- Bien, maintenant que tout le monde est réuni, vivant, sevré et réveillé, il serait temps que l'on aborde les sujets qui fâchent. Déclara Voldemort.
Tous s'étaient agglutinés autour de la table de cuisine, envahissant l'espace déjà réduit de la Chaumière, qui n'avait jamais été aussi bondée depuis son existence. Ils étaient là, et aussi beau que cela était-il après tous leurs drames et épreuves, cela leur paraissait relativement étrange. Leurs enfants s'étaient retrouvés, recollant dans la même dynamique l'un des pans de leur famille qui s'était retrouvé arraché à eux. Hermione enlaçait naturellement Drago sur lequel elle était assise, Harry et Ron siégeait fièrement à côté de Blaise ; tandis que Ginny berçait son fils, le visage tourné vers le Seigneur des Ténèbres, et la main protectrice de Tom Jedusor sur son épaule. Oui, tous les douze offraient un tableau unique. L'un de ceux que le Temps et le Destin n'assemblaient qu'une fois en une éternité, mais qui valait tout le sang avec lequel il avait été peint. Cette fois, il n'était plus question de faire marche arrière. Ils étaient prêts à en découdre, le regard empreint d'inquiétude mais d'impatience. Ils avaient peur d'échouer, oui, mais avait encore plus hâte d'en finir une bonne fois pour toute.
- Je n'aime pas être rabat-joie. Continua-t-il. Mais même si ces retrouvailles sont émouvantes, nous ne sommes pas tiré d'affaire pour autant. Il nous manque toujours la baguette de Sureau, et une âme à jeter au loup. Alors si vous avez des propositions, je vous écoute.
- Grindelwald ne se sépare jamais de sa baguette. La lui prendre relèverait du miracle. Dit Scorpius.
- On n'a pas le temps d'en attendre un. Il nous faut une stratégie.
- Vous qui connaissez ses habitudes, vous avez probablement remarqué des lapses de temps où il est vulnérable, non ? Demanda Ron.
- Vulnérable ? Rit Kai. On parle de Grindelwald ! Ce n'est pas comme s'il posait sa baguette sur sa table de nuit avant de dormir, cet homme est paranoïaque ! Il ne baisse jamais sa garde, boit des potions anti-sommeil, et reste enfermé dans sa bibliothèque toute la journée. On ne l'a vu que très rarement en six mois, alors lui subtiliser son bien le plus précieux... autant dire que c'est impossible.
- Que cherche-t-il dans sa bibliothèque ? S'enquit Hermione.
- Granger, on n'a pas le temps de parler littérature... Soupira le mage.
- Des formes de magies noires toujours plus puissantes. Il nous fait enlever des professeurs et alchimistes douteux depuis des semaines. Répondit son fils.
- C'est peut-être une piste. Dit-elle alors convaincue.
- Une piste ?
- Oui ! On sait que Grindelwald connaît le Comptes des Trois frères et que ça l'a mené à la Baguette. Il n'a aucune raison de ne pas chercher les autres.
- Les autres reliques ? S'étonna Rosalie. Pour devenir le maître de la mort et tout le tralala qui va avec ?! Moi qui pensais que cette histoire était démodée...
- Elle est loin de l'être. Et bien que ça me coûte de le dire, bien vu Granger. Souffla Voldemort.
- Alors quoi ? Demanda Jedusor confus. Vous voulez qu'on trouve ces reliques avant lui ? Parce qu'autant vous le dire de suite, ce sera quasiment impossible. Elles sont perdues depuis des siècles, et personne ne sait où elles sont aujourd'hui. Même si Grindelwald a réussi à mettre la main sur la Baguette, les deux autres sont tout bonnement...
- Heu, Tom... On a déjà les deux autres reliques. Souffla Ginny dans une grimace gêné.
S'ils avaient vu Tom encaisser beaucoup de nouvelles farfelues et inédites depuis leur départ, celle-ci fut bien celle de trop. Figé dans sa stupeur, il papillonna des paupières si rapidement qu'on n'arriva à peine à voir son iris rétractée de stupéfaction. Il était parti avec eux dans l'idée de les aider, pas dans celle de découvrir qu'ils se baladaient avec deux des plus puissants objets du Monde Sorcier. Son pouls fit un bond dans sa poitrine, à tel point qu'il se leva de sa chaise, tremblant, et les dévisagea un à un. De tous, il était le seul à ignorer cela. Un oubli qui fit ricaner Harry et Ron dans le silence gêné qui suivit.
