La nuit avait largement avancée depuis le départ des cinq sorciers de la Chaumière en coquillage. Leur décision précipitée, s'était avérée plus compliquée à réaliser qu'ils ne l'avaient cru. Les routes principales grouillaient d'aurores, tandis que les petits chemins, eux, étaient aux mains des fidèles de Grindelwald et des raffleurs en quête de cibles à dépouiller et enlever. Transplaner ne s'était pas avéré plus simple, dans la mesure où chaque destination risquait de les mener au milieu d'un véritable nid d'ennemi. Aussi, et par mesure de sécurité, ils avaient décidé de marcher en pleine forêt, et de transplaner sur de petites distances pour se repérer plus facilement. Leur stratégie, les avaient menés à l'entrée d'un petit village isolé, où malheureusement, les visages d'Harry et Ron avaient été placardé sur la plupart des murs, aux côtés de ceux des plus grands criminels sorciers adeptes de magie noire. Une ironie amusante, qui les avaient fait sourire amèrement malgré tout.

Aussi, ils avaient décidé de se séparer pour infiltrer les lieux. Assis dans un fossé, à l'abris des regards, ils attendaient. Terrence était parti en reconnaissance, un sortilège de confusion sur son visage, dans l'espoir que lui non plus, ne soit pas reconnus par les aurores. Il devait évaluer la localisation du village, les quelques habitants qu'il y croiserait, ainsi que les risques qu'ils encouraient s'ils se décidaient à dormir sur place. Un job de rêve pour un l'éclaireur, et espion, aussi expérimenté que le Zabini l'était. De plus, le jeune homme n'était pas mécontent de prendre un peu ses distances ; car entre eux, on ne pouvait pas dire que l'ambiance était à la fête. Sans un mot les uns pour les autres depuis leur départ, ce dernier était pourtant largement éloquent. Il reflétait leur fatigue, leur angoisse, mais aussi leur gêne et tensions évidentes. Katherine, plus que ses amis, était restée le plus éloigné possible des deux Gryffondors. Une distance volontaire qu'ils avaient respecté sans commentaire, conscients que cette situation devait être bien plus gênante et traumatisante pour elle qu'elle ne le serait jamais pour eux. Pourtant, la jeune femme essayait de se faire à la réalité qu'elle vivait... de séparer ses sentiments de vengeance et rancœur envers les monstres qu'ils deviendraient, de ceux qu'ils étaient aujourd'hui : des soldats prêts à tout pour se racheter des fautes qu'ils n'avaient pas encore commise. Mais cette idée rendait mieux dans sa tête que dans la pratique. Toujours sur quai vive, elle ne pouvait leur tourner le dos, de peur de les voir retourner leurs vestes, ou de les trahir pour les vendre à l'ennemi ou les tuer. Son anxiété lui collait à la peau plus que toute autre chose à cette heure. L'idée de s'être trompée, de faire confiance aux mauvaises personnes, ou de se diriger tête la première dans un piège vicieux, la hantait. Elle avait conscience que ces craintes n'avaient que peu de chance de se réaliser. Elle savait que sa paranoïa était inutile, et même contreproductive. Mais comment aurait-elle pu agir autrement ? Le pouvait-elle seulement, après tout ce qu'elle avait vécu à cause d'eux ? Elle ne savait pas, mais se retournait l'esprit dans tous les sens, incertaine et tourmentée dans son mutisme révélateur.

Alors que le temps s'égrainait, on entendit un hibou hululer au loin. Un charme étrange se dégageait des lieux, à une heure à peine de l'aurore. Rosalie, qui commençait distraitement à somnoler, sursauta alors nerveusement quand Ron se racla la gorge pour se lever dans le noir.

- Il vaut mieux que je fasse une ronde près des bois, que je sois sûr qu'on ne nous ai pas suivis. Terrence ne va pas tarder. Je n'en ai pas pour longtemps.

- D'accord. Mais fais attention à toi. Dit Harry.

