- Allongez-la ! Allongez-la !
Hermione hurlait de tout son air après les garçons. Pétrifiés, aucun d'eux n'avaient réussi à comprendre ce qui était en train d'arriver. Et pourtant c'était plus qu'évident. Le temps était écoulé. Magnus en avait décidé ainsi. En voyant la flaque humide qui avait coulé sous les pieds de la rousse et imbibé son bas, le sang de la Granger n'avait fait qu'un tour, réduisant leur bataille et querelle à un simple détail dans son esprit encore embrumé. Il n'était plus l'heure de se battre. Accourant à ses côtés en moins d'une demie seconde, sa réactivité réveilla un instant celle de ses amis, qui prirent à leur tour conscience de la situation. Ron et Voldemort les rejoignirent dans la foulée, plus livide que jamais tandis que leurs enfants, à part Katherine, n'osèrent trop s'approcher, par crainte mais aussi par pudeur. La Jedusor, elle, n'avait que faire de cela, et aida comme elle put sa mère au bord de l'évanouissement à rester consciente. Ginny, dont la tête reposait sur les genoux de son mage, le reconnu à peine, ébranlée par des vagues de douleur de plus en plus forte. Ron quant à lui, lui tenait l'autre main, les doigts presque bleus par la pression qu'elle exerçait sur ses derniers, tandis qu'Hermione s'afférait autour de son ventre. D'un point de vue extérieur, c'était une véritable cacophonie… un désastre même. Tout le monde hurlait, ordonnait et paniquait dans des élans de peur et d'incompréhension redoutant le pire des scénarios, qui arriva malheureusement bien plus vite qu'ils ne le crurent.
Tout en palpant son ventre, Hermione blêmit. Il n'y avait plus de doute possible. Sans se soucier de l'entourage éberlué, Hermione ôta sa cape qu'elle vînt positionner sur les jambes désormais nues de la rousse. Il était l'heure. Et rien n'aurait pu stopper l'inévitable.
- Magnus est déjà engagé !
- Quoi, déjà ?! Dit Katherine à ses côtés. Je croyais qu'elle était à cinq mois !
- La magie à un peu accéléré le processus, on n'a plus de temps !
- Attendez, vous... vous voulez dire qu'elle va accoucher ? Maintenant ?! Souffla Tom, en réalisant l'énormité de ce qu'il se passait devant lui.
- Oui !
- Ici ?! S'horrifia Harry paniqué.
- On ne peut plus la déplacer maintenant ! Le bébé arrive !
- Oh Seigneur...
- Mais bon dieu, qu'est-ce qu'il t'a pris de venir ici ?! S'emporta Voldemort dépité par l'ultimatum qui se jouait devant eux.
Ginny haleta dans un rire essoufflé entre deux grimaces. Que la vie se jouait d'elle... Dans la confusion de son réveil troublé, elle avait simplement entendu la voix de sa fille. La seule voix qui comptait, et qui l'avait guidé à travers le château. Elle n'avait pas réfléchi, ni même écouté son corps affaiblit, les étranges douleurs de son ventre ou encore, le sentiment inébranlable du retour de son maître. Elle avait juste marché, toujours plus vite et toujours plus loin, consciente qu'un véritable drame se produirait si elle n'arrivait pas à temps. Et elle avait eu raison. Du moins, sur le moment. Cette pensée la fit presque sourire, alors que les visages des gens qu'elle aimait le plus au monde défilaient sous ses yeux. Celui de son Maître, qu'elle n'avait pas revu depuis une véritable éternité et dont les traits torturés n'avaient malgré tout pas changé, identiques à ceux qui avaient hanté sa mémoire pendant des mois. Celui de son frère, aux cheveux plus longs, à la barbe touffue et au regard toujours plus inquiet. Se suivaient ceux d'une Hermione toujours plus hurlante, d'un Drago pétrifié de peur, et les contours vague d'un Jedusor en retrait à côté de Blaise, toujours au sol mais accompagné de nouveaux venus qui n'en étaient pas : Rosalie et Terrence. Elle-même eut du mal à comprendre leur présence, mais ne put s'en soucier. Le seul d'entre eux qu'elle cherchait, était celui de sa fille. Quand elle le vit enfin, la contraction qu'elle subit lui parût n'être qu'une caresse. Elle était si belle... La voir enfin la transporta au-delà de toute magie, et malgré sa douleur et sa peine, elle se dit que malgré sa vie tourmentée, on lui avait offert le plus cadeau au monde : celui d'avoir eu la possibilité de voir de son vivant, ses trois enfants. Les images de Magnus et Elias se superposèrent sur celle de sa fille. Ils étaient à n'en pas douter, sa plus grande réalisation.
Et cette dernière, commençait maintenant.
- Ginny ! Reste avec nous ! Ginny ! Secoua Ron à la vue de son regard presque vitreux.
- Ginny, tu dois m'écouter ! Insista Hermione. Il faut que tu pousses !
- Maman, je t'en prie... Pleurait presque Katherine, bouleversée.
Dans son épuisement, la jeune femme prit une grande inspiration. Elle n'avait pas le choix et dans un cri déchirant, fit ce qu'on lui demandait. Pourtant, après que la première poussée prit fin, elle fut persuadée qu'il était inhumain de faire subir cela à quelqu'un. Son corps brûlait de l'intérieur, réduisant ses membres inférieurs à des fourmillements et des spams de douleurs insupportable. Son cœur battait avec force dans sa poitrine, enfonçant ses côtés dans chacune de ses pulsations. Tout son être n'était plus que feu, confusion, contractions, douleur et l'air lui manqua rapidement. A bout de souffle et de force, elle résista autant qu'elle put à sa faiblesse, hurlant à plein poumons l'horreur d'un des plus beaux moments de sa vie. Mais là encore, ce n'était pas assez. Rien ne semblait l'être.
- Ginny, encore !
Mais elle n'entendait plus rien, les oreilles vrillées par un acouphène toujours plus intense. Elle ne tiendrait pas longtemps avant de véritablement lâcher prise, et en la voyant tourner de l'œil, Voldemort s'embrasa à son tour. Tout en relevant ses manches, il prit le visage de la jeune femme en coupe et plongea brusquement dans son esprit, s'engouffrant en elle avec autant de rapidité que de violence. Il n'avait pas le temps de prendre des gants. Tout en s'enfonçant un peu plus dans son subconscient tourmentés et ses cauchemars éveillés, il réussit à faire abstraction de ses cris, et atteint laborieusement la source même de leur connexion. Sa douleur l'envahit alors, ainsi que tout ce qui la constituait. Émotion, peurs, ressentis, souvenirs... tout l'assaillit en même temps, lui faisant vivre au même instant ce qu'elle endurait depuis des mois. Il était étrange de se sentir comme une femme en train de mettre au monde son enfant, mais il ne put s'y arrêter. Ignorant du mieux qu'il put ce partage troublant, il s'empressa de lui fournir autant de force qu'il le put, puissant dans ses ressources et dans la source même de son pouvoir. Lui donner son énergie vitale était le seul moyen de la garder suffisamment éveillée jusqu'à ce que son fils naisse. Car il était évident que seule, elle n'avait aucune chance.
Et il avait vu juste. Dans un nouveau souffle, les paupières de la Weasley balbutièrent et le travail s'intensifia brusquement. Dans de nouveaux cris toujours plus forts, elle s'accrocha à Ron et Drago, soufflant autant qu'elle le pouvait, et prêtant attention à la moindre directive d'Hermione. Mais le temps passait trop vite, et l'accouchement trop lentement. En moins de quelques minutes, la jeune femme s'essouffla de nouveau entre deux contractions. Son maître ne la lâchait pas, mais l'intensité de l'effort, venait à l'épuiser peu à peu lui aussi. Et pourtant, Hermione pouvait le voir, Magnus ne tarderait pas à venir. Ne manquait que quelques poussées tout au plus. Alors qu'elle s'apprêtait à parler de nouveau, la jeune femme se stoppa cependant dans son élan, le regard brusquement figé sur de ses mains. Elles étaient rouges. Rouges sang. Un sang qui commençait déjà à se répandre devant elle, depuis l'entrée à peine entamée du bébé. Paniquée mais pas désespérée, elle déglutit et ne dit rien, persuadée qu'il ne s'agissait que d'une légère hémorragie. D'une main agile, elle chercha à changer la position de Magnus in utero, mais reçut une décharge électrique si violente, qu'elle se retira dans un sursaut horrifié, la main tremblante d'un spasme électrique.
Même à cet instant, la magie de l'enfant ne cessait pas. Et sa venue au monde, ne faisait qu'élargir un peu plus son champ d'atteinte à travers les forces désormais jointes de ses parents. Galvanisé plus que jamais, il se défendait encore mais réduisait par la même occasion, leurs chances de survie.
- Il y a un problème ! Souffla-t-elle finalement.
- Quoi ?
- Ginny fait une hémorragie et Magnus ne se laisse pas toucher. Je ne peux pas le guider ! Il risque de s'étouffer et de les tuer tous les deux !
Dans un élan d'angoisse, Katherine la remplaça, mais ne put elle non plus, l'atteindre. Un champ de force le protégeait d'eux désormais, tandis que le sang ne faisait que croître et se répandre.
- Je ne peux pas le toucher non plus ! Il... il ne veut rien savoir !
La situation empirait à vue d'œil, et face à elle, on s'étonna de voir Tom Jedusor réagir. Ses souvenirs lui étaient pleinement revenus, éclairant son présent à leurs lueurs, si bien qu'il ne put se résoudre à rester sans rien faire. Voir Ginny et son propre futur ainsi, lui retournait l'estomac presque autant que les échos de douleurs qu'il parvenait à capter à travers sa connexion avec eux. Mais dans cette horreur, une image s'était néanmoins imposée à lui. Celle de Voldemort, une main posée sur le ventre de Ginny dans la Salle sur Demande. Jamais, Magnus ne s'était laissé approcher jusqu'à ce jour, et cela ne voulait dire qu'une chose. Il reconnaissait son père.
Bien loin d'être convaincu par sa théorie, Tom grimaça, avant de brusquement rejoindre Hermione et sa fille dans un élan qu'il ne put lui-même contenir. Son impuissance avait assez durée. Sans un mot, ni même leur permission, il prit leur place d'un coup d'épaule, un sang ardent dans les veines. Il devait essayer. Il devait aider son fils. Écartées sans un regard, les sorcières voulurent protester, mais se turent, soudainement déconfites. Sans effort, elles le virent saisir la naissance du crâne du Magnus qui se laissa faire sans la moindre animosité, et qui, dès son toucher, se replaça à l'intérieur de sa mère dans une nouvelle poussée. Il avait eu raison. Magnus l'avait reconnu, lui, comme étant son père. Bouleversé dans son âme à l'idée de mettre au monde son futur fils, c'est lui-même, qui à la surprise générale, se mit à dicter les directives à suivre. Devant lui, Ginny et le Maître suaient de leurs efforts à grosses gouttes, le teint cireux, tandis que Drago et Ron ne comptaient plus leurs phalanges écrasées. Mais cela paya. Au bout de longues secondes, on vit apparaître la tête rose de l'enfant, puis dans d'ultimes cris, son frêle petit corps émergea la lumière émeraude de la chambre.
Alors que la rousse s'écroulait dans les bras de son frère dans un dernier effort, Tom finit d'extirper le nouveau-né tandis que Katherine s'empressa de couper le cordon le reliant à sa mère. D'abord inerte, la petite masse rose que le Jedusor enroula dans sa cape gazouilla légèrement, et puis, dans un écho prometteur, poussa à son tour un cri déchirant. Le cri le plus vivant qu'on eut jamais entendu dans la Chambre de Salazar Serpentard. Le cri d'une première seconde de vie, d'un premier souffle ; le premier d'une longue existence. Comme paralysé, le jeune mage resta figé dans sa stupeur. Il avait un fils, ou en aurait un, il ne savait plus trop. Mais tout ce dont il était sûr, était que peu importe les années et les décennies, ce petit être serait de son sang, de sa chair et de son âme. Il pouvait le voir dans ses balbutiements de paupières, et dans l'apparition fugaces de ses iris. Il pouvait le sentir dans son aura magique désormais libérée. Et il put l'entendre dans le tremblement à peine audible du sol sous ses pieds.
Lui, et la Chambre des secrets, avait désormais un héritier.
Magnus Drago Salazar Jedusor, était né.
- Comment va-t-elle ? S'enquit Blaise d'une petite voix.
Terrence le regarda, gêné lui aussi et le regard bas. Bon dieu... que cette situation n'avait pas le moindre sens. Le jeune homme n'avait pas anticipé tout cela. Que ce soit les retrouvailles avec son père, l'accouchement de Ginny, le retour de leur maître égaré, les souvenirs de Tom... Tout cela était venu annihiler leur plan initial, à tel point qu'à cette heure, Terrence n'était même pas sûr de s'en souvenir. Pendant qu'il était dans la Chambre, il n'avait pensé qu'aux étapes à suivre, à ses protections d'esprit et à son endurance, tout le reste n'ayant pas la moindre importance à cette heure. Mais maintenant... maintenant qu'il ne se faisait plus torturer, que tout le monde était en vie, et que leur seul projet immédiat était de se reposer, il ne savait plus quoi faire. Debout face à Blaise, il serra les dents et s'assit à ses côtés, une main crispée sur ses genoux, comme pour s'empêcher de s'enfuir.
Allongé sur le lit de sa chambre aménagée dans la Salle sur Demande, les jambes bandées, Blaise jeta un coup d'œil au rayures lumineuses qui dépassait de dessous sa porte. Derrière cette dernière, il pouvait entendre les pleures de joies d'Hermione, les rires de Katherine, et le débat animé de Jedusor avec son double du futur. Bien qu'il aurait souhaité assister à tout cela, il avait préféré s'éloigner, le cœur toujours accroché à la peur de rechuter dans une de ses crises. Aussi, Terrence l'avait rejoint, sans trop savoir pourquoi à vrai dire. Seul avec lui, dans un silence à toute épreuve, il en vînt jusqu'à regretter son geste. Tous deux ne se connaissaient pas, du moins techniquement et temporellement parlant. Et malgré leurs regards lourds de sens, ils ne s'étaient rien dit depuis leur retour de la Chambre des Secrets. Comment auraient-ils pu d'ailleurs ? Toute l'attention n'était portée que sur Magnus, et à juste titre. Aujourd'hui était un jour heureux, comme on n'en avait pas vécu depuis longtemps. Aucun d'eux ne souhaitaient l'assombrir pour de futiles explications temporelles. Et pourtant, malgré ses essaies de s'en convaincre, Terrence devait bien reconnaître qu'elles n'étaient pas si inutiles que ça.
- Ginny va bien. Elle est avec le maître et Katherine.
- Et les autres ?
- Harry et Ron se reposent de notre voyage. Et Hermione et Drago sont avec Rosalie. Quant à Tom, il a obliété tous les mangemorts de la Chambre et fait un sermon à, à peu près, tout le monde. Il a retrouvé tous ses souvenirs, alors disons que la mise au point est un peu longue.
- Je vois. Ça aurait pu être pire.
- Oui... ils se sont tous fait porter malade pour les cours. Normalement on sera tranquille jusqu'à demain. Dit-il.
- Que les Dieux t'entendent. Soupira-t-il.
Terrence grimaça, mais ne dit rien. A vrai dire, il ne savait pas quoi ajouter. Dans son silence, Blaise ne put s'empêcher de le détailler pour la centième fois depuis la fin de leur bataille, le cœur lourd. Dès que son regard s'était posé sur lui, une boule de plomb s'était logée dans sa cage thoracique. Il n'aurait su dire pourquoi, mais pouvait la sentir, lourde et pesante en lui, comme un boulet qu'il traînait à chaque pas, et qui le happait au sol sans qu'il ne puisse rien y faire. Et pourtant, il n'arrivait pas à s'en plaindre. Quelque chose en lui s'était éveillé. Quelque chose de si inédit, et puissant, que ses crises de manque avaient cessé, surmontées par cette sensation, cette émotion... ce ressenti implacable et révélateur. Et Blaise n'était pas idiot. Son voyage depuis la Guerre de Poudlard, lui avait appris trop de chose pour qu'il se laisse aveugler par de quelconques incertitudes. Et pourtant, il avait du mal à admettre ce qu'il considérait comme étant réel aujourd'hui. Comme il eut du mal, à formuler ses mots.
- Alors, tu... tu es...
- Il n'est pas nécessaire d'en parler. Souffla Terrence perturbé.
- Si, ça l'est. On... on doit en parler. Insista-t-il.
Un soupir franchit ses lèvres, révélateur d'une pudeur venant du Zabini. Il aurait voulu s'épargner des heures de discussion, de révélations et de confrontations, mais ne put s'y résoudre devant le regard de son père. Il était demandeur, curieux, mais aussi étrangement très inquiet, et ce dernier aspect eut raison de ses barrières. Les lèvres pincées, il baissa la tête, les coudes sur les genoux et le visage penché vers le sol. Toute une vie de souvenir ne pouvait se transmettre ainsi. Et pourtant, il lui demandait d'essayer.
- Tu sais, Drago Ginny et Hermione m'ont beaucoup parlé de leurs enfants, et de ce qu'ils ont éprouvé à leur égard. Commença Blaise. A chaque fois, ils disaient que c'était la plus belle chose qu'ils leur n'était jamais arrivée. Que ce qu'ils ressentaient était plus fort qu'eux, comme un instinct, un... un réflexe incapable d'être contrôlé. Ils m'ont dit que tout s'amplifiait. La joie, le bonheur, l'amour, mais aussi la crainte, l'angoisse et l'incertitude. Que c'était beau, mais aussi très... effrayant. Je pensais comprendre ce qu'ils me disaient, mais aujourd'hui, je dois dire que je me sens bête. J'avais tort. Personne ne peut l'imaginer, avant de le vivre.
Terrence esquiva un sourire dans sa fossette. Il était évident qu'il avait deviné.
- Tu sais, alors ? Qui je suis ?
- Quand je t'ai vu, j'avais peur d'y croire. Je ne comprenais pas comment c'était seulement possible. Et puis je t'ai entendu hurler quand Jedusor t'a torturé. C'est là que j'ai su. C'est là, que je l'ai senti. Tu... tu es mon fils. Pas vrai ?
- Terrence Zabini. En chair et en os, avec 70 ans d'avance. Répondit-il alors dans un ricanement gêné.
- C'est incroyable. Souffla-t-il. Je.. je ne pensais pas que...
- Et si. La vie est pleine de surprise. Tu as un fils. Bien que je conçoive très bien que ce soit étrange pour toi. Tu... tu ne devais pas t'y attendre.
Le cerveau de Blaise semblait sur le point d'exploser. Tant de questions, de confusions, d'énigmes jonglaient dans son esprit à cette heure... Et pourtant, il ne savait même pas s'il saurait formuler la moindre d'entre elle. Jamais le futur ne lui avait laissé entrevoir un avenir différent que celui du bon ami, du parrain, de l'oncle, du serviteur ou du soldat. Or aujourd'hui, il savait. Un jour il serait père. Il avait longtemps envié, supplié, prié même pour cela. Mais aujourd'hui, cette réalité le terrifiait de toute part.
- Comment c'est possible ? Demanda-t-il alors. Magnus, Scorpius et Kai ne m'ont jamais parlé de toi. Pas même la Ginny et le Drago du futur. J'ai fini par penser que mon avenir se limiterait à ce que j'ai toujours été. Et pourtant, tu... tu seras là toi aussi. Tu viendras au monde et je serais ton père. On... on sera une famille.
- Les choses ne sont malheureusement jamais aussi simple. Grimaça alors son fils. Quant aux autres, ce n'est pas étonnant qu'il ne m'ait pas mentionné. Toi et moi avons une... une relation compliquée. Et puis j'ai rapidement pris le large de la maison familiale.
- Comment ça ? S'inquiéta-t-il. J'ai été un mauvais père ?
Sa question et son regard, le prirent subitement de court. Pantois pendant quelques instants, il balbutia la gorge serrée et la poitrine lourde, bouleversé par la peur évidente qu'il lisait en lui sans pour autant être capable de lui répondre. Non, il n'avait pas été un mauvais un père. Loin de là même. Et c'était bien ce qui rendait leur conversation si difficile aux yeux de Terrence.
- Non, non, c'est moi qui...
Sa phrase s'épuisa dans son souffle tandis que la honte s'empara de ses joues.
- C'était moi. J'ai été un mauvais fils.
- Je ne comprends pas.
- C'est dur à expliquer... Bredouilla-t-il. A partir de mes onze ans, je suis parti un peu partout en Europe à cause de la guerre. J'ai été formé par de nombreux fidèles du maître, et au final, toi et moi ne nous voyions pas très souvent. Et puis... j'ai traversé une période compliquée, et je t'ai injustement blâmé pour tous les malheurs de notre vie. Je n'ai réalisé mon erreur que bien trop tard et au final, le mal était déjà fait. On n'a jamais vraiment réussi à surpasser ça...
- Mais... mais pourquoi ?! Et pourquoi je t'ai envoyé te faire former ?!
- Pour m'apprendre à me protéger. Dit-il. Tu partais souvent en mission, et tu vivais dans la crainte que la CRIME ne m'attrape. Tu voulais que je puisse me défendre, mais le maître a vu en moi un potentiel. Il m'a entraîné en tant qu'espion, et à très vite constaté que j'étais le meilleur de tous. Alors je suis parti moi aussi en mission d'infiltration, principalement chez les moldus où j'ai évolué et appris. J'ai perfectionné mon art, au point de devenir indispensable pour notre camp. Un an plus tard, Voldemort a commencé à me confier des missions de plus en plus dangereuses, mais tu as été contre. Et nos désaccords n'ont fait que croître à partir de là. Je t'en voulais de ne pas vouloir me laisser ma chance de prouver ma valeur.
- C'est normal ! Un enfant n'a pas à être un soldat !
Sa réplique le fit sourire malgré lui. Il avait entendu cette phrase si souvent, qu'il pensait bien l'avoir tatoué quelque part sur le corps.
- Chaque baguette est précieuse en temps de guerre. Et puis, je voulais t'égaler. Te prouver que je pouvais être aussi doué que toi.
- Terrence...
- Mais c'est du passé. Continua-t-il. Aujourd'hui, nous sommes tous deux des fidèles renommés et talentueux, et nous vivons notre vie ; chacun de notre côté la plupart du temps mais, c'est déjà ça.
Blaise déglutit. Ce n'était pas la vie de famille qu'il souhaitait. Ni pour lui, ni pour son fils.
- Je suis désolé. Dit-il alors. J'aurais aimé que les choses soient différentes.
- On ne peut pas changer le passé.
- Mais on peut changer le futur. Répliqua-t-il. Terrence, je sais que cette situation est étrange et qu'au final, je ne te connais pas encore. Mais tu es mon fils, et je te promets de tout faire pour arranger ça. Je peux arranger ça !
Cette promesse, Terrence ne voulait pas y croire. Pas qu'il ne souhaitait pas que sa vie change, mais par peur que justement, elle ne change effectivement pas. Il se refusait d'espérer. Il se refusait de laisser une porte s'ouvrir en lui, pour la voir se refermer aussitôt. Il avait passé l'âge des vœux et des prières. Il avait passé l'âge de la naïveté.
- Libre à toi. Soupira-t-il malgré lui. Mais je ne suis pas sûr d'en valoir la peine.
- C'est absurde !
- Non, pas tellement. Tu l'as dit toi-même, tu ne me connais pas. A vrai dire, c'est une chance que tu as.
- Pourquoi dis-tu ça ? Demanda-t-il blessé par la douleur qu'il lisait dans sa voix. Tu es mon fils ! Un cadeau tombé du ciel ! Tu es tout ce dont j'ai toujours rêvé Terrence !
- Non, crois-moi... Quand tu sauras tout de moi, tu seras déçu.
- T'ai-je un jour déjà dit ça dans le futur ? Que tu me décevais ?
Le jeune homme se mordit la lèvre, conscient du piège dans lequel il voulait le mener.
- Non.
- Alors c'est que ce n'est pas le cas !
- Les mots sont inutiles parfois.
- Tu sais... te décevoir toi-même, et décevoir ceux qui nous aiment sont deux choses très différentes. Dit-il alors, la mâchoire serrée. Crois-moi, je sais de quoi je parle. Et c'est vrai, que je ne te connais pas, pas plus que ton histoire, mais je peux t'assurer d'une chose : ce que j'ai vu de toi aujourd'hui est loin de me décevoir. Tu es venu du futur pour aider tes amis, tu n'as pas hésité à te mettre en première ligne et à servir d'appât pour Jedusor, et tu t'es même laissé te faire torturer ! Terrence, je ne sais pas de quoi tu te blâmes, ou de quoi tu penses être responsable mais quoi que ce soit, tu es quelqu'un de bien. Et je ne dis pas ça parce que je serais ton père, ou que j'essaie de t'en convaincre. Non, je... je le sens. Je le vois en toi.
Ces mots, Terrence avait rêvé de les entendre dans son époque. Mais encore aurait-il fallu qu'il trouve le courage de parler à son père pour cela. Déboussolé, il retînt de justesse le sanglot qui lui avait enserré la gorge et détourna le regard. Même des décennies plus tôt, son père restait cet homme digne qu'il n'osait pas regarder en face. Même des décennies plus tôt, il lisait en lui comme dans un livre ouvert, aux pages froissées et à l'ancre baveuse. A croire que certaines choses ne changeraient jamais. Cette constatation le fit sourire, vaincu. Les doloris de Jedusor, s'avéraient moins douloureux que ces instants.
- Par Merlin, tu es vraiment mon père. Soupira-t-il dans un ricanement.
- Tel père, tel fils. Tu as la trempe d'un Zabini. Rit-il.
- Ce n'est pas étonnant.
- Ecoute... reprit-il. Tu as eu une rude journée et ma question est sûrement déplacée. Tu as le droit de ne pas me répondre. Mais je suis curieux, et j'ai besoin de savoir.
- Demande toujours.
- Qui... qui est ta mère ?
Cette question, le jeune homme s'y était attendue ; mais bien qu'il ait essayé, il n'avait trouvé aucune façon de s'y préparer, la réponse étant toujours à chaque fois plus douloureuse. Le souffle court, il inspira fortement. Son père se trompait. Il n'avait pas le droit de ne pas lui répondre. L'affront, n'aurait été que plus grand encore.
- Tu la connais bien. Elle était à Poudlard avec toi.
- Vraiment ? S'étonna-t-il. S'il te plaît, ne me dis pas que j'ai épousé la promise que m'avait choisi mes parents !
- Hein ?! Oh non, pas du tout ! Loin de là.
- Merlin merci ! Souffla-t-il. Mais alors, qui est-ce ?
- Luna Lovegood. C'est Luna Lovegood...
- Quoi ?! S'étouffa-t-il bouche bée.
- Quand... quand l'Ordre du Phénix a commencé à déraper, et qu'Hermione a changé de camps, de nombreux de leurs adeptes nous ont rejoints. Maman, en faisait partie. Son père avait été emprisonné et exécuté par Harry et Ron, après qu'il ait commencé à émettre des doutes sur leurs méthodes. Il a été jugé comme un traître, et elle... elle ne l'a pas supporté. Tu l'as pris sous ton aile et de fil en aiguille, vous êtes tombés amoureux. Je suis né deux ans plus tard.
Cette révélation, Blaise ne s'y était pas préparé. A vrai dire, Luna Lovegood était bien l'une des dernières personnes auquel il aurait pensé. De ce dont il se souvenait, elle avait toujours été une marginale, toujours la tête en l'air et l'esprit vagabond. Une Serdaigle talentueuse mais étrange, à part et solitaire, qu'il n'avait vu que quelque fois trottiner gaiement dans les couloirs, sur le son de ses longs colliers de perles, une paire de drôles de lunettes sur le nez. Elle lui avait toujours semblé naïve, candide et légèrement folle sur les bords. A cette époque, il participait même à toutes les moqueries qu'on lui lançait. Apprendre qu'il finirait par l'épouser, lui sembla alors tout aussi saugrenu que ses fabulations sur les Nargoles.
- C'est... heu... inattendu, je dois dire. Bafouilla-t-il.
- Je sais. Toi et elle, n'avaient jamais été proches par le passé.
- C'est le moins qu'on puisse dire... J'ai aidé à cacher ses chaussures une fois. Grimaça-t-il presque honteux.
Terrence ne put s'empêcher d'éclater de rire. Sa mère n'avait jamais manqué de lui rappeler cet épisode.
- C'est vrai ! Elle ne l'a pas oublié.
- C'est... c'est pour ça que tu as cette mèche ? Tu tien ça d'elle ?
Le jeune homme perdit son sourire. Bien trop vite, pour que son malaise ne soit pas évident. Oui, d'une certaine façon, il la tenait d'elle. Une unique mèche blond platine, dans ses dreadlocks noires de jais mi-longues. Un souvenir. Un hommage. Un rappel constant.
- Si on veut. Souffla-t-il, la voix plus grave.
- Mais je ne comprends pas. Comment se fait-il qu'elle non plus ne sois jamais apparue dans les projections du futur ?
- Nous vivions à part, dans un petit cottage caché en campagne. Elle a toujours préféré la nature à l'effervescence de la ville. Et puis, de cette façon, elle pouvait faire pousser toutes ses plantes bizarres préférées. Sourit-il en revoyant sa mère replanter toutes les racines qu'elle trouvait dans les bois.
- Ça a l'air joli.
- Ça l'était.
- A t'entendre parler, j'imagine que ça ne l'est plus ? Demanda-t-il alors.
- Non, c'est vrai. A vrai dire, je n'y suis pas retourné depuis des années. Ses plantes ont probablement dévoré notre maison depuis le temps !
- Pourquoi ça ? Tu... tu as aussi des problèmes avec elle ?
La question de Blaise était innocente, mais la réponse de Terrence elle, était loin de l'être. Tout en cherchant ses mots, son père le fit balbutier. Non, il n'avait jamais eu de problème avec sa mère. Au contraire. Elle avait été la lumière de sa vie. Une femme si belle, aimante et généreuse, que sa moindre évocation lui emplissait le nez de son parfum fleuri, et les yeux, de son sourire au petit réveil. Elle avait veillé sur lui comme sur le plus beau des trésors, cherchant sans cesse à l'éloigner et à le protéger de la guerre. De toute évidence, épouser un Mangemorts n'avait pas aidé à cela. Mais malgré tout, elle n'avait jamais cessé d'essayer. A tel point, que les premières onze années de sa vie, resteraient de loin été les plus belles de son existence. Des années, qui s'étaient écourtées bien trop vite.
- Non. Dit-il alors. Elle... elle était parfaite.
Blaise le vit se détourner au scintillement d'une larme. Une seule. Qui pourtant lui fit deviner le sort funeste qu'il présageait déjà au ton de narration de son fils. Il ne parlait de Luna qu'au passé. Jamais au présent.
- Terrence, je...
- Il est tard. Dit-il alors brusquement. Tu dois être fatigué, et Hermione m'a dit pour tes jambes. Tu devrais te reposer.
Blaise voulut le retenir, mais le vit déjà partir, pressé et mal à l'aise. Par pudeur, il préféra alors ne pas le retenir, conscient de ce que cela aurait impliqué pour lui, mais avec ces questions qui désormais le hantait : Comment Luna Lovegood était-elle morte ? Mais aussi, pourquoi n'avait-il pas réussit à la protéger, lui, son propre mari ?
Coucou ! Voici la suite et le moment tant attendu de la naissance de Magnus ! J'ai aussi estimé qu'il était nécessaire de faire un passage uniquement sur Blaise et Terrence, parce que ce sont des personnages torturés, qui, au final, se complètent l'un l'autre. Sans parler de leurs vécus, respectivement compliqués, et de cette révélation inattendue à propose de la mère de Terrence. ^^' En toute sincérité, Luna me manquait (ce qui est hypocrite à dire vu que je l'ai clairement tué dans le futur alternatif, mais c'est l'intention qui compte non ? XD ) Enfin bref, ce chapitre est donc porté sous les couleurs Zabini ! Et d'autres révélations arrivent !
J'espère en tout cas que cela vous a plût ! ;) N'hésitez pas à me donner vos avis ! Et merci encore à vous tous !
A la semaine prochaine pour de nouvelles aventures ;) Bissssssous !
