- Vous l'avez trouvé ?
- Non Orion. Nous avons fouillé le château mais aucune trace du maître. Nul part.
- C'est bien ce que je redoutais... Souffla-t-il.
Le Black soupira dans l'ombre de la salle commune. Il était tard, mais il attendait encore, Arias à ses côtés, se rongeant les sangs. La plupart des élèves dormaient déjà, leurs laissant un libre accès à la salle Serpentard, mais à cette heure, cette simple liberté n'arrivait à les réjouir. Ils étaient en cellule de crise. Depuis deux heures déjà, il avait organisé des patrouilles, des équipes, et envoyé des espions à travers toutes les maisons de Poudlard. Pour autant, cela ne menait à rien. Et leur Maître restait volatilisé. Une situation inédite et inquiétante, qui ne faisait que couler des sueurs froides dans leurs dos, et laissait présager le pire. Il ne restait plus qu'un seul groupe dans les couloirs, tous les autres étant rentrés bredouilles. Aussi, les espoirs s'amenuisaient, et les peurs grandissaient. Ils voulaient des réponses, mais ignoraient seulement où commencer leurs recherches. Du moins, si, ils savaient. Mais leurs seules pistes étaient elles aussi portées disparues : Hermione, Drago, Blaise et Ginny. Ils n'étaient pas réapparus de la journée, ni même avaient donné signe de vie, ne les rendant qu'un peu plus suspects à chaque seconde.
- Il faut faire quelque chose ! S'exclama Arias, au bord de la crise de nerf. On... on ne peut pas rester inactif !
- Et que voudrais-tu faire ? On a déjà retourné le château ! Faire d'avantage pourrait nous exposer plus que de raison, et on ne peut pas se le permettre.
- Mais le maître...
- Le maître ne voudrait pas que nous ruinions tous ses efforts et dévoilions notre existence aux yeux de Dumbledore, juste dans un élan de panique ! Ce serait le plus grand affront que nous pourrions lui faire ! Dit-il affligé par les idées de plus en plus illogiques du Lestrange.
- Mais on doit faire quelque chose ! Vous êtes sûr que vous avez fouillé partout ? Demanda-t-il de nouveau.
- Oui Arias. Assura Abraxas, qui tombait de fatigue dans son siège.
- Comment peux-tu trouver le sommeil ?! S'horrifia-t-il. Le maître a disparu !
- Et je suis sûr qu'il va réapparaître. Il n'est pas n'importe qui ! Si quelqu'un sait se sortir de problème, c'est bien lui !
- Il est peut-être en danger !
- Il est le danger ! Dit-il alors fatigué. Personne ne peut le battre ou rivaliser avec lui ! Et je crois en lui. Je sais que quoi qu'il puisse traverser... il s'en sortira toujours !
Mais ses mots ne calmèrent pas le Lestrange. Au contraire, ils ne firent que raviver son impatience et son stress, injectant un peu de sang ses yeux grands ouvert sur ses plus grandes angoisses.
- Et les traîtres ? Vous les avez cherchés aussi ?
- On ne sait pas encore s'ils en sont ! Corrigea Orion à bout de patience. Il nous faut des preuves !
- Et leur rendez-vous avec Dumbledore n'en est pas une peut-être ?!
- Dumbledore reste un professeur ! Il pourrait te convoquer toi aussi, si cela lui chantait ! Alors pour l'amour de Merlin, arrêt de psychoter et réfléchie !
- Les coïncidences n'existent pas ! Pas comme ça ! Bégaya-t-il. Il... il a forcément un lien avec la disparition du Maître ! C'est obligé !
- Tu tires de conclusions trop hâtives... Soupira-t-il en se détournant. Je sais qu'un lien semble évident, mais il ne suffit pas. Toutes nos théories ne sont basées que sur des suppositions, mais il nous faut du concret pour agir intelligemment. Il faut que nous retrouvions les nouveaux, à partir de là, et seulement de là, on aura un début de piste viable !
- J'ai toujours su que de tous mes fidèles, tu étais le moins idiot.