- T'en fais pas. Oh, et tien Rosalie.

Sans même attendre que la jeune femme réagisse, elle le vit enlever son manteau, qu'il lui tendit dans la même seconde. Elle qui avait tremblait silencieusement depuis qu'ils avaient arrêté leur marche le regarda, pantoise et surprise par un tel geste. Elle mit plusieurs seconde avec de le saisir de sa main bleutée, et le vit alors se retourner sans attendre le moindre merci, mais avec un sourire largement collé sur les lèvres. Figée devant cette scène, Katherine resta sans rien dire, profondément choquée et touchée par cette attention quasiment irréelle venant de son oncle. Rosalie n'en mena pas large, mais ne rechigna pas sur l'occasion de se réchauffer un peu. Dans un soupir apaisé, elle enfila le manteau de deux fois sa taille, et s'emmitoufla dedans avec une délectation à peine dissimulée. La Jedusor, quant à elle, chercha vainement à comprendre le but de cette attention, sans pour autant y parvenir seule.

- Il... il t'a donné son manteau ?! Demanda-t-elle d'une petite voix, alors encore perturbée.

- Il faut croire.

- Pourquoi ?

Sa question aurait pu sembler bête, mais pour elle, elle signifiait bien plus. La Malfoy le comprit, et se retourna vers son amie, dans un regard bienveillant et pourtant éclairé d'une lueur savante.

- Tu sais, il... il a fait beaucoup d'efforts depuis qu'ils nous ont trouvé. Au début je m'en méfiais, mais au final, j'ai compris qu'il essayait juste de compenser l'image qu'on a de lui, avec une autre.

- C'est... effrayant. Grimaça-t-elle dans un frisson.

- Je le pensais aussi. Et puis, je... j'ai essayé de mettre à sa place. C'est peut-être idiot, mais ça m'a permis de lui laisser une chance.

- Une chance ?! Rosalie, cet homme va devenir...

- Un monstre, je sais. Mais ce n'est pas encore le cas. Et je ne veux participer à la création de ce monstre, en lui enlevant l'opportunité de devenir quelqu'un de bien. Dit-elle dans un sourire. Ce serait injuste pour lui, mais aussi pour le monde entier.

- Tu penses vraiment ce que tu dis ?

- Bien sûr. Imagine que demain, quelqu'un du futur t'apprennes que tu es devenu un monstre sans cœur terrorisant le monde, tu ne voudrais pas qu'on te laisse une chance de changer ça ? De devenir meilleur ? De te racheter, même si tu sais que tu n'as encore rien fait ?

Ses mots laissèrent la jeune femme muette pendant plusieurs secondes. Elle savait que son amie disait vrai. Elle savait que c'était injuste de juger un individu pour des méfaits qui n'existaient pas encore. Mais son nom lui-même ne savait pas pardonner. C'était dans son sang, sa chaire... Les Jedusor ne laissaient pas de seconde chance. Mais il existait une autre chose qu'elle ne pouvait nier. Son sang de Weasley. Un sang bienveillant dans la plupart des cas, qui aspirait à la paix et à la miséricorde. Un sang qu'elle partageait avec son oncle, et qu'elle avait pourtant toujours cherché à oublier.

- Je suppose que tu as raison.

- Je sais. J'ai toujours raison.

Katherine émit un fin sourire, amusé par le mélange des phrases de sa mère, et du ton présomptueux de son père. Un mélange parfait Granger-Malfoy. Un mélange qu'elle avait toujours trouvé drôlement superbe, et qui ne fit qu'alourdir son cœur d'évidence. Elle ne devait plus se voiler la face. Elle devait accepter son mélange à elle aussi : Weasley-Jedusor... Fatiguée par sa propre défiance, elle soupira avec force, avant de, par elle ne sait quel courage, se lever furieusement de son tas de feuille. Elle devait laisser parler son ascendance Gryffondor, au moins une fois dans sa vie. Elle devait faire preuve de courage.