- Pa... pardon ?! S'époumona-t-il ahurit.
- C'est une longue histoire... Soupira Drago dépassé.
- Une... une longue histoire ?! Vous vous fichez de moi !
- Tom...
- Vous avez la pierre de résurrection et la cape d'invisibilité !? Vous avez les reliques manquantes ? Les reliques de la mort !? Les objets les plus puissants, instables et convoités du Monde Magique !
- Oui et non. Dit Voldemort. Harry à la cape d'invisibilité, qui s'est léguée dans sa famille depuis des générations. Mais il nous manque la pierre de résurrection.
Cette fois, Ron ne put plus se contenir. Hurlant de rire à s'en tordre l'intestin, il remercia le ciel de lui avoir permis d'assister à ce jour. Celui où Voldemort et Tom Jedusor étaient les dindons de la farce. Car si Le Mage Noir était au courant pour la cape, il ignorait toujours qu'il avait été en possession de la pierre de résurrection toute sa vie. La même pierre qui brillait doucement au doigt de Jedusor dans l'instant, dont Harry se débarrasserait des dizaines d'années plus tard, dans la Forêt Interdite. Confus devant le Weasley qui se gaussait de rire, Hermione se racla la gorge, consciente qu'ils avaient oublié de partager ces quelques petits secrets de guerre avec lui. Des secrets qu'ils auraient crut impensable de lui révéler il y a encore quelques mois.
- Heu... non maître. Nous... nous les avons toutes.
- Quoi ?!
- Oui, enfin nous non. Mais Tom, oui.
A ce stade, le Jedusor voyait flou. Le souffle coupé, il vit son double se tourner vers lui aussi subitement que son cœur lui, avait cessé de battre.
- La pierre a été transmise à la Famille Gaunt, descendante directe de Cadmus Peverell. Dit Harry. A partir de là, elle a serti l'un de leur bijou de famille que... que Tom a dérobé à son ancien propriétaire, Morfin Gaunt. Son.. oncle.
A ces mots mal assurés, Voldemort et Tom pâlirent brusquement, leurs têtes désormais tournée vers la bague qui trônait sur son majeur. Une bague dorée, sertie d'une pierre sombre, déjà porteuse d'un bout d'âme du jeune homme ; mais qui contenait malgré ça, bien plus encore : Le pouvoir de ramener les morts à la vie. L'un de ceux de la Trinité de la Mort. L'un de ceux à rendre fou un homme, comme invincible. Et pourtant, ils n'en avaient jamais rien su. En réalisant ce qu'il avait fait, la tête de Tom se mit à tourner, le contraignant se rasseoir fébrilement pour ne pas s'écraser dans sa torpeur. Il avait transformé la Pierre de résurrection, en l'un de ses horcrucxs... Et à ce stade, il ignorait si cela était relevait de l'incroyable, ou de l'inconscience. Il ne lui était jamais venu à l'esprit que cela soit seulement possible ! Et pourtant, il l'avait fait. Lui. Il s'était accaparé une relique, avec son âme elle-même.
- Vous... vous voulez dire que...
- Vous vous fichez de moi ?! S'écria le Mage sonné en coupant Tom dans son balbutiement.
- Non. Souffla Harry en s'adressant directement à lui. A sa mort, Dumbledore ma l'a légué, cachée dans mon premier vif d'or. Ce n'est qu'avant de te rejoindre dans la forêt Interdite, que j'ai compris ce que cette pierre représentait, et que c'était elle qui l'avait tué.
- Tu... tu avais une relique ? Dit-il d'une voix blanche. Tu avais une relique et tu m'as laissé te tuer ?!
Harry grimaça sans répondre en rencontrant son regard consterné. Le fait qu'il se soit laissé tuer par le Voldemort relevait d'une toute autre histoire. Plus précisément de celle d'un autre Horcrucxs dont le Mage n'avait pas connaissance : Lui. Mais il n'était pas l'heure de ressasser le passé ; encore moins celui-là.
- Aussi intéressante que soit cette histoire, je ne vois pas en quoi elle va nous idée à obtenir la baguette de Sureau ? Intervînt finalement Kai dans un soupir, les sourcils froncés d'incompréhension.
