pour autant, il n'arrivait toujours pas à comprendre les autres éléments qui le hantait. Lui qui pensait avoir trouvé leur faille en apprenant la véritable identité de Drago, s'était vu renvoyer à la case départ. Leur secret n'était pas unique ; il y en avait plusieurs. Bien trop même, si bien qu'il en avait eu le vertige et qu'il n'avait pas pu se résoudre à les laisser emmener Ginny sans lui. Ce fut là le seul instant où il retrouva un peu de lucidité dans le trouble de son esprit, et où il imposa sa présence sans condition possible. Face à lui et à l'urgence, les sorciers n'avaient pas bataillé, conscients que désormais plus aucun mot ne saurait le dissuader de poursuivre sa quête de savoir. Et c'était donc ainsi, qu'ils étaient arrivés en catastrophe dans la salle sur Demande, stupéfiant davantage le jeune mage noir, qui était entré la bouche ouverte dans cette salle dont il n'avait entendu que des rumeurs. Une salle cachée et magique, qui lui offrit la vue d'une pièce semblable à la Grande Salle mais aménagée comme il ne l'aurait jamais imaginé. Bouche bée, il avait vu Blaise se précipiter sur Ginny, et le regarder livide et sans voix. Il avait finalement demandé des explications, que Drago et Hermione lui avaient donné en quelques mots. Des mots si concis que Jedusor n'en avait pas compris le moindre sens, alors qu'ils avaient semblé presque révélateurs pour le jeune métis.

Pendant plus d'une demi-heure il les avait vu s'occuper de Ginny comme du trésors le plus précieux au monde, et avait compris alors ce qu'elle avait voulu dire par le mot "famille". Jamais de sa vie, il n'avait vu autant d'inquiétude dans leurs regards. Jamais de sa vie, il n'avait vu des gens autant craindre de perdre une proche. Comme si leur vie entière ne reposait qu'en elle. Comme si c'était elle, la clé de leur existence, leur salut. Comme si elle était leur reine... Puis, une fois que son état s'était enfin stabilisé, Hermione avait envoyé un hibou et ils s'étaient enfin tournés vers lui, apeurés et incertains. Or, il avait rapidement compris que ce n'était pas lui qu'il craignait, mais quelque chose de plus grand, plus grave, et plus déstabilisant encore que ce qu'il n'imaginait. Alors ils avaient commencé à lui parler. A lui dire que oui, Ginny était bien enceinte, et qu'ils avaient dû garder le secret pour la protéger, elle et l'enfant. A cet instant, des milliers de questions étaient née dans son esprit engourdi. La protéger de quoi ? De qui ? Pourquoi ? Tant de mots et de pensées confuses l'avaient envahi, qu'une autre nausée l'avait saisi ; qu'une sueur froide avait parcouru son dos ; et qu'il n'arriva plus à s'entendre réfléchir. Ses émotions avaient submergé son cœur, réduisant toute réflexion logique à un brouillard épais et impénétrable. Alors, il ne leur avait dit que ses quatre mots, seule substance réfléchie qu'il avait réussi à extraire de son crâne dans l'instant.

- Depuis... depuis combien de temps elle est enceinte, ou depuis combien de temps nous le cachons ? Demanda Hermione plus gênée que jamais.

Sa question le fit sourire, et d'une main épuisée il s'ébouriffa les cheveux, atterré par tout ce qu'il découvrait en moins d'une heure. Atterré par ce qu'il commençait à comprendre.

- Depuis combien de temps tout cela dure ?! S'exclama-t-il désormais hors de lui et le regard fou. Cette salle, ces mensonges et ce... ce...

Il pointa le ventre énorme de la rousse, toujours inconsciente sur l'un des divans, mais n'osa pas dire le mot correct pour le désigner. Cela ne l'aurait rendu que trop réel.

- C'est compliqué... balbutia la Granger. On... on ne pouvait le dire à personne et...

- Pourquoi ? Et pourquoi vous cachez vous ici ? Pourquoi être venu à Poudlard si elle était enceinte depuis le début ?!