- Il vaut mieux que j'aille avec lui. On n'est jamais trop prudent. Dit-elle alors.

- Tu... tu veux rejoindre Ron ?! S'étonna Harry, qui plus en retrait, n'avait cependant pas manqué un mot de leur conversation.

- Oui. Par... par sécurité.

- Par sécurité, bien sûr. Sourit Rosalie dans le noir.

Katherine ne répondit pas à sa moquerie évidente, mais s'attela plus tôt à retrouver son oncle. D'un pas mesuré, mais le cœur prêt à exploser, elle avança rapidement, avant de le voir au loin jeter un sort de recouvrement sur leurs dernières traces. Il semblait concentré sur sa tâche, alerte, et aux aguets ; si bien qu'il ne mit pas longtemps avant de sentir sa présence dans son dos, et de se retourner dans un sursaut, baguette en avant. Face à face, il s'empourpra brusquement de la menacer de la sorte, et abaissa son arme en se confondant dans des excuses bégayantes et maladroites. Son ton tremblait et ne put que percer le cœur de Katherine. Il semblait si sincère, si inoffensif et bienveillant, qu'elle se demanda bien comment un monstre pouvait vivre tapis en lui, prêt à grandir et à le posséder de toute part.

- C'est moi qui devrais m'excuser. Dit-elle alors d'une voix étonnement moins agressive. J'aurai dû me signaler.

Surpris par le calme de ses paroles, il rougit d'avantage mais éclaircit sa voix.

- Terrence est revenu ? Demanda-t-il.

- Non, pas encore.

- Oh... dit-il surpris. Alors, il y a un problème ?

- Non, tout va bien.

Cette conversation n'avait pas de sens, et atteignait le sommet de la gêne en tout genre. Pourtant, la jeune femme ne se défila pas malgré son envie. Elle devait rester.

- Alors... pourquoi es-tu là ?

- Je... j'ai pensé que deux sorciers valaient mieux qu'un. Nous sommes en guerre après tout. Déclara-t-elle.

Déboussolé, il la regarda s'avancer vers lui, un sourire grimaçant et timide sur le visage. La voir venir vers lui de son plein gré, était bien la dernière chose à laquelle il s'était attendu ce soir. Prit au dépourvu à son tour, il mit plusieurs secondes avant de se ressaisir, et finit par acquiescer, la gorge brusquement sèche d'anxiété. A cet instant, lui non plus ne savait pas si son intention était sincère, ou s'il risquait de finir raide mort dans un buisson. Pourtant, il ne voulut pas penser à cette dernière supposition. Il voulait juste croire en l'idée qu'il n'était peut-être pas, à ses yeux, juste une cause perdue.

- J'ai... j'ai effacé les traces les plus récentes, mais il doit encore en rester un peu plus loin.

- J'ai recouverte toutes celle avant le talus à une vingtaine de mètre. S'il y en a, elles sont juste à côté.

- Dans ce cas, allons voir.

- Je te suis.

Leur échange était poli, courtois mais empreint de cette incertitude qui rendait tout plus important, et étrange. D'un pas égal, ils s'avancèrent alors, le regard porter sur tout excepté l'un envers l'autre, comme si une distance manquait entre eux. Une distance dont ils ne savaient comment se détacher et qu'ils semblaient presque regretter.

- C'est aimable à toi, de... de venir en renfort. Dit Ron, dans un élan de stress à peine caché.

- C'est normal. On est dans la même équipe.

- Heureux de voir que tu as reconsidéré la chose. Sourit-il dans un sursaut rassuré.

- J'essaye en tout cas. Et puis, votre expérience de la cavale à toi et à Harry à pas mal de valeur en ce moment. On ne peut pas dire que Terrence, Rosie et moi, nous en sommes bien sortis jusque-là.