- On peut arriver à le battre avec les reliques. La Cape surtout. Dit Drago.
- Vous voulez le battre avec un bout de tissus invisible ? Comprit Katherine dépitée.
- Avec un peu de chance il sera distrait. Et dans tous les cas, on se doit d'utiliser toutes nos armes contre lui.
- Mais on n'a toujours pas de stratégie. Souligna Blaise. Grindelwald ne viendra pas à nous, il faudra qu'on l'attaque par surprise sur son propre terrain.
- Sa forteresse est impénétrable, et conçue pour résister aux attaques frontales. Sans parler des centaines de gardes, et de soldats qui sont prêts à riposter. Ce sera une boucherie et aucun de nous n'en sortira vainqueur. Dit Scorpius.
- On n'a pas besoin d'une attaque frontale. Reprit Terrence dans la l'étincelle d'une idée. Scorpius, Kai ? Vous connaissez les lieux par cœur non ?
- Malheureusement, oui.
- C'est tout ce qu'il nous faut !
- A quoi tu penses Zabini ?
- En utilisant la cape d'Harry, et si vous arrivez à faire entrer quelques-uns d'entre nous, on pourrait infiltrer le château sans se faire repérer. On neutralisera les gardes de l'intérieur pour faire entrer les équipes restées à l'extérieure, et atteindre Grindelwald au moment où il s'y attendra le moins. En étudiant le terrain avec vos connaissances, on aura même une longueur d'avance sur eux, leur stratégie d'attaque, et leur riposte.
- C'est osé. Sourit Rosalie.
- Mais ça peut marcher. Dit Voldemort alors pensif. Kai, Scorpius, on aura besoin de toutes vos informations possibles.
- Ça peut se faire. Mais Grindelwald attend notre retour avant demain.
- Quoi ?! Paniqua brusquement Hermione.
- On lui a fait croire que Kai traversait une autre crise. La dernière fois qu'il en fait une, ça lui a coûté la vie d'un informateur précieux qu'il comptait torturer. Autant dire qu'il n'a pas voulu commettre la même erreur. Il nous croit probablement dans une ruelle moldue, entrain de torturer des ivrognes à la sortie des Bars.
- Charmant... grimaça Katherine.
- Il faut donc qu'on agisse vite. Continua le Lestrange. Il nous veut de retour avant le lever du soleil.
- Mais c'est dans quelques heures à peine !
- On n'a pas le choix. Il se doutera que quelque chose se trame si on ne revient pas.
- C'est suffisant pour se mettre d'accord sur notre stratégie. Dit Voldemort. Terrence, Blaise et moi, infiltreront le château avec Scorpius et Kai. Les autres attendront dehors, en deux groupes distincts, positionnées aux sorties extérieures. Une fois dedans, il faudra agir rapidement. Vous neutralisez les gardes, et vous chargerez des fidèles. J'appâterais Grindelwald moi-même, mais une fois qu'on aura la baguette on ne pourra pas reculer.
- Ses troupes vont nous massacrer ! Une fois qu'on sera entré, on n'aura aucune chance de ressortir. Dit Scorpius.
- Dans ce cas on n'aura pas le choix. Il faudra invoquer L'esprit sur place.
- Pardon ?!
- Hermione, ta potion est toujours prête ? Demanda-t-il pressé sans regarder leur mines défaites de stupeur.
- Oui mais sans l'âme à sacrifier, elle nous sera inutile.
Voldemort grimaça. Elle avait raison. Pourtant, au fond de lui, il savait déjà comment régler ce problème.
- L'âme de Grindelwald devrait suffire.
Sa solution laissa tout le monde pantois, figé dans leur incertitude. Venait-il vraiment de suggérer de sacrifier Grindelwald ? L'irréalité de cette idée leur ôta toute réponse, à tel point que c'est Blaise qui brisa leur mutisme, tout aussi consterné qu'indigné.
- On a envoyé Harry et Ron en expédition pour s'assurer que ce salopard n'était pas mort, et maintenant vous voulez le tuer ?! S'horrifia-t-il.
- C'est hors de question ! Cela réduira le futur à néant ! Nos enfants disparaîtront ! S'exclama Ginny.
- Pardon ?! Paniqua Kai, soudainement terrifié par ce que sa tante venait de dire.
