- Tom ? Appela Ginny timidement.
Le sorcier n'était pas surpris de l'entendre dans son dos. A vrai dire, il l'avait senti venir à lui depuis la Chaumière, où tous les autres rattrapaient le temps perdu entre anecdotes et récits de leurs aventures. Mais le jeune homme n'était pas d'humeur à les écouter ce soir. Non, il avait besoin de s'isoler, mais surtout, de penser. Après ce qu'il s'était passé ces dernières semaines, et en particulier ces derniers jours, Tom se sentait pour la première fois de sa vie, étrangement perdu. Ballotté entre leurs fuites, leurs combats, leurs retrouvailles, et découvertes sur le passé, le présent, et le futur, il ne savait même plus où il en était au milieu de tout ça. Ses projets, ses ambitions, sa vie... tout semblait avoir volé en éclat, remplacé par quelque chose de plus grand, de plus fort et de plus incroyable que tout ce qu'il avait pu imaginer. Et pourtant, quand tout serait fini, et bien... lui, retournerait à l'ancienne version de lui-même. Il retournerait à sa routine. A son illusion de vie, qui n'en était même plus une, et dont il devrait se contenter jusqu'à ce que son destin s'accomplisse enfin. Une tragédie, mais aussi une injustice à ses yeux. Perdre ses souvenirs, ses espoirs, et ses nouvelles perspectives d'avenir... Il ne savait pas ce qu'il pouvait y avoir de plus cruel en ce monde à cette heure. Aussi, alors qu'il écoutait les histoires de son double du futur en finissant le ragoût de Ginny, il avait soudainement pris conscience de tout ce qui allait lui être arraché. Son cœur s'était affolé, et sa vue troublée par l'angoisse naissante qui était montée en lui, à tel point qu'il avait eu besoin de prendre l'air. Alors qu'il avait quitté leur refuge, ses jambes l'avait mené d'elles-mêmes quelque part sur le rivage, uniquement guidé par le son fracassant des vagues sur le sable humide. Il ne se souvenait pas avoir déjà vu l'Océan un jour. Mais ce qu'il en percevait dans le noir de la nuit, avec ce vent salé impétueux, et ses odeurs de mers mousseuses, réussissait étonnement à apaiser ses tourments. De toute évidence, faire face à une force de la nature tout aussi tourmentée et bouillonnante que lui, avait pour vertu de lui faire oublier le jeu sinistre des Dieux, au-dessus des cieux.
Sans se retourner, il entendit la rousse arriver à sa hauteur, ses pas timides s'affaissant sur le sable. Sans qu'il ne sache comment, son odeur emplit son nez, et la résonance de sa présence le fit frissonner. Si cette sensation le perturbait toujours autant, il devait le reconnaître, il ne s'en laissait pas.
- Bonsoir Ginerva. Répondit-il simplement.
- Tu veux que je te laisse seul ? Demanda-t-elle incertaine.
- Seul est bien grand mot. Et puis, je ne pense pas qu'il puisse s'appliquer à nous désormais.
Sa réponse lui fit esquiver un sourire. En soit, il n'avait pas tort. Avec cette connexion qui les unissaient, et ce lien aux allures de fardeau, il leur était difficile de pouvoir ne serait-ce qu'un instant se recentrer sur eux, leurs cœurs et leurs esprits, constamment habités par la présence de l'autre ; ou tout au contraire, par leur absence respective. Une absence obsessionnelle, qu'aucun d'eux ne savait encore supporter.
- Pas faux. Soupira-t-elle. Mais je n'aimerais pas me montrer plus encombrante que je ne le suis déjà.
- Encombrante ?! Rit-il amusé. Je n'aurais jamais cru te voir le reconnaître un jour.
Elle le bouscula d'un coup d'épaule boudeur, mais ne put s'empêcher de suivre son rire à son tour. Après tout ce qu'ils avaient traversé aujourd'hui, il leur était agréable de pouvoir se retrouver de la sorte ; sans crise, ni cavale, ni présage de mort.
- Alors, comme ça le grand Tom Jedusor se cache ?
- Je ne me cache pas.
- Pourquoi es-tu là dans ce cas ?
- Je suppose que... je me sentais de trop. Ce genre de retrouvailles doit rester, intime et... familiale.
Sa réponse la surprit. S'il y avait bien une chose qui n'avait jamais dérangé le sorcier, s'était de s'imposer. Or, le contraire l'habitait à ce jour, à tel point qu'elle put presque le sentir en lui. Ce sentiment de gêne, de confusion, mais aussi de peur et d'inquiétude, qui ne faisait que croître un peu plus à chaque heure. Tom n'était pas en paix, et encore moins aussi insensible qu'il le laissait paraître au quotidien. Ginny le savait. Mais agir en conséquence, s'avérait étonnement plus difficile que ce qu'on aurait pu croire. D'autant plus que Tom n'était pas franchement l'Homme le plus facile à cerner. Les lèvres pincées, la jeune femme déglutit, ses cheveux fouettant son visage. Elle non plus n'était pas en paix. Car elle devait le reconnaître, elle s'était montrée dure, et relativement injuste à son égard ; tandis que lui n'avait eu pour objectif que d'accomplir ce qu'elle n'arrivait pas à faire : protéger sa famille (leur) famille. Et la culpabilité alourdissait ce soir, ses épaules d'impuissance.
- Je sais que... que c'est encore dur à admettre, mais tu fais partie de cette famille toi aussi.
- Un jour peut-être. Mais pour le moment, j'ai bien peur de n'en être que le spectateur.
- Ne dit pas ça...
- Mais c'est la vérité Ginny. Nous le savons tous les deux.
- Tu te trompes !
- Oh je t'en prie, toi-même tu as pu voir la réaction de Kai et Scorpius à ma vue. Répliqua-t-il dans un sourire blanc. Ils ont peur de moi et de ce que je peux faire. A tel point qu'ils ont préféré se tourner vers Grindelwald. Je les comprends.
- Je n'irais pas jusqu'à dire qu'ils ont peur de toi ! Ils ont juste... été un peu surpris. Grimaça-t-elle.
Il ne répondit mais lui lança un regard dubitatif. Tom ne croyait pas en un seul de ses mots, et Ginny savait très bien qu'elle non plus, ne semblait pas y croire.
- Tu te fais des idées. Insista-t-elle.
- Si tu veux t'en convaincre, libre à toi.
- Non Tom, tu... tu ne comprends pas...
- Détrompe toi, j'ai très bien compris tout ce que tu m'as dit hier. Cingla-t-il durement.
Son ton la figea dans sa honte, et ses yeux s'abaissèrent d'eux même sur le sable dans lequel ses pieds s'enfonçaient. Elle s'était montrée immature et égoïste à l'Auberge et regrettait chacun de ses mots. Encore plus à cette heure, où elle réalisait qu'ils avaient eu un impact sur lui. Un impact qu'elle n'aurait pas cru possible, mais qu'elle aurait dû envisager. Car contrairement à ce que tout le monde pouvait penser, Tom n'était pas venu par opportunisme. Non, il voulait s'investir. Mais personne ne lui laissait sa chance. Pas même elle.
- J'avais tort. Répliqua-t-elle d'une petite voix. Ce... que je t'ai dit était déplacé.
- Mais vrai.
- Non, je...
- Ginny, tu n'as pas à t'excuser. Claqua-t-il. Notre destin est de toute évidence très compliqué. C'est normal de douter ou de regretter certains de tes choix. Surtout ceux m'impliquant dans ta vie. Je ne t'en veux pas pour ça.
- Quoi ? Balbutia-t-elle désappointée. Non, non, je... je ne regrette rien !
- Alors c'est plus inquiétant que je ne le pensais. Soupira-t-il amusé mais dépassé.
Ginny ne comprenait pas où il voulait en venir. Ou du moins elle ne voulait pas comprendre. Car s'il y avait bien une chose qu'elle refusait de faire, c'était d'imaginer sa vie sans lui. Qu'il soit Tom Jedusor ou Voldemort, cela ne changeait rien. Il lui était vitale. Bien plus qu'il ne pouvait l'imaginer. Et bien plus qu'elle ne le lui avait laissé croire.
- Non Tom ! Reprit-elle déterminée. Tu n'es pas une pièce rapportée, une malédiction ou un compromis contrairement à ce que tu sembles penser. Tu es un membre de cette famille ! Non, à vrai dire je dirais même que tu es plus que ça ! Tu en est le point de départ. Et même si tout aurait été mille fois plus facile sans toi, je ne changerai ma vie pour rien au monde !
- Tu es bien trop mélodramatique. Dit-il en se détournant, la gorge serrée par ses mots.
Ginny le regarda s'éloigner, frustrée et la rage au cœur. Elle connaissait cette attitude. Cette fuite de la réalité. Ce déni qui perçait son âme dans le noir. Car elle-même l'avait vécu. Pendant bien trop longtemps, elle avait essayé de se convaincre que rien de ce qu'elle vivait n'avait de sens. Que rien de tout ce qu'elle ressentait n'était réel. Et pourtant se voiler la face avait été inutile, car au fond d'elle, elle avait déjà succombé. Tout comme Tom à cette heure, qui essayait de se cacher dans le noir, et qui refusait de voir l'importante qu'il avait pour elle. Qu'il avait pour eux tous.
- Non, tu te trompes. Répliqua-t-elle en allant à sa suite.
- Arrête un peu...
- Je ne vais pas me taire !
- Pourquoi ? Hein ? S'agaça-t-il d'une voix plus forte. Qu'est-ce que ça t'apporte d'essayer de me convaincre ?! De me faire espérer un instant avoir de la valeur ?
- Je n'essaie pas te convaincre ou te faire espérer quoi que ce soit, mais juste te faire ouvrir les yeux ! S'emporta-t-elle. Tom... tu es tellement plus que ce tu ne penses ! Et il serait tant que tu l'acceptes ! Car contrairement à ce que tu sembles croire, je ne regrette rien ! Ni ces mois passés à Poudlard, ni notre lien, ni notre avenir, ni rien ! A vrai dire, c'est tout le contraire ! Je remercie le ciel chaque jour, d'avoir trouvé ton journal dans mon chaudron quand j'avais onze ans, de m'être laissée berner par tes belles paroles, et de t'avoir suivi dans tous tes plans tordus ! Je remercie le ciel, d'être tombée amoureuse de toi, et de ne jamais avoir pu oublier cet amour pendant sept longues années ! Tout comme je remercie le ciel de nous avoir réuni dans cette dimension parallèle, et de m'avoir fait comprendre que tu es la plus belle chose qui me sois jamais arrivée dans ma vie !
Le sorcier se figea dos à elle, à la fois bouleversé et incapable de croire en ses mots. Il crut pendant un instant qu'il avait rêvé, et pourtant, il pouvait presque entendre leur écho dans le ricochet tumultueux des vagues. Incrédule, il lui face et put voir sa surprise dans l'ombre à peine distinguable de ses traits. Ginny avait l'impression de faire un retour en arrière, au temps où elle s'était confiée cœur ouvert à son maître dans le couloir de sa chambre. Lui aussi, n'avait pas cru en ses paroles au début. Lui aussi, avait essayé de se plonger dans le déni. Mais peut-importe le temps, l'époque, ou les circonstances, leur vérité serait toujours la même. Leur amour, serait toujours le même.
- Tu... tu penses vraiment ce que tu dis ? Souffla-t-il dans le vent.
- Oui Tom. Et je ne fais pas que le penser. Je le vois. Tous les jours, dans le regard de notre fils. Dans le sourire de notre fille. Dans la confiance qu'à Voldemort envers toi. Et dans... dans mes sentiments pour toi.
- Non...
- Si. Tom, toi et moi, on aura beau s'insulter, se blesser, se détester, se combattre... cela ne changera jamais rien à ce qui unit. Cela ne changera jamais rien au fait que...
Elle marqua un temps de pause, réalisant que c'était la première fois qu'elle lui dirait ces mots, à lui. Ces mots qu'elle s'était longtemps empêcher de penser durant ces derniers mois à Poudlard. Ces mots maudits, qu'elle avait rêvé de goûter.
- Que quoi ?! Insista-t-il effrayé.
- Que je t'aime.
Cette simple phrase, lui asséna un coup en plein poitrail, et lui coupa le souffle à tel point qu'il crut bien tomber à la renverse. De sa vie, jamais il n'avait entendu quelqu'un lui dire cela. Et pourtant, elle venait de le faire, comme si ces simples paroles, semblaient être la plus grande évidence au monde. Mais qui de sain, pouvait seulement aimer un orphelin incapable d'éprouver autre chose que de la haine envers le monde ? Un monstre sans émotions prêt à tuer, à torturer et à déclencher l'apocalypse sur terre ? Une abomination que personne n'avait jamais voulu voir naître ? Il ne savait pas, mais elle oui. Et ça, il avait peine à y croire malgré la sincérité troublante qu'il pouvait lire dans le scintillement de son regard, et la force de leur connexion qu'il senti furieusement vibrer entre eux.
- Tu... tu mens. Dit-il alors comme pour s'en convaincre.
- Tu sais bien que ce n'est pas le cas.
- Non. Sourit-il dans sa panique grandissante. Non ! Tu mens ! Tu ne peux pas m'aimer ! C'est... c'est impossible.
- C'est amusant. Voldemort m'a dit la même chose.
- Et bien je te le dis une nouvelle fois. Tu ne peux pas m'aimer !
- Ce n'est pas quelque chose que tu peux décider, ou contrôler Tom. Dit-elle en se rapprochant de lui. Je t'aime depuis le jour où tu m'as parlé à travers ton journal. Et je n'ai jamais cessé de t'aimer après ça. Même si tu essayé de me tuer, et d'exterminer ma famille et mes amis. Même si tout m'a toujours poussé à te détester.
- Je t'ai enrôlé parmi mes fidèles ! J'ai... j'ai torturé tes amis avec un épouvantard, je t'ai espionné, et fait vivre un enfer !
A ces souvenirs, Ginny esquiva un sourire. Il avait raison.
- C'est vrai. On ne peut pas dire que t'aimer ait toujours été une chose facile.
- Je t'ai poussé à tuer Cornic ! S'écria-t-il hors de lui.
- Cela ne change rien Tom. Et s'il le fallait, je n'hésiterai pas à le tuer de nouveau.
Le sorcier n'y comprenait plus rien. Était-ce cela l'amour ? Agir aveuglément, sans prendre acte des conséquences ? S'oublier, soit et ses principes, quitte à devenir un monstre semblable à celui que l'on idolâtre ?
- Tu ne peux pas. Tu... tu n'es pas comme moi.
Cette remarque accentua son sourire comme alourdi son cœur d'une culpabilité qu'elle ne sut cacher. Il avait raison. La vie lui démontrée qu'elle pouvait être pire.
- L'amour fait ressortir ce qu'il y a de meilleur, mais aussi ce qu'il y a de pire en nous. Tu serais surpris de ce que je serais capable de faire pour toi, et nos enfants. Et puis, tu ne m'as pas épousé uniquement pour ma candeur et ma bienveillance. Tout comme, on ne m'a pas nommée la Dark Lady, pour rien.
Tom ne sût plus quoi dire. Il n'avait jamais douté de ses compétences, ni même de sa valeur au combat. Mais imaginer Ginny aussi manipulatrice et cruelle que lui, ça il ne le pouvait pas.
- Tu es folle.
- Peut-être. Mais il vaut mieux l'être quand on aime. Dans le cas contraire, je crois bien que j'aurais perdu la tête il y a longtemps.
Il aurait presque souri mais sa confusion prit le pas sur lui, dévoilant alors un air tout aussi incrédule que vulnérable sur ses traits assombrit par les doutes. Mais elle ne voulait pas le voir ainsi. Non, tout ce que Ginny souhaitait, c'était le voir parmi eux. Et non pas à côtés d'eux. Il était un membre de cette famille. Il était sa famille. Son tout. Aussi, sans qu'elle ne s'en rende compte, elle lui prit la main dans le noir, déclenchant sur ses bras une chair de poule qu'il ne put cacher. Pétrifié par ce contact à la tendresse inédite, Tom déglutit, incapable de s'écarter de son emprise. Sa peau était d'une telle chaleur, et son affection tellement palpable à travers l'intensité de son silence, que le jeune homme ne sut rien faire d'autre à part lui serrer la main en retour, son cœur bondissant dans sa poitrine. Il n'avait jamais connu ça auparavant. Ni cette sollicitude, inquiétude, protection ou encore cette douceur. Non, c'était une première pour lui.
- Tu as peur. Lui dit-elle alors sans le lâcher des yeux.
- Non, je... je suis juste un peu déstabilisé.
Il dit cela de son ton fière et exagérément rauque. Il mentait. Car oui, il avait peur. Mais cela n'était pas grave. Elle serait là pour le guider. Pour l'aider. Et pour davantage l'aimer.
- Tu devrais monter la voir. Déclara Rosalie d'une voix gênée en faisant irruption dans le petit salon de la chaumière.
Kai ne se tourna pas vers sa sœur, envoûté par sa propre tourmente et feu mourant dans la cheminée. Pour autant, il fit non de la tête, le dos courbé et le visage bas. Oui, il devrait monter. Pour sa mère. Mais dans sa honte, il n'en n'avait ni la force, ni l'intention.
- Il vaut mieux qu'elle se repose.
- Kai, à quoi tu joues exactement ? Demanda-t-elle brusquement dérangée par son attitude. C'est notre mère !
- Je sais. Je... j'irai la voir tout à l'heure. Bégaya-t-il sans croire à ses propres paroles.
- Arrête un peu, je sais que tu mens.
C'était vrai. Mais qu'aurait-il pu lui dire d'autre ? Qu'il avait honte ? Peur ? Et que la simple idée d'affronter le regard d'Hermione lui donnait plus de sueur froide que le Baiser d'un détraqueur ? Il avait trop de fierté pour cela. Mais il n'en avait pas assez, pour mentir droit dans les yeux de sa sœur. Sans rien dire, il déglutit alors durement dans la sécheresse anxieuse de sa gorge, et pu clairement entendre le souffle agacé de Rosalie s'épaissir d'énervement dans son dos.
- Kai !
- Rose... tu ne comprends pas.
- Non, c'est vrai. Mais ce n'est pas une excuse ! Rétorqua-t-elle enragée. Je sais que tu souffres. Nous souffrons tous ! Mais rester à te morfonde ne changera rien. Ni pour toi, ni pour moi, ni pour aucun d'entre nous !
- Je ne me morfond pas. Souffla-t-il alors dépité en lui faisant face.
- Alors quoi ?! Hein ? Tu te caches comme un lâche, c'est indigne de toi !
- J'... j'essaie juste de ne pas causer plus de mal.
- Mais enfin de quoi tu parles ? S'étonna la blonde.
- Je suis la dernière chose qu'elle ait vu dans ce village. Et je... je torturais des innocents. En quittant la chambre, j'ai pensé que… ne pas être la première personne qu'elle verrait à son réveil pourrait, peut-être, lui faire du bien. Et ne pas... la replonger dans ce cauchemar.
Rosalie déglutit à son tour, les traits cette fois bien plus sombres face au Lestrange. Elle comprenait sa démarche. Elle comprenait son angoisse. Mais elle avait vu le regard de sa mère à son réveil. Elle l'avait vu s'éveiller des limbes de la mort, pour reprendre vie devant elle. Elle avait vu sa confusion, ses grimaces et sa peur. Mais elle avait aussi vu sa joie sans nom en rencontrant son visage et celui de Scorpius. Tout comme elle avait vu ses yeux fatigués chercher ceux de son fils manquant, et sa détresse immense quand elle avait réalisé que cela était vain. Quand elle réalisa qu'il n'était pas là. Et contrairement à ce qu'il pensait, faire le mort ne résoudrait rien, ni n'effacerait jamais ce qu'Hermione avait pu voir. Au contraire, fuir ne faisait qu'accentuer sa culpabilité, et le désarroi de leur mère déjà en souffrance. Tout comme Rosalie était prête à parier que ne pas l'avoir vu à son réveil, avait fait plus de mal à Hermione, que de l'avoir aperçu à ses pires heures.
- Tu ne peux pas l'éviter.
- Je n'en ait pas l'intention. Je veux juste lui laisser un peu de temps.
- Tu es sûr ? Parce que, de ce que je vois, j'ai surtout l'impression que c'est toi qui en as besoin. Soupira-t-elle.
- Je veux juste la protéger !
- De quoi ? D'être enfin réuni avec tous ses enfants ? D'être enfin heureuse ? En paix ? Non, Kai... Tu la fuis égoïstement uniquement parce que ça t'arrange toi ! Et personne d'autre !
- Non je...
- Kai, s'il te plaît. L'interrompit-elle durement de son regard d'acier. Nous ne sommes plus des enfants. Et il serait temps que tu le comprennes enfin. Se cacher et fuir ne sont pas des options dans la vie. Encore moins quand il s'agit de sa famille ! Tu as toujours été un bon fils et un bon frère, mais te laisser submerger de la sorte... ça ne te ressemble pas. Je me doute bien que... être au service de Grindewald t'a changé, et je suis sincèrement désolé pour tout ce que tu as pu endurer. Mais notre mère t'attend à l'étage, et prie pour que son fils la prenne dans ses bras. Tu ne peux pas lui faire ça, tu ne peux pas la fuir ! Je t'aime de tout mon cœur, mais je ne le permettrais pas. Pas après tout ce qu'elle a enduré pour nous retrouver ! Alors, écoute-moi bien : Tu vas te ressaisir, monter là-haut et embrasser notre mère, et ce, même si je dois t'y traîner par la peau des fesses, c'est compris ?
Le ton de la jeune femme, intransigeant et fort, le désarma comme le fit rougir. A cet instant, et devant son regard aussi exigent qu'inquisiteur, elle lui rappela Hermione et ses réprimandes, lui insufflant plus de douleur dans le cœur qu'il n'en avait déjà. Elle avait raison sur toute la ligne. Et de surcroît, sa mère lui manquait. Mais la culpabilité le rongeait. Pris au dépourvu, il voulut parler, mais n'eut pas à chercher ses mots bien loin. Alors qu'il avait relevé la tête, son œil s'était fixé derrière Rosalie, écarquillant sa pupille de stupeur dans son choc. La bouche ouverte dans sa panique grandissante, Kai perdit l'intégralité de ses couleurs en moins de quelques secondes. Car sous ses yeux déjà embrumés de larmes coupables, l'objet de toutes ses convoitises et angoisses, n'avait pas attendu qu'il se décide. Non. Elle était venue jusqu'à lui.
- Bien que je t'en croie parfaitement capable Rosalie, ce ne sera pas nécessaire.
La jeune femme se retourna dans un sursaut effrayé, le visage figé de surprise et d'horreur devant leur mère, boitillante, en bas des escaliers. Pourtant, on n'eut jamais vu un pareil sourire sur le visage d'Hermione Granger à cette heure. Malgré son poitrail intégralement bandé, ses cernes noirs, son teint de cire, et ses boucles défaites, elle se tenait là, le dos droit et le menton relevé, plus fière et vivante que jamais. Elle était l'image qu'on se faisait des Reines au retour de bataille ; des déesses sortant des songes après milles prières ; des femmes plus féroces encore que la vie elle-même. Oui, elle était tout cela, voire même plus. Elle était cette mère qui se relevait malgré la mort, pour retrouver ses enfants. Même si ceux qui ne s'en croyaient pas digne.
- Ma... Maman ?! Mais qu'est-ce que tu fais là ? Tu dois te reposer !
- Je vais bien. Le maître m'a donné son autorisation. Dit-elle dans un sourire fatigué.
- Qu.. quoi ?!
- La couver ne la guérira pas. Claqua alors Voldemort en descendant de l'étage à son tour d'un pas rapide.
- Mais c'est de l'inconscience ! Riposta-t-elle.
- Je préfère la savoir ici et calme, qu'en haut et infernale. Soupira-t-il. Si je n'avais pas momentanément oublié à quel point elle pouvait être bornée, je crois bien que je l'aurai laissé dans le coma un jour ou deux de plus.
- Mais...
- Rose, je vais bien. Tu n'as pas à t'en faire. Tempéra-t-elle doucement en caressant la joue. En revanche, j'aimerai parler seul à seul avec ton frère, s'il te plaît.
Kai frémit dans son silence, semblable à un enfant sur le point de se faire gronder. Mais son effroi était réel, et sa peur profonde. Elle était là. Devant lui. En vie, après avoir été presque morte dans ses bras. Et ce choc résonnait jusque dans ses os, plus fortement qu'un gong fulgurant. Alors qu'il vit sa sœur acquiescer sagement, le salon se vida en quelques instants, l'air soudainement plombé par une tension qui avait fait fuir ses habitants. Très vite, il ne resta qu'eux, et déjà Kai souhaita s'enterrer sous le bois du plancher. Incapable de soutenir le regard de sa mère, il se détourna dans sa honte, tremblant et fiévreux. Les braises qu'il se mit à fixer ne crépitaient plus assez pour couvrir les battements frénétiques de son cœur dans ses oreilles, ni même les pas lent et fragiles de sa mère derrière lui. Ils restèrent ainsi pendant de longues secondes, sans rien se dire, Hermione ne pouvant que faire face au dos de son fils. Pourtant, malgré son silence, la jeune femme ne comptait plus le nombre de chose qu'elle aurait voulu lui dire. Le nombre de question, de tourments, d'excuses, et de cris de joie qu'elle aurait voulu lui faire entendre... lui faire comprendre. A son réveil, il avait été la première personne à qui elle avait pensé. Mais il n'avait pas été là. Et contrairement à ce qu'il pouvait penser, elle ne lui en voulait pas. Elle connaissait son fils. Elle connaissait ses démons. Ils faisaient partie de lui ; or elle aimait tout de lui. Aussi, à cet instant, aucun mot n'était utile. Lentement, elle s'avança, silencieuse mais comblée. Elle l'avait retrouvé. Ils étaient réunis. C'était tout ce dont elle avait besoin à cette heure, et rien de plus.
Sans rien dire, elle arriva à sa hauteur, et dans un soupir mêlé de sanglots, s'appuya contre son dos, passa ses mains autour de sa taille et l'attira à elle dans une étreinte inespérée. Sentir la chaleur de son corps contre elle, sa respiration haletante et la vibration de son âme, suffit à apaiser toutes ses douleurs. Elle se dit alors, que tout ce qu'elle avait vécu n'avait pas été vain. Toute son existence ne se résumait plus qu'à ses enfants. Et elles les avaient retrouvés. Tous. Même le plus torturé d'entre eux. Car après tant de lutte, de peines, de séparations et de désespoir, ils étaient enfin là, tous les deux, blottis l'un contre l'autre dans l'écho de leurs cœurs résonnant. Très vite, le soupir de sa mère se transforma en un torrent de hoquets étouffés, et la force de ses frêles bras l'enserrèrent davantage. Kai, lui, restait figé, la tête basse mais les joues ruisselantes de larmes silencieuses. Il ne savait pas quoi dire, ni quoi faire. Mais une certitude l'habitait. Celle que la vie ne valait rien, sans les bras de sa mère. Il avait presque oublié ce que cela faisait, lui qui ne vivait que pour ses étreintes. Ne pouvant plus lutter, Hermione le vit faire volteface et sans qu'elle ne puisse rien dire, il l'enlaça plus fortement encore. Le nez enfoui dans ses cheveux, l'odeur de la jeune femme le ranima et l'emporta dans ses plus beaux souvenirs d'été tandis que ses bras enserrèrent davantage sa taille largement amaigrie. Oui, elle était là. Elle était là. Et il ne voulait plus jamais la voir autre part que dans ses bras. Il ne voulait pas la laisser partir. Il ne voulait pas perdre cette odeur, cette douceur, et cette étincelle de vie qui éveillait son cœur mortellement froid. Il ne voulait qu'elle. Il n'avait besoin que d'elle.
- Je.. je suis désolé. Maman, je suis désolé...
- Chut, chut...
- Pardonne moi. Je t'en prie... pardonne moi... S'essouffla-t-il sans respirer.
- Oh Kai...
- Je t'en prie...
Bouleversée, elle se détacha pour lui relever la tête. D'une main aimante, elle essuya ses larmes qu'elle recueilli comme le plus belle des damnations, et le détailla de sa fierté maternelle. Il n'avait pas changé depuis la dernière fois qu'elle l'avait vu. Mais ses joues s'étaient creusées, et ses cheveux ternis. Ses yeux quant à eux, étaient bouffis, rouges et humides, mais ne parvenaient pas encore à la regarder. La honte les imbibait.
- Kai, s'il te plaît, regarde-moi. Demanda-t-elle.
- Je ne peux pas. Murmura-t-il.
- Kai. Insista-t-elle alors plus fort. Regarde-moi.
Ce fut le geste plus difficile de toute sa vie. Comme si son cou pesait une tonne, et que ses joues tombaient comme du plomb vers le sol, il dû faire preuve de toute la force qui l'habitait pour ne pas flancher. Pour ne pas s'écraser lâchement devant elle. La peur de ne voir dans son regard que haine, dégoût et déception le terrorisait. Mais il n'en était rien. Et quand il regarda enfin sa mère, il vit ce qu'il n'aura jamais osé espérer. Le pardon. Hermione, dans ses pupilles d'un brun tendre, scintillantes de bonheur et d'amour, le pardonnait au-delà de tout pêché. Comme une absolution qu'on offrait à Satan en personne, Kai ne comprit pas. Comment pouvait-elle encore vouloir l'avoir auprès d'elle ? Comment pouvait-elle seulement souhaiter l'enlacer, le toucher, l'embrasser après ce qu'elle avait vu ? Ce qu'elle savait de lui ? Dans son silence pétrifié, Hermione n'eut aucun mal à lire toutes ses questions qui le hantaient. Aussi, pour toute réponse, elle lui offrit un sourire. L'un de ceux qui font de l'ombre à la clarté jalouse du soleil de midi.
- Mon fils...
- Maman, je... je...
- Je sais ce que tu vas dire. Et tu sais ce que je vais te dire.
- Je ne peux pas l'entendre. Je ne le mérite pas.
- Peut-être, mais ça m'est égale. Malakaï Alexander Granger-Malfoy, tu es mon fils. Et quoi que tu fasses, quoi que tu dises, quoi que tu penses, tu es, et tu resteras toujours le plus beau cadeau qui me soit jamais arrivée dans ma vie. Je t'aime au-delà de tout ce que tu peux imaginer ! Souffla-t-elle heureuse. Et peu importe ce qui advient demain, cela ne changera jamais. Tu m'entends ? Jamais Kai.
- Comment quelqu'un comme moi peut mériter quelqu'un comme toi dans sa vie ? Je suis un monstre.
- Une partie de toi, l'est en effet. Admit-elle dans un murmure. Je le sais bien. Mais tu es plus que ça. Tu es plus que tout ce que tu peux penser. Je le vois en toi. Et pour ça, je t'aime encore plus.
Ces mots le firent esquiver un timide sourire dans lesquelles ses larmes virent se perdre. Sa mère ne changerait jamais. Son amour pour lui ne changerait jamais.
- Merci. Dit-il alors.
- Non. Merci à toi. Maintenant, je suis certaine que nous allons réussir à rentrer chez nous.
- Comment ça ?
- Dumbledore, Grindelwald, et l'Esprit du Temps elle-même, n'ont pas réussi à nous séparer. Si on a pu les battre les uns sans les autres, je ne doute pas un seul instant, qu'ensemble, rien ne pourra plus nous arrêter. Nous allons gagner mon fils. Nous allons gagner.
Il sourit devant son optimiste, et pour la première fois, pensa qu'elle avait peut-être raison à leur propos : Peut-être restait-il encore de l'espoir pour eux ? Peut-être même, en restait-il pour lui...
Et voilà ! Le chapitre 42 est relativement calme, je le conçoit, mais certaines clarifications étaient nécessaires entre les personnages. C'est le dernier calme avant la tempête, car le reste ne sera pas de tout repos !
A très vite pour la suite !
BISSSEE