- On ne le savait pas ! Et elle non plus ! S'écria Blaise à son tour. On l'a découvert à son réveil, mais rien de tout ça n'était prévu !

- Dans ce cas qu'est-ce qui l'était ? Hein ?! Qu'aviez-vous prévu en venant à Poudlard ?

Les sorciers se regardèrent entre eux, incapable de lui révéler tout ce qu'il désirait savoir, et pourtant conscient que leur couverture était désormais partie en fumée.

- On ne peut rien dire. Souffla Drago.

- Rien dire ?! Vous vous fichez de moi !

- C'est la vérité !

- Oh bien sûr ! C'est vrai que tu es bien placé pour parler, n'est-ce pas Malfoy ?

Le nom du blond les figea tous sur place. Drago ne sut quoi répondre, confus et presque bouleversé de s'entendre être appelé par son véritable nom. Un nom, et une identité qu'il avait presque oubliée, au cours de ces mois de mensonges. Tout comme ses amis. Sur leurs visages se peignirent surprise, choque et horreur, si bien que ce fut le seul instant de réconfort de Jedusor. A les regarder, il n'y avait plus de doute possible. Il avait vu juste. Mais ne pouvait pas en rester là. Il devait savoir. Il avait besoin de savoir.

- Co... comment...

- Tu pensais vraiment pouvoir prendre la place d'Abraxas sans que je ne m'en aperçoive ? Sans que je ne t'y autorise ?

Aucun d'eux ne trouva quoi dire, désemparé par la tournure dangereuse que prenait les choses.

- J'ai toujours su que vous maniganciez quelque chose dans mon dos, alors j'y ai vu une opportunité ! En mettant la bague d'Abraxas, tu m'as révélé ton identité, mais je n'arrive toujours pas à comprendre pourquoi un Malfoy cacherait son nom, ou pourquoi Abraxas n'a aucune idée de qui tu es. J'ai cherché partout une réponse dans sa généalogie mais rien ne concorde jamais ! Et puis maintenant... ça. Dit-il en regardant Ginny. Combien de chose me cachez-vous encore ?! Combien de secrets gardez-vous ?

- On ne peut rien dire. Dit Hermione livide et tourmentée. Les conséquences seraient irréversibles...

- Non. Intervînt alors brusquement le blond. Il a raison.

- Drago ?!

- Je suis bien un Malfoy. Souffla-t-il en ignorant le regard de ses compères. C'est vrai et... tu m'as démasqué. Mais nous devions garder le secret. Personne à Poudlard ne devait savoir.

Sa confession surpris tout le monde, Jedusor le premier, mais il ne put s'empêcher de s'en méfier. Honnêteté ne rimait jamais avec eux.

- Oh moins un qui l'admet. Dit-il. Mais cela n'explique rien. Dîtes moi pourquoi vous vous cacher !

- Nous ne pouvons pas te le dire. Continua-t-il. Notre sécurité à tous, y compris de Ginny et de son enfant, en dépendent ! Si jamais notre secret se répandait ce sera la fin de tout !

- Tu penses vraiment pouvoir m'amadouer en évoquant cet ignoble bâtard ?! Rit-il cruellement. Cet enfant ne vaut rien ! Pas plus que l'un d'entre vous ! Et je peux vous assurer que votre sécurité est déjà bien assez compromise, alors parlez !

- Ce n'est pas un bâtard ! S'emporta brusquement Hermione.

- Oh, vraiment ? Pourtant je ne vois aucun père le défendre dans les parages. Grinça-t-il.

Les sorciers déglutirent, à la fois meurtris et outrés des mots qu'il prononçait à l'égard de Magnus. A l'égard de son propre fils. Pour autant, et malheureusement, il disait vrai. Son vrai père, leur Maître, n'était pas là. Un rappel tout aussi douloureux qu'insupportable.

- Il a été perdu pendant la guerre. Souffla Blaise amer. Mais son fils est légitime !

- Peu m'importe ! Ça ne change rien ! Ou si, peut-être une seule chose. Cela m'en fera un de moins à tuer.