- Pas entièrement. Tempéra le Mage. Le but de l'invocation de l'Esprit est que les choses rentrent dans la normal. Si elle nous accorde ce souhait, il y a de fortes chances pour que tout ce qu'elle nous a fait traverser, s'efface d'un claquement de doigt. J'étais avec elle dans l'autre Monde, je sais qu'elle en a le pouvoir.
- On rentrerait tous chez nous ? Comme si rien n'était arrivé ? Demanda Rosalie confuse.
- Avec un peu de chance, oui.
- Mais on n'a jamais de chance ! S'écria Blaise.
- On ne peut pas prendre ce risque ! Renchérit Ron. L'Esprit nous déteste, jamais elle ne nous fera ce cadeau !
- Vous pourriez être surpris. Souffla-t-il en s'asseyant. Elle veut que les choses rentrent dans l'ordre autant que nous. C'est aussi pour ça qu'elle m'a permis de revenir.
- Alors quoi ? On l'invoque, on lui dit "s'il vous plaît", elle claque des doigts, et c'est fini ? On rentre à la maison ?! Parce que si c'est aussi simple que ça, je vous jure que je l'ai l'avoir mauvaise d'avoir sauté dans cette foutu faille. Gronda Kai outré.
- On ne peut pas lui faire confiance ! C'est comme passer un pacte avec le Diable. Cette femme nous a torturé ! Dit Drago.
- On n'a pas d'autre alternatives. Et à moins que l'un d'entre vous n'ai une âme de sorcier surpuissante dans sa poche, nos choix sont limités. Claqua-t-il durement. Ce plan n'est pas parfait, mais c'est le seul qu'on ait pour le moment. Et on va devoir s'en contenter.
Les Sorciers savaient qu'ils disaient vrai. Mais les risquent l'étaient tout autant. Des risques plus terrifiant encore que ce qu'ils avaient affronté par le passé, car cette fois, ils allaient véritablement mettre leur avenir entre les mains de leur Bourreau Temporel. Une idée qui leurs glaçaient le sang, au souvenir de leur détention ; mais qui était par malheur, peut-être leur unique espoir. Sans rien dire, ils se regardèrent entre eux, inquiets et pétrifiés, avant qu'on ne voie Katherine prendre doucement la main de son père devant elle.
- Il faut le faire. Lui dit-elle alors.
- Kath...
- Non, Maman. Il a raison. Rétorqua-t-elle. On n'a pas le choix. Et on n'a plus le temps d'avoir peur.
Ginny ne trouva pas quoi répondre, muette par l'ultimatum qui se jouait devant ses yeux. Muette, devant l'imminence de cette réalité.
- Encore un plan qui ne peut que bien se finir... Soupira Ron, lessivé dans leur consternation collective.
Les sorciers regardèrent le soleil poindre à l'horizon. Lentement et presque timidement, ses premiers rayons arrivaient à peine à percer les lourds nuages brumeux de la nuit, encore présents dans la clarté naissante du ciel. Les étoiles s'éteignaient une à une, dans le sillage de la Lune désormais disparue à cette heure ; et devant ce spectacle, les sorciers durent admettre que l'immensité du ciel leur parut alors, incroyablement vide. Intimidés, ils le regardaient avec angoisse et incertitude, attendant malgré eux que la providence ne s'accomplisse. Tapis dans l'ombre d'un talus épineux, Hermione, Drago, Katherine, Ron, Harry et Rosalie restaient immobiles, bercés par le chant dynamique des oiseaux à peine réveillés, et celui de plus en plus sourd, des insectes nocturnes. Mais aucun d'eux n'arrivaient clairement à les entendre, assourdis par les battements de leurs cœurs malades d'inquiétude. Sous leurs yeux, Kai et Scorpius avaient passé les portes d'un sombre Manoir, qui se dressait devant eux, tel un monument au milieu de ce coin reculé de campagne. Entouré de verdure broussailleuse, de sortilèges noirs, et de gardes armés, la demeure n'avait rien de bien accueillante. Ses fenêtres étaient condamnées, ses pierres étaient sales et couvertes de mousses, tandis que près des entrées extérieures, on percevait les grognements de charognards, qui grattaient les portes de leurs griffes rongées. Surement attendaient-ils que leur festin du jour ne meure sous les Adava et Doloris de leurs bourreaux ? Un festin que Kai avait lui-même l'habitude de distribuer personnellement, après ses séances macabres...
