- On ne peut rien dire... pas devant lui en tout cas. Dit Hermione en jetant un coup d'œil particulièrement mal à l'aise à Jedusor, dont le silence pétrifié n'avait fait que s'intensifier.
Le maître soupira, agacé et visiblement pressé. Pour autant, le choc de Tom ne passa pas avec les secondes. Au contraire. Jamais de sa vie, le jeune mage noir n'avait aussi peu compris ce qui lui arrivait. Jamais de sa vie il n'avait fait face à autant d'incohérence et de logique en même temps. Cet homme, aussi insensé que cela pouvait paraître, était son futur, avait appelé Ginny "sa femme", et avait l'allégeance presque maladive d'Hermione, Drago et Blaise. Ces simples informations réunies ensemble, lui donnait envie de sauter d'un pont. Et pourtant, elles ne lui avaient jamais autant ouvert les yeux. Car la vérité lui parvenait enfin. Ils venaient tous du futur. D'où sa découverte sur le jeune Malfoy, Drago n'étant rien d'autre qu'un descendant d'Abraxas. Oui...Cela expliquait tout, comme ne dégageait que davantage de question dont il n'était pas certain de vouloir les réponses. Le doute seul le torturait... et les réponses, l'auraient probablement achevée. Son futur le regarda alors, le visage fermé et pensif. Hermione avait raison. Sa présence compromettait tout. Il était un problème. Du moins pour le moment. Sans mot, mais dans un souffle fort, Voldemort soupira de nouveau, une main plongée dans sa poche.
- Dis-moi, Tom. Dit-il alors d'une voix forte. Que penses-tu que la vie t'a réservé, pour que je finisse ici, devant toi ?
Les sorciers froncèrent des sourcils, quelques peu surpris par cet échange irréel, mais les oreilles aux aguets. Déjà, on pouvait percevoir le souffle bégayant du sorcier percer fébrilement le silence qui l'entourait. Un silence opaque, que sa voix eux presque du mal à surmonter quand il vit son double s'approcher à son tour de lui. Ces deux visages, trop identiques et pourtant pas assez, se défiaient, dans un duel que l'Histoire elle-même n'avait pas prévu.
- J'avoue que... que je ne sais pas trop.
- Evidemment. Mais que crois-tu qu'il se passe ici ? Quelles sont tes théories ? Je me souviens en avoir élaboré des milliers tout au court de ma jeunesse. Sourit-il, presque à regret de cette époque.
- Une jeunesse pas si lointaine. Tu n'es pas âgé.
Cette remarque laissa les sorciers quelque peu sceptiques et grimaçant. Là encore, il faisait fausse route, à tel que Voldemort ne put s'empêcher d'émettre un ricanement. Celui de la consternation amusée, face à une naïveté presque candide.
- J'aimerai bien te croire. Mais un fossé temporel nous sépare. Plus que tu ne peux l'imaginer.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Que tes yeux te trahissent. Ils te renvoient une vision erronée de la réalité. Tu ne peux pas te fier à eux, face à moi. Ni, face à aucun de nous...
- Maître, êtes-vous certains que c'est judicieux ? S'inquiéta Drago. Le moindre savoir en sa possession peut nous être fatal !
- Tu dramatises beaucoup trop. Dit-il alors sans détourner son regard de son visage à ses yeux, juvénile.
- Mais c'est vrai ! Insista Hermione. Vous même nous l'avez dit.
- Je partageais vos craintes en ce temps. Mais aujourd'hui, nous ne sommes pas livrés aux risques que nous courrions avant.
- Quels risques ? Demanda Jedusor mal à l'aise devant l'intensité de son propre regard.
- Celui de te voir tout faire pour empêcher l'inévitable de se produire. Celui de te voir chercher à changer le temps, l'espace, et le monde à ta guise. Un risque réel, et dangereux pour nous tous.
Il fit une pause, comme s'il méditait chacun des mots qu'il prononçait. Des mots mesurés qui pourtant, firent frissonner l'échine de son passé plus qu'aucun autre.
- Je me souviens de cette époque. Je me souviens de qui j'étais et de comment je voyais les choses. Je me souviens de mes ambitions et de ce que j'étais prêt à faire pour les réaliser, les atteindre. Continua-t-il. J'étais impulsif et dangereux, sûrement bien plus que je ne l'ai jamais autant été. Et c'est pour cette raison, que j'en était presque venu à te craindre. On n'a peur de qui on est, que quand on a vraiment conscience de ce que l'on peut faire. Et toi, Tom... tu es capable de plus de fléau que tu en as conscience. Mais tu l'ignores. Moi non.