Il s'arma instinctivement de sa baguette, dégageant une aura si sombre et si brusque que les Sorciers eurent un mouvement de recul instinctif. Dans leurs peurs et leurs colères, ils en avaient presque oublié à qui ils parlaient. Or ce rappel était lui aussi très clair. Jedusor ne reculerait devant rien pour savoir, et ils étaient piégés. Mais pas désarmés pour autant. Dans un réflexe, ils le menacèrent à leur tour, baguettes en avant dans l'espoir que leur nombre suffise à le faire battre en retraite. Mais c'était mal le connaître. Sans sourciller face à eux, il campa ses positions, et afficha un regard si enflammé qu'ils en frissonnèrent d'effroi. Face à face, une guerre grondait désormais entre eux, transformant le ciel magique de la grande salle en un orage sombre et dangereux. Un orage dont personne ne semblait capable d'en sortir.

- Parlez !

- On ne peut rien dire ! S'écria Hermione. Ça bouleverserait tout !

- De quoi parles-tu ?

- C'est au-delà de tout ce que tu pourrais comprendre et imaginer... Insista Blaise. Crois-nous.

- Pourquoi ? Dit-il alors. Vous ne savez que mentir !

- On n'avait pas le choix !

Ces mots parurent insupportables aux oreilles du Sorcier. Dans sa rage, et son aveuglement de plus en plus grand, sa magie le submergea, laissant échapper le premier sortilège d'une dizaine qui suivirent. C'est Hermione qui répliqua la première, se mettant en première ligne devant Ginny pour la protéger, tandis que se mirent à ricocher, lumières et champs de force au-dessus de leurs têtes. Toute la haine, la frustration et la déception de Tom se sentirent dans la seule force de ses sorts, que Drago et Blaise eurent du mal à contenir à eux deux. C'était comme si toute une armée se défoulait sur eux, réduisant leurs Protégo à de vulgaires sorts de premières années, et leurs répliques à de minces fuseaux à peine perceptibles. A le regarder, Jedusor ne ressemblait qu'à une bombe leur explosant en plein visage, et il lui ne fallut pas plus de quelques instants pour désarmer Drago et projeter Blaise contre une table qui s'explosa sous lui. Il n'y avait aucun doute. Même à trois, ils étaient tous à sa merci.

Horrifiée, Hermione tenta bien de l'arrêter à son tour mais il l'expédia tout aussi violemment que les autres au sol dans un gémissement de douleur. Loin d'en avoir fini, il la saisit par le cou, l'étranglant à moitié dans sa fureur, et toujours obsédé par sa seule et unique quête. Celle de savoir.

- Parle ou meurs.

- Arrête... je t'en prie...

C'est à peine si elle s'entendit le supplier, mais qu'aurait-elle pu faire d'autre ? Le souffle coupé sous la poigne de son bourreau, elle se débattit, le griffant de part en part du visage mais senti très vite ses joues brûlées sous le manque d'oxygène. Au loin, elle put percevoir le cri désespéré de Drago, mais ne put y répondre. Sa trachée, écrasée sous la poigne de son futur maître, lui donnait l'impression de se rompre dans sa gorge. Une douleur que Tom jugeait mérité tandis que sa fureur se déversait sur elle dans un grondement bestial. Une fureur dévastatrice, qu'elle lut dans ses iris rouge vif, et qu'elle put presque comprendre à mesure que sa conscience s'évadait et que ses bras retombaient mollement sur le sol, vide d'énergie et engourdi. Car, en un sens, il avait raison. Ils l'avaient trahi au-delà du possible, et des pires manières qui soient. Sa réaction était prévisible, voire presque compréhensible. Et ils avaient eu tort de croire qu'ils pouvaient y échapper. En un sens, ils ne faisaient que récolter ce qu'ils avaient eux-mêmes semé. Soit les graines du mal absolu, arrosée chaque jour par leurs mensonges de plus en plus prononcés. A cette pensée et dans le silence résonnant d'un acouphène, Hermione se dit qu'ils auraient peut-être mieux fait, de ne jamais remettre les pieds à Poudlard ; et que là était sans doute, leur toute première, et la plus impardonnable, de leurs erreurs.