Alors que Katherine étudiait les lieux avec intensité, elle ne put s'empêcher de jeter un coup d'œil par-delà leur cachette. Rapide et furtif, il suffit cependant, à ce qu'elle aperçoive la chevelure vive de sa mère, située à une centaine de mètres en face d'eux, cachée dans un fossé avec Tom. Les ordres étaient clairs, elle, Jedusor et Magnus, devaient être les derniers à rentrer dans la forteresse, tout juste précédés d'Hermione. Malgré les contestations de ces derniers, ils avaient dû se rendre à l'évidence. Hermione venait tout juste de réchapper à la mort, sa poitrine toujours largement bandée ; et Ginny devait avant toute chose veiller à la sûreté de son fils, Jedusor ayant pour rôle de les protéger coûte que coûte. Ils ne devraient donc intervenir, qu'une fois que la voie aura été intégralement dégagée.
Le plan était relativement simple. Terrence, Blaise, Scorpius, Kai et le Maître devaient initialement se débarrasser des gardes superflus sans se faire repérer, puis, se disperser pour couvrir plus de terrain. Voldemort partirait à la recherche de Grindelwald tout en suivant ses deux guides, tandis que les Zabini devraient envoyer un signal à leurs amis, afin de les prévenir de leur assaut. A partir de là, leur rôle serait simple. Faire diversion, se débarrasser des gardes de l'entrée, et infiltrer le hall avant que les fidèles ne se regroupent. Dans le meilleur des cas, et en espérant que tout se déroule comme prévu, ils arriveraient alors à tous pénétrer le Manoir sans trop faire d'esclandre, et devraient rejoindre Voldemort au plus vite. Le but était de se réunir le plus rapidement possible, afin qu'Hermione puisse enfin finaliser sa potion. Et qu'alors, leur destin s'accomplisse.
Oui... un plan simple en théorie que la mise en action allait probablement esquinter... Comme toujours.
Dans son soupir, Katherine sentit la main de Ron serrer la sienne avec ferveur. Sans rien dire, elle le regarda alors, à la fois touchée et apeurée. Car oui, elle, Katherine Jedusor, était morte de peur. Et ça, son oncle le voyait plus clairement que jamais dans le reflet de ses yeux éclairé par le petit matin.
- Ils vont réussir. Lui chuchota-t-il alors. Ne t'en fais pas.
- Ils sont rentrés il y a déjà une demi-heure.
- Ils prendront le temps qu'il leur faut.
- Ils vont s'en sortir. Appuya Hermione à son tour en les entendant
- Ils ont surtout intérêt... gronda Rosalie anxieuse en fixant l'ombre Noir du Manoir. Je n'ai pas retrouvé mes frères après presque un an de séparation, pour les perdre de nouveau le même jour !
- Personne ne perdra personne.
- Que doit être le signal déjà ? Demanda Harry, lui aussi inquiet par les minutes qui s'écoulaient.
- On ne sait pas. Quelque chose de discret selon Blaise.
Rosalie roula des yeux, dans un soupir impatient. Elle s'apprêta alors à marmonner de nouveau avant que sous leurs yeux, un homme se fasse brusquement défenestrer d'une des fenêtres du Manoir, et ne s'écrase dix mètres plus bas dans l'échos sourd de son corps mort. Pétrifiés, les sorciers le regardèrent, incertains, avant que des cris de sortilèges ne se mettent à résonner depuis les carreaux éventrés de la fenêtre. Aussi confus qu'ils étaient à cet instant, ils n'en comprirent pas moins que l'heure était venue.
- Si on survie, Blaise devra vraiment revoir son sens de la discrétion...
Tom et Ginny attendaient, cachés derrière plus de buissons qu'il n'en était nécessaire. Pourtant, aucun d'eux ne bougeait, le cœur battant, et le corps prostré dans l'attente interminable du lever du soleil. Son enfant endormi contre elle, la Weasley caressait sa tête d'une main aimante, entortillant ses fins cheveux sombre du bout de son ongle dans son souffle anxieux. Elle devait rester calme, sereine et réfléchie. Voilà ce que tous lui avaient dit avant de la laisser partir avec Jedusor. Et ils avaient raison. Aujourd'hui, il n'était pas question de commettre les mêmes erreurs que par le passé. Magnus était sa priorité. Et même si cela la tuait de laisser sa fille et son mari, faire partie des soldats en première ligne pour entrer du château de Grindelwald, elle ne devait pas intervenir. Elle en avait l'interdiction formelle.