La voix de Jedusor résonna dans la salle commune, plus forte et intelligible que jamais auparavant. Pétrifiés, les serpentards firent tous volt face, rencontrant enfin le visage de leur maître et son aura puissante. Un silence naquît alors, à la fois stupéfait et effrayé. Chacun savait pertinemment qu'il détestait les effets de panique, et tous craignaient désormais, ses foudres les plus justifiées. Mais pour la première fois, son retour marqua chez ses fidèles un plus grand soulagement que de la peur. Debout devant la dernière équipe de reconnaissance, Tom les regarda tous un par un, un air à la fois curieux et dépité sur ses traits. Des cernes soulignaient ses yeux, pourtant, il semblait calme et étrangement serein malgré la situation. Il ne dit rien pendant plusieurs secondes mais s'avança, les lèvres pincées dans sa consternation de plus en plus grande, avant qu'on ne voit Arias se jeter à genoux devant lui, dans un halètement soulagé et émut.
- Merlin merci ! Mon seigneur... vous êtes sain et sauf !
- Maître, nous...
- Je sais Orion. Dit-il alors en ignorant les implorations du Lestrange. J'ai croisé ton "équipe" dans un couloirs. Et je ne te dis pas qu'elle ne fut pas ma surprise d'apprendre que j'étais porté disparu !
- Maître pardonnez-nous. Mais nous craignons qu'il ne vous soit arrivez malheur. Vous vous êtes absentez pendant de longues heures et...
- Bien que j'apprécie votre sollicitude, il ne me semble pas avoir à me justifier concernant mes allés et venues. Cingla-t-il froidement.
Orion ne trouva pas quoi répondre. Il disait vrai, mais trop de questions et de doutes planaient pour que le pire ne se redoute pas. Honteux, le Black baissa la tête face à son maître, prêt à assumer sa responsabilité.
- Je vous prie de me pardonner Maître. Nous avons agi de façon déconsidérée. C'était idiot.
- Je le confirme. Mais au moins je sais que la barque sera bien tenue si je m'absente. C'est un moindre soulagement. Soupira-t-il.
- Mais maître vous... vous aviez disparu. Insista Arias. Où pouvez-vous être ?
Jedusor le regarda, toujours aplatit contre le sol comme un vulgaire ver rampant. Décidément, il ne ferait rien de lui. Orion, au moins, avait réussi à garder la tête froide. Sans lui, Arias n'aurait mis pas moins d'une journée avant de déclencher un mouvement de panique général et une crise dans tout Poudlard... Une réaction ridicule, qui le consternait autant que l'inquiétait. Pourtant, il se détourna rapidement de lui, faisant alors face à la majorité de ses fidèles, eux aussi, en quête de réponses. Par Merlin, ne pouvait-il donc pas vaguer une journée à ses occupations privées ? Une migraine lui terrassait suffisamment l'esprit dans l'heure pour qu'il ne s'encombre de ce genre de scandales. Fatigué, il ne voulait qu'une chose : dormir au plus vite, loin de ces regards vitreux et vide de tous raisonnements logiques.
- J'ai organisé un entraînement spécial pour nos nouvelles recrues. Dit-il alors.
- Hermione, Drago et Blaise ?! Vous... vous étiez avec eux.
- Oui. Ils m'ont appris que Dumbledore les avait convoqués aujourd'hui. Ils craignaient que ce dernier ait des doutes sur nous. Alors je leur ai enseigné l'Occlumencie dans un but préventif, dans la Forêt Interdite. Leurs esprits ne devaient plus être vulnérables face à lui. Expliqua-t-il simplement.
- Vraiment ?
- Bien entendu ! Dumbledore se rapproche de nous, et nous devons nous y préparer. Il s'attaque de préférence aux nouvelles recrues, peut-être dans l'espoir de les voir craquer plus facilement, mais il a tort. Ses suspicions ne font que nous souder davantage. Et il faut que cela reste ainsi.
Ses fidèles le regardèrent, à la fois surpris et décontenancé par ses propos étonnement moins menaçant que ce à quoi ils s'étaient tous attendus. Pourtant, ils ne s'en plaignirent pas, loin de là, et bien heureux de ne pas attirer ses foudres pour une fois.
- Mais, et votre rendez-vous avec Ginny ? Demanda Arias.