- Qu'est-ce que ça veut dire ?
- Je sais ce que tu peux, veux et va faire. Logique évidente, puisque je l'ai vécu avant toi. Mais cela veut aussi dire, qu'il est hors de question que je te laisse découvrir de quoi tu es capable. Pas maintenant en tout cas.
- Maître ? Demanda Blaise, plus perdu que jamais à l'écoute de ses dires.
- N'ayez crainte. Dit-il alors, en sortant un objet scintillant de sa poche. Pour une fois, l'Esprit a tout prévu.
- Qu'est-ce que c'est ? Demanda Jedusor, du bout de lèvres, devant la sphère bleutée que tenait son double avec ferveur.
- Une garantie. Celle de tes souvenirs actuels. Vois-tu, je reviens à l'instant même du voyage le plus déplaisant de toute notre vie, mais il n'est rien comparé à tout ce que tu peux nous faire endurer, toi. Ton savoir sur moi, sur eux, sur Ginny, peut tout détruire, tout me prendre. Alors, il me fallait trouver un moyen de le détruire lui, avant moi. Et pour une fois, les Dieux ont répondu à mes prières. Ils m'ont offert ça. La seule chose capable de te rendre inoffensif... de "me" rendre inoffensif.
- Tu ne peux pas me tuer. Paniqua Jedusor brusquement.
- Par Merlin non ! Tu dois vivre. Mais comme tu étais destiné de vivre. C'est à dire, sans aucune connaissance du futur.
- Mais l'obliéter serait impossible, il est trop puissant pour cela ! Intervînt Hermione.
- Correct. Mais il n'est pas question d'obliéter qui que ce soit. Cette sphère est un cadeau de L'esprit du Temps et est directement lié à moi. Et donc, indirectement à toi. Sa seule existence, t'empêchera donc de te souvenir de tout ça. De moi, du futur, de tes doutes, de ce à quoi tu as assisté... tout s'évapora dès l'instant où tu ne seras plus en ma présence. Ce sera comme avant, et donc comme cela aurait toujours dû être.
Le regard de Tom s'écarquilla de stupeur dans les souffles soulagés et inespérés des Sorciers. Son cœur n'osait pas le croire. C'était impossible. Il ne pouvait pas lui faire ça ! Pas maintenant qu'il savait enfin ce que son âme n'avait cessé de chercher depuis des mois ! Pas maintenant qu'il était à l'aube de réponses de toute sa vie... de la vie du monde. L'avenir s'offrait à lui sur un plateau d'argent, et pourtant on voulait le lui ôter alors qu'il pouvait presque déjà sentir son goût sur sa langue. La tentation ultime... le savoir absolu... qu'on lui dérobait de la manière la plus cruelle qui soit. Sa magie s'agita, son regard s'incendia et une indignation sans nom lui secoua l'esprit d'une violence presque douloureuse. Les dents serrées, il chercha à parler, mais dû s'y reprendre à deux fois avant de pouvoir aligner deux mots sans que sa rage ne le fasse bafouiller.
- Tu ne peux pas me voler mes souvenirs ! Hurla-t-il brusquement horrifié. C'est... c'est...
- C'est inévitable.
- J'ai le droit de savoir ! J'ai le droit d'obtenir des réponses !
- C'est vrai et tu les auras ; au seul détail près, que quand tu quitteras cette salle, tu les auras oubliés. Ainsi nos secrets seront sains et saufs, et le temps retrouvera son court.
- Tu n'as pas le droit !
- Tu crois ça ? Sourit-il, la sphère magique scintillant dans sa main.
- Comment oses-tu me faire ça ? demanda-t-il presque désespéré. Tu es moi ! Nous... nous sommes la même personne !
- Crois moi, j'en ai conscience. Soupira-t-il. Je sais ce que tu peux ressentir, et j'avoue que c'est vicieux de ma part de t'infliger ça. Mais si c'est le prix à payer pour protéger le futur auquel j'aspire, alors qu'il en soit ainsi. Et puis, vois-y le bon côté des choses. Désormais tu auras les réponses que tu veux.