La gorge serrée, elle jeta un coup d'œil à Tom. Sur le qui-vive, le jeune homme ne quittait pas l'entrée de la forteresse des yeux. Et rien ni personne, pas même les premiers rayons aveuglants du soleil, ne lui aurait fait détourner le regard. Sa baguette vrombissante dans ses mains, il sursautait au moindre bruissement, craquement ou chant d'oiseaux qu'il percevait. Et à le voir ainsi, Ginny ne pouvait que se sentir coupable. Malgré elle, il s'était retrouvé impliqué dans l'un des plus gros combats de son existence. L'un de ceux qu'on ne livre qu'une fois, si ce n'est jamais. Et tout ça, en partie pour la protéger. Aussi, sa culpabilité s'était mêlée d'un sentiment de gratitude si grand, qu'une vie toute entière n'aurait pas suffi pour le lui exprimer... Hésitante, elle se revit avec lui, la veille, sur la plage de la Chaumière au coquillage. Il avait eu l'air si vulnérable, si effrayé et bouleversé, qu'elle-même avait encore du mal à croire en ce qu'elle avait vu. Mais c'était vrai. Une part d'humanité résidait encore en lui. Et parmi toutes les promesses qu'elle s'était faite, il en était une qu'elle avait bien l'intention de tenir. Celle de toujours veiller à maintenir éveillée cette lueur de vie dans son âme si froide. Celle de toujours le garder humain, et ce, qu'il le voulait ou non.
Hésitante, elle voulut lui parler. Le remercier pour tout ce qu'il faisait pour elle, Magnus et leurs amis ; Mais à côté d'elle, elle le senti violemment frissonner. Sans comprendre, elle le vit se décomposer dans une expression d'incompréhension qui la pétrifia, et qui réduit son fragile calme intérieur, à une agitation réflexe et incontrôlable.
- Quoi ? Paniqua-t-elle brusquement.
- Ils entrent. Dit-il alors simplement sans la regarder.
- C'est... c'est une bonne chose alors ! Blaise leur a fait signe.
- S'il l'a fait et bien je ne l'ai pas vu. Il a dû leur envoyer un signal depuis l'autre côté du château.
Timidement, et la poitrine en feu, Ginny se risqua à jeter un coup d'œil. Vif et furtif, il lui suffit à apercevoir ses amis avancés à demi accroupis prêt de la porte d'entrée, leurs baguettes en avant, prêts à frapper quiconque leur barrerait la route. Drago, Ron et Harry les menaient, suivit des filles un peu plus en retrait. Mais tous n'avaient que le même objectif, et très vite, elle n'eut plus besoin de regarder. Les sortilèges, cris et bruits de corps étouffés, lui dépeignirent une image très nette du scénario qui se jouait dans son dos frissonnant.
- Les gardes sont nombreux. Commenta Tom à voix basse sans détourner le regard. Ce n'est pas bon signe.
- Ils... ils ont peut-être rapatrié quelques escadrons de plus. Souffla Ginny pétrifié dans sa terreur. Rien de bien dramatique.
- "Quelques" serait un faible mot...
- Je t'en prie, arrête de parler. Souffla-t-elle désespérée.
- Tu ne peux pas être gardée dans le déni. Grimaça-t-il.
- Tom, je lutte contre chaque parcelle de mon corps et de mon âme pour ne pas te confier Magnus, et rejoindre ma fille au combat. Alors s'il te plaît, ne me rend pas la tâche plus difficile.
Le jeune homme ne dit rien à sa réplique, mais se mordit la langue en se tournant vers elle. La jeune femme avait fermé les yeux, et se forçait à les garder clos, sa tête baissée, et son front contre celui de son fils. A la voir ainsi, il ne put que constater sa vérité. Elle luttait contre elle-même. Et priait les Dieux. Gêné, il se détourna et s'abstint alors de tout commentaire. Pourtant, il n'aurait pas manqué d'en faire. Les fidèles affluaient en masse, et même de loin, il pouvait clairement percevoir la difficulté de leurs amis à percer leurs lignes de défense externe. Un imprévu qui le fit grincer des dents, à chaque sort qu'il voyait Katherine éviter de justesse. A ce stade, il en était persuadé, quelque chose tournait mal.
