- Maître ?

Voldemort sursauta malgré lui à l'écho de la voix d'Hermione dans la Grande Salle. Presque désorienté par sa sortie de ses songes, il la regarda, les sourcils froncés de surprise. Il ne s'attendait pas à la voir revenir de sitôt. Presque hésitante, la jeune femme baissa la tête, incertaine, avec serrée contre elle, le chargement précieux qu'elle avait caché sous sa cape tout le long de sa traversée de Poudlard. Une urne, en argent ciselé, qu'elle avait façonné elle-même de sa magie à ses heures perdue. Et Merlin savait qu'elle avait eu, à surveiller la préparation de la seule potion capable d'invoquer un Esprit. Car en effet, il était bien question de cette dernière. Voldemort la lui avait demandée, intrigué et soudainement plus rassuré à l'idée que tous leurs efforts ici, n'avaient pas été vain après tout. Ils avaient au moins accompli quelque chose. Quelque chose auquel ils pouvaient se rattacher. Ils avaient taillé la clés, capable de les faire sortir de ce donjon maudit. Par chance, les couloirs étaient vides à cette heure, mais pour une raison qu'elle ignorait, restée à la vue de tous avec leur seule carte de sortie ne l'avait pas rassurée. Loin d'avoir flâné dans les couloirs, ses joues étaient roses de par sa course dans le noir, et son souffle encore haletant, rythmait les battements effrénés de son cœur. A la regarder, Voldemort cru bien qu'elle vînt de sortir d'une course poursuite avec son ombre, mais la réalité n'en était pas tout à fait éloignée. A la différence que dans cette dernière, ils courraient tous. Non pas pour échapper à une ombre, mais bien à l'inévitable compte à rebours que le sablier laissait écouler goutte à goutte. Une menace que Voldemort voyait un peu plus à chaque recoin de mur, et qui le hantait dans ses insomnies.

- J'ai la potion. Souffla Hermione.

- Bien. S'empressa-t-il alors, en se levant de son fauteuil. Tu es sûr que tu as tout mis ?

- Il ne manque pas grand-chose. Juste des ajouts de dernières minutes, et une âme à sacrifier au passage. Grimaça-t-elle.

- Des aromates et un sacrifice ? Moi qui pensais que cette journée serait ennuyeuse... sourît-il amusé. C'est parfait !

- Parfait ? S'étouffa-t-elle. Maître, on ne sait toujours pas qui...

- "Qui" importe peu Granger. Pour le moment, ce qui compte c'est le comment ! Et il est juste là.

Comme le plus précieux des enfants, Voldemort s'empara de l'Urne. De sa main sûre, et sans un tremblement, il parcourut ses ciselures du regard tout en les chatouillant du bout des ongles, fasciné par leur élégance et détails. Des fleurs s'y entremêlaient dans un mouvement magique, entre quelques épines aiguisées et symboles magiques scintillants de puissance et de charmes de protection. Pourtant, ce qui dénota à ses yeux, fut bien les noms qu'ils y lu. Ceux de leurs enfants. Kai, Magnus, Katherine, Elias, Scorpius, Rose... tous étaient réunis à divers endroits, gravés dans l'argent. Mais pas seulement les leurs. Près d'eux, les initiales de leurs parents trônaient, comme le rappel d'une protection lointaine et d'un amour éternel à leur égard. En s'apercevant son initial, le Mage Noir serra les dents sans trop savoir pourquoi. Peut-être par peur de ne jamais pouvoir être plus que qu'une gravure sur une urne pour ses enfants ?

Depuis qu'il était revenu dans le monde des vivants, rien ne s'était véritablement passé comme il l'avait espéré. Dumbledore avait pour ainsi dire fuit le château, ne laissant derrière lui que des élèves heureux de ne pas avoir cours, et un mage Noir plus frustré que jamais. Il allait et venait, un jour sur deux, n'assurant pas ses classes ni même ne rendant de compte à Dippet. Les rumeurs laissaient sous-entendre que la mort de Grindelwald lui avait perturbé l'esprit, quand d'autres encore, voyait dans son agitation le signe que la Guerre n'était peut-être pas encore finie. Mais cela importait peu à Voldemort. Tout ce dont il rêvait, était de mettre la main sur lui avant qu'il ne le puisse plus, et de lui faire payer l'affront qu'il avait osé porter sur sa famille. Car même s'il était de retour, Ginny ne s'était toujours pas éveillée. Toujours alitée dans son lit, il n'avait fait que redoubler d'effort pour la sauver. Un projet presque en bonne voie, si on oubliait qu'à cette heure, le ventre de la rousse était celui d'une femme enceinte de presque 8 mois et demi et que Magnus ne faisait que se renforcer de jour en jour. A croire que rien de ce qu'il pouvait faire, n'arriverait à endiguer sa naissance magique surdéveloppée, et la perte progressive d'énergie du corps affaiblit de la jeune femme. Une impuissance qu'il n'arrivait à contourner, et qu'aucune magie du monde ne semblait en mesure de vaincre. Du moins, pour le moment.

Tout en se détournant des ciselures de l'urne, Voldemort en ôta les protections et l'ouvrit impatiemment. Dans son cœur de métal, vrombissait une mixture étrange, à l'odeur forte et aux ingrédients rares. Sa réalisation était presque un exploit, qu'il se retînt bien de souligner devant Hermione. Il ne voulait pas qu'elle se repose sur ses lauriers. Encore moins maintenant.

- Vous êtes sûrs de vous ? On ne sait pas les effets que la potion peut avoir sur elle.

- Normalement, l'invocation d'Esprit n'est possible qu'à partir du sacrifice de l'âme. Cependant, cette potion n'en reste pas moins puissante à l'état brut. Sa magie pourra me permettre d'atteindre Ginny plus directement qu'aucune pâte de rêve ne saurait le faire. Avec un peu de chance, j'arriverai même à ralentir le développement de Magnus.

- Vraiment ?

- Je vais tout faire pour en tout cas. Je n'ai pas le choix. Le reste a échoué.

Dans son silence, Hermione acquiesça malgré tout. Elle voyait à quel point la situation de la rousse l'obsédait au-delà de tout, et culpabilisait de ne pouvoir pas plus l'aider. Mais si lui échouait, que pouvait-elle bien faire ? Le regard bas, elle resta à le contempler dans ses expériences, la gorge sèche et le doute au creux du cœur, avant qu'instinctivement, ses yeux ne se tournent d'eux-mêmes vers la porte scellée, au fond de la Salle sur Demande. Une porte qu'elle s'étaient mise à détester.

- Il va bien. Dit alors Voldemort de lui-même sans attendre de question de la part de la Gryffondor.

- Je...

- Je sais. Mais tu n'y peux rien.

- N'y a-t-il donc pas un moyen de l'aider ? De... de le sauver ?

- Granger, nous avons déjà cherché. Mais la dépendance magique n'a pas plus de remède que la dépendance moldu. Tout ce que nous pouvons faire, c'est le maintenir lucide le plus possible. Si Blaise veut survivre, alors lui seul y parviendra. Mais ce n'est pas de notre ressort. Déclara-t-il, une fiole de potion dans la main.

- Quoi qu'il nous arrive, j'ai l'impression que nous ne pouvons jamais rien y faire ! C'est tellement...

- Frustrant. Oui je sais. Mais nous avons une mission. Ceux que nous perdons en route seront regrettés et remémorés. Mais ils ne doivent pas nous laisser tomber avec eux. Et cela vaut pour tout le monde.

A ses mots, Hermione ne put s'empêcher de grimacer dans un élan révolté. Pour elle, penser cela n'avait pas de sens. Ils étaient tous arrivés ensemble, et s'étaient promis de repartir ainsi. Et ce vœu comptait pour elle. Aussi, elle refusait de tolérer l'idée de laisser les plus faibles sur le bord de la route pour une meilleur réussite. C'était inimaginable à ses yeux, égoïste, cruel même. Ils n'avaient pas enduré toutes ses misères pour se la jouer solo devant la ligne d'arrivée. Et penser le contraire la répugna dans un haut le cœur, qu'elle ne sut cacher. Pourtant, Voldemort ne réagit pas face à ses joues rouges de colère, et c'est bien son silence qui lui fit alors comprendre où il voulait véritablement en venir.

- Vous ne parlez pas de Blaise. Souffla-t-elle.

- Je parle de nous tous.

- Non. Vous nous avez toujours encouragés, même depuis l'au-delà, parce que vous croyez en notre réussite. Mais... mais vous ne croyez pas en la vôtre.

- Herm...

- On ne va pas vous abandonner ! S'emporta-t-elle.

- Ce débat est stérile.

- Non ! Résista-t-elle. Vous le rendez stérile parce que vous ne croyez pas en vos chances, mais nous, nous y croyons !

- Je suis condamné ! Ceci n'est qu'un répit, rien d'autre.

Elle serra les dents, cherchant en vain un moyen de lui faire comprendre à quel point il se trompait, mais devait se rendre à l'évidence que persuader un être comme Voldemort n'était pas quelque chose d'humainement possible. Aussi, Hermione décida qu'elle n'avait pas besoin de le convaincre lui, du moment qu'elle, l'était.

- Le monde Sorcier tout entier a célébré votre mort, vous savez. Dit-elle alors. Tout le monde chantait la disparition du Lord Voldemort. Et pourtant, vous êtes revenus.

- Ce n'est...

- Nous vous avons tous pleurés quand vous êtes restés coincé dans l'autre dimension. Quand nous avons su le sort que vous enduriez. Mais là aussi, vous êtes quand même revenus. Deux fois !

- Il n'y a rien de comparable !

- Vous croyez ? Moi je crois plutôt que c'est votre malédiction. Et le comble de tout, c'est que fut un temps, elle était votre souhait le plus cher. L'immortalité. Le monde entier a essayé de vous tuer ! Les mages, les sorciers, les Esprits et même moi ! Et pourtant, vous êtes encore là ! C'est pour ça que je ne peux pas croire en votre chute. Voldemort ne peut pas être retenu indéfiniment. Jamais ! Vous trouvez toujours un moyen de revenir, quel que soit le prix, le temps, ou les obstacles. Et je me fiche que vous y croyez ou pas. Parce que Ginny, Drago, Blaise et moi y croyons pour vous. Et cela suffit. Nos bras vibreront toujours de votre marque, tous comme nos cœurs n'abandonneront jamais l'espoir de vous voir encore nous revenir ! Alors oui, peut-être que nous sommes juste fous, mais le monde n'a pas grandi par la pensée des sages, et aucun de nous ne sera jamais prêt à renoncer.

Le mage noir ne dit rien, mais ne put s'empêcher d'esquisser un sourire amusé. Par Merlin, que cette fille était bornée. Elle se tenait là, frêle et fatiguée mais revancharde et déterminée, sa marque des ténèbres fièrement exposée sous sa manche relevée. Elle croyait en lui, en ses pouvoirs, en sa force ; et ce même s'il avait tenté d'éradiquer son espèce, et assassiner froidement ses proches. Peut-être avait-elle raison ? Peut-être était-ce simplement de la folie ? Mais son regard n'en portait pas une once. Elle pensait ce qu'elle disait, avec aplomb et insolence. Une qualité qui, à n'en pas douter, la perdrait tôt ou tard.

- J'aurais dû t'enrôler pendant la Guerre. Dit-il alors. Un seul de tes discours aurait suffi à faire capituler l'Ordre du Phénix et le Ministère Magique tout entier.

Elle sourit étrangement, presque heureuse de savoir que ses mots, ne valaient pas rien aux yeux de son maître, bien que consciente que le passé n'était plus à refaire. Elle voulut lui répondre, mais fut brusquement interrompu par l'entrée en trombe de Drago dans la salle, qui fit claquer les portes à son arrivée en furie. Lui aussi était essoufflé, mais il ne prit pas même le temps de respirer et s'époumona, presque au bord de l'évanouissement.

- Jedusor veut nous voir ! Maintenant !


Tom ne dit rien pendant plusieurs secondes. A la place, il s'assit, l'air pensif, tandis que sa baguette jonglait dans sa main distraite. Il était rare de voir pareille assemblée dans la Chambre des Secrets. Or, il y en avait bien une. Tous ses fidèles y étaient réunis, au beau milieu de la nuit, et en catastrophe après le message urgent qui leur avait été communiqué par Arias. Un message qui les avait faits tous frémir. Celui d'un intrus dans le château, qui les menaçait tous. Face à lui, le mage noir s'était tu, empreint d'une inquiétude sans équivalence. Il était là. Cet homme, ce danger... ce Terrence Zabini dont il ignorait tout et qui pourtant, en savait bien trop. Assis et ligoté à une chaise, il n'avait pas lutté, ni même essayé de se débattre. A la place, il les avait laissé faire, regarder et sourit. D'un air qui avait perturbé Jedusor, dont l'échine s'était hérissée dans un écho d'effroi. Ce visage, ces mimiques, ce regard... tout chez lui, lui donnait une impression désagréable de déjà-vu. Une impression qu'il l'avait saisi à la seconde où il l'avait aperçu, et qui ne le quittait plus désormais, ne faisant qu'amplifier davantage l'idée de menace que cet individu représentait. Il avait bien essayé de se remémorer ses traits, son nom, le ton de sa voix, mais rien chez lui ne lui semblait pour autant familier. Jamais de son existence, il n'avait entendu parler d'un Zabini. Et jamais encore, il ne l'avait rencontré auparavant. Or personne ne pouvait savoir qu'il était l'héritier de la chambre. Seuls ses fidèles savaient. Et tous avaient beaucoup trop peur de lui pour le trahir désormais. Aussi ce casse-tête lui donnait la migraine, et l'incertitude lui retournait le ventre.

Toujours assis face à face, le mage le détailla pour la énième fois. Matte de peau, au cheveux mi-long noir seulement parsemés d'une étonnante mèche platine, au regard perçant et aux fossettes saillantes, le fameux Terrence arborait un air étrangement détendu. Vêtu de vêtements sales, abîmés et déchiré, il n'en était pas moins propre sur lui, comme un prince déchu entendant de rentrer au pays. Il portait à n'en pas douter, les marques d'un sang pur par excellence. Il n'avait pas baissé la tête devant lui, ni même frémit à leur rencontre. A croire qu'il recroisait pour sa part, une vieille connaissance, qui l'amusait par son amnésie. Il n'avait pas non plus paru impressionné par la chambre des secrets, ou même intimidé par les troupes que Tom avait réunies. Il avait simplement marché, le dos droit et le regard franc dans l'immense sous terrain, attendant patiemment que la mort se montre à lui, un sourire de défi aux lèvres, que Jedusor n'avait pour hâte que d'arracher de ses propres mains. Alors que seul le grincement des tuyaux résonnait dans l'immensité des lieux, on entendit Orion revenir en trottant vers son maître, après que ce dernier l'ait envoyé en reconnaissance.

- Tu en as mis du temps !

- Je vous prie de m'excuser mon Seigneur. Mais les couloirs sont vides. Dit-il alors entre deux respirations.

- Tu es sûr ?

- Affirmatif. Il n'y a pas non plus de signe d'effraction, ni d'alerte de transplanage. J'ignore comme il a pu entrer, mais il n'a laissé aucune trace. Et il est seul.

Jedusor déglutit, la mâchoire serrée. Ce que cet homme avait accompli aujourd'hui, était une première dans toute l'histoire de Poudlard. Même Grindelwald n'avait jamais pu percer les protections du château. Et pourtant, lui l'avait fait, comme s'il ne s'agissait que de passer une simple porte à la serrure compromise. Et à regarder son sourire amusé, lui aussi en avait conscience. D'un hochement de tête, on vit Abraxas se placer derrière lui, le visage fermé et sa baguette sous la gorge de leur nouvel otage. Mais là encore, il ne sembla pas perturbé. Chose qui, Jedusor l'espérait, ne saurait se retarder.

- Ton nom.

- Je vous l'ai déjà dit.

- Répète le. Siffla-t-il d'un ton inquisiteur.

- Terrence Zabini.

- Age ?

- 22 ans.

- Filiation magique ?

- Sang pur.

Tom marqua une pause, veillant à classer toutes ces informations en ordre dans son esprit tourmenté. Il ne voulait rien manquer, rien esquiver, rien supposer. Seules comptaient ses réponses, et surtout, la vérité.

- Comment es-tu entré à Poudlard ? Demanda-t-il alors.

- J'ai quelques petites astuces. Être discret est l'une d'entre elle.

Deuxième hochement de tête, et le doloris tomba tout aussi rapidement. Pris de court, Terrence se mordit la langue pour ne pas hurler, le visage figé dans une grimace profonde et le souffle coupé pendant plusieurs secondes, avant que ses épaules ne retombent en même temps que le sort, dans un halètement soulagé.

- Que les choses soient claires, c'est moi qui fixe les règles. Quand je pose une question, tu réponds. Pas d'énigmes, d'esquives, de métaphores et encore moins de mensonge. Tu n'y survivrais pas.

Le Zabini déglutit dans son silence, la mâchoire endoloris et le regard un peu vitreux. Pour autant, il ne perdit pas sa fossette et détailla le mage, les sourcils quelques peu froncés d'une curiosité inattendue qui le déstabilisa un instant. Gêné par l'intensité de ses pupilles de jais, Tom se dit que ce jeune homme était soit masochiste, soit profondément atteint d'une pathologie mentale. Mais dans les deux cas, son espérance de vie ne dépassait cette nuit.

- Je repose donc ma question, comment es-tu entré à Poudlard ?

- Par un passage secret à Pré-au-lard, débouchant directement sous la statue du troisième étage.

Tom nota l'information tandis que quelques-uns de ses fidèles affichèrent des airs stupéfaits. Ce passage leur était inconnu. Mais plus inquiétant encore, il était inconnu de Tom.

- Comment l'as-tu connu ?

- Un ancien ami à moi a étudié ici. Il m'a jute donner le tuyau pour que je m'introduise sans me faire repérer.

- Et tu as décidé de pénétrer un Etablissement d'Education Magique privé, placé sous protection et surveillance du Ministère de la Magie, dans le seul but de me rencontrer ?

- C'est à peu près ça.

La désinvolture de son ton le fit grincer des dents, blanchissant ses phalanges accrochées à sa baguette.

- Comment me connais-tu ?

- Ce n'est pas une bonne question.

Cette fois, il le défiait ouvertement. A tel point qu'Abraxas ne put anticiper le moindre sort, et vit le maître lui jeter lui-même un doloris foudroyant qu'il maintenue plus d'une minute. A la levée du sort, Terrence avait un saignement de nez et du mal à respirer, tandis que la veine du front de Tom, était désormais saillante sous sa peau bouillonnante de rage et de frustration.

- Je ne sais pas encore si tu es fou, ou profondément stupide. Cingla-t-il alors.

- Peut-être les deux.

- Tu as conscience que je pourrais t'extirper la vérité tout autrement. Dit-il viscéralement en s'approchant de lui. Je pourrais pénétrer ton esprit, puis en faire une prison, et t'y enfermer pour le restant de tes jours, après t'avoir longuement et lentement torturer avec. Je pourrais te faire parler de toi-même en t'asservissant à moi. Je pourrais même laisser mes fidèles se charger de ton cas toute la nuit. Personne ne t'entendrait hurler, et personne ne viendrait te sauver. Alors cesse donc de me faire perdre mon temps, et parle !

Terrence frémit malgré lui. Dieu qu'il était difficile de rester de marbre face à lui. Non pas qu'il l'effrayait. Oh que non. Mais faire face à la version rajeunie de son futur maître avait de quoi déstabiliser même le plus impénétrable des hommes. A le regarder, il paraissait croire en ses menaces, si bien que le jeune Zabini n'avait aucun mal à le croire capable de les mettre à exécution. Mais à vrai dire, il s'en fichait. Il n'était pas là pour avoir peur. Tout comme il ne se serait pas porté volontaire s'il n'avait pas su dans quoi il s'embarquait. Tom Jedusor était un bébé serpent. Agité, dangereux et capable de tuer de la façon la plus impulsive qui soit. Lui, avait appris au côté d'une version plus mature que lui, mais aussi plus réfléchie. Il savait que cela ne serait pas simple, et que la douleur paverait le chemin qu'il avait choisi de suivre, mais ses leçons n'avaient pas été vaines. Il avait été formé pour cela toute sa sainte vie. Seulement, il n'aurait jamais cru devoir les mettre en pratique un jour, face à celui qui jadis, les lui avait apprises et qui un jour, les lui apprendrait.

- Reprenons, avec des questions plus simples. D'où viens-tu ?

- D'un peu partout. Soupira-t-il. J'ai beaucoup voyagé.

- Précise.

- Londres, Norvège, Russie, France... et je dois en oublier.

- Tu résistes bien à la douleur. Commenta alors Tom après un instant de méditation. Qui t'a formé ?

- Des instituteurs. Des soldats. Toutes personnes ayant quelque chose à m'apprendre.

- Une vie peu orthodoxe. Tu es orphelin ?

- Non. Mais c'était la volonté de mon père de m'endurcir à la vie et de me préparer à la guerre.

- Chacun ses méthodes d'éducation. Grimaça-t-il quand même amusé. Mort ?

- Non. Souffla-t-il. Vivant.

- Et ta mère ?

- Morte.

Pour la première fois, le mage perçut un léger tremblement dans sa voix de fer, si faible et fugace, qu'il crut bien l'avoir imaginé un instant. Mais il n'en était rien. A sa constatation, il esquiva un sourire avant de se rasseoir lentement.

- Je vois. Aucune autre famille ?

- Si. Des cousins et cousines et pour la plupart.

- Tu es donc issue d'une grande famille de sang pur.

- On peut dire ça.

- Cela me surprends. Dit Tom. Nous sommes tous des sans purs ici, et pourtant, aucun de nous n'a jamais entendu parler de la lignée Zabini.

A cette déclaration, Terrence dû se retenir pour ne pas éclater de rire. Il avait presque oublié le plus gros mensonge de Jedusor. Celui de sa filiation. Or lui, avait été élevé dans la vérité du sang mêlé de son maître. Une contradiction qui lui donnait une drôle d'impression, car jamais de sa vie il ne l'avait considéré comme un sang pur, l'existence de son père moldu n'impressionnant que davantage au vu de ses capacités magiques. Tom Jedusor était la preuve vivante que l'on pouvait être pourvu de dons incommensurables, sans pour autant être issu d'une lignée de sang pur ! (Bien que son ascendance directe avec Salazar Serpentard aide un peu dans ce cas précis.) Pour autant, Terrence ne dit rien à ce propos, tenant encore à rester en vie avant que le soleil ne se lève.

- Nous ne sommes pas d'ici. Déclara-t-il. Ma lignée a immigré il y a longtemps.

- Et après tout ce temps tu as décidé de revenir au pays, c'est ça ?

- Si on veut.

- Intéressant, mais cela ne m'éclaire pas plus sur qui tu es.

- Qui je suis, n'est pas quelque chose de très important.

- Tu as raison. Ce qui l'est, est comment tu as entendu parler de moi ? Et je te préviens à l'avance, je ne la reposerai une troisième fois qu'à ton cadavre.

Terrence ne baissa pas la tête, mais comprit qu'il ne pouvait plus jouer et que s'annonçait alors, de longues heures sombres. La baguette d'Abraxas toujours sous la gorge, il ne put s'empêcher de lui jeter un dernier regard. Il ne ressemblait pas beaucoup à Scorpius ou Rosalie, mais l'air de famille qu'il partageait avec Drago et feu Lucius avait de quoi être perturbant. Sans parler d'Orion et d'Arias... Et dire que derrière lui se tenaient les arrière-grands-pères et grands-oncles de ses cousins... Parfois la vie avait de quoi être cocasse. Dans un soupir, le jeune homme se résigna. Il devait tenir. Il devait résister. Alors qu'un frisson lui parcourut le dos, il s'arma de toutes ses forces mentales, barricada son esprit de toutes les façons possibles et imaginable, et calma sa respiration. Il n'avait pas été entraîné 17 ans par les plus grands Mangemorts de Voldemort pour flancher aujourd'hui. D'autant plus, qu'il n'était pas aussi seul, que Jedusor le pensait.

- Je regrette. Mais je ne peux pas répondre.

- Et pourquoi ça ?

Il grimaça, moqueur et presque impétueusement, conscient où cela le mènerait.

- Ce serait vous mâcher le travail.

Jedusor ne dit rien mais sourit, presque heureux de son suicide évident.

- Endoloris !


- Jedusor est complètement fou. Grimaça Blaise, en tenant à peine sur ses jambes.

- Arrête de parler et économise tes forces. Gronda Hermione en le tenant à bout de bras avec Drago.

- Je vais déraper ! Je le sens. C'est... c'est ridicule.

- Ta dernière crise remonte à il y a une heure à peine. Ça nous laisse suffisamment de temps jusqu'à la prochaine.

- Tu crois vraiment ça ? Sourit-il amusé par la bêtise de ses mots.

- On a éluder la question avec Jedusor trop longtemps et ses ordres sont très claires. Il veut nous voir tous les trois ! Dit le Malfoy. Autant ne pas reporter l'attention sur nous.

Blaise ne répondit pas, mais n'en pensa pas moins. Depuis des jours, il n'avait fait qu'osciller entre crise de démence et coma végétatif, passant de l'un a l'autre souvent en moins de quelques instants. Comme Jedusor lui avait prédit, son état était de loin l'un des plus lamentables et critiques qu'il n'avait jamais eu l'occasion de vivre. Hermione le bordait et soignait presque tous les jours, le cantonnant méticuleusement dans une chambre de la salle sur demande, séparé du reste de l'habitacle. Lui-même avait fait cette demande. L'idée d'être dans la même pièce que Ginny dans sa condition, alors que son amie était elle aussi vulnérable, lui donnait plus la nausée que le manque lui-même. Il ne voulait pas être un poids, ni même un fardeau pour ses amis, et se serait probablement laissé mourir de lui-même pour abréger sa misère, si Hermione, Drago et le Maître n'en avaient pas décidé autrement. Voldemort gardait donc sa porte, veillant sur Ginny et Magnus, et à ce que les sortilèges résistent à ses crises de démence et de magie toujours plus incontrôlables. Il l'aidait du mieux qu'il pouvait à travers des incantations puissantes Spirituelles. Elles seules lui permettaient de rester encore un peu lucide, mais ce n'était qu'une illusion. Il pouvait le sentir. Tout son être se gangrenait de ce poison qui le rongeait peu à peu. Son corps ne lui répondait plus, et, ajouté à l'état de ses jambes, il n'était même pas en mesure de marcher par lui-même. Un avantage pour ses amis, qui lui étaient hors de portée pendant ses heures les plus sombres. Une moindre compensation qui le soulageait un instant. Mais son esprit lui, n'en menait pas large non plus. Il ne savait pas où son Maître puisait dans son cerveau pour garder ses derrières cellules de raisons intactes, mais commençaient à sérieusement douter qu'il lui reste ne serait-ce qu'une seule. Il se sentait dériver, flotter dans un océan de son et d'image sans pour autant avoir l'impression d'en faire véritablement parti. Et il le sentait. Il ne lui restait que peu de temps. Il avait beau lutter, il se débattait dans le vide. Et la prédiction de Tom hantait les restes de sa conscience. Malgré qu'il se soit préparé à ce que l'avenir lui réservait, il ne s'était certainement pas attendu, à l'épreuve de le vivre.

Et une autre épreuve les attendait désormais. Une qui, il le craignait, risquait une fois de plus de faire tomber, toute leur couverture. Sa condition était clairement un handicap en matière de discrétion, pour autant, cela n'avait pas arrêté Hermione et Drago, qui bras dessus, bras dessous, l'avait presque porté depuis la salle sur demande. La nuit était presque à son terme, et déjà le jour paraissait percer au loin dans ses prémices de crépuscule. Ils n'avaient pas cours avant des heures, et pourtant, ils étaient là, à espérer ne pas se faire prendre par les professeurs en ronde, et à prier pour que personne ne remarque l'état déplorable du Zabini. Lui jeter un sort de rafraîchissement, n'avait pas aidé à masquer son teint et ses cernes effrayant. Mais ils n'avaient pas le choix. Jedusor les avaient convoqués, d'une urgence qui n'avait clairement parût négociable, et Blaise était inclus dans le lot. Ils n'avaient plus qu'à prier pour que son état leur fasse tous penser à celui d'une salle grippe. A beaucoup prier...

Ils devaient cependant avouer que le plan de leur maître marchait remarquablement bien. Priver de ses souvenirs et convaincu par les faux implantés dans son esprit, Jedusor s'étaient désintéressée d'eux au-delà de toute espérance, leur laissant pour la première fois depuis le début d'année, la liberté d'aller et venir où bon ils leur semblaient. Même les mangemorts avaient cessé de les suivre partout, à leur plus grand bonheur. Désormais, ils pouvaient à leur guise visiter Ginny et le Maître, enfermé toute la sainte journée dans leur repère. Mais ce mince répit et cette illusion de liberté à laquelle ils avaient tant espéré, n'était que ce qu'elle était. Une illusion, qui s'arrêtait encore et toujours à la volonté lunatique de Jedusor. Aussi, leurs problèmes prenaient une autre ampleur à ce jour. Ils devaient se focaliser sur Blaise et ses crises de démence, mais aussi sur cette réunion suspecte, qui, ils le craignaient, ne présageaient rien de bon., et redoutaient déjà le pire.

Sans perdre espoir, ils arrivèrent jusqu'au Deuxième étage, où, à leur plus grande surprise, la Chambre des secrets était ouverte, à peine dissimulée par un sort de confusion. D'abord hésitant, ils durent néanmoins s'en accommoder, et s'y engouffrer à mesure que leur tension montait d'un cran dans la crainte de ce qui les attendaient.


Ginny ne comprit pas d'où lui parvient cette lumière. Plongée dans une obscurité qu'elle ne connaissait que trop bien, cet éclat l'avait éblouie. Et pourtant, il n'était rien. Rien si ce n'est une étincelle presque étouffée... presque morte. Mais même le rayon le plus infime, semble être le plus brillant de tous dans le noir le plus complet. Et celui-ci n'avait fait que croître. Toujours plus présent, plus grand, plus fort et plus chaud, il l'avait enveloppé de toute part. A tel point, que pendant un instant, elle avait bien cru rejoindre les flammes de l'Enfer qui lui avait été promises lors de son aveu d'amour interdit. Comme un rappel douloureux, elle s'était vue, projetée par-dessus par son corps et guidée par cette lueur toujours plus vive, pour assister au défilé de sa vie. Une vie dont l'ampleur ne l'avait jamais percuté jusqu'à ce jour. Les visages de ses parents, de ses frères, de ses amis, de ses ennemis, de ses démons, de son mari, et enfin, celui de ses enfants étaient apparus. Les uns après les autres, le prochain toujours plus flou que le précédent, mais suffisamment nets pour lui remémorer chaque sentiment qu'elle avait éprouvé avec eux. Ses joies, ses peines, ses pleurs, ses rires, ses angoisses, pour ne laisser à la fin qu'une urgence.

Comme si tout son corps était alors parcouru d'une décharge électrique, elle s'était sentie projetée contre elle-même, s'écrasant dans sa propre cage thoracique où son cœur ne battait presque plus. Du moins c'est ce qu'elle avait cru. Plus animée et instable qu'une pile, elle se sentie vibrer de cette force dont elle ignorait la provenance. De cette force qui déclenchait en elle, le besoin de s'éveiller, et qui peu à peu, se transforma en un écho. Celui d'une voix dont la douceur et le timbre la firent ouvrir les yeux sur cette lumière éblouissante. Des yeux aveugles pendant de longues secondes, mais qui cherchèrent malgré tout ce qui la hantait.

Dans sa confusion, elle ressenti enfin son corps, son cœur et son âme. Et très vite, les contours de la grande salle se dessinèrent devant elle, tout comme ceux d'un ventre dont la grosseur lui cachait presque le reste du monde. Elle n'était pas morte. Et Magnus non plus. Le souffle court d'émotion, et les souvenirs encore confus, elle ne prit cependant pas le temps de s'attarder sur son état, cette urgence indomptable grandissant toujours plus en elle. Elle devait partir. Elle devait comprendre.

Tout en se redressant sur son lit aménagé, elle regarda tout autour d'elle mais se vit seule. Ses jambes, très amaigries et engourdie par le manque d'exercice, frissonnèrent au contact de ses pieds sur le tapis. Mais elle ne le senti presque pas. Tout ce qui l'habitait n'était plus que cette impression, cette force, ce besoin de se lever même si elle n'en avait pas la force. Et c'est ce qu'elle fit, plus rapidement qu'elle ne l'aurait cru possible. Car elle le percevait plus clairement que le paysage trouble que lui peignaient ses yeux, quelque chose allait arriver. Quelque chose qu'elle avait besoin d'empêcher. Quelque chose qui s'approchait.

Elle ne savait pas encore pourquoi, mais en était certaine. Cette lumière, cet écho, cette voix... c'était elle. Elle... sa fille.

Elle était là. Elle était à Poudlard.


Coucou ! Alors beaucoup de chose se passent dans ce chapitre, et j'espère que cela vous a plût ! Une confrontation inévitable s'annonce, et j'ai très très hâte de vous faire lire la suite ! Vous saurez ce qu'il se passe avec Terrence, la rencontre avec Blaise, la découverte de Tom, l'intervention de Ginny et encore j'en passe ;) Alors restez connectés !

En tout cas, merci, encore de me suivre !

A la semaine prochaine ! Bisssouuuuss