- Sans en avoir le moindre souvenir ?!
- Les souvenirs te reviendront dès l'instant où nous serons réunis. C'est un moindre sacrifice, en échange de la connaissance qui t'attend.
- Mais maître, pourquoi lui rendre ? Demanda Blaise. Pourquoi ne pas lui enlever de suite, et supprimer la menace ?
Voldemort se tourna vers lui, dont l'inactivité de ses jambes l'avait laissé au sol. Il lut dans ses yeux les mêmes interrogations que ceux de ses amis, à laquelle la réponse était plus complexe qu'ils ne pouvaient encore l'imaginer.
- Parce que nous sommes au beau milieu d'une époque tourmentée et encore loin d'être tiré d'affaire. Nous avons besoin de lui. Et je sais d'avance qu'en échange de notre savoir, il nous aidera. Dit-il en le regardant de nouveau, un fin sourire calculateur aux lèvres.
- C'est une affirmation osée. Cingla Tom, un rictus malveillant collé sur le visage.
- Mais vrai. Car comme tu l'as si bien dit, nous sommes la même personne. Et personne à part moi, ne te connais aussi bien.
Il disait vrai. Et cela, Tom le savait. Pourtant, il ne pouvait empêcher son cœur d'infecter ses veines d'une haine toujours plus grandissante. Une haine dirigée, en un sens, envers lui-même. Car pour la première fois de sa vie, il était victime de sa propre personne et de son propre esprit... Une perte de contrôle qu'il détestait plus que jamais, car jamais il n'aurait pu imaginer scénario plus vicieux et cruel que celui-là. Il était pris au piège, sans possibilité de retour, avec pour seul ennemi, son propre visage.
- Je n'aiderai personne sans garantie.
- Tes souvenirs m'appartiennent et ne sont pas négociables.
- Dans ce cas je veux toutes réponses que vous me devez. De suite.
Un autre sourire naquît sur les lèvres de Voldemort. Presque satisfait, il inspira une crainte sourde dans le cœur de Jedusor ; une crainte que les Sorciers, derrière eux, partagèrent à leur tour. Car personne ne pouvait lire le Seigneur des Ténèbres. Pourtant, l'apparition de ses dents carnassières derrière ses lèvres étonnement sanguines, ne prédirent qu'une chose : la partie commencençait.
Tom se rendit compte de son apnée quand ses poumons se mirent à brûler. Pourtant, il s'en contreficha. A tel point, que les sorciers s'inquiétèrent de voir ses joues rosir sur sa peau livide. Lui expliquer en détail la situation n'était pas simple, même pour eux. Ils n'avaient jamais raconté tout ce qui leur étaient arrivé. A personne, pas même à Dumbledore qui n'avait eu que les grandes lignes. Mais ils avaient vécu tellement de choses, traversé tellement d'épreuves... qu'une vie ne serait pas suffisante pour tout décrire en détail. Et que la simple idée de mettre tout dans un ordre chronologique, leur donnait déjà une migraine. Pourtant, ils n'avaient pas eu le choix. Car là était leur marché avec le jeune homme. Celui des réponses qu'il attendait tant. Au début, il avait attentivement écouté, puis avait commencé à pâlir, pour fini aussi rose qu'un poisson clown hors de l'eau, la bouche ouverte et les yeux fixes. Raconter n'était pas aisé, mais comprendre était une autre paire de manche. Aussi, ils avaient fait de leur mieux, revenant d'une époque à une autre dans l'espoir de lui donner une vision globale des choses. Mais était-ce seulement possible ? En le regardant, ils ne savaient pas. Mais avaient tout fait pour essayer. Voldemort quant à lui, s'était désintéressée de la situation. Il avait pleinement confiance en ses fidèles pour dépeindre à son passé, la complexité de leur vécu, aussi il s'était tu, et n'avait écouté que d'une oreille distraite les explications bégayantes et bancales. Son esprit pourtant, était ailleurs, loin d'eux ; et n'avait que pour seule préoccupation, celle qu'il avait à son goût trop délaissé.