- Ils... ils sont entrés ? Demanda alors Ginny faiblement au bout de quelques minutes, sans pouvoir rester dans l'ignorance.
Tom se retînt de lui partager ses peurs, et alors qu'il continuait d'observer leur équipe se battre, il se contenta de déclarer à mi-voix.
- Bientôt.
- Ils ne sont pas blessés ?
- Non. Ils se battent bien. Dit-il sans mentionner les grimaces douloureuses qui transparaissaient sur le visage d'Hermione.
Ginny acquiesça alors, consciente qu'il devait probablement enjoliver la situation, mais reconnaissante pour son simulacre d'optimisme. Le souffle court, elle se risqua alors à rouvrir les yeux, mais ne se retourna pas de nouveau, et préféra fixer l'aurore dans ses ultimes prières. Une. Puis deux. Et une troisième, qu'elle ne put achever, interrompue par l'exclamation surprise de Tom.
- Ils sont entrés !
Pétrifiée, elle fit volteface dans une apnée inconsciente, et ne put respirer qu'en réalisant qu'il ne s'agissait pas d'un joyaux mensonge pour la ménager. Alors qu'elle voyait l'entrée jonchée de corps, elle les regarda tous franchir les portes de l'édifice dans une course effrénée. Et même si elle savait que ce n'était que le début, elle ne put s'empêcher de considérer cette première avancée, comme une victoire. Son visage éveillé d'un sourire soulagé, elle vit Tom se tourner vers elle, pressé.
- Prépare Magnus. On ne va pas tarder à devoir courir.
- Cela me semble immensément dangereux et irresponsable. Même de votre part Monsieur Jedusor. S'éleva alors une voix dans leur dos.
Sursautant dans un réflexe effrayé, les deux sorciers se retournèrent dans une horreur plus flagrante que la lumière du jour. Ils connaissaient cette voix. Ils la connaissaient même trop bien. Sa baguette en avant, Tom réagit au quart de tour et sans hésiter, se précipita devant Ginny et son fils pour faire barrage de son propre corps. Devant eux, le plus grand allié du futur, et ennemi du passé. Le seul capable de les trouver en ces lieux. Dumbledore lui-même. Bien habillé, et l'air beaucoup trop calme, il ne réagit pas en voyant Tom le mettre en joug. A vrai dire, il esquiva même un sourire désolé et leva les mains en signe de paix. Un geste qui ne fait qu'attiser la flamme brûlante dans le regard du Jedusor et son envie foudroyante de faire voler son professeur dans un sortilège cinglant. Ginny quant à elle, ne put que le regarder bouche bée, dans une angoisse de plus en plus montante. Des questions affluèrent en elle, galvanisées par ses pires peurs. Ses bras resserrés autour de Magnus, elle se recula autant qu'elle put derrière Tom, parfaitement consciente des raisons de sa venue ici. Une venue qui tout aussi dangereuse qu'effrayante, risquait de compromettre tout leur plan.
- Allons allons… Tom. Je ne suis pas venue pour vous menacer.
- Votre simple présence est une menace ! S'exclama-t-il.
- Je reconnais que me voir ici doit être une surprise pour vous. Mais si je puis me permettre, vous trouver dans un endroit pareil en ait une pour moi aussi.
- Comment vous nous avez trouvé ?!
- Oh, le ministère à bien des ressources pour traquer les sorciers qu'ils considèrent comme suspect. Il en a même d'avantage quand ils sont scolarisés à Poudlard. Le directeur Dippet a voulu me faire croire que vous étiez rentré à Londres, mais je n'en ai pas cru un mot. Or, je dois dire que quand vous y avez transplaner il y a deux jours, vous m'avez facilité la tâche. Je n'ai plus qu'eut à vous suivre docilement, vous, et Mademoiselle Donovan. Déclara-t-il calmement.
- Ne vous approchez pas ! Siffla Tom enragé en le voyant lentement s'avancer.
- Vous savez, j'ai toujours su que vous étiez portez sur la Magie Noir Tom ; et que vous étiez intelligent. Mais de là à vous croire suffisamment puissant pour vous attaquer à Grindelwald, avec qui plus est, un enfant à votre charge... c'est incroyablement idiot, et même inconscient.
