Grindelwald et Voldemort ne se quittèrent pas du regard. Tous deux, l'un face à l'autre, se fixaient avec plus d'intensité qu'il n'y avait d'oxygène dans le salon. A tel point qu'on aurait pu sentir l'air vibrer autour d'eux, échauffé par l'énergie haineuse et maléfique qui se dégageait depuis les profondeurs de leurs entrailles. Leurs auras semblaient presque se confondre désormais, ne dégageant plus qu'une vague puissante et insubmersible qui ne présageait que de s'abattre sur le monde... Mêmes les rayons insolents du soleil du matin, parurent se retirer du séjour, presque intimidés par la confrontation qui allait se jouer aujourd'hui. Une confrontation unique, que le temps et le destin allaient bercer ensemble, dans