Le nom de la rousse ne fit que raviver sa migraine, engourdissant un peu son esprit déjà étonnement douloureux pour cette soirée dont les souvenirs se floutaient à mesure qu'il cherchait à les atteindre. Il l'avait vu oui, mais bien moins longtemps que prévu et juste avant que Drago, Hermione et Blaise ne vienne le prévenir pour Dumbledore. Elle l'avait rencontré, plus pâle que la mort et prête à s'effondrer sur ses jambes. La pauvre fille était malade, plus qu'elle n'avait voulu lui dire, ne faisant que raviver en lui une inquiétude dont la simple pensée emballa son coeur sans qu'il ne sache bien pourquoi. Son visage apparu sous ses yeux, cerné, blanc, mais toujours habité de cette lueur de vie si insolente qui le fascinait tant. Leur lien lui était toujours aussi incompréhensible à ses yeux, mais il l'avait senti malgré tout. Elle allait mal. Plus mal que sa flamme, ne savait le cacher, et cela lui retournait l'estomac dans une douleur nouvelle. Une douleur dont la provenance, l'intriguait tout comme étonnement, l'effrayait dans une angoisse indescriptible. Il n'avait cessé de repasser leur conversation en boucle dans sa tête. Il n'avait cessé de contempler ses traits derrière ses cils. Il s'accrochait à eux sans savoir véritablement pourquoi, mais était convaincu qu'il ne devait pas s'en détourner. Eux seuls étaient capable d'apaiser les battements frénétiques de son cœur, infecté par cette tourmente insolente et inconnue.
- Elle est malade. Dit-il simplement. C'était prévisible, au vu du coma dans lequel elle a été plongé. Mais elle va bien. Elle s'en remettra.
- Et... et Drago ?
Il senti peser sur lui les regards insistant d'Orion et Arias, et ne put que pouffer en comprenant leurs sous-entendus. Qu'ils étaient bêtes de le croire un Malfoy. Lui-même devait reconnaître qu'il s'était emporté sur ses théories. Mais sa séance d'Occlumencie avec le blond, lui avait permis de tirer ce doute au clair. Il n'était pas un parent direct d'Abraxas, mais seulement un cousin éloigné. Fouiller dans son esprit lui avait donné accès à ses souvenirs dont ceux de ses réunions de familles. Des dîners austères, et peu réjouissant mais durant lesquels il avait reconnu un cousin très éloigné d'Abraxas, Malfoy par Alliance. Et c'est tout ce qu'il était. Un ascendant Malfoy tellement éloigné, qu'il ne l'était que par un mariage entre cousins lointains. Ils ne partageaient donc aucun sang. Rien de bien intéressant en soit, et de presque décevant il devait le reconnaître ; mais il devait s'en contenter, à défaut de vérité plus croustillante.
- Il est doué en Occlumencie, ce qui est un bon point. Mais à part ça, je dois dire qu'il n'y a rien signaler. Déclara-t-il. Même Granger ne s'en ai pas trop mal sorti, du moins, après de nombreux essaies.
- Vous pensez que l'on peut leur faire confiance ? Demanda alors Abraxas.
- J'ai passé plus de cinq heures à retourner le moindre de leurs souvenirs. J'ai vu qui ils sont véritablement, et bien que leurs vies n'aient pas été des plus simples, ils se sont montrés relativement coopératifs. Ils ne sont pas une menace.
- Alors, tout va bien ? Dit Orion stupéfait.
- Oui. Du moins tout allait bien jusqu'à ce que j'apprenne que vous étiez prêt à coller ma photo sur tous les murs de l'Ecole, comme un vulgaire chat égaré !
- Maître nous...
- Assez ! Claqua-t-il agacé. Vous avez failli nous exposer aujourd'hui, et je n'ose même pas imaginer ce qu'il serait arrivé si cela avait été le cas. Dumbledore n'attend que ça ! Alors allez-vous coucher. Cette journée a été longue, et je ne veux plus en entendre parler. Je vous pardonne votre peur pour cette fois, mais je vous préviens tous : Je ne ferai pas preuve de clémence la prochaine fois. Comme je vous le savez, je ne pardonne pas la bêtise, l'imprudence et la vanité. Cela a coûté cher à Cornic, et je doute que l'un de vous veuille le rejoindre. Pas vrai ?