- Vous ne savez rien.
- J'en sais suffisamment. Tout comme je sais quel potentiel a cet enfant.
- Je vous interdit de parler de mon fils. S'emporta alors Ginny profondément haineuse.
- Mademoiselle...
- Non ! Tonna-t-elle durement en le réduisant au silence. Nous sommes venus à vous parce que nous pensions que vous étiez quelqu'un de confiance ! Mais au lieu de nous aider, vous nous avez trahit. Vous m'avez donné un artefact imprégné d'une magie maudite ! Elle a accéléré ma grossesse ! Elle a failli me tuer moi, et mon enfant !
- Je n'avais nullement l'intention de vous faire du tort...
- Oui, bien sûre ! Vous vouliez seulement me prendre mon bébé, l'élever, et exploiter son potentiel magique pour le laisser affronter Grindelwald à votre place !
Dumbledore ne trouva rien à répondre à la jeune femme. A vrai dire, il ne chercha pas même à démentir ses propos, et se contenta de baisser la tête, presque coupable. Pourtant, il ne se défit pas de son sourire de malice et de l'éclat de ses iris bleutée. Un éclat qui ne cessait de faire bouillir un peu plus, le sang des deux sorciers.
- J'ai conscience que ce plan est injuste à votre égard. Je le redis : je n'avais nullement l'intention de vous nuire. Mais des situations exceptionnelles, méritent des solutions exceptionnelles. Peut-être même cruelles, je le crains. Dit-il. Mais vous n'êtes pas obligé de voir les choses de la sorte. Je n'ai jamais voulu vous évincer ! Je souhaite seulement avoir une place auprès de cet enfant, afin de l'entraîner et le guider. Je lui ferais accomplir de grande chose Ginny... Il sera un héros ! Un sorcier plus puissant que moi, ou Grindelwald lui-même ! Il changera la face de ce monde !
- Pas pour vous. Cingla Tom. Pas au prix de sa vie.
Devant le dégoût profond des deux sorciers à son égard, Dumbledore déglutit. Désormais, il n'était plus question de convaincre qui que ce soit.
- Très bien... Soupira-t-il. Dans ce cas, je n'ai pas d'autres alternatives à vous offrir. Mais n'oubliez pas que je vous ai laissé le choix.
- De quoi ? De vous vendre mon enfant ?! Rit Ginny dépité.
- Vous n'êtes qu'un fou. Lança Tom dans un rictus malveillant.
- Si je ne m'abuse, ce n'est pas moi qui m'apprête à prendre d'assaut l'antre du plus Grand Mage Noir du Siècle.
- Quoi que vous comptiez faire, c'est inutile. Aucun de nous ne vous laissera emmener Magnus.
- Je m'en doutais. Mais par avance Ginny, sachez que je suis sincèrement désolé.
- Je suppose que moi aussi. Souffla-t-elle. Personne ne veut affronter une mère qui protège ses enfants.
Elle disait vrai. Mais à cet instant, il n'en eut que faire. Alors, malgré la haine de la jeune femme, il s'avança encore et s'arma, prêt à les affronter malgré la désolation de son regard. Or, il ne se doutait pas qu'à cet instant, l'un des rêves de Tom se réalisa enfin. Cela de pouvoir affronter Albus Dumbledore. L'homme qui lui avait offert le monde merveilleux dont il avait toujours rêvé étant enfant ; mais l'homme qui voulait aussi lui prendre le plus beau cadeau que la vie ne lui ferait jamais. Et ça, il ne le permettrait pas. Quitte à y laisser la dernière once de magie dans son corps. Aussi, c'est dans sa détermination et rage toujours plus grande, qu'il contra vivement l'un des sorts de son professeur. Le premier, d'une longue série qui allait suivre.
Coucouuu ! Voilà la suite !
Je vais être franche avec vous, je suis entrain d'écrire la fin de cette fiction et honnêtement, je ne peux retenir mon ENORME pincement au cœur. Il ne reste que quatre chapitres ! Alors j'espère que vous allez les apprécier :)
En tout cas, merci encore à vous tous, et n'hésitez pas à me donnez vos avis sur la fin imminente et vos pronostiques ;)
A très vite ! BIZZZEEEE