Assis à côté de Ginny, il ne l'avait pas quitté des yeux un seul instant, se laissant envoûter par ses cheveux de feu et la pâleur de sa peau. Une pâleur qui l'inquiétait bien trop, comme ne présageait que le pire. Une main serrant la sienne, et l'autre posée sur son ventre, il essayait tant bien que mal d'apaiser son fils, dont la magie ne faisait que croître au fil des heures. Il pouvait le sentir aussi clairement qu'il percevait le mal qui rongeait la jeune femme, le plongeant à son tour dans une tourmente dévastatrice. Sa vie ne tenait plus qu'à un fil, et ses espoirs de s'en sortir s'amenuisaient petit à petit. Si bien qu'il s'étonna presque de la voir encore respirer à cette heure. Son feu, lui, ne s'était pas essoufflé, et scintillait de toute sa force comme le Basilic à ses côtés. Elle se battait pour leur fils. Et quelque chose au fond de lui résonna, arrivant à le convaincre qu'elle se battait aussi pour lui. Pour eux. Pour leur famille. Et à cet instant, à cette heure de retrouvailles imprévues, il ne souhaitait qu'une chose. Qu'elle s'éveille. Qu'elle le regarde de ses iris tachetées, et qu'elle le voie. Qu'elle sache qu'il était vraiment là cette fois. Qu'elle n'était pas seule. Qu'elle ne l'avait jamais été...
Alors que son cœur s'alourdissait, il entendit Tom dire ses premiers mots depuis plus d'une heure de récit.
- Donc, vous venez de cinquante ans dans le futur, une époque où une guerre que j'ai causée fait des ravages, et où vous et moi avons été enlevé par une Esprit du temps, qui vous a enfermé dans une dimension parallèle, et dans laquelle elle a envoyé vos descendants, qui eux venaient d'un futur encore plus lointain.
- C'est ça !
- Mais en voulant en partir, la... la...
- Faille. Compléta Blaise.
- La "faille" vous a amené ici, en 1944 ; a plongé Ginny dans le coma et m'a enfermé dans un espace-temps dans lequel mon futur a erré jusqu'à aujourd'hui. Et vous vous êtes rapproché de moi, dans l'idée que mes pouvoirs pourraient vous aider à trouver un moyen de rentrer chez vous, c'est à dire dans votre époque initiale, cinquante ans plus loin.
Alors qu'il parlait, même lui ne semblait pas capable d'y croire. Une situation compréhensible, qui fit grimacer Drago dans un soupir.
- Dis comme ça, c'est sûr que ça n'a pas beaucoup de sens.
- Ça n'en a aucun ! S'écria-t-il enfin à bout de souffle.
- Mais c'est la vérité. La seule et unique.
- Mais alors, tous les souvenirs de l'Epouvantard... comment est-ce arrivé ?
- L'esprit nous a mis à l'épreuve. Répondit Drago. Elle a envoyé pas mal de nos ennemis dans cette dimension, incluant mon père qui a essayé de tuer Hermione et ma Tante, Bellatrixe Lestrange.
- Bellatrixe Lestrange ?! Une descendante d'Arias ?
- Par alliance. Dit Blaise. Techniquement c'est une Black, mais elle est tout aussi folle que lui.
- Une Black ?! Les Blacks et les Lestranges se sont mariés entre eux ?! S'écria-t-il ahurit.
- Sois sûr que c'est un fléau que nous regrettons tous amèrement.
- Donc... si j'ai bien compris, cela fait de toi le petit fils d'Abraxas et d'Orion, et le neveu par alliance d'Arias ? Dit-il, les sourcils froncés dans une ride de réflexion.
A cet instant, Drago perdit tout fil avec la réalité et ne put rester que muet, la bouche grande ouverte, au milieu des fous rires incontrôlables de Blaise et d'Hermione. Faire le lien avec Abraxas et Orion était simple, mais avec Arias ? Il n'y avait jamais pensé, et regrettait déjà d'avoir découvert tous ses liens de parenté. A croire que les sangs les plus maudits du monde sorcier coulait dans ses veines...
- Et vous ? Granger et Zabini ?
- Ma famille ne vit pas en Grande-Bretagne pour le moment. Dit le métis.
- Quant à moi, ils sont moldus. Répondit Hermione.
- Moldus ?! S'étouffa-t-il alors.
- Fais très attention à ce que tu vas dire. Menaça Malfoy, un regard mauvais sur le visage.
- J'avoue que c'est très étonnant vu tes capacités magiques.
- Venant de toi, je vais prendre ça pour un compliment. Sourit la jeune femme, étonnement amusée par la situation.
- Et... Et Ginny ?