Les fidèles hochèrent tous la tête dans un geste craintif, reconnaissant là le ton naturellement écrasant de leur maître. Sans rien dire alors, ils se retirèrent dans leurs dortoirs, la tête basse et le regard accroché aux tapis, avec comme seule hâte, celle de disparaître de la vue de leur bourreau. Seuls Orion et Arias s'attardèrent silencieusement, attendant d'être à l'abris d'avantage d'oreilles. Ce n'est qu'une fois que le crépitement du feu dans la cheminée pu se faire entendre, qu'ils se risquèrent à parler.
- Maître, permettez-moi de réitérer mes excuses. Dit Orion. Je suis l'initiateur de ses recherches, et je vous prie de pardonner mon manque de prudence ce soir. Cela ne se reproduira plus.
- Je l'espère pour toi Orion. Tu es un bon fidèle, je serai contrarié de devoir te punir. Dit-il.
- Pour notre défense, nos doutes nous paraissaient fondé Maître. Insista Arias, qui n'arrivait à en démordre.
- Et c'est justement parce que tu le penses, qu'ils ne l'étaient pas en réalité. Soupira-t-il.
- Donc Drago n'est pas un Malfoy ? Et ils ne vous cachent rien ?
- J'admets mettre laissé emporter. Mais après avoir passé des heures dans leurs têtes, et mise à part leurs petits secrets d'adolescents puérils et leurs traumatismes de guerre, je crains qu'ils ne soient pas aussi mystérieux que je le pensais. Et c'est mieux ainsi. Je préfère ça, plutôt que d'avoir des doutes constants sur ceux qui m'accompagne. Désormais je sais tout d'eux. Leurs peurs, leurs hontes, leurs points faibles... Et c'est un avantage.
- Un avantage ?
- Dumbledore est notre ennemi. Maintenant plus que jamais. Et je ne veux pas avoir de mauvaises surprises, une fois que nous serons obligés de l'affronter. Savoir ce que je sais sur eux désormais, me permet au moins de me concentrer sur lui maintenant, et c'est tout ce qui compte.
Les deux mangemorts ne dirent rien, méditant les mots de Tom dans un silence encore emplit de doutes. Mais Jedusor s'en fichait. Ses doutes, eux, étaient apaisés. Il savait désormais à qui, il avait à faire, et étonnement, la possibilité de reposer son esprit de cette quête infernale l'apaisait, comme le rassurait. Un poids s'était ôté de sa poitrine, l'allégeant au point qu'il en aurait presque perdu l'équilibre. Pourtant, bien plus tapis en lui, un autre sentiment était né. Comme une légère incompréhension, ou une idée que l'on oublie alors qu'elle vient de naître. Il ne pouvait s'en défaire, persuadé que cela avait plus d'importance que toute autre chose. Que c'était vital même. Mais son esprit se refusait à lui, comme s'il lui interdisait l'accès à cette dernière. Comme s'il lui cachait quelque chose. Mais cela n'avait pas de sens non plus. Son esprit était impénétrable et la fatigue le guettait. Ses songes étaient tourmentés par Ginny et sa maladie mystère, tout comme ses préoccupations étaient tournées vers Dumbledore. Son impression, ou même son idée d'impression, n'était sans doute que le résultat de son stress et de tout le reste, et il se devait de l'ignorer ; de se convaincre que ce n'était rien, pour qu'au final, ce le soit. Même si, sans vouloir l'admettre, il ne pouvait faire taire cette envie urgente. Celle de vouloir savoir ce qu'il avait l'impression d'avoir su un jour, avant de définitivement l'oublier.
- Vous êtes sûr que l'avoir renvoyé était une bonne idée Maître ? Demanda Hermione, dans un souffle de doute.
- Je sais que ce n'est pas la place qui manque, mais je n'avais pas pour projet de partager une nuit avec mon double passé pour le plaisir. Ce que l'on peut être naïf à cet âge... c'en ai presque dégoûtant.
- Ne soyez pas si dure avec vous-même. Croyez-nous, vous étiez difficile à gérer.
- Peut-être mais j'étais encore loin d'imaginer la complexité de la vie. De la vraie vie... A se focaliser sur ce que l'on veut changer dans le monde, on oubli de regarder ce qu'on a en soit. Tom est comme une flamme à peine allumée. Elle brûle, fait mal, et est insolente de par sa chaleur. Ce qui ne le rend que plus dangereuse. Un souffle peut l'éteindre comme la transformer en un feu de forêt. Médita-t-il, les yeux fixés sur le plafond magique de la grande salle. Il peut nous détruire. Il fallait le rendre inoffensif. Il fallait lui prendre ses souvenirs.
- C'était ingénieux. Répondit Drago. Mais vous pensez vraiment que les souvenirs que vous lui avez implantés lui suffiront.
- Je lui ai donné des réponses. Fausses, certes, mais elles devraient suffire à le calmer un moment. Il pense de nouveau avoir toutes les cartes en mains, savoir tout sur vous, et avoir le contrôle sur vos actions. C'est tout ce dont il avait besoin ce soir.
- Et Ginny ? Demanda Blaise, d'une voix grave. Il... il est toujours lié à elle.
Voldemort acquiesça dans son silence, bien conscient de ce problème insolvable dans l'instant auquel il ne trouvait que des alternatives temporaires. Mais viendrait le jour où là encore, le factice ne suffirait plus. Ce lien qui l'unissait à Ginny, dépassait tous les mensonges du monde et était criant de vérité, à travers sa seule existence.
- Je sais. Mais je ne peux rien y faire. Lui non plus. Personne ne le peut. Il faudra faire avec, en espérant que cela suffise pour le moment.
Les sorciers ne dirent rien, plongé dans leurs propres angoisses et la fatigue qui les gagnaient peu à peu. Ils n'avaient pas dormi depuis presque deux jours maintenant et dans à peine quelques heures, ils leurs faudrait remettre leurs masques, et jouer le rôle de leur nouvelle comédie dont la simple idée, les épuisaient déjà. Pour autant, ils n'étaient plus vides d'espoirs et d'incertitude. Leur maître était là. Et leurs chances de vaincre, aussi.
- Nous ne pensions plus jamais vous revoir. Soupira Drago.
- En toute honnêteté, moi non plus. Mais ne réjouissez pas trop, ce n'est que temporaire.
- N'y-a-t-il donc aucun moyen pour que l'Esprit vous relâche ?
- Je n'appartiens plus à ce monde Granger. Tu le sais, toi, mieux que quiconque. Grimaça-t-il. Se voiler la face est une perte de temps. L'esprit et moi avons passez un marché.
- Mais...
- Il n'y a pas de mais. Claqua-t-il durement d'une voix irrévocable. Ne vous habituez pas à ma présence.
- Vous ne pouvez pas nous demander ça. Répondit Drago. Sans vous, notre avenir mourra. Rien n'aura de sens, car rien n'existera !
- Il vous reste Jedusor. Si tout se passe comme prévu, il deviendra Voldemort, tuera des milliers d'innocents, et vous retournerez à la case départ. Rien ne sera perdu. Sourit-il sarcastique.
- Et Magnus ? Vous pensez vraiment que la version de vous que nous avons affrontez à Poudlard s'encombrera d'un enfant ?! S'énerva Hermione révoltée. Il le tuera ! Il nous tuera tous ! Vous le savez !
- Vous dramatisez toujours tout... désespéra-t-il en levant les yeux au ciel. Arrêter de penser à l'avenir.
- Qu...
- L'avenir n'existe pas encore ! Alors concentrez-vous sur aujourd'hui pour faire demain, et rien d'autre ! C'est en brûlant les étapes que l'on fait des erreurs et depuis le début, c'est tout ce que vous avez réussi à faire ! Les lignes temporelles sont presque mortes depuis votre arrivée ici, et rien n'adviendra plus jamais si vous continuez à tout vouloir contrôler ! S'exclama-t-il.
- Difficile d'agir quand on est aveugle ! On nage en plein délire depuis qu'on est là, et gérer tous les fronts n'est pas possible ! Se scandalisa Hermione désormais hors d'elle.
- Excuse-moi ?
- Avec tout le respect que je vous dois Maître... on s'est fait attaquer par Grindelwlad, épier par Jedusor, manipuler par Dumbledore et tout ça en vous croyant mort, en apprenant que Ginny était enceinte, en essayant de trouver un moyen de rentrer chez nous, de garder le futur de nos enfants intactes et de ne pas se faire tuer ! On est désolé d'avoir échoué mais je doute qu'on aurait pu faire mieux jusque-là !
- C'est justement pour cela que je suis là. Pour vous faire faire mieux.
- Mais...
- J'ai conscience de tout ça. Dit-il d'un ton qui coupa tout révolte. Plus que vous ne pouvez le pensez. Mais cela n'excuse rien. Vous êtes des soldats, des sorciers hors pair, et tout ce que vous cherchez à faire, c'est survivre ?! C'est une honte, pas un échec. Et je ne suis pas là pour survivre ! Je suis là pour reprendre ce qui me revient de droit. Et vous devriez en faire de même. Arrêtez d'avoir peur. Ce n'est qu'à partir de cet instant que vous réussirez à avancer. Pas avant.
- Et comment on fait ça ? Le futur repose littéralement sur nos épaules !
- Et bien pour commencer, allez dormir. Votre fatigue m'irrite. Soupira-t-il amer et tourmenté.
- Et vous ?
Il marqua un temps d'arrêt, comme incertain, mais ne put que dire ces mots, à la fois convaincu et déterminé.
- D'abord, je vais m'occuper de ma femme. Ensuite eh bien... j'ai bien l'intention de faire payer à ce vieux fou de Dumbledore la profanation qu'il a osé faire à mon enfant.
Si Tom avait cru qu'une nuit de sommeil éclaircirait son esprit, et bien il avait eu tort. Des jours étaient passés. Des heures entières, affilées les unes aux autres, chargée de cours, de devoirs, de réunions et de recherche de nouvelles recrues. Pourtant, malgré cela, et son emploi du temps toujours plus chargé, il ne s'était jamais senti aussi troublé. Et le pire, était bien qu'il n'avait aucune raison de l'être. Au contraire, tout n'avait jamais été aussi parfait. Ses fidèles lui obéissaient désormais mieux que jamais, et plus aucune protestation ne veinait déranger ses rassemblements. Presque robotisés, les mangemorts marchaient au pas, la tête droite et la baguette en avant. De toute évidence, l'idée de perdre leur maître, leur avait fait prendre conscience de leur dépendance à son pouvoir. Sans lui, ils n'étaient qu'une bande de fanatique sans but d'existence ni raison d'être. Un serpent sans tête qui s'agitait dans le vide, sans pouvoir réfléchir ou survivre au-delà de quelques reliquats de battement de cœur inerte. Aussi, ils s'évertuaient corps et âme à ne pas le décevoir, ne faisant que répandre un peu plus son aura et emprise menaçante sur toute l'école. De plus, la chance lui sourirait enfin. Slughorne lui mangeait presque dans la main depuis sa petite fête, ne faisant que le complimenter un peu plus chaque jour sur ses capacités magiques et ses potions parfaites. Il lui avait même proposé de devenir son apprenti après l'obtention de son diplôme, chose qu'il devait reconnaître ne pas avoir vu venir mais qui n'avait fait que gonfler son cœur d'espérance. Son professeur était malléable. D'ici quelques semaines encore, il pourrait en faire ce que bon lui semblerait, présageant d'avance plus d'opportunité qu'il n'en avait espéré.
Par ailleurs, même Dumbledore semblait se faire petit ces derniers temps. Lui qui était devenue la cible principale de Tom, semblait l'avoir pressenti, le poussant dans ses retranchements sans pour autant que le sorcier ne sache pourquoi. Il n'avait jamais reculé face à qui que ce soit auparavant, et pourtant quelque chose paraissait le retenir. Le pousser à faire profil bas. Mais Jedusor n'allait certainement pas s'en plaindre. Mieux valait qu'il ne traîne pas dans ses pattes, à l'heure où il s'apprêtait à enrôler une dizaine de nouvelle recrue. Ses pensées s'étaient bien trop éparpillées depuis le début d'années, aussi les vacances de Noël étaient le moment rêvé pour approcher des cibles isolées et solitaires. Cinq Serdaigles étaient en listes. Des rats de bibliothèques élitistes qu'il avait pris sois de sélectionner lui-même, ainsi que deux Pouffsoufles aux mœurs peu conventionnelles et trois serpentards de bonne famille, anciennement fidèles à Grindelwald. Des cibles de choix, qu'il avait hâte de tester et avec qui il voulait un peu s'amuser.
Même Drago et Hermione avait cessé de l'ennuyer, se comportant comme les braves soldats qu'il avait toujours attendu d'eux. Depuis leur entrainement de légimencie, ces deux-là lui semblaient presque transparent, ôtant par la même occasion l'obsession qu'il avait fait sur eux depuis des mois. Un soulagement dont il n'allait certainement pas se plaindre, mais qui le laissait presque sur sa faim. Il s'était attendu à bien plus que ce qu'il avait vu, c'est-à-dire, presque rien. Drago et les punitions toujours plus sévères de son père. Hermione et sa solitude permanente à travers sa quête incessante de savoir. Blaise et sa volonté toujours plus grande de puissance magique, mais aussi de paix. Une paix compromise par la guerre de Grindelwald, qui les avaient poussés à s'allier, mais qui n'avait fait que les détruire. Autant dire qu'il n'avait rien vu d'aussi palpitant que ce qu'il avait imaginé, et que la déception de cette vérité, lui laissait encore un goût amer dans le fond de la gorge. Il n'y avait rien de plus fade que la réalité décevante d'un fantasme. Ces sorciers avaient été le sien pendant des mois, semant doute, confusion et hantise dans son esprit, mais il n'en était en réalité rien. Rien à part ce qu'ils lui avaient déjà dit. Aussi, il ne prenait plus le temps de les espionner. Il n'y avait plus rien à découvrir. Et à part la grippe magique foudroyante de Blaise qui le gardait alité depuis trois jours, rien de bien intéressant ne tournait autour d'eux, les réduisant à de simples fidèles aux forces magiques précieuses ; a des atouts stratégiques, comme beaucoup d'autres.
Seule Ginny parvenait à faire vibrer en lui cette part de mystère que ses amis avaient perdu. Mais la pauvre fille, se trouvait malheureusement dans une situation bien inconfortable. Celle de la rechute de son coma magique. Son état ne s'était pas arrangé d'après Hermione, à tel point qu'elle ignorait si elle se réveillerait avant la rentrée. Il lui avait rendu visite, dans l'espoir de trouver un moyen de la ramener dans le monde des vivants et de la sortir de son lit, mais à chaque fois, la vision à laquelle il était confronté lui donnait la nausée et la migraine. Ses souvenirs, floutées par de drôles d'émotions et d'étourdissement, se confondaient en lui, mélangeant le tout dans un mixe douloureux et parfois incohérent, auquel il ne pouvait que se rattacher malgré tout. Derrière ses paupières clauses, la nuit, c'est comme s'il arrivait encore à la voir. Pâle et inerte, ne présageant rien si ce n'est la mort. Et pourtant, il pouvait le sentir au fond de lui. Elle se battait contre la faucheuse, avec hargne mais aussi lassitude. Elle ne voulait pas mourir mais ne savait plus comment gagner. Et lui, ne pouvait l'aider. Oh ciel, qu'il aurait voulu, mais une impuissance l'habitait. Comme si une part de lui savait d'avance que ce qu'elle couvait ne la laisserai pas survivre, ou du moins, plus jamais comme qu'il ne pouvait rien y faire. A cette idée, une rage l'envahissait. Une rage dont la provenance l'intriguait comme lui semblait familière. A croire qu'elle était le symbole de cette confusion qui n'avait cessé de le tarauder depuis des jours, et dont il n'arrivait à se défaire malgré ses efforts et ses prières.
Il se sentait perdre pieds dans son quotidien redevenu si anormalement normal. Comme contraint de le vivre et de s'en satisfaire alors qu'un démon qu'il ne savait faire taire, lui hurlait de s'en échapper, sans qu'il ne sache vraiment pourquoi. C'était insupportable. Et cela le hantait désormais. Cette certitude que ce qu'il vivait n'était pas ce qu'il devait vivre, sans pour autant pouvoir mettre la main sur ce qui aurait dû lui appartenir... ce qu'on lui avait pris.
