- Vous les avez laissé partir ?!

- Mais enfin Albus ! Nos élèves sont en vacances ! Je n'avais aucune raison de les retenir au château.

Dumbledore déglutit, l'intestin au bord des lèvres et les yeux révulsés d'horreur. Sa seule carte, son seul atout, son unique chance, venait tout simplement de lui filer entre les doigts, cachée derrière l'excuse du manteau blanc des vacances de fin d'année. Pour l'amour de Merlin, pourquoi fallait-t-il que cet imbécile de Dippet soit aussi aveugle ? Jedusor ne serait jamais parti de bon cœur. Le sorcier détestait quitter Poudlard, allant jusqu'à supplier qu'on le laisse rester pendant les mois d'été. Alors prendre congé pour Noël ? Dans son orphelinat moldu et insalubre ? Cela relevait plus d'une fiction infantile que de la réalité. Et bien entendu, comme un malheur n'arrivait jamais seul, il avait fallu qu'il parte accompagner. Blaise Richards, Drago Mélors, Hermione Jeanne et sa chère Ginny Donovan, avaient eux aussi désertés le château, laissant les couloirs vides de leur absence, et l'âme du Mage, terrassée par ses doutes les plus terribles. La main tremblante, il s'accrocha à sa barbe comme pour ne pas perde la tête. Quelque chose se tramait. Quelque chose de plus inquiétant encore que son irrépressible sentiment de danger qui l'avait étreint cette dernière semaine. Quelque chose de grave. Et malgré tous ses efforts pour se faire entendre, il devait se rendre à l'évidence. Il était le seul à s'en rendre compte. Face à la figure austère et boudeuse du directeur, le professeur soupira, le teint blême. La situation lui échappait. Et il détestait ça.

- Directeur, s'il vous plaît écoutez moi ! Vous... vous devez les faire revenir !

- Les faire revenir ?! Albus, je pense plutôt que vous devriez suivre leur exemple et prendre quelques congés.

- Monsi...

- Vous êtes épuisés. C'est évident. Pas que cela soit votre faute mon ami... on ne peut pas dire que le Ministère vous ait ménagé ces derniers temps. Soupira-t-il. Mais je pense que vous devriez lâcher prise.

- Je vais très bien, mais je suis inquiet !

- Inquiet ? Vous ? Oh je vous en prie, la Guerre est finie. L'inquiétude n'est plus que passé. Tournez-vous vers l'avenir !

Cette affirmation, honteuse et fausse, failli presque arraché un rire nerveux au Sorcier. Comment quelqu'un de censé pouvait-il seulement croire un instant en ce que la Gazette publiait ? Comment quelqu'un ne pouvait-il pas voir que la guerre était encore loin d'être fini ? Et que Grindewald était encore en vie... ? Car oui. Il l'était bel et bien. Et Dumbledore, mieux que personne, le savait. Oui... Grindelwald avait beau se cacher, rester tapis dans l'ombre et commanditer de loin de banales attaques à ses sbires contre les moldus, cela ne changeait rien à la réalité qu'il tentait vainement de dissimuler au monde. Il allait revenir, plus grand, plus fort et plus déterminé que jamais à achever son œuvre ; pendant que lui serait à la recherche de sa seule arme capable de le vaincre, perdue à cette heure il ne savait où, quelque part dans le pays.

- Directeur, s'il vous plaît...

- Mais bon dieu, Jedusor vous obsède !

- Il est suspect !

- Suspect ? Par Merlin vous perdez la tête ! Le meilleur élève de toute l'école, le plus brillant que nous n'ayons jamais instruit depuis plus de quarante ans, suspect ?!

- Vous savez aussi bien que moi que ses fréquentations, ses activités, de même que ses lectures prêtent à confusion.

- Voyons Albus... souffla Dippet fatigué par ses tirades interminables. Être intéressé par différentes formes de magie, ne fait pas de lui un adepte de magie noir.

Il paraissait tellement convaincu par ses propos, qu'il aurait presque pu faire hurler de rire l'Esprit du temps lui-même, et attendrir Dumbledore de par sa naïveté évidente. Mais il n'était plus l'heure de convaincre, ou de se faire entendre. Dumbledore avait besoin de réponses, et vite.

- Permettez au moins que je mène mon enquête.

- Vous voulez espionner l'un de nos élèves ?!

- Le ministère m'a chargé de dépister les possibles adeptes de Grindelwald au sein de notre école. Et même s'il est supposé mort, je préfère ne pas prendre de risque.

- Albus...

- Je ne vous demande rien d'autre. Et puis s'il s'avère que j'avais tort, vous pourrez être le premier à me dire que vous aviez raison.

- Vous n'allez pas lâcher l'affaire, pas vrai ?

Non. Il n'allait pas lâcher l'affaire. A aucun prix.

- Je veux juste protéger nos élèves Directeur... Dit-il alors, la gorge serrée.

Le vieil homme grimaça dans sa moustache blanchie par le stress et les années. Ne pouvait-il donc pas, pour une fois, ne rien se passer dans cette école ? Ou même dans ce pays ? Juste l'espace de quelques instants ? Prêt à capituler, il roula des yeux, les joues creusées de fatigue.

- Vous m'épuisez Albus.

- Monsieur...

- Soit ! S'exaspéra-t-il soudainement dans un ton énervé, vaincu par le regard perçant de son employé. Vous suivrez la procédure, et garderez vos distances. Je refuse que les élèves apprennent que le Ministère garde un œil sur eux.

- Bien entendu.

Son ton, pressé et teinté d'un espoir à peine dissimulé, fut presque aussi éloquent que le scintillement de ses pupilles quand il vit Dippet se lever dans une grimace âgée. Sans un mot, mais d'un coup de baguette éclair, le Directeur fit alors apparaître ce qui sembla être un recueil, volumineux et poussiéreux, orné de l'emblème du château, mais aussi frappé par la magie symbolique et reconnaissable du Ministère de la Magie. Un ouvrage unique et officiellement interdit, car contraire à les toutes valeurs de Poudlard et du monde Magique. Mais en temps de guerre, faire abstraction du respect de la vie privée des individus, était chose facile. En particulier quand cela émanait d'un ordre direct du Ministre de la Magie. Ce dernier, avait toujours eu conscience des dérives sectaires de certaines familles et parents d'élèves, aussi, il n'avait pas été difficile de le convaincre d'instaurer des mesures de surveillance accrues au sein même de l'établissement. Ce livre, à n'utiliser qu'en cas de présomption certaine, en était la quintessence même, pour la simple et bonne raison qu'il était relié à la magie de chaque baguette du moindre sorcier se baladant dans l'enceinte du château, et répertoriait leur trajet sur un rayons d'une dizaine de kilomètre, jusqu'aux confins de la Forêt Interdite. Autant dire que cela revenait à pister quiconque avait sa baguette sur lui, dans une école de sorcier et au-delà... Seuls quelques professeurs étaient au courant de ce genre de pratique, honteusement camouflées depuis le début des guerres sorcières et moldus, mais il n'en restait pas moins un système ingénieux, qui aurait fait scandale si cela s'était su.

Frémissant devant les pages qui se mirent à défiler sous ses yeux, Dumbledore attendit, tout en tremblant d'impatience, tel un enfant. Les lunettes sur le bout du nez, il ne lui fallut pas plus de quelques instants pour voir le directeur s'exclamer dans un hoquet, le doigt posé sur le nom maudit qui le hantait tant.

- Alors... apparemment Tom Jedusor n'a pas pris le Poudlard Express ce matin. A la place, il s'est dirigé vers Pré-au-Lard, y est resté quelques heures et a finalement prit la direction de Londres en passant par de petits villages moldus.

- Londres ?! s'exclama Dumbledore ébranlé. Mais... mais...

- Je vous l'avais dit Albus... soupira Dippet fière de lui. Vous avez besoin de vacance.

- Il n'est pas à Londres ! Il ne repartirait jamais à l'orphelinat Wool pour les vacances ! Encore moins à pieds !

- Et bien dans ce cas, allez-y par vous-même, mais le Livre est formel. Pour le moment, rien ne corrobore vos suspicions à son égard et tout laisse à penser que Tom est bien repartit là-bas.

- La portée du Livre n'est pas infini. Dit-il alors, les sangs rongés de frustration.

- Pas plus que votre claire-voyance Albus.

- Nous verrons cela.


- Je sais que je ne suis pas d'un capital d'optimisme très développé, mais sérieusement... vous ne pensez quand même pas que ça va marcher ?!

Harry et Ron se regardèrent entre eux, les dents serrées et les cernes pendants à leurs yeux. Après plus de cinq heures de marche, la dernière chose dont ils avaient besoin à l'heure actuelle, était bien les commentaires de Jedusor, qui bien qu'épuisé lui aussi, n'en gardait pas moins sa langue bien pendue.

- Personne ne t'a obligé à venir. Cingla Harry dans un soupir sans le regarder.

- Et vous laisser tout ruiner ? C'est hors de question.

- On veut juste louer une chambre ! S'exclama Ron. Pas affronter un troll !

- Vos visages sont placardés sur tous les murs de cette auberge, dans laquelle vous voulez entrer avec un simple charme de confusion !

- Ce simple charme de confusion, comme tu dis, nous a aidé à te fuir pendant plus d'un an dans notre époque. Je ne sais pas ce que ça veut dire pour toi, mais pour nous, cela signifie qu'il marche. Et qu'il t'a berné.

Le sorcier grimaça dans un rictus agacé sans répondre. Il était inutile de s'engager sur ce terrain-là avec eux. Affligé par leur manque d'originalité en matière de camouflage, il se contenta donc de les suivre dans l'allée pavée à peine éclairée de l'auberge. La nuit était avancée, et leurs pieds presque en sang. Bien qu'Harry et Ron s'y soient habitués pendant leur cavale de plusieurs mois, et qu'Hermione, Drago, Jedusor, Voldemort, Blaise et leurs enfants tenaient le coup, ce n'était pas la même pour Ginny. Magnus emmailloté contre sa poitrine, les jambes de la jeune femme montraient des signes de faiblesse, et ses joues déjà pâles, s'étaient vidées du peu de sang qu'il leur restait. Bien qu'elle n'en montrât rien et aurait probablement préférée avaler sa langue plutôt que de l'avouer, les sorciers n'avaient pas manqué de le remarquer. Aussi, vu son état, aucun d'eux n'avait souhaité la pousser au bout de ses limites, le Maître et Tom, s'étant silencieusement consulté du regard avant de décider de s'arrêter dans le prochain village. Tous deux pouvaient le sentir aussi clairement que l'odeur des pins qui les entouraient, si elle ne craquait pas dans l'heure, elle s'écroulerait dans la suivante. Blaise non plus n'en menait pas large. Bien qu'il le montrât encore moins qu'elle, ses pas restaient mal assurés, si bien que par moment, sa canne semblait avancer plus vite que lui.

Autant dire que leur fine équipe, aurait probablement fait rire n'importe qui, qui les auraient croisés : une jeune mère épuisée, un ancien toxicomane encore en sevrage, un bébé d'à peine une semaine, deux doubles temporels effrayant, une miss-je-sais-tout angoissée, un blond platine sur le quai-vive, deux éclaireurs fichés dans tout le pays, et trois jeunes adultes à peine sortis de la puberté... oui, il y avait de quoi rire, et désespérer à la fois. Surtout quand leur mission s'avère être de retrouver trois des plus grands meurtriers de guerre de Grindelwald. Ce but, les paralysaient comme les motivaient dans leur quête. L'incertitude, la peur et le doute, les avaient regagnés aussi rapidement que le soulagement de leur découverte les avait quittés. Leur départ s'était fait dans la précipitation et l'angoisse de ne pas en revenir, et la tension qui les habitaient tous, hantait désormais l'air qu'ils respiraient à chaque pas. Il leur fallait un plan d'attaque, une âme à sacrifier, la baguette de sureaux, et une issue de secours en cas de problème et d'imprévu. Or, pour le moment, il n'avait que le froid de la nuit pour les accompagner et leurs minces espoirs de succès, qui ne les réchauffaient guère à cette heure. Aussi, il leur fallait se poser, réfléchir, encore et toujours à ce qu'il se passerait le lendemain, tout en essayant de ne pas s'attarder sur l'éventualité que Dumbledore se lance à leur trousse à eux aussi. Bien entendu, il était évident qu'il ne laisserait pas Magnus, qu'il considérait comme sa seule carte à jouer contre Grindelwald, se balader dans la nature sans essayer de le retrouver. Et malgré tous les sorts qu'ils avaient lancés sur lui et eux-mêmes, ils se devaient de ne pas sous-estimer la détermination du Sorcier.

Dans des temps de crise pareil, tout le monde est prêt à tout. Même au pire. Et c'est bien cette dernière éventualité, qui les avaient poussés à masquer leurs traces, et à user de tous leurs subterfuges pour ne pas se faire remarquer. D'où la consternation de Jedusor, devant la simplicité presque irresponsable du sort de confusion d'Harry et de Ron.

Dépité, mais silencieux, il rabattit la capuche de sa cape, et s'engouffra à la suite de ses compagnons de route. L'endroit était étroit, mal entretenu et si mal famé, qu'il n'aurait presque pas été surprenant d'y trouver Grindelwald lui-même. A la place, n'y avait que quelques voyageurs et cracmols à peine éveillés sur des tables en fer rouillés. C'est une gobelin, qui les accueilli alors, au nez si long et tordu, qu'il touchait presque son menton. Petite et trapue, elle les regarda de ses yeux en fente sans dire le moindre mot. Une aubaine en soit, dans l'hypothèse qu'elle n'ait pas reconnue les visages placardés derrière son bar. Et c'est ce qui sembla être le cas. Sans formalité, elle s'empara vénalement des Gallions qu'ils lui tendirent, elle leur jeta deux clés rouillées en marmonnant dans ses poils de barbes avant de disparaître derrière son comptoir, dans le soupir soulagés et muets des trois sorciers.

- Alors Jedusor ? Toujours pas optimiste ?

- La ferme Potter.

Le survivant sourit dans un ricanement, avant de s'engouffrer dans le petit escalier menant aux chambres. Celles qui leur avait été attribué relevaient plus d'un placard qu'autre chose, mais dans leur position, ce n'était pas comme s'ils étaient en mesure de faire la fine bouche. Harry s'empressa d'aller chercher les autres, toujours cachés derrière l'auberge, tandis que Ron et Tom s'attelèrent à agrémenter leurs lits de quelques oreillers qu'ils avaient enfouie au fond de sac magiquement modifiés par Hermione. Un peu de confort ne leur ferait pas de mal, en particulier pour Ginny.

- Vous m'avez vraiment berné avec ce vulgaire charme ?! S'exclama brusquement Jedusor, sans arriver à digérer cet affront.

Ron sourit malgré lui. Le faire sortir de ses gonds était presque trop facile.

- Oui et non. Disons que la situation était plus compliquée.

- C'est-à-dire ?

- On faisait comme aujourd'hui. On se planquait, on se dissimulait avec autant de sorts que possibles. Mais oui, en soit, on a réussi.

- C'est affligeant...

- Ne sois pas si dure avec toi-même. Au final c'est une bonne chose que tu ne nous aies pas trouvé. Dit-il nonchalant.

- Vraiment ?

- Aucun de tes enfants ne serait là aujourd'hui, si ça avait été le cas. Alors oui. Estime toi heureux.

Le jeune homme ne trouva rien à répondre à cela, muet dans sa stupeur cachée. Il n'y a pas si longtemps encore, cette affirmation l'aurait profondément dérangée. Il l'aurait trouvé absurde. Or, pour la première fois de sa vie il se surprit à penser que Ron pouvait peut-être avoir raison. Une idée fugace, qui le laissa pantois dans sa propre considération de lui-même, et qu'il chercha à chasser de son esprit fatigué. Pourtant, elle lui revînt en pleine face quand la porte de leur chambre s'ouvrit sur les visages de Ginny, Katherine et Magnus, endormi dans leurs bras.

Oui... peut-être qu'au final, un avenir imparfait, valait mieux que pas d'avenir du tout. Mais même en pensant cela, il ne réussit pas à trouver une once d'une imperfection, dans le tableau qu'il voyait. Une constatation plus encore effrayante à ses yeux, que leur quête elle-même.


- Terrence ?

Le jeune homme ne répondit pas. Allongé sur le sol, aux côtés de son père, entre leurs sacs et cousins, il resta immobile dans le silence seulement ponctué des ronflements de Ron. A la vue de la fatigue collective, s'endormir n'avait posé que peu de problème au reste du groupe. Ginny, Hermione, le maître et leurs filles, s'étaient partagés la chambre avec le plus de lits, laissant les garçons dans l'autre, un peu plus étroite et aux murs décrépis. Pourtant, cela n'avait empêché personne de s'écrouler, Drago, Harry et Ron, s'étant profondément évanouis dans leur inconscience. Mais Blaise, lui, n'arrivait pas à trouver le sommeil. Tourmenté par la douleur de ses jambes et l'agitation de son sang toujours en manque, il se retournait sur lui-même depuis déjà une bonne heure, assistant à la percée du jour à travers les volets fermés de la fenêtre. Ses pensées ne tarissaient pas dans son esprit, emplit de doutes et de craintes toujours plus grandes dans son insomnie. Mais ce qui le hantait plus que toute autre chose à cette heure d'incertitude, était bien la conversation qu'il avait eu avec son fils, restée en suspens depuis désormais quelques jours. Malgré les tentatives de Blaise, Terrence s'était toujours montré distant et hostile à l'idée d'une nouvelle confrontation. Un comportement que son père comprenait, bien qu'il ne fasse que le laisser un peu plus dans l'inquiétude. Blaise voulait des réponses. Plus que cela même, il en avait besoin. Savoir comment Luna avait disparue, où il avait été à ce moment-là, et s'il l'avait vengé, l'obsédait au-delà du raisonnable dans un élan de culpabilité qu'il n'arrivait à refréner. Toute sa vie, il avait espéré fonder une famille, qu'il aurait su protéger et garder en sécurité. Mais cette dernière année, ne lui avait montré qu'un avenir de loyaux services et de guerre. Pendant de longs mois, il s'était alors résigné à l'idée de ne jamais aboutir à ce fantasme, or l'arrivée de son fils avait tout changé ; en bien, comme en mal. Car la prédiction de son futur, était plus sombre encore qu'une vie de servitude. Oui, il aurait bien une famille, mais qu'il ne saurait pas protéger du mal dans lequel le monde serait plongé. Et cet échec-là, était pour lui, plus amer que n'importe quelle défaite.

- Terrence ? Insista-t-il.

Blaise savait qu'il ne dormait pas, tout comme Tom qui lui non plus, n'arrivait pas à faire abstraction des ronflements titanesques du Weasley.

- S'il te plaît...

Terrence soupira silencieusement dans le noir, à la fois agacé et mal à l'aise. Cette situation était suffisamment gênante entre eux, pour qu'il souhaite vouloir l'aggraver. Laisser les choses en l'état, était alors tout ce qu'il avait trouvé pour préserver l'équilibre fragile qu'ils avaient difficilement acquit

- Dors. Tu as besoin de sommeil pour demain. Dit-il alors simplement.

- Je ne peux pas.

- Alors essaie. Rétorqua-t-il.

- Terrence...

- Je n'ai pas envie de parler.

- Mais...

- Papa... arrête s'il te plaît.

Cette demande aussi franche que froide, laissa le Zabini pantois et frustré. Il ne voulait pas le brusquer, mais rien n'aurait su calmer sa tourmente, le condamnant à ressasser inlassablement l'impuissance et l'échec qu'il lui ferait subir. Les dents serrées, Blaise ne dis donc rien, intimement blessé dans son âme meurtrie et regarda son fils se détourner de lui, instaurant davantage de distance encore. Une scène que ne manqua pas le Jedusor depuis son lit à ressort. Dans un froncement de sourcils, le jeune homme repensa à toutes les fois où il avait vu Terrence éviter son père, et éluder toutes les question qu'il avait pu lui poser. Oui, leur relation était pour le moins compliquée, mais ce qui insurgeait Tom était bien Blaise. A chaque tentative ratée, il restait au sol, comme un chien battu par son maître et ayant trop peur de montrer les dents pour se défendre. Un comportement faible et écœurant d'ennuie, qu'il le fit soupirer d'agacement dans le noir, et déclarer brusquement de vive voix.

- Sérieusement Zabini, tu ne vas même pas insister ?

- Pardon ? S'étonna-t-il.

- Ton fils n'est clairement pas ouvert à la conversation, et tout ce qui trouve à faire, c'est renoncer ?

- Reste en dehors de ça Jedusor. Cingla Terrence.

- Désolé, mais je ne suis pas ton père. T'a capacité à me donner des ordres est donc clairement inexistante.

- Tu ferais mieux de dormir toi aussi.

- Avec un train ronflant dans mes oreilles ? Je ne sais même pas comment Harry et Drago font pour ne pas lui lancer un Adava dans son sommeil !

- On a partagé une chambre au Trois Balais pendant plus d'un mois avant d'entrer à Poudlard. Autant dire qu'on a dû s'y faire. Soupira Blaise.

- Sérieusement ?! Un mois ! Je l'aurai tué bien avant de m'y habituer...

- Silence vous deux ! S'énerva alors Terrence.

- Mini Zabini est tendu. Railla-t-il.

- La ferme Jedusor !

- Oh tu sais je comprends ta réticence à vouloir parler. Dit-il tout en l'ignorant. Ça ne doit pas être de facile d'avoir un ancien toxicomane comme père.

- Ça n'a rien avoir avec ça ! S'indigna-t-il.

- Ah vraiment ? Et bien dans ce cas, je doute que ton silence soit justifié.

- Je veux juste dormir !

- Très bien, très bien... Dans ce cas, je ne parlerais qu'à Blaise. Qu'est-ce que ça fait d'avoir déçu ton fils, alors même que techniquement, tu n'as encore rien fait ?

- Pour l'amour du ciel, tais-toi ! S'horrifia Terrence en se relevant de moitié.

- Je ne fais que poser une question.

- Et bien arrête !

- C'est dur... répondit alors Blaise à demie-voix.

Ses mots, laissèrent Terrence aussi bien sans voix, qu'étonné, mais ne purent que faire esquiver un sourire narquois chez le jeune mage.

- Tu... tu penses que tu m'as déçu ? Demanda-t-il du bout des lèvres.

- Difficile de faire autrement. Je n'ai pas été présent quand j'aurai dû l'être. Que tu me détestes n'est pas une surprise.

- Qu.. quoi ?! Papa, je ne te déteste pas ! S'exclama-t-il.

- Vraiment ? Demanda Jedusor. Jusqu'à présent tu n'as pas montré le contraire.

- Ne te mêle pas de ça, toi !

- Oh je t'en prie, je suis un expert en la matière, et tout ce que tu as su faire depuis ton arrivée, c'est l'éviter. Rétorqua-t-il.

- Je ne l'évite pas !

- Ah bon ? Dit Blaise dans un sourire vaincu.

Terrence balbutia, dépité et pris au dépourvu par la tournure de leur conversation. Oui, il l'avait esquivé autant qu'il l'avait pu depuis leur dernière confrontation, cherchant le plus possible à retarder leur prochain échange. Mais pour rien au monde il ne l'aurait détesté Certes, leur histoire commune était pavée de drames et de conflits, mais il restait son père et lui, son fils. Ils n'étaient plus que tous les deux face au reste du monde. Et bien qu'il eût voulût le nier, ils avaient besoin l'un de l'autre. Terrence, peut-être même plus que lui.

- Je... je ne t'évite pas parce que je déteste. Non, je... je voulais juste qu'on n'ait pas à reparler du futur.

- Mais on doit en reparler ! On... on ne peut pas rester comme ça. Reprit Blaise. Je sais que j'ai commis des erreurs avec toi. Et très sincèrement, je m'en excuse. Mais si on n'en parle pas, comment veux-tu que sache comment m'améliorer ? Comment ne pas les reproduire, et devenir un bon père ?

- Tu es un bon père... souffla-t-il la gorge serrée.

- Si c'était le cas, tu ne m'éviterais pas.

- Et je n'aurais pas à intervenir. Soupira Tom, dans un élan d'évidence.

- Tu n'as pas d'autre chat à fouetter ?!

- Moi ? Demanda-t-il. Non, pas pour le moment. Vous êtes la seule distraction qui m'empêche d'étouffer Weasley.

- Je ne veux pas te forcer à quoi que ce soit Terrence... dit Blaise. Oui, je voudrais que l'on parle tous les deux, et que tu n'es pas peur de le faire. Mais je ne veux pas non plus que tu t'y sentes obliger.

Le jeune homme ne sut plus quoi dire. A cet instant, et devant son père, il était perdu. Perdu entre ses souvenirs, ses conflits intérieurs, sa culpabilité, mais aussi et surtout perdu avec lui-même. Comment aurait-il pu tout lui dire, quand lui-même refusait d'admettre ce qui était arrivé ? Refusait de s'avouer la sombre vérité qu'il voulait à tout prix oublier et effacer de sa vie ? Il ne savait pas. Mais personne d'autre à part lui, ne pouvait savoir. La poitrine alourdie par un sac de sable, il eut du mal à respirer, conscient de l'injustice et de la torture qu'il faisait endurer à Blaise et de son incapacité à y remédier. Mais il était trop tôt à l'heure de ce petit matin, et trop tôt dans son âme.

- Merci... souffla-t-il alors.

- Il n'y a pas de quoi...

- Bon sang, vous être sérieux ?! S'exaspéra Tom dépité devant leur mutuelle résignation.

- Étouffe Ron si tu veux. Répondit Blaise. Mais c'est fini pour ce soir.

- Génial...

- Mais au fait, de ton côté ! Où tu en es toi ? Demanda Terrence d'un ton malicieux en se tournant alors vers lui.

- C'est à dire ?

- Avec Ginny ? Avant que le maître ne débarque, vous n'étiez pas... en ambiguïté tous les deux ?

Tom, largement pris au dépourvu par cette question, ne trouva rien à dire. A vrai, lui-même n'avait pas de réponse, mais doutait qu'il en trouve ce soir. Gêné et agacé, il se retourna dans le froissement de son drap usé, et déclara sombrement, prit au piège par son propre jeu.

- Tu as raison mini Zabini, il est temps de dormir.

- Tu es sûr ? Parce que je pense que ce sujet mérite d'être approfondit lui aussi.

- La ferme.


Scorpius soupira en traversant de nouveau le couloir maudit qui le conduirait à son cousin. Il n'était que six heures du matin, et pourtant, il se trouvait déjà là, à redouter l'état dans lequel il trouverait encore. Mais à la différence de son rituel quotidien, le jeune homme ne s'attarda pas devant la porte en fer qui se dressa devant lui, ni même ne prit pas le temps de frapper ou d'attendre que des cris résonnent pour le rassurer. Aujourd'hui, il n'en avait pas le temps, mais surtout, il n'en avait pas l'envie. A la place, il entra donc d'un pied ferme, les sourcils froncés d'agacement et le visage las, avant de faire face à celui surpris, de Kai. Autant dire que son cousin ne l'avait jamais vu se présenter à lui, aussi tôt de si bon matin.

- Il y a un problème ? S'enquît-il inquiet.

Scorpius voulu répondre, mais ne put que déglutir dans un haut-le-cœur au goût de bile. La gorge prit d'assaut par l'odeur écœurante de sang séché et de corps en putréfaction, il se couvrit le nez dans un recul incontrôlé, ses yeux pleurants presque d'eux-mêmes face à l'infection de l'air. Pour l'amour de Merlin, il ignorait comment une odeur pareille pouvait seulement exister. A croire qu'il venait d'entrer dans un fausse de charogne dévorées par des rats. Et en soit, ce n'était pas forcément faux. Des rongeurs grouillaient un peu partout, s'arrachant de leurs gueules pleines de sang, les derniers bouts d'entrailles de la victime de la veille, tandis que d'autres, léchaient désespérément le sol, à la recherche de quelques restes. La carcasse du jeune mort, elle, n'avait pas quitté la table de cauchemar, et déjà, attirait les mouches contre les minces carreaux du cachot.

- Comment... comment tu fais... ? Bafouilla-t-il derrière son gant.

- Oh tu sais, à force on s'habitue à l'odeur. Mais tu ne viens jamais si tôt d'habitude. Je n'ai pas eu le temps de tout nettoyer.

- Attend... tu nettoies cette pièce ?!

- Tu sais, ce n'est pas parce que je suis le boucher officiel de Grindelwald, que je ne dois pas faire les choses dans les règles de l'art. S'exclama-t-il dans un sourire amusé, en retirant ses gants. Et puis, comment veux-tu que je travaille dans de bonnes conditions sinon ? Aucun elfe ne descend faire la poussière !

Scorpius voulut rire mais se retînt les dents serrées, loin de vouloir vomir les derniers restes de son repas de la veille. Sans rien dire, il vit alors Kai reposer une petite pince couverte de sang, et se défaire d'une drôle de pair de lunette. En bien meilleur état que la veille, il le regardait simplement curieux et intrigué, bien loin de ses coups d'œil hystériques et déconcentrés. A le voir ainsi, et en faisant abstraction d'à peu près tout ce qui logeait dans cette pièce et de l'odeur infâme qui l'habitait, on n'aurait presque pu le prendre pour chirurgien légèrement dérangé.

- Qu'est-ce... qu'est-ce que tu fais ? Demanda-t-il incertain, en jetant un regard suspect au corps toujours ouvert de part en part.

- Des fouilles. Grindelwald est un peu paranoïaque sur les bords alors il m'a demandé de vérifier que les suspects n'aient pas ingéré une quelconque preuve.

- Ingéré ?!

- Oh tu sais j'ai arrêté d'essayer de comprendre les mages noirs depuis longtemps... Soupira-t-il. Et puis, il n'y a rien de tel pour se réveiller qu'une petite autopsie.

- Techniquement, tu as déjà fait la moitié du travail en le torturant, non ? Ce pauvre bougre est ouvert depuis hier. Grimaça-t-il.

- Pas faux... mais bon, on n'est jamais certain de rien alors autant être méticuleux. Mais dis mois, que me vaux l'honneur de ta visite ?

- Je... je suis venu te chercher. On part en mission. Dit-il.

- Aujourd'hui ?

- Oui. Toutes nos troupes se réunissent.

- Toutes ? Je croyais que les attaques ne se faisaient plus que par petites esquades ? Déclara-t-il surpris, et subitement plus inquiet.

- Oui et bien, les ordres ont changé. Et les objectifs aussi. Souffla-t-il sombrement.

- Comment ça ?

Scorpius ne sut pas trop comment trouver ses mots. Autant dire que la réunion à laquelle il avait assisté il y a moins de quelques minutes, l'avait laissé tout aussi muet qu'à cet instant. De ce qu'il avait vu, Grindelwald s'impatientait. Il voulait plus d'actions, plus d'attaques mais aussi plus de peur et de rumeurs. Des initiatives nouvelles de sa part, qui jusqu'à présent, n'avait eu pour mots d'ordres que ceux de prudence et de discrétion. Mais les choses changeaient et évoluaient dans un sens qui ne prédisait qu'une seule et unique chose à ses yeux : son retour officiel sur la scène du monde Magique. Et qui disait retour, et bien... disait morts. Beaucoup de morts. Et par extension aussi, beaucoup plus de travail pour Kai.

- Il veut qu'on lui ramène des otages.

- Des aurores ?

- Non. Cingla-t-il la gorge nouée. Des civils.

- Combien ?

- Le plus possible.

Kai balbutia de stupeur, les yeux grands ouverts sur la signification des mots de son cousin, pas certain d'avoir alors bien compris ce qu'il attendait de lui. Et pourtant, cela paraissait évident.

- Quoi ?!

- Oui.

- Mais...

- Il n'y a pas de mais. Ce sont les ordres.

- Quelle est la cible ?

- Un village au Nord de Londres.

- Mais quoi donc ? Demanda-t-il. La maison d'un ministre ? Un repère ? Un bâtiment moldu ?

Le blond baissa la tête, les épaules affaissées par le poids de ce qu'il allait dire, et de ce qui les attendaient.

- Non Kai... tout le village.

Cette fois il n'était plus question de retenue. Ni même de pitié ou d'éthique. Aujourd'hui, il n'avait reçu qu'un seul et unique ordre. Celui de faire trembler le monde d'horreur.

- Tu n'es pas sérieux... Souffla le Lestrange livide.

- Si. On part dans une demi-heure pour repérer les lieux. Prépare-toi. Ton ménage devra attendre.

Comme une bombe qui aurait explosé sous son nez, les yeux de Kai s'écarquillèrent de stupeur dans un choc inaudible. Ébranlé, il fixa Scorpius comme s'il était fou, encore pas tout à fait certain de ce qu'il venait de lui dire. Et pourtant, il ne le vit pas se corriger. Dans l'électricité du bleu de ses yeux, résonnait la désolation mais aussi une consternation coupable, qui ne fit que davantage le convaincre dans son désespoir naissant. Les mains soudainement tremblantes, elles s'accrochèrent à sa robe, avant de frotter son visage défait dans un élan de stresse et d'ébouriffer ses cheveux mal à l'aise. La respiration sifflante, il chercha à parler mais ne put que balbutier ce qui lui sembla être un murmure, dans le nouvel écho des voix qu'il entendait hurler d'excitation dans son esprit.

- Qu... quoi ?!

- Tu m'a bien entendu.

- N... non Scorpius... je ne peux pas y aller. Dit-il alors agité par l'appel de ses démons. La dernière attaque à laquelle j'ai participé était un fiasco ! J'ai presque... j'ai presque failli perdre le contrôle...

- Justement. Grimaça-t-il. Aujourd'hui, c'est tout ce que veut Grindelwald. Tout le monde a reçu l'ordre de... de se déchaîner. Et... spécialement toi.

- Non... non tu ne comprends pas ! Paniqua-t-il fébrile. Je... je ne peux pas y aller ! Je ne peux pas ! Il m'a fallu plus de deux semaines pour m'en remettre la dernière fois ! Je ne peux pas prendre ce risque !

Scorpius ne dit rien, conscient de ce qu'il demandait à son cousin et de ce que cela impliquait pour lui. Mais les ordres étaient les ordres, et Grindelwald n'attendait pas d'eux qu'ils fassent la fine bouche ou discutent ses directives. Il n'attendait que des résultats. En particulier avec Kai à leurs côtés.

- Je sais... Mais on n'a pas le choix. Souffla-t-il désespéré de devoir lui dire ça.

- Scorp, il y a une raison au fait que je me terre dans ce trou ! Déclara le Lestrange. Et tu sais très bien que si... si je remonte en surface... je ne suis pas sûr de tenir le coup.

- Je suis désolé Kai... vraiment. Mais il va falloir que tu y arrives.

- Que j'y arrive ?! S'emporta-t-il outré. Scorpius si... si j'y vais, ce sera un véritable massacre ! Il n'y a aura pas d'otage à ramener torturer mais seulement des morts ! Tu le sais !

- Je serais là pour t'encadrer ! Tu n'as pas à t'en faire, il faudra juste que tu... que tu te contiennes suffisamment pour ne pas faire une rechute.

- En tuant des innocents par dizaines ? Oui bien sûre, ça a l'air très prometteur !

- Kai...

- Scorpius, s'il te plaît. Je ne peux pas faire ça... pas encore.

Le voir le supplier, profondément apeuré par lui-même, lui retourna l'intestin plus que le cadavre dévoré par les rats. Il ne voulait pas le pousser à bout. Il ne voulait pas lui infliger cela, ni même le jeter du haut du précipice ; mais cet ordre ne venait pas de lui. Et malgré ses veines tentatives, Grindelwald n'avait voulu rien entendre, intimement convaincu que cette mission ne pourrait être menée à bien sans son fidèle le plus instable. Sans celui qui avait réussi à l'impressionner.

- Ne m'oblige pas y aller...

- Je n'ai pas le choix Kai. Dit-il déchiré en le prenant par les épaules dans geste qui se voulait réconfortant. Et toi non plus.

- Alors prépare toi, toi aussi... souffla-t-il pétrifié dans son ultimatum. Parce qu'après des semaines à être resté enfermé, je ne suis même plus certain de ce que je suis ou non, capable de faire. Et ça me fait peur.


Coucouuuu ! Ça avance, Ça avance et les choses sérieuses commencent ! Dumbledore s'impatiente, Jedusor cogite et Scorpius et Kai se préparent. Autant dire que la suite ne sera pas de tout repos ! A votre avis, que va-t-il se passer durant cette attaque ? Comment Kai va-t-il tenir le coup face à ses pulsions ? Vous le saurez très vite, alors n'hésitez pas à me donnez vos avis ;)

Merci encore pour vos soutiens, et j'espère que la fiction vous plaît toujours autant ! La fin est proche les amis, la fin est proche !

Je vous embrasse, à très vite !

Bizzzzzzee