- Parle ! Hurla-t-il.

Dans sa rage, le sorcier ne vit pas ses yeux, désormais clos, qui s'étaient fermés sur un regard désolé, et des larmes muettes. Comme il ne vit pas non plus, Drago ramper jusqu'à sa baguette au sol.

- Ne la touche pas !

Ce fut la seule chose qu'Hermione réussit à entendre avant que l'air n'afflue de nouveau dans ses poumons. Projeté par un violent sort du Malfoy contre la bibliothèque, Jedusor vola pour s'écraser durement au sol dans un gémissement animal. Sa rage ne faisait que grandir, mais ce qu'il ignorait, était qu'un autre monstre venait de se réveiller... un monstre sommeillant dans Drago depuis le jour où il avait su qu'Hermione était son avenir. Un monstre qui n'avait pas hésité à torturer son propre père pour protéger la femme qu'il aimait. Un monstre qui avait rêvé des nuits entières de torturer Abraxas. Et un monstre qui affronta, avec autant de haine, le regard noir du seigneur des ténèbres.

- Tu penses vraiment pouvoir me battre ?! S'écria Jedusor dans un sourire sadique.

- Tous les Malfoy ne s'écrasent pas devant un tyran.

- Nous verrons ça.

Hors de tout contrôle, Jedusor prononça plus de sorts que sa baguette ne put en lancer en quelques secondes, transformant la Salle sur Demande en un champ de bataille méconnaissable. Mais cela n'arrêta pas Drago, qui répliqua avec autant d'adrénaline et de férocité. Toujours au sol et groggy, Hermione roula sur elle-même le souffle haletant, avant de se retourner vibrante de peur à l'idée de voir l'un des maléfices atteindre Ginny. Mais Blaise était là. Sans hésiter, il avait rampé jusqu'à elle, les jambes en sang, et le visage imprégné de la même douleur que celle qui l'avait submergé lors de l'attaque sur le Stade. Mais aucune douleur du monde n'aurait su l'empêcher de protéger son amie. Par elle ne sait qu'elle moyen, il avait réussi à la mettre au sol et la couvrait de son propre corps, un champ de force vacillant formé autour d'eux. Rassurée un court instant, Hermione ne le fut cependant pas longtemps et frissonna quand un sort de Mort l'effleura de justesse. La situation empirait. Tout allait beaucoup trop loin, les mettant en danger plus que de raison. Si l'un d'eux mourraient, tout serait fini. Mais si Tom mourait, alors ce serait leur avenir tout entier qui serait anéanti. Et pourtant, il n'y avait pas de solution. Ils étaient piégés. Mais devaient survivre.

Rampant à son tour jusqu'à sa baguette, elle s'évertua à lancer quelques sorts, mais aucun d'eux ne résista au no man's land des deux sorciers. Rien ne semblait capable de les arrêtés, tous deux aveuglés par leur haine respective. Du moins c'est ce qu'elle crut, jusqu'à qu'elle n'entende Jedusor s'écraser de nouveau contre un mur, cette fois dans un hurlement de douleur qu'il eut du mal à retenir. Stupéfaite et horrifiée, elle le vit au sol, dans une mare de sang de plus en plus large tandis que son corps se parcourait lui-même d'entailles infernales. Des entailles significatives, et signature d'un sort qui n'existait pas encore. Un sort souvent mortel... Un Sectum Sempra, que Drago avait lui-même enduré du temps de leur scolarité, et dont la force fut suffisamment grande pour contrer leur futur mage Noir. Presque en transe, Drago s'avança, le regard fou face à Tom, et le saisi par le col pour le regarder dans les yeux. Il n'y avait que haine et orgueil, mort et désespoir, mais aussi de la douleur. Une douleur qui n'avait rien à voir avec la torture qu'il endurait à cette heure.

- Ce sera... ta seule chance. Souffla-t-il alors.

- Drago ! Hurla Hermione paniquée.

- Tue moi... maintenant. Vas -y !

Il le défiait dans son ultime orgueil. Si bien que le blond considéra véritablement cette option dans sa rage, oubliant presque les conséquences qui en découlerait.