C'est dans ses pensées là qu'il se perdit. A fouiller dans son esprit pour y comprendre d'où venait sa folie, jusqu'à en en oublier le reste et ne pas entendre Arias débouler en trombe dans la salle commune de serpentard, plus rose qu'un porcelet et essoufflé qu'un cheval.
- Maître ! Maître !
La violence de son réveil le fit frissonner, donnant à Jedusor l'impression de sortir d'un sommeil profond dont les rêves lui auraient donné la clé de sa vie. Des rêves qu'il n'arrivait malheureusement pas à atteindre. Agacé, il se tourna vers le Lestrange, un rictus menaçant au coin des lèvres. Il était tard. Bien trop tard pour le moindre scandale.
- Maître, c'est... important. Bredouilla-t-il gêné et effrayé.
- J'ose espérer que ça l'est suffisamment pour me faire passer l'envie de t'exterminer sur le champ. Cingla-t-il.
- Ma... maître...
- Quoi Arias ?! Qu'y-a-t-il ? Parle !
Le Lestrange bafouilla, pétrifié par le regard de son seigneur mais aussi par ce qu'il s'apprêtait à lui dire. Une nouvelle étonnante, mais aussi dangereuse. Trop dangereuse.
- Maître, un homme demande à vous voir.
- Un homme ?
- Ou... oui maître.
- Qui ?
- Je... je ne sais pas. Il n'est pas élève ici. Et personne ne le connais.
Jedusor pouffa alors dans un sourire, presque amusé par ce qu'il venait d'entendre.
- Nous sommes au beau milieu de la nuit Lestrange. Personne ne peut entrer dans le château à une heure pareille. Et aucun intrus ne peut s'y introduire non plus. Tu as sûrement dû entendre les fabulations d'un tableau. Ah moins que tu ne te sois mis à piocher dans le sang de Vélane de Blaise. Tu m'as l'air un peu pâle.
- Mais maître, croyez-moi ! J'ignore comment mais il... il a réussi. Et il insiste. C'est vous qu'il est venu voir.
- Que me dis-tu là encore ? C'est ridicule ! Personne ne me connait à l'extérieur.
- Je sais bien mais Orion et moi l'avons trouvé dans les couloirs alors que nous étions en ronde. C'était la première fois que nous le voyions. Il avait l'air calme, comme s'il s'attendait à nous voir ! Nous avons voulu l'emmener à Dippet, mais il a dit vous connaître, et vouloir vous parler immédiatement. Je vous le jure !
Cette fois, plus aucun sourire n'habitait ses traits. Seule persistait une inquiétude surprise, qui ne faisait que se creuser davantage à mesure que son fidèle se ratatinait de crainte et d'angoisse. Arias était le plus fanatique de ses fidèles, et aurait probablement préféré mourir que lui mentir aussi honteusement.
- Maître... il... il a été très claire. Il a dit vouloir parler à l'Héritier de la Chambre.
- Quoi ? Souffla-t-il.
- Il sait pour vous.
- C'est impossible ! S'exclama-t-il dans un souffle. Personne ne peut... non ! Où est-il ?!
- Avec Orion. Au milieu de l'aile Est.
- Et il ne vous a pas donné un nom ?! Rien ?! S'emporta-t-il désormais affolé à l'idée qu'il était découvert.
- Si mais... il n'est pas connu et...
- Quel nom Lestrange ?! Quel nom !
- Zabini. Souffla-t-il alors à demi-voix sans comprendre la portée de ses mots. Il a dit se nommer Terrence Zabini.
Voili voilou ! J'espère que ce nouveau chapitre vous a plût, parce que moi, j'ai adoré l'écrire ! Jedusor ne se souvient de rien, Ginny est toujours enceinte jusqu'au cou, et attention, attention... Terrence fait son apparition ! Mais pourquoi ? Et, est-il seul ? Où sont les autres ? Et pourquoi a-t-il demandé à parler à Tom ? Telle sont les questions de la semaine ;) ! Dîtes moi ce que vous en avez pensé ! La suite arrive bientôt !
A très vite ! Gros bisous !