Sa voix avait baissé d'un ton, et son regard, plus sombre n'osa pas se tourner vers la jeune femme. La rousse était un sujet encore inexploré. Un choix volontaire de la part des sorciers au vu de la sensibilité de ce dernier. Mais l'ignorance n'était plus de rigueur. Tout en jetant un coup d'œil à leur amie toujours endormie, ils ne purent empêcher une ombre inquiète de recouvrir leurs visages. Une ombre que Jedusor perçut, et qui lui donna bien la chaire de poule malgré lui.
- C'est une Weasley. Dit Blaise. La sœur cadette de Ron.
- Ils... ils sont de la même famille ?!
- Et oui. Mais notre couverture devait passer outre.
- Je vois... dit-il en se remémorant le discours qu'elle lui avait tenue sur sa famille, devant le lac Noir. Je comprends mieux ce qu'elle m'a dit désormais.
- Les choses n'ont pas été simple entre eux. Le futur ne leur a pas réserver de belles surprises, mais... ils y travaillent.
- Et ce Harry Potter ? Demanda-t-il. Qui est-il ?
- Le survivant.
- Le survivant ? Pouffa-t-il amusé. On dirait un surnom donné par la gazette.
Blaise et Drago esquivèrent un sourire à leur tour. A cet instant, il ignorait à quel point il était dans le vrai, ne rendant la situation qu'un peu plus ironique quand Hermione se lança dans une tirade avec ferveur.
- C'est un peu le cas. Mais il est bien le Survivant, littéralement je veux dire ! Il est l'enfant que tu essayeras de tuer, mais dont l'amour de sa mère le protégera de ta magie. Cela te condamneras à errer pendant plus de dix ans dans les ténèbres et vous prédestinera tous deux à vous affronter dans...
- On a compris Granger. Pas la peine d'épiloguer. Interrompit brusquement Voldemort, une grimace sur le visage en entendant ses mots.
- Mais...
- Un bébé nous a battu ?! S'exclama alors Jedusor livide.
- C'est un peu plus compliqué que ça. Précisa-t-elle.
- Et on s'en passera. Continua le mage, pas décidé à aborder ce sujet, en arrivant à leur hauteur.
- Tout ceci est... est impensable. Soupira alors Jedusor, les yeux alourdis par ses traits tirés. J'ai l'impression que ma tête va exploser.
- Ce serait normal.
- Non, non ! Rien de tout ça n'est normal ! Vous... vous...
Il ne trouvait pas de mot, et n'était pas certain qu'il y en ait. C'est tout son monde qui s'écroulait aujourd'hui, le mettant face à une réalité qu'il n'aurait jamais osé ne serait-ce qu'imaginer. Tout se mélangeait dans son esprit. Les dates, les noms, les liens de filiations, les époques, les guerres... tout se confondait pour ne former qu'un nœud immense et insolvable. Celui de la vérité la plus inattendue qu'il aurait jamais cru possible. Pourtant, une autre vérité n'avait pas été éclaircie. Et c'était celle qu'il redoutait le plus. Celle qui le hantait depuis qu'il avait compris que le temps se jouait de lui. Il n'avait rien dit, ni rien sous-entendu en voyant son double regarder Ginny avec plus d'amour que le monde ne saurait jamais en contenir, mais à cette heure, il n'était plus question d'avoir peur. Il devait savoir.
- Et... et cet enfant ?
Un silence étonné et lourd suivi sa question, si bien qu'il se senti obligé d'insister.
- Cet enfant, il est... il est de toi ?
Voldemort le fixa, d'un regard plus percent que jamais. Il n'avait pas honte, assumait pleinement et ne regrettait rien. Ginny et leurs enfants étaient le seul futur qui importait désormais à ses yeux. Passer des mois enfermés dans un espace-temps, à errer dans torture infini et sans nom, le lui avait fait comprendre.
- Oui.