- Prouve moi que les Malfoy ont un peu de cran. Vas-y ! Insista-t-il.

Les dents serrées et la main tremblante d'envie, le jeune homme leva sa baguette. Alors qu'elle restait figée, suspendues dans les aires dans toute la menace que ce geste invoquait, Drago imagina déjà leurs vies sans lui, sa surveillance constante, sa menace et ses pièges. Une vie simple et plus facile. Une vie sans mensonges et sans peur. Ils n'auraient plus à surveiller leurs arrières, leurs mots ou leurs fréquentations. Ils seraient libres. Et pourtant, cette vie si tentante, serait vide de sens. Car, qu'il le voulait ou non, cette idée le faisait malgré tout frissonner d'une horreur qu'il n'osait concevoir. Ginny ne lui pardonnerait jamais, pas plus qu'Hermione ou Blaise. Et ils perdraient tout. Ils avaient besoin de lui. Ils avaient besoin de leur maître, de leur avenir, de leurs enfants... et il seul était capable de leur donner. Lui seul était la véritable raison de leur survie et de leur combat permanent...

Affligé, et toujours aussi prompt à céder à son démon, le Malfoy soupira dans sa capitulation mais ne put se retenir dans sa colère. Furieusement, il lui asséna un coup en plein nez, et le laissa retomber mollement au sol dans un gémissement plaintif. D'un coup de baguette, il leva le sort du Sectum Sempra, presque déçu, mais pourtant profondément convaincu que sa survie leur apporterait plus que sa mort. Sans comprendre, le nez en sang et toujours sol, Jedusor le regarda, hésitant, et pas encore certain du choix du jeune homme. Pourtant il respirait encore, et rien que ça, constituait déjà une victoire évidente.

- Je ne veux pas te tuer imbécile ! Explosa Drago en récupérant la baguette du sorcier au sol.

- Tu viens de commettre la plus grosse erreur de ta vie.

- Au contraire ! Je viens de l'éviter...

- Tu...

- On a besoin de toi ! S'écria-t-il à bout. Tu ne le comprendras peut-être jamais, mais ta vie vaut autant que celle de Ginny pour nous !

- Tu es fou... souffla-t-il le visage grimaçant.

- Peut-être. Mais si c'est le cas, alors nous le sommes tous, car aucun de nous ne te laissera jamais mourir !

- Pourquoi ? Demanda-t-il malgré tout. Je n'aurais pas eu cette clémence !

- Nous le savons bien. Mais c'est ainsi. De toute évidence, nous sommes coincés ensemble que ça te plaise ou non !

- Tu penses vraiment que ta faiblesse m'empêchera de vous infliger le châtiment que vous méritez ? Vous n'êtes que des traites et des lâches.

- Par Merlin ! S'horrifia-t-il dépassé. Oui, nous t'avons menti ! Et oui, nous n'aurions pas dû ! Je m'appelle bien Drago Malfoy, et si tu veux tout savoir, Blaise est un Zabini et Hermione, une Granger ! Nous ne sommes pas français, et nous ne sommes pas non plus des réfugies de guerre ! Ginny non plus ! Nous avons tous été piégés par un Esprit du Temps, et nous nous évertuons à essayer de survivre ! Mais même si nous le voulions, nous ne pourrions pas tout te dire ! Aussi bien dans notre intérêt, que dans le tien !

Jedusor haletait, toujours au sol, mais néanmoins étrangement attentif aux mots du Malfoy. Pour la première fois depuis leur arrivée, la vérité résonnait dans ce qu'il disait. Une vérité lourde, qui semblait peser sur eux comme un fardeau, dont ils ne pouvaient se délester. Le visage tordu de douleur, il se releva comme il put, le dos courbé sous le poids de ses vêtements imbibés de son propre sang et le corps plus douloureux que jamais. Ce sort lui était inconnu mais aurait pu sans aucun doute le tuer. Or, il ne l'avait pas laissé faire. Il l'avait sauvé pour il ne savait qu'elle raison saugrenue, bien qu'il soit conscient de la menace qu'il représentait pour eux. Une menace qu'ils semblaient étrangement tous bien moins craindre, que sa mort.