- Ne dis pas ça. Vous êtes venu de plus 90 ans dans le futur. C'est déjà un sacré exploit. Savoir survivre en temps de guerre en revanche, n'est malheureusement pas aussi incroyable. Ça ne repose parfois que sur de la chance.

Elle médita ses mots, avant d'oser en dire certain, qu'elle n'aurait bien cru jamais prononcer à voix haute en son temps.

- Ma... ma mère ne m'a jamais beaucoup parler de toi, mais elle m'a néanmoins dit que tu étais doué, de son temps. Alors, je ne pense pas que la chance ai grand-chose à voir avec ça.

- Doué ? Vraiment ?! Pouffa-t-il.

- Tu es un membre du Trio d'Or. Une équipe légendaire, malgré sa fin tragique et... et tout le reste. Du moins, c'est ce qu'on apprend chez moi.

- Je doute que ce soit la seule qui soit assimilée à mon nom chez toi, pas vrai ?

- Il ne faut pas trop rêver.

- Ouai, je m'en doutais. Mais je comprends. Dit-il. Jedusor n'a encore rien fait de toutes les horreurs qu'il a commis de mon temps, mais je n'ai jamais pu le regarder sans avoir cette image de lui... celle du monstre qui a tué mon frère et terrorisé ma famille et le monde entier. Alors j'imagine bien ce que vous devez ressentir en me voyant aujourd'hui. Ce n'est pas votre faute.

Sa déclaration l'étonna, comme la laissa quelques instants sans mot. C'est vrai. Lui aussi avait dû cohabiter avec celui qui lui avait tout prit. Son enfance, son innocence, sa famille, son foyer... sa sœur. Et pourtant, il était là aujourd'hui, à aider la fille de sa Némésis, tout en ignorant ses propres ressentis, instincts, et démons... La fille de Voldemort. Or, elle n'avait jamais imaginé cet aspect-là de lui. Tout comme elle n'avait jamais envisagé l'idée qu'il puisse souffrir autant qu'elle, à cet instant même. Presque gênée, elle détourna le regard, en proie à une culpabilité inattendue. Rosalie avait raison. Se mettre à la place de quelqu'un et comprendre ce qu'il pouvait ressentir, ouvrait plus de porte que la haine aveugle et insensible. Des portes, qu'on n'aurait même pas cru exister, qui s'ouvraient parfois cependant, sur plus de souffrance encore.

- Pour ce que ça vaut, je suis désolé pour ton frère, et tout ce qui s'est passé…

- Merci. Souffla-t-il touché. Mais tu n'as pas à l'être. Cela remonte à bien longtemps avant ta naissance.

- Peut-être, mais une guerre n'excuse aucune perte. Et ce serait être dans le déni, que de refuser d'admettre que mon père est le précurseur de l'une d'entre elles. Dit-elle à son tour, le regard bas.

- Personne n'est innocent. Mais tout le monde n'est pas forcément coupable. Malheureusement, j'ai bien peur de ne pas être dans la bonne catégorie. Qui l'aurait-cru ? S'exclama-t-il alors désabusé. Mon futur moi est aussi fou que le Voldemort de mon époque ! Voilà quelque chose que je n'aurai jamais pensé possible.

- Comment tu fais alors ? Demanda-t-elle.

- Pour faire quoi ?

- Pour vouloir nous aider. C'est vrai, il t'aurait suffi de tuer mon père à Poudlard. Il n'a que 18 ans, et est plus que vulnérable comparé à toi, avec tout ce que tu sais. Tu aurais pu empêcher ta guerre de voir le jour, et ton frère de mourir, comme beaucoup d'autres innocents. Tu aurais même changé ton futur ! Tu aurais pu réécrire l'Histoire.

- C'est vrai. Mais si j'avais fait ça, j'aurais empêché ta venue au monde avec Elias, tout comme celles de Rosalie, Terrence, Scorpius et Kai... Ginny et les autres ne me l'auraient jamais pardonné, et puis à quoi bon ? On a beau changé de vie, ou d'époque, on reste toujours le même. Je sais que le seul moyen de changer mon futur, est de le faire par moi-même. Pas par opportunité. Sinon... et bien... je ne le mériterai pas ; et au final, je ne ferai que confirmer l'abomination que je suis.

- C'est... heu... surprenant. Bégaya-t-elle décontenancée.

- Pourquoi ça ?

- Je suis la fille de Voldemort, descendante de Salazar, et j'ai grandi au milieu de Serpentards ! Choisir la voie la plus difficile et douloureuse uniquement parce qu'elle est plus juste n'est pas franchement ce qu'on m'a appris.

- Mais tu es aussi la fille de Ginny Weasley. Une ancienne Gryffondore, toujours aussi hargneuse et téméraire.

- Si on veut... soupira-t-elle. Elle a toujours été mon model. Mais parfois il m'arrive d'oublier qu'elle a été dans cette maison.

- Tu descends peut-être de toute la lignée des Salazard Seprentard, mais tu oublies aussi que les Weasley ne sont que des Gryffondore pure souche. Rit-il alors, dans un sourire fier.

- Vraiment ?

- Et comment ! Si Godrick ne l'avait pas inventé avant nous, cette maison porterait notre nom ! D'où crois-tu que tu tiennes ton caractère ? Et puis, si ta mère était difficile à gérer quand elle était enfant, je ne veux même pas savoir pour toi... Rien qu'à voir tes tâches de rousseurs, tu as de toute évidence hérité de tous les bons traits de la famille. Et pour ça, je m'en excuse à l'avance. Grimaça-t-il amusé.

- C'est drôle. J'ignorais tout ça. Sourit-elle doucement.

- Et tu en ignores encore beaucoup. Les Weasley ont bien plus qu'une seule histoire à raconter.

Katherine le regarda, étonnement rassurée face à lui désormais, avant de réaliser que le poids qui, quelques instants plus tôt pesait sur ses épaules, s'était en aller. Ne restait que curiosité amusée et gêne un peu timide, pour autant la peur et l'angoisse avait disparue, si bien qu'elle put enfin respirer à plein poumons en sa présence, pour la première depuis leur rencontre. Elle savait que le chemin serait encore long, avant qu'elle n'arrive à lui faire confiance. Mais elle pouvait être fière des débuts qu'elle avait déjà engagés. Peut-être, un jour, arrivera-t-elle à le considérer comme un camarade ? Un ami, qui sait ? Elle l'ignorait, et craignait même cette idée, mais ne se ferma pas à elle cette fois-ci. A la place, elle se dit qu'il était peut-être temps de laisser le destin faire les choses, pour une fois.

- Et dis-moi, c'est vrai que ton frère Charlie étudie les Dragons ?


- Je dois l'admettre... Soupira Jedusor sans parvenir à détacher son regard happé par le vide de ses pensées. Même si je vous soupçonnais, je n'imaginais rien de... de tout ça. Et c'est à peine si j'y crois encore.

- Si ça peut te rassurer, nous non plus. Et pourtant, on l'a vécu.

Le Sorcier regarda Blaise, allongé sur le canapé, le visage grimaçant et une couverture sur les jambes. Hermione les avait couvertes, et protégées par de nombreux sortilège de maintien, et de guérison accélérée, mais il ne s'attendait pas à un miracle. Les premiers soins ne l'avaient jamais guéri, alors autant dire qu'il ne priait plus pour les prochains. Sur son visage en sueur et fiévreux, résonnait une grimace de peine et de douleur, mais aussi une autre. Celle de la résignation. Il ne croyait plus en sa propre capacité à survivre, mais seulement en celle de ses amis pour l'y aider un peu. Et cet air, Tom ne l'avait jamais vu auparavant. Jamais il n'avait vu un homme ne plus croire en lui, au point de baser tous ses espoirs sur ses camarades. Sa foi en eux, en était presque effrayante à ses yeux, tandis que la sienne en lui-même était autant brisée que les os de ses fémurs. Blaise était un soldat, mais un soldat brisé. A tel point, que quand son regard rencontra sa main tremblante, il en culpabilisa presque un instant. Le manque lui rongeait les veines, raidissant tout son être dans des spasme et contractions musculaires silencieuses, mais perceptibles. Sa lèvre saignait à force d'être rongée, et ses yeux ne savaient plus où se poser. Ils allaient et venaient sur tous les visages qu'ils croisaient, cherchant en vain la réponse à cet appel animal qu'il ne savait satisfaire. A le voir, il était évident que son état empirait. Et ce n'était que le début.