Ce simple mot, lui ôta le seul souffle qu'il avait réussi à maintenir depuis quelques minutes. Ce "oui" qu'il avait tant redouté, le tua presque sur place. Le poids de cette vérité, était bien le plus lourd à réaliser, si bien qu'en un instant, Jedusor crut que son estomac était descendu jusqu'à ses chevilles le clouant au sol dans une nausée infernale. Il ne pouvait y croire. Depuis le début, depuis le tout premier jour où ils s'étaient rencontrés Ginny et lui, elle était enceinte de son double. Enceinte de lui. Elle ne portait pas un bâtard, comme il l'avait dit un peu plus tôt, non. Elle portait son enfant, son héritier, le descendant de son nom, de sa chaire et de son sang. Son fils. Une main accrochée à ses cheveux, il se retourna pour faire quelques pas et essayer de faire le vide pour respirer de nouveau, mais plus rien d'autre ne hantait son esprit. A part lui. Cet enfant. Une émotion nouvelle lui étreignait le cœur, plus forte et inattendue que toutes les autres. Jamais au cours de son existence, il n'avait pensé à la possibilité de fonder une famille. Jamais il n'aurait même cru cela seulement possible. Et pourtant, c'était vrai. Ginerva, cette femme aussi étonnante qu'envoûtante, deviendrait sa famille. Et à cet instant, il était bien incapable de mettre un mot l'un devant l'autre pour dire ce qu'il en pensait. Était-il heureux d'apprendre que la seule femme qu'il convoitait finirait par être sienne ? Était-il heureux de voir qu'un autre avenir que les ténèbres lui était destiné ? Mais en voulait-il seulement un autre ? Était-il heureux de léguer son sang à un autre être vivant ? Un autre qui lui ressemblerait et attendrait de lui de l'attention ? De l'amour même ? Était-il juste capable d'en donner, lui qui n'en avait jamais reçu ? Lui qui ne savait même pas ce que cela faisait d'en ressentir ? Plus que sa tête, c'est son cœur qu'il senti prêt à exploser. Trop d'émotions luttaient en lui pour qu'il ne sache comment les gérer. C'était une tornade, un tsunami, un tourbillon... tout cela en même temps, mais ne portant qu'un seul nom. Celui d'une catastrophe, qui le dévastait.
- Ginny et moi avons une histoire compliquée. Ajouta Le lord. Le lien, la connexion que tu sens avec elle... elle est unique. Elle est dû à un Horcrucx.
- Un... Horcrucx ?!
- Celui de ton journal. Ajouta Hermione.
- Ginny l'a trouvé alors qu'elle n'était qu'une enfant. La part d'âme qui y était enfermée s'est servi d'elle pour revenir dans le monde des vivants, mais à la place, elle n'a réussi qu'à s'accrocher à elle. Depuis, cette part ne cherche qu'à être réunie avec ses autres moitiés.
- C'est... c'est pour ça que...
- Oui Tom. C'est pour ça que la distance et l'éloignement deviennent alors plus douloureux que jamais. C'est comme une corde qui nous lie à elle, et qui nous étrangle toujours un peu plus à tel point que l'on se demande si on ne perd pas la raison. Mais je te rassure, tu ne la perds pas. Tu es juste appelé à être près d'elle, d'une façon inexplicable mais pourtant bien réelle. Crois-moi... j'ai essayé de lutter. Plus que tu ne peux l'imaginer. Je ne pouvais concevoir l'idée d'être d'une quelconque façon liée à elle. Une ennemie, une... une traître à son sang. Elle non plus d'ailleurs. Elle a passé le plus clair de son existence à me haïr pour le mal que je lui ai fait à elle, et à ses proches... elle aussi a essayé de résister. Mais aucun de nous ne le pouvait. C'est plus fort que tout. Plus fort que toi...
- Alors je suis maudit, condamné pour l'éternité. Dit-il sombrement face à d'inéluctabilité de la chose.
- Oui, et non. Je ne remercierai jamais le ciel de m'avoir offert cette chance.
- Une chance ? S'écria-t-il vaincu et ahurit. Cette femme a de toute évidence réduit en cendre tout ce pourquoi nous nous sommes toujours battus ! La puissance et l'immortalité ne vont pas de pair avec une vie de famille !
- Tu ne peux pas comprendre. Soupira Voldemort en s'asseyant dans un souffle, une main sur la tempe. Je les aie toutes eu. La puissance, et sa tentation infernale. L'immortalité et ses promesses intemporelles. Je les aie enviés, goûtés et chéries, mais malgré cela Ginny est de loin la plus grande chance qu'il m'ait jamais été offert.
- Je ne peux y croire. Siffla-t-il enragé par ce gâchis d'énergie évident.
- Croix ce que tu veux, cela m'est bien égale. Tout ce qui compte aujourd'hui est qu'elle m'appartient, et que sa grossesse est en train de la tuer. Magnus est bien trop puissant.
C'était trop d'informations, trop de données à assimiler et pourtant, le nom qu'il prononça le figea dans sa tourmente, résonnant en lui avec une nouvelle signification.
- Magnus... souffla-t-il du bout de ses lèvres figées.
- Un jeune homme remarquable. Dit-il. S'il ne tue pas sa mère avant de venir au monde bien sûr.
- Comment l'empêcher ? S'enquît-il alors une sueur froide dans le dos.
- On ne sait pas. Dit Hermione. On a demandé de l'aide à Dumbledore pour camoufler sa grossesse et retarder l'expansion de ses pouvoirs, mais malheureusement...
- Ce fut un échec royal ! Tonna le Lord, cette fois sous l'emprise d'une irritation évidente.
- Maître nous ne savions pas quoi faire ! S'exclama Blaise. Il fallait agir !
- Et votre seule idée fut de déballer la vérité à ce vieux fou sénile dans l'espoir qu'il vous ponde un miracle ?! Hurla-t-il froidement le bracelet de Ginny à la main. Cet artefact n'est rien d'autre qu'une immonde babiole ! Il n'a fait qu'éveiller la magie de Magnus et non pas l'inverse ! Dumbledore le sait pertinemment ! Il s'est joué de vous comme de simples amateurs !
- Pourquoi aurait-il fait ça ?!
- Bande d'idiot... même après tout ce que vous savez, vous lui avez fait confiance ! N'avez-vous donc rien retenu ?! S'écria-t-il dépité. Il en veut après le pouvoir, autant que je l'ai cherché par le passé, à la différence que moi je ne m'en suis jamais caché ! De notre temps, il s'est servi de Potter pour m'atteindre, pourquoi pensez-vous qu'il agirait différent cinquante ans plus tôt ? L'opportunité qu'il a vu à travers Magnus est celle d'une arme redoutable. Un enfant, dont les pouvoirs dépassent l'entendement in utero, ne laisse présager que puissance, ravage, destruction et domination à qui sait comme l'élever pour cela ! Il n'a fait qu'accélérer sa venue au monde, pour mieux l'appréhender par la suite !
- Vous... vous pensez qu'il veut Magnus ? Mais ça n'a aucun sens.
- Moins de sens que d'élever Potter pour me tuer ?
- Mais vous étiez la menace dans notre époque, or aujourd'hui ce n'est pas...
Mais Blaise s'arrêta au beau milieu de sa phrase, les yeux écarquillés devant l'évidence qui lui sauta à la figure. Leur maître disait vrai. Dumbledore avait toujours cherché à vaincre le mal, par le mal. La puissance, par la puissance... Et le seul pouvant nécessiter une pareille machination n'était autre qu'une menace similaire à celle qu'avait représenté Voldemort dans leur temps. Une menace qui impliquait le sacrifice d'un garçon puissant destiné à mourir pour le tuer. Le schéma se répétait, cinquante ans plus tôt. Mais la menace n'était pas Voldemort, ni même Jedusor. Mais bien leur prédécesseur... Celui dont le monde tremblait en son nom.
- Grindelwald. Il veut Magnus pour contrer Grindelwald... souffla-t-il à demi-voix, horrifié.
Ces mots les figèrent tous dans une nouvelle horreur. Celle d'avoir été naïfs, pour être plongé de nouveau dans un cauchemar qu'ils s'étaient eux-mêmes crées. Pour autant, si Dumbledore voulait Magnus pour s'en servir comme d'une arme, alors cela ne voulait dire qu'une seule autre chose.
- Alors il est vivant. Grindelwald est vivant. Dit Hermione pétrifiée entre la joie et la stupéfaction.
- Et Dumbledore nous a menti. Il a menti au monde entier.
Hello tout le monde ! Je n'avais pas envie d'attendre lundi avant de publier la suite ! Surtout vu mon retard de la dernière fois, alors voilà ! C'est LE chapitre des révélations pour Tom, et il était enfin temps qu'il arrive. En particulier pour ce qui concerne Ginny, et Magnus ! Désormais il n'y a plus de secret, ni de menace grâce au plan de Voldemort mais cela sera-t-il suffisant ? Et les répercutions ? Sans parler de Dumbledore...
La suite arrivera bientôt ! A très vite ! Gros bisous !