- Ce que tu dis n'a pas de sens. Dit-il.

- Pas pour toi. Souffla Hermione, la voix rauque. Mais tu dois nous croire.

- Pourquoi ?!

- Je t'ai laissé vivre. Ce n'est pas une assez bonne raison ?!

- Non. Pas encore.

- C'est tout ce que tu obtiendras de nous.

- Je n'arrêterais jamais ! Je veux des réponses ! S'exclama-t-il toujours aveuglé. Je veux savoir comment vous savez toutes ces choses sur moi, et pourquoi vous vous cachez ! Même si je dois tous vous exterminer pour cela !

Drago serra les dents dans une soupir, conscient qu'il était inutile de parler avec un sourd. Jamais il ne s'arrêterai. Il disait vrai. Il était évident qu'il serait prêt à les pourchasser jusqu'au bout du monde, et ça, aucun d'eux n'en doutait. Mais comment lui dire la vérité ? Et quoi lui dire sans risquer de compromettre toute la ligne temporelle de leur avenir ? Il en savait déjà presque trop, les mettant en danger lui, et leur époque. Tout lui dire, ne reviendrait qu'à commettre un suicide. Le suicide de tout un futur. A court de solutions, le blond se tourna vers Hermione, toujours silencieuse, une main posée sur sa gorge devenue violette. Blaise, quant à lui, était resté au sol, Ginny toujours inconsciente dans ses bras. Ils étaient tous perdus et déchirés, plantés au milieu de ce qui ressemblait plus à un champ de bataille qu'à autre chose. C'était ce à quoi ressemblait leurs vies. A un désordre sans nom et une guerre sans fin...

Mais cela devait cesser. C'était une certitude.

- Nous protégeons notre identité dans le seul but de pouvoir enfin rentrer chez nous. Dit alors Blaise, la gorge serrée dans le silence oppressant.

- Blaise !

- C'est bon Hermione. Souffla-t-il fatigué. Ça ne sert plus à rien de mentir. Sans lui, on est tous morts. Et sans nous... c'est lui qui mourra.

- J'en doute fortement. Cingla-t-il.

- Tu as tort. Parce que c'est la vérité. Tu ne le comprends peut-être pas aujourd'hui, mais un jour tu verras.

- Arrêtez ces énigmes ridicules ! Vous n'êtes rien pour moi !

- Pas pour le moment. Mais Ginny n'est pas rien, pas vrai ? Ajouta Drago. Tu le sais, et tu le sens. Quelque chose te lie à elle, et tu ne sais pas l'expliquer. Une force plus grande que toi.

- Fais très attention à ce que tu dis. Siffla-t-il.

- Tes menaces sont inutiles. Et nous tuer ne te serviras à rien. C'est nous qui avons toutes les réponses.

- Dans ces cas répondez à mes questions ! Pourquoi cachez-vous vos identités ? Et pourquoi cet esprit vous pourchasse-t-il ?

- Si tu savais pourquoi, tu ne voudrais pas nous croire. Souffla Hermione.

- Essaie toujours.

Alors qu'elle cherchait déjà ses mots, une vive lueur s'éleva dans la salle, plus forte encore que n'importe quel sortilège, et les éblouis tous dans leur torpeur. Semblable à celle de l'Esprit du Temps, elle les fit tous se replier dans une grimace et une peur inconsciente. Ce halo, vif et imprégné d'une magie qui leur parut étrangement familière, provoqua éclair et foudre dans le ciel. Pourtant, et dans son silence résonnant, elle s'évanouit doucement dans ce qui sembla être le spectre d'un immense serpent argenté. Plus scintillant que jamais, sa force envahit la grande salle, les stupéfiant tous dans leur mutisme. Subjugués, les sorciers le regardèrent voler au-dessus d'eux et siffler impérialement dans les aires, quand l'évidence frappa Hermione dans un souffle de surprise. Ce n'était pas l'Esprit du temps. Oh non. Mais un Patronus.

- C'est le... le...

- Le Basilic.