- Depuis combien de temps ? Demanda-t-il alors.

- Depuis combien de temps, quoi ?

- Depuis combien de temps date t'a dernière prise ?

Le Zabini frémit, se figeant dans une contraction de mâchoire douloureuse, sans parvenir à se retourner vers son interlocuteur. Il ne voulait pas le regarder. Il ne voulait pas voir sa propre faiblesse dans le reflet de ses iris inquisitrices.

- Environ 20 heures.

- Je vois...

- En quoi ça t'intéresse. Je décroche. J'en ai marre de tes petits jeux. Claqua-t-il à voix basse.

- Je sais. Ginny me l'a plutôt bien fait comprendre. Mais tu n'y arriveras pas seul, tu le sais ?

- Je ne suis pas seul. Sourit-il presque moqueur.

Tom ne put que lui rendre son air niais dans un rire presque nerveux. Qu'il était idiot de penser ainsi. A croire que la drogue lui avait plus ravager le cerveau qu'il ne le pensait. Dans un soupir, il s'avança, apercevant un peu plus les tremblant nerveux qui agitaient désormais la moitié de son avant-bras. Il n'était plus question de foi ou de détermination dans son cas, mais simplement de bon sens.

- Le manque va te tuer. Tu en as conscience ?

- J'ai survécut à pire.

- Je n'en doute pas. Mais on ne peut pas dire que tu te battes en terre conquises. Tu peux peut-être affronter tout un régiment et en sortir vivant, mais lutter contre soi-même... ça c'est bien plus dur.

- Arrête ! Souffla entre ses dents serrées.

- Je veux simplement que tu ouvres les yeux. Je ne t'ai pas donné du sang de Vélane pour rien, imbécile ! Je voulais que tu me sois entièrement soumis, et j'ai réussi.

- Que tu crois. Ma loyauté ne va qu'envers Ginny, mon Maître et mes amis.

- Vraiment ? Sourit-il dans un haussement de sourcils. Et bien nous verrons cela. Dans pas longtemps, d'ailleurs. D'ici une à deux heures dans le meilleur des cas.

Il lui parlait calmement. Bien trop pour que cela ne lui glace pas le sang. Une nouvelle sueur froide le long de la tempe, Blaise déglutit, conscient qu'il ne devrait rien dire, ni répliquer, qu'il ne s'agissait probablement que d'un autre petit jeu sournois de sa part… mais aussi bien trop conscient, qu'il en était incapable.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Il sourit. D'une façon plus effrayante encore.

- Seul 3% des consommateurs de Sang de Vélane survivent après avoir arrêté d'en prendre. C'est une drogue nocive, pas pour ton corps au début, mais davantage pour ton esprit. D'où mon utilisation à ton égard. C'était le produit idéal.

- Qu... quoi ?

- Ce que je veux dire, Blaise, c'est qu'une fois que t'a volonté de prendre ta vie en main aura fait trois le tour de ta petite cervelle, elle s'en ira. Et tu sais pourquoi ? Parce que le substitut de magie que t'apportais le sang de Vélane, agit directement sur ton cerveau. Une fois qu'elle sera entièrement hors de ton système, tes neurones vont littéralement commencer à griller les uns après les autres, te rendant, j'en ai bien peur, complètement fou. Au début, le manque te paraîtra insupportable. Tu n'arriveras qu'à te concentrer que sur ta douleur, ta confusion et ton envie de plus en plus grandissante d'y mettre un terme. Ensuite viendront les hallucinations qui sortiront tout droit de ton subconscient, lui aussi altéré par le manque. Elles te hanteront pour te faire céder par tous les moyens, dénaturant le monde qui t'entoure et le transformant en un ennemi. Tu te sentiras persécuté, ciblé, chassé, et tu voudras fuir. Tu voudras que tout s'arrête. Mais tu ne le pourras pas. Et c'est là que s'entamera la perte progressive de toutes tes capacités cérébrales et motrice. Tu ne pourras plus penser, parler, bouger. Tu seras comme enfermé dans ton propre corps, avec cette douleur et cette angoisse, incapable d'en sortir ou de communiquer avec le monde extérieur. Ce sera une torture lente, vicieuse, et complètement indépendante de ta volonté que ton corps va s'infliger tout seul. Et ce que je te dis là, n'est que le meilleur des cas. Bien entendu, le pire se résumerait à un anévrisme, une crise cardiaque, ou encore l'oubli pur et simple de ton cerveau à faire marcher tes organes vitaux. Bien sûr, dis comme ça, mourir à l'air plus enviable, mais qui suis-je pour juger ?

Blaise blêmit davantage, la gorge sèche et la mâchoire plus contractée encore. Il pouvait presque sentir ses dents se fissurer dans sa bouche, entre les frissons de son échine à l'imagination du scénario que le sorcier venait de lui dépeindre. Il ne voulait pas le croire, mais comment aurait-il peu en faire autrement ? Déjà, son esprit lui donnait l'impression de se perdre. Pour autant, il n'envisagea pas l'idée de se soulager d'une autre dose. Il se l'interdisait. Car il le sentait en lui, la moindre supposition d'idée de se laisser aller, rien qu'une dernière fois, lui donnait des vertiges.

- Si tu veux me faire peur, tu perds ton temps. Je n'en reprendrais pas.

- Oh, je ne disais pas ça pour te tenter, ni même t'effrayer. Non, considère ça comme ma façon de t'aider.

- De m'aider ?! Tu te fous de moi ! A cause de toi, je suis presque déjà mort !

- Es-tu déjà amnésique ou simplement stupide ? Claqua-t-il alors beaucoup plus sombre. Je viens de te décrire ce que tu vas vivre pendant les prochains jours, si ce n'est, prochaines semaines. Tu seras complètement fou, obsédé par le manque, désorienté, mais aussi dangereux et pas seulement pour toi, mais aussi ceux que tu aimes. Et je doute que tu veuilles leur infliger ça.

- Je ne leur ferai jamais de mal.

- Un esprit malade n'a plus de croyance, de foi, ni de certitude. Ne reste que la maladie. Et tu es malade Blaise.

- Par ta faute !

- Oui. Et j'assume ce que j'ai fait. Je ne regrette pas, désolé. Mais je te fait un cadeau aujourd'hui alors remercie moi Blaise, car un homme averti en vaut deux. Je ne dis pas que tu vas survivre, et je ne dis pas non plus que je l'espère, mais ce que je sais, c'est que maintenant que tu as conscience de qui t'attend, tu sauras aussi comment l'anticiper. Pas pour te préserver toi. Mais pour les préserver eux.

Le jeune homme suivit son regard, où Hermione, Drago et le Maître auscultaient Ginny dans un débat animé d'inquiétude et de questions. Ils craignaient qu'elle ne survive pas à cause de Magnus. Mais dans l'instant, Blaise se demanda si ce n'était pas lui, le vrai danger. Il ne croyait pas Jedusor mais devait se rendre à l'évidence. Il était une bombe à retardement.

- T'es complètement malade toi aussi. Tu le sais ? Dit-il alors dans un souffle.

- Peut-être. Mais toi au moins, tu as une chance de t'en sortir.

- Ça veut dire quoi ça encore ? S'agaça-t-il.

- Que ma drogue à moi, est plus mortelle que la tienne. Souffla-t-il dans un murmure, les yeux accrochés sur la silhouette allongée de son opium. Et que je sais pertinemment qu'elle finira par avoir ma peau... quoi que je fasse.

Le Zabini ne dit rien, mais se dit que pour la première fois, il n'avait peut-être pas tort. Dans le pire des cas, il deviendrait fou et mourrait. Tom lui, portait désormais la malédiction de vivre sans savoir de quoi il souffrait, et sans savoir même, qu'il était atteint d'un fléau qui n'avait pas de remède. Bien entendu, aucune comparaison entre eux n'était possible, mais cela ne les empêcha de partager un regard. Un seul, qui dit tout, et que seul un maudit aurait lui aussi comprit. Celui d'une mutuelle souffrance, à attendre patiemment, dans l'espoir qu'elle les achève rapidement ; et d'un désespoir plus commun qu'ils ne voulaient admettre malgré tout.

- De longues années t'attendent encore.

- De souffrances perpétuelles et d'inquiétudes malheureuses. Aimer, s'est s'exposer. S'exposer, c'est se laisser torturer par plaisir. Je vais de toute évidence m'infliger tout ça d'ici peu. Je le sens. Et je t'envie. Au moins toi, demain, tu sauras pourquoi tu te meurs. Moi... je n'en aurai même pas conscience.

- Qui sait, peut-être que tu n'en souffriras pas tant que ça ?

Il pouffa dans un sourire fugace, presque amusé.

- Et peut-être que tu vas survivre ? Tu vois. Des paroles insensées. Dit-il. Tu perds déjà la tête.

- Même les fous peuvent être dans le vrai.

- Peut-être. Mais ne m'en veut pas si je ne paris pas sur la parole d'un homme déjà mort.

- Je ne le suis pas. Et je me battrais pour ne pas l'être. La question est de savoir si tu vas en faire autant ?

- J'ai déjà la réponse sous les yeux. Soupira-t-il en fixant le dos de son double rongé de peur devant sa femme. Et elle ne me plaît pas.

- Je suppose que c'est de bonne guerre dans ce cas. Parfois on a que ce qu'on mérite. Ta plus grande peur est de te détourner de tout ce pourquoi tu t'es battu, pour des choses que tu considères futiles qui te conduiront à une mort banale. Je ne qualifierais pas ton futur ainsi, mais si ça peut te rendre l'appareil et me venger un minimum, alors soit. Je te souhaite, la mort la plus ordinaire et la vie la plus heureuse possible Jedusor. Que tu comprennes ce que cela fait, de voir son monde s'écrouler pour une erreur. La mienne fut de croire Arias, et de prendre du sang de Vélane. La tienne...

- La mienne fut d'avoir croiser le regard de Ginny, et de ne pas l'avoir tué sur le champ. Aujourd'hui, c'est elle qui va me tuer.

- Tu t'en remettras.

- De toute évidence, non. Je suis presque déjà mort, moi aussi.


Coucou à tous ! Enfin les vacances sont là ! Ce qui veut dire que je vais pouvoir prendre un peu d'avance sur les chapitres à venir, et j'ai hâte de vous les faire lire ! Bon, comme vous le voyez, les enfants de nos héros avancent à leur rythme pendant que Blaise traverse une sacrée phase de détresse, mais la vie serait bien trop ennuyeuse si elle n'était qu'un long fleuve tranquille ! Les choses vont continuer à évoluer et d'ici peu, tout va entrer en collision, croyez moi ! J'espère en tout cas que ce chapitre vous a plût, et n'hésitez pas à me donner vos avis dans les commentaires !

Merci à tous pour vos messages de soutien, et j'espère que la suite vous plaira tout autant !

A très vite ! Gros bisous !