- Malakai et Scorpius Malfoy, je vous présente Magnus Drago Jedusor, premier du nom, et héritier de la maison de la maison Serpentard. Votre cousin. Déclara Ginny, son enfant fièrement exposé contre elle.

- Accessoirement né soixante ans plus tôt que prévu, et mis au monde par le double de son père ici présent. Ajouta Terrence dans un hochement de tête envers Jedusor.

Les deux fidèles se tournèrent vers ce dernier, les yeux plus écarquillés que l'on ne l'aurait jamais cru possible, et les joues si pâles, qu'on crut bien pouvoir voir à travers. Assis à la table centrale de la salle manger, les sorciers se regardèrent entre eux, à la fois amusés et gênés par cette situation difficilement explicable tandis que Ginny, dans les pas de sa mère, s'attelait à leur servir toute la nourriture présente dans la Chaumière. Ils étaient tous là, à l'exception de Voldemort et Blaise, ces derniers étant au chevet d'Hermione, dont le Maître avait interdit l'accès jusqu'à qu'il en est fini avec elle, à la frustration de tous. Ainsi, et ajouté à cela, ils leur étaient difficile d'avaler quoi que ce soit, profondément ébranlé par la nouvelle qu'ils essayaient d'ingérer sans tomber leur chaise. Quand ils avaient quitté la dimension parallèle, et qu'ils s'étaient éveillés soixante plus tôt, aucun d'eux n'avaient imaginé une telle tournure des événements.

- J'ai un peu de mal à comprendre... Souffla Kai. Magnus est né ?! Ici ? Mais… comment c'est possible ?

- Je suis tombée enceinte dans la dimension parallèle. Autant vous dire que ce fut une surprise d'apprendre ça à mon réveil.

- Ton réveil ?

- L'esprit de Ginny est resté piégé là-bas à cause de la disparition de Voldemort. Déclara Ron, un mordant dans un morceau de pain. Résultat, elle a été plongée dans le coma les premiers mois de notre arrivée. Mais Tom nous a aidé à la ranimer.

- Quoi ? Quelle disparition ?!

- On n'a pas réussi à passer la faille. Dit-elle alors d'une petite voix. Le Maître est... est resté le prisonnier de l'Esprit du Temps jusqu'à il y a peu. C'est d'ailleurs Elle qui lui a permis de revenir parmi les vivants. Sans quoi il y serait encore.

Cette nouvelle, en plus des autres, s'ajouta à la liste d'incompréhension de deux sorciers, à tel point qu'on entendit Scorpius soupirer, dépité.

- Ok, à ce stade je crois que j'ai besoin d'un verre.

- Une bouteille entière serait plus exacte. Appuya Kai, victime d'une migraine, sa tête plongée dans ses mains.

- On vous racontera tout plus en détails plus tard, mais vous ! Racontez-nous comment vous êtes arrivé là ! S'impatienta Rosalie en prenant la main de son frère.

Il la regarda en souriant, quoi qu'un peu perturbé par tout ce qu'il venait d'apprendre. Mais aussi et surtout, par tout ce qu'ils avaient, eux aussi, à leur apprendre.

- C'est heu... compliqué. Au départ, on n'avait pas la moindre idée d'où avait atterri. Et puis on a trouvé un journal, et autant dire que le monde nous ait tombé sur la tête.

- Au sens propre. Précisa le Lestrange. Un obus Allemand a frappé le village moldu dans lequel nous nous trouvions. Ça nous a donné une petite idée de ce qui nous attendait pour la suite. Vu que nous nous pensions seuls dans cette époque, il nous a semblé essentiel de trouver un moyen de rentrer chez nous.

- D'où votre allégeance à Grindelwald ?

- Plus ou moins. Grimaça Scorpius. On ne savait pas par où commencer nos recherches. Toutes nos pistes ne menaient à rien. Sauf une seule. Celle de la Baguette de Sureau. Malheureusement, et comme vous le savez, elle ne se trouve pas chez le marchand de Baguette du coin. Grindelwald en est le propriétaire. A partir de là, il nous a été facile de se rendre à l'évidence. Notre seul moyen de l'obtenir était de se rapprocher de lui. Et donc, de se mettre à son service et ce, malgré tout ce que cela impliquait.

- Le point positif était que nous étions habitués à la guerre. On a vite su se montrer indispensable à ses yeux, et aujourd'hui, ce vieux fou ne jure que par nous. Soupira Kai dans un sourire triste.

- C'est une sorte de mal, pour un bien...

Son ton était sombre, et sa culpabilité évidente. Sans un regard pour son cousin, le jeune Malfoy n'osait relever la tête vers lui. Leur allégeance envers ce monstre était son idée. Et bien qu'elle fût ingénieuse, il savait à l'avance qu'il ne se pardonnerait jamais de l'avoir eu. Pas quand les hurlements de supplications de leurs victimes, et les crises meurtrières et de démence de Kai, venaient hanter ses nuits.

- Vous n'avez pas à vous en vouloir. Dit alors Tom nonchalant en avalant le reste de sa soupe. Vos parents ont fait la même chose.

- C'est à dire ?

- Ils sont devenus "miens", si je puis dire.

- Vous avez prêté serment à ce malade ?! S'étouffa Kai stupéfait.

- Kai ! Le réprimanda brusquement Ginny étonnée par ses propos.

- Quoi ?! Si on a choisi Grindelwald, ce n'était pas pour rien !

- Mon père n'est pas un "malade". Défendit Katherine amusé en jetant un coup d'œil au Jedusor. Il est juste... ambitieux.

- C'est le moins qu'on puisse dire ! Tom Jedusor est littéralement l'antichrist de ce siècle ! Et vous l'avez mis au courant de notre futur ?!

- Détend toi Lestrange. Rit doucement Harry en lui tapotant l'épaule. Sans Voldemort à ses côtés, il est aussi inoffensif que le bébé. Ses souvenirs sont reliés à lui.

- La ferme Potter. Cingla Tom contrarié du rappel de l'épée de Damoclès qui flottait au-dessus de sa tête.

- Et puis, pour notre défense, on n'a pas eu trop le choix. Répondit Drago mal à l'aise.

- La mauvaise foi ne te va pas bien au teint Malfoy. Rétorqua-t-il alors. Vous êtes venus à moi dans la même optique qu'eux se sont tourné vers Grindelwald. Malheureusement, ça n'a pas été le franc succès que vous aviez espéré.

- Toujours est-il que nous sommes tous là aujourd'hui, et c'est l'essentiel. Tempéra Ginny, sans pour autant s'empêcher de faire les gros yeux. Et au moins nous savons que nous courrons après la même chose. La baguette de Sureau est essentielle pour notre plan à nous aussi, et sans elle, l'Esprit nous exterminerait à la seconde où nous l'invoquerions. Il nous la faut à tout prix.

- Il ne s'en sépare jamais. Kai et moi y travaillons depuis des mois, c'est presque impossible d'imaginer pouvoir mettre la main dessus.

- Une chance que nous soyons tous là pour y réfléchir alors. Sourit Ron, étonnement optimiste. On trouvera un moyen.

Ils hochèrent tous la tête, heureux de voir leurs objectifs converger, mais un sujet restait en suspens. L'un de ceux que Katherine attendait depuis déjà plus d'une heure. Son assiette pleine devant elle, la jeune femme ne trouvait pas la force de manger, ni même d'écouter tous ces discours sans essayer de déceler chez ses cousins la moindre cachotterie ou mensonge. Car il était évident, qu'ils évitaient sa question depuis déjà trop longtemps. Bien trop pour que cela ne soit pas suspect, et que son ventre n'en finisse pas noué, par les pires peurs de son esprits.

- Je suis d'accord, mais tout ça ne répond à pas notre question. Tonna-t-elle brusquement, incapable de passer outre son inquiétude de plus en plus grandissante. Où est Magnus ? S'il était avec vous à votre arrivée, où est-il aujourd'hui ?!

Les deux sorciers la regardèrent, sans pour autant parvenir à ne pas se détourner. Ils n'arriveraient pas à y échapper. Pas devant les yeux demandeurs de leur tante et de tous autour d'eux. Tout comme ils savaient par avance, que ce qu'il s'apprêtait à dire ne répondrait pas plus à leur question qu'aux leurs.

- On ne sait pas. Dit Kai de but en blanc sans prendre le temps de respirer.

- Comment... comment ça vous ne savez pas ? Se pétrifia Ginny de plus en plus fébrile.

- Magnus a disparu, il y a de ça une semaine à peu près. Poursuit Scorpius. Nous étions censés nous réunir avec les troupes de Grindelwald un matin, mais il n'est jamais venu. Ses quartiers étaient vides, et ses affaires étaient toutes là, même sa baguette. Mais lui... on ne l'a pas retrouvé.

Cette nouvelle, les plongea tous dans un silence consterné tandis qu'on voyait déjà le teint de Ginerva blêmir a vue d'œil. Elle s'était préparée à beaucoup de choses en partant en expédition depuis Poudlard, mais certainement pas à l'hypothèse que son enfant soit perdu dans la nature. Et pas plus qu'à celle que le pire était peut-être advenu. Tremblante, elle essaya de parler mais en fut incapable, son bébé inconsciemment davantage serré contre elle, tandis que tous cherchaient et attendaient du regard, une réponse, ou une explication de la part Scorpius et Kai. Pourtant, ils n'en donnèrent aucune, eux-mêmes plongés dans leurs doutes les plus atroces.

- Attendez... balbutia Katherine incrédule et horrifiée. Vous êtes en train de dire, que... que mon frère, un sorcier d'excellence à la puissance inimaginable, un Jedusor héritier de Salazar Serpentard lui-même, a... a disparu du jour au lendemain ?!

- Kath...

- Non ! S'écria-t-elle alors en levant brusquement. Non ! C'est impossible !

- On a cherché partout. Confessa Kai la voix brisée. Crois-nous, il n'y a pas un centième carré de ce pays qui n'a pas été passé au peigne fin ! Des escadrons entiers se sont déployés pour le retrouver, et nos espions ont même infiltré Azkaban pour vérifier s'il n'y avait pas été enfermé. Mais... mais rien n'a marché. Il... il s'est volatilisé sans rien laissé derrière lui. Ni traces, ni indices... rien.

- Non... je... je ne peux pas le croire !

- Il est forcément quelque part. Dit Harry.

- Magnus est soldat d'exception. Ajouta Terrence pensif. On a été formé ensemble pendant plus d'un an, je sais de quoi il est capable au combat. Et il ne se serait jamais laissé enlever, ou n'aurait fui devant le danger.

- On le sait bien. Déclara Scorpius sombrement. Mais on n'a trouvé aucune piste.

- Pour le moment ! Maintenant que nous sommes réunis, on doit le retrouver ! S'exclama Ginny. Il le faut !

- On ne sait même pas par où commencer... Aucune magie ne parvient à le tracer ! C'est comme traquer un fantôme !

- Un fantôme bien plus présent que vous ne le pensez...

L'assemblée se tourna vers Voldemort, qui descendait à peine des escaliers, l'air intensément pensif. A sa vue, on vit Drago se lever à son tour, presque terrorisé.

- Hermione va bien ? S'empressa-t-il de demander en oubliant leur conversation.

- Elle ira bien. Ses blessures étaient importantes, mais j'ai réussi à la soigner du mieux que je pouvais. Je pense qu'on ne va pas tarder à pouvoir la réveiller. Pour autant, je n'ai pas pu m'empêcher de vous écouter, et je crois que... vous faîtes tous fausse route. Déclara-t-il en prenant place devant eux, un regard inquisiteur sur le visage.

Décontenancés de par telles paroles, on vit Scorpius et Kai froncer des sourcils, pas certain d'avoir bien compris.

- Comment ça ? On... On l'a cherché pendant des jours entiers sans succès. Et à l'heure où nous parlons des équipes sillonnent encore le pays !

- Je n'en doute pas, mais comme je l'ai dit, vous cherchez au mauvais endroit.

- Tu sais où il peut être ? Demanda Katherine effarée et pleine d'espoir.

- Bien que cela semble présomptueux de ma part, oui. Je crois le savoir.

- Comment ?! Tu peux le sentir ? Tu sais où il est ? S'impatienta brusquement Kai paniqué par une telle annonce.

- Nul besoin. Il est juste devant moi.

On put presque entendre toutes les têtes faire volteface en direction de son hochement de tête, directement pointé sur Ginny. Ou plus précisément, sur le bébé endormi qu'elle serrait contre sein. D'abord incertaine, la jeune femme balbutia, en proie à la plus grosse migraine de sa vie tandis qu'elle se mit elle-même à fixer son enfant, sans comprendre où son Maître voulait en venir.

- Pardonnez-moi, mais j'ai littéralement extirpé ce bébé de son ventre. Je crois que j'aurais remarqué s'il s'agissait d'un adulte de vingt ans, sous un charme de dissimulation. Fit Jedusor dubitatif.

- Merlin, j'avais oublié à quel point j'étais perspicace à cet âge... Souffla Voldemort affligé par la remarque de son double.

- J'ai peur de ne pas bien comprendre. Tu insinues que... que Magnus, serait redevenu... bébé ?! S'exclama Ron éberlué.

Le Mage Noir roula des yeux dans un soupir désespéré, avant de partir s'asseoir d'un calme olympien à côté de sa femme, et de saisir délicatement son fils. Le petit avait subit pas mal de turbulence ces derniers jours, aussi il dormait à point fermé depuis qu'ils les avaient retrouvés. Un repos que Voldemort n'aurait pour rien au monde voulu perturber, et qui le poussa à parler si normalement que cela ne fit que galvaniser l'impatience qui saisissait les sorciers, alors pendus à ses lèvres.

- Etant donné que la seule sorcière capable de suivre mon raisonnement est actuellement dans le coma et hors service, je vais m'efforcer de m'expliquer simplement. Scorpius, quand as-tu dit que Magnus avait disparu ?

- Il y a une semaine environ.

- Bien. Autrement dit, il s'est mystérieusement volatilisé au moment même où Ginny a accouché. A partir de là, je vous laisse déduire le reste.

- Tu veux dire que notre fils s'est réincarné dans son corps d'enfant ?! Dit la rousse stupéfaite.

- Le Temps est une notion relativement complexe à assimiler. Mais passer des mois à me faire torturer par les Dieux, et à entendre l'Esprit se lamenter de vos échecs m'a fait comprendre certaines choses. En outre, les lignes temporelles sont régies par une loi primaire et essentielle. Tout ce qui doit advenir, advient, peut-importe ce que cela implique ou engendre. A partir de là, j'ai pu comprendre pourquoi l'Esprit avait créer cette dimension parallèle pour nous y enfermer, nous et nos doubles. Parce que deux versions d'une seule et même personne, venant de deux époques différentes, ne peuvent pas vivre l'une avec l'autre. C'est contre les lois de la nature. Déclara-t-il.

- Mais toi et Jedusor vivez bien dans la même époque alors que vous êtes la même personne ?! Fit remarquer Harry.

- Techniquement oui, mais je ne devrai pas être là. L'esprit m'y a fait venir volontairement, or, cela n'est pas possible dans un cycle temporel classique. Mais c'est tout ce qu'Elle souhaite. Que le cycle temporel retrouve son cours, et faire coexister deux Magnus aurait été contraire à cela. Alors elle a fait en sorte que cela ne soit pas possible.

- Tu... tu veux dire que c'est sa naissance qui l'a fait disparaître ? Souffla Kai bouche bée.

- Pas disparaître. Je dirais plutôt que son destin à repris son cours là où il devait commencer depuis le début. A travers sa naissance. Maintenant qu'il est né dans "le présent", si je puis dire, il ne peut exister une version future de lui, car son avenir est aujourd'hui entièrement vierge et ne dépends que de nous. De même, si Hermione accouchait des jumeaux aujourd'hui, ils disparaîtraient à leur tour, car leurs vies commenceraient véritablement à partir de leur venue au monde.

- Alors le temps reprend son cours normal... comprit Rosalie. Magnus est né, et donc son futur a été effacé. La vie... la vie qu'il a vécu avec nous n'existe plus.

- Tout comme les nôtres n'existeront plus une fois que nous serons nés. Poursuit Terrence le regard dans le vide.

- Exactement. Kai, Scorpius, vous avez cherché au mauvais endroit. Depuis le début, Magnus était avec nous.

Cette réalisation insuffla autant de bonheur que d'incompréhension au sein de l'assemblée. Pourtant, plus les secondes passèrent, plus les sorciers trouvèrent écho dans les mots du Mage. Il était évident que l'Esprit du Temps allait trouver un moyen de rétablir l'ordre naturel des choses. Et elle l'avait fait. A travers à Magnus. Un bonheur et une émotion inespérée sur le visage, Ginny repris son fils dans ses bras, des larmes roulant sur ses joues tandis que Katherine la rejoint pour l'enlacer. Leur famille n'était pas dispersée à travers le temps, au contraire. Elle se commençait à se construire. Et cela débutait avec Magnus. Leur fils, leur frère, leur héritier. Leur commencement.

Ébranlé, et atteint d'une sueur froide, Kai et Scorpius se regardèrent, pris d'un des soulagements les plus grands qu'il n'en avait jamais connu. Ils n'avaient pas fauté, ou fait une erreur en se mettant au service de Grindelwald. La disparition de Magnus n'était pas une conséquence de leurs actes, mais l'illustration même de l'inéluctabilité du destin. De leur destin à tous. Mais pas seulement. Il était aussi synonyme d'espoir. Car si le futur de Magnus avait été effacé, alors tout son vécut passé l'avait été aussi. Ses souvenirs de guerres, de tortures, de pleures, de désespoirs... tout cela n'existait plus. Ainsi, son avenir n'était qu'une page blanche qui n'attendait qu'à être écrite. Et cette révélation prit Terrence et ses compagnons aux tripes. Leurs avenirs pouvaient être changés. Leurs vies aussi. Et jamais le jeune Zabini n'aurait pu souhaiter un plus beau cadeau que celui-ci. Celui d'avoir peut-être une chance de ne pas vivre sans sa mère, dans un monde en ruine ; celui de ne pas s'entraîner à endurer mille tortures pour une mission d'infiltration ; celui de pouvoir grandir en paix... celui de pouvoir vivre une vie simple.

- Ok, là j'ai vraiment besoin d'une bouteille... soupira Kai, le cœur retourné.

- Pas si vite jeune homme ! D'abord, il vous faut m'aider à réveiller votre mère.


Intimidé, Kai resta planté devant la porte de la chambre de sa mère. Incapable de passer son seuil, il fixait le panneau de bois usé, tremblant et incertain. A ce stade, il ne savait même plus s'il était encore digne de l'appeler encore "mère". Et a juste titre. Car si elle était là, allongée derrière cette porte à moitié morte, c'était bien de sa faute. Et ça, rien, pas même l'Esprit du Temps elle-même, n'aurait su pouvoir l'effacer. Elle était descendue de l'Auberge pour lui. Elle avait traversé un champ de guerre, la poitrine trouée, pour lui. Et en était morte pour lui. Lui. Son fils bâtard qui, trop enivré par ses meurtres en masse, ne lui avait offert qu'une vision d'horreur... Une vision qui n'était autre que sa véritable nature dévoilée au grand jour. Celle d'un meurtrier. D'un sadique. D'un Lestrange... Et alors qu'elle hurlait à la mort dans son dos, il n'avait pas pu la sauver. Alors qu'elle rendait son dernier souffle dans sa jouissance macabre et son insouciance coupable, il avait échoué. Oui, ce jour-là, Kai en était convaincu, il avait commis le plus grand crime de son existence. Il avait abandonné sa mère. Et ce, de la pire des manières qui soit ; à tel point, qu'il n'osait même plus se présenter devant son corps. La honte le rongeait, presque autant que la culpabilité palpitait dans son cœur. Il se sentait indigne d'elle. Indigne de son amour. Indigne d'être là, en ces lieux. Et rien au monde n'aurait su le convaincre du contraire, tant il pouvait sentir la honte et le dégoût de lui-même, s'incruster dans sa chaire.

Le souffle court, il hésita même à faire demi-tour, mais Drago qui arrivait à l'instant, intercepta son geste de recul. La gorge serré, Kai n'osa pas même regarder son père dans les yeux, de peur qu'il puisse y voir l'abjection même de son être. Mais le Malfoy n'était pas dupe. Silencieux et sans passer la porte à son tour, il resta avec lui triste et conscient du combat qui se jouait en lui à cette heure.

- Comment tu peux encore te tenir à mes côtés après... après ce qui est arrivé ? Demanda-t-il alors faiblement et torturé.

- Kai... tu es mon fils. Peu importe ce qui est arrivé. Dit-il sans douter.

- Je ne le mérite pas. Pas plus que je ne mérite ton amour et celui d'Hermione. Je...

- Arrête de dire ça ! S'énerva-t-il alors en se dressant devant lui.

- Mais c'est vrai ! C'est ma faute si...

- Tu n'es responsable de rien ! Et je sais pertinemment que c'est ce que ta mère dirait aussi ! Tout comme je sais que si tout était à refaire, elle ne changerait rien. Parce qu'elle t'aime.

- C'est justement ça le problème ! S'horrifia-t-il la voix enroué d'un sanglot. Elle... elle serait prête à mourir pour moi ! Elle est morte pour moi ! Et moi je... je...

- Tu ferais la même chose pour elle.

- Evidemment ! Mais je ne mérite pas qu'elle le fasse pour moi. La... la dernière image qu'elle a de moi, est celle d'un monstre ! Je torturais des gens innocents ! Des femmes, des hommes, des... des familles ! Et j'aimais ça ! Je suis le monstre qu'elle vu ! Je suis le monstre qui l'a laissé hurler à la mort pendant qu'elle se faisait torturer !

- Tu as tué l'homme qui l'a attaqué ! Tu as essayé de la sauver ! Rétorqua-t-il.

- Mais j'ai échoué ! Et si je n'avais pas été en crise, si je n'avais pas autant aimé faire du mal à mes victimes, peut-être que... peut-être qu'elle...

Mais Kai ne put terminer sa phrase. La gorge au fond du ventre, il n'arriva même plus à se tenir devant Drago et se détourna, les joues trop humides de honte. A la vue de l'état de son fils, le Malfoy put sentir son cœur se fendre. Jamais il ne l'avait vu ainsi. Et Jamais plus il ne voulait le voir ainsi. Car Kai n'était pas qu'un bourreau contrairement à ce qu'il s'évertuait de croire. Il était aussi une victime. Pas seulement de son destin, ou de ses ancêtres, mais aussi de lui-même. Ne se laissant guider que par son instinct, il se précipita devant lui de nouveau et le saisit par les épaules, l'obligeant à lui dévoiler son visage rougi de larmes silencieuses. Tous deux n'avaient jamais eu une véritable occasion de parler. Mais il était temps qu'il lui fasse comprendre qu'il n'était pas seul. Et que son père, l'aimait tout autant que sa mère.

- Kai... s'il te plaît écoute moi. Murmura-t-il doucement. Je sais qui tu es. Et Hermione, le sais aussi. Tu n'es pas le monstre que tu crois être, et tu ne fais que me le prouver un peu plus chaque jour.

- Hermione mérite un meilleur fils.

- Elle ne voudrait pas mieux ! Quand vas-tu enfin l'accepter ?! Elle n'est pas dans le déni, crois-moi, elle sait ce que tu as fait. Mais elle a choisi de t'aimer malgré ça, parce que tu es son fils, et qu'elle ne voudrait te changer pour rien au monde. Tu es brave, loyale, et tu te bats pour ceux que tu aimes ! Tes crises ne sont que le résultat d'une malédiction qui pèse sur toi et ton sang ! Tu ne peux rien y changer, pas plus que nous, mais ta famille t'aime malgré ça. Nous ne t'échangerions contre rien au monde ! Et il serait tant que tu apprennes à t'aimer toi aussi.

- Comment ?! S'exclama-t-il amusé. J'ai passé ces derniers mois à répandre la terreur, et à torturer des innocents. Grindelwald lui-même était impressionné, et a fait de moi son "tortureur" officiel !

- Tu peux être doué pour torturer des gens, mais celui que tu tortures le mieux n'est autre que toi-même. Dit-il durement. Et il est temps que cela cesse. Tu n'es peut-être pas parfait aux yeux du monde, mais tu l'es aux nôtres. Tu l'es aux yeux d'Hermione. Et tu l'es au mien.

- Papa, je...

- Non, Kai. Je refuse de t'entendre t'excuser pour être qui tu es.

Le jeune homme ne sut plus quoi dire. A vrai dire, il ne savait même pas s'il y avait quelque chose à ajouter à cette heure. Meurtri, il voulait croire les paroles de son père. Il voulait croire la sincérité qu'il lisait dans son regard, et la pression qu'il exerçait sur ses épaules. Il voulait avoir autant confiance envers lui-même, qu'eux avaient confiance en lui. Mais cela était-il seulement possible ?

- J'ai peur... souffla-t-il alors désemparé. J'ai... j'ai peur de ce que je suis capable de faire. De vous faire. A toi, Maman, Scorpius, Rose et tous les autres... Je suis incapable de me contrôler, ou de résister.

- Kai...

- Je les entends encore tu sais. Dit-il. Les voix. Elles ne me quittent jamais. Elles attisent ma haine, elles... elles arrivent à me convaincre de faire des choses affreuses. Et je n'arrive pas à lutter.

Le voir ainsi, aussi brisé, raviva un vague souvenir dans la mémoire du Drago, qui sembla lui remonter d'une époque si lointaine, qu'il fut incapable de le replacer dans le cours de sa vie. C'était un bel après-midi d'été, et en ce temps, sa mère lui préparait encore des thés glacés. Il put presque en sentir le goût sur la langue, alors qu'il se revit jouer au soleil sur la terrasse de son jardin. Il ne devait pas être très âgé en ce temps, mais parvenait à se rappeler les mots que sa mère avait eu depuis leur salon. Des mots qu'elle avait adressé à sa sœur et qui l'avaient alors poussé, pour la première fois, à se méfier de son étrange Tante Bellatrixe.

- Cissy, tu ne comprends pas ! Je ne peux pas lutter ! Je ne serai jamais celle que tu attends que je sois ! Je suis allée trop loin.

- Cela m'est égale. Je t'aime peut importes qui tu es.

- Tu es tellement naïve ! S'était-elle énervée. Cela va au-delà de l'amour, c'est... c'est une malédiction, et j'entends ses voix murmurer en moi.

Narcissa s'était alors levée, impartiale, froide, mais toujours aussi aimante dans son regard d'acier.

- Aucune importante, tant que tu entends la mienne.

Les voix de Bellatrixe s'étaient transmises à son fils. Et aujourd'hui, il partageait les mêmes craintes qu'elle. A la différence, que contrairement à sa mère biologique, Kai pouvait encore être sauvé. Et Drago savait pertinemment, qu'il ferait tout en son pouvoir pour que cette espérance devienne une réalité.

- Tu n'as pas à avoir peur de ce qu'elles te disent. Souffla-t-il convaincu.

- Papa... ce n'est pas quelque chose que je peux combattre. Elles... elles sont en moi.

- Je sais, mais elles n'ont aucune importance, tant que tu entends la mienne. Et crois-moi fils, je n'ai pas l'intention de me taire. Tout comme je n'ai pas l'intention de te laisser sombrer. Je serais là pour te rattraper. Et Hermione aussi. Mais aujourd'hui, c'est elle qui a besoin de toi. Ta mère a besoin de toi ! Alors, s'il te plaît, ne la laisse pas tomber uniquement parce que tu as trop peur de la laisser t'aimer pour qui tu es.


Scorpius regarda sa mère, effaré et à la fois bouleversé par l'image qu'il voyait d'elle. Allongée sur son lit, elle restait immobile, sa poitrine ne bougeant même pas du mouvement de sa respiration. Sa peau, livide, laissait transparaître ses veines légèrement bleutées, tandis que s'éparpillait sur son visage et son corps, de multiples égratignures et plaies, étonnement rouge vif. Amaigrie, et la poitrine intégralement bandée, il n'aurait jamais cru la voir ainsi un jour. Et cela lui brisait le cœur, tout comme lui insufflait un sentiment d'injustice profond. Car Hermione, sa mère, la femme à ses yeux la plus courageuse et bienveillante qui vivait en ce monde, ne méritait rien de cela. Ni peine, si blessure, ni deuil... Et pourtant, c'était devenu son quotidien depuis des années, jusqu'à la mener ici, à cet instant même. Et cela, Scorpius ne le digérait pas.

Assis à ses côtés, sa main accrochée à celle de sa mère alors bien trop froide, Rosalie ne bougeait pas non plus. Comme par peur de la perdre pour de bon, si elle la lâchait. Pourtant, il le fallait. Il lui fallait prendre ce risque, pour espérer la voir lui revenir pour de vrai.

Alors que Voldemort finissait de la préparer de sa magie, ils entendirent la porte s'ouvrir pour voir entrer son frère et son père. Kai, s'avança mais ne releva pas la tête de suite. A vrai dire, il sembla presque lutter pour la garder baissée. Mais il ne le put pas. Et le bouleversement de son visage à la rencontre du corps d'Hermione, traduit les sentiments de l'intégralité des cœurs qui battaient dans la pièce. De l'effroi, mais aussi et surtout, de la haine envers le monde pour se montrer aussi cruel envers la jeune femme. Elle, qui était leur lumière dans l'obscurité permanente de leurs vies.

Sans rien dire, mais la mâchoire serrée à s'en rompre une dent, Kai se tourna vers le Maître le regard franc. Il n'attendait plus qu'une chose. Pouvoir agir.

- Vous êtes prêts ? Demanda le mage malgré l'évidence de la réponse.

- C'est vraiment une question ? Rétorqua Kai.

- Une précaution plutôt. De quoi me décharger de toute responsabilité en cas de complications.

- Peu importe les risques. Tonna Rosalie.

- Bien. Dans ce cas, je crois qu'il est l'heure de faire un peu de magie. Et de prier. Car autant vous le dire de suite, il n'y a aucune garantie que cela marche.


Hello ! Voici la suite avec de nouvelles réponses ! Magnus n'était pas si perdu que ça finalement ! J'espère que ces perspectives vous ont plût mais n'hésitez pas à me poser vos questions si vous avez des doutes ou des incompréhensions sur quoi que ce soit !

Dites moi si ce chapitre vous a plût ! Et merci encore de m'accompagner dans ce voyage :)

La suite arrive bientôt ! A très vite !

BIZZEE