- C'est impossible...

Les sorciers du temps se regardèrent entre eux, bouleversés par cette apparition inattendue et insensée. Pourtant, ils ne faisaient pas erreur. C'était bien lui. Le Patronus de leur maître. Le Patronus futur de Voldemort. Il était là, identique aux souvenirs de leur captivité, ravivant en eux une émotion si vive, qu'ils ne purent placer le moindre mot dessus.

- Qu'est-ce que c'est que ça veut dire ? S'enquit Jedusor à la fois fasciné et dérouté. Comment le Basilic peut-il être là ?

Mais cette fois, aucun d'eux n'avaient de réponses. Le Basilic n'était pas censé exister sous cette forme. Pas encore du moins. Le voir ici, n'avait pas le moindre sens. Et pourtant, c'était vrai. Il était là, envahissant la salle de son aura puissante et pourtant si rassurante. Le temps s'égrena lentement à mesure qu'il serpenta dans les airs, avant qu'il ne se mette bruyamment à siffler, et ne se retourne vers Ginny. Sous leurs yeux écarquillés, il renversa Blaise dans frémissement menaçant et autoritaire. Puis, empreint d'une docilité et tendresse surprenante, il s'enroula presque amoureusement autour de leur amie et de son ventre dans un bruissement d'écaille élégant ; laissant les jeunes gens plus confus que jamais.

- Que fais mon Basilic ici ?! S'emporta alors Tom.

- On ne sait pas, c'est... c'est impossible qu'il puisse être là. Bafouilla Blaise, en s'accrochant à une chaise.

- Personne n'a donc jamais de réponses ?!

Sa colère importait peu dans l'instant, si bien que les sorciers l'ignorèrent, trop absorbés par ce qu'ils voyaient et ce que la présence du Basilic pouvait signifier. Dans leur silence, Drago frémit, et ne put s'empêcher de demander, à son tour.

- Hermione... tu penses que...

- Non, ça ne se peut pas... Répliqua-t-elle vivement, sans arriver à croire à l'éventualité qu'il suggérait. Il... il ne peut pas être là... ce serait... ce serait de la folie.

- Mais son Patronus est là !

- Il doit forcément y avoir une autre explication...

- Hermione...

- L'esprit ne l'aurait pas laisser revenir... pas comme ça ! Dit-elle la voix tremblante, en saisissant Blaise par la taille pour l'aider à se redresser.

Et pourtant, seul Merlin savait à quel point elle faisait erreur. Dans un ultime sifflement du Basilic, un grondement retenti depuis le ciel. Un grondement suivit d'une voix. Une voix qu'ils connaissaient, et qui leur parut sortie tout droit des méandres du temps. Une voix qui les fit frémir jusqu'au plus profond de leurs os. Comme une onde à peine audible, elle sembla se propager tout autour d'eux, envahissant la moindre parcelle d'air, pour devenir plus forte, plus vivante, et se transformer en ce qui ressembla presque à un rire. Un rire qui fit relever la tête du Basilic dans un mouvement docile et obéissant. Un rire qui projeta les sorciers dans une confusion irréelle.

C'était son rire.

Comme un fantôme descendu du ciel pour les damner, une forme apparue alors ; puis un visage, et enfin un corps. D'abords flou et à peine perceptible, il s'intensifia peu à peu, et s'ancra au sol dans une inspiration presque désespérée. C'était lui. C'était leur maître. C'était bien Lord Voldemort.


Coucou ! Alors, voici la suite et davantage de réponses mais aussi pas mal de questions XD Jedusor est au courant, leur secret ne tient plus et les conséquences de ces révélations semblent déjà être là. Qui est ce nouvel arrivant ? Est-ce vraiment Voldemort ? Que vont faire Harry et Ron après avoir reçu le Hibou d'Hermione ? Et leurs enfants ? Et bien, vous le saurez d'ici une grosse semaine ;) !

Merci beaucoup pour vos retours toujours aussi positifs et encourageants ! Je suis heureuse de voir que vous êtes toujours autant passionnés par cette histoire que moi !

A très vite ! Gros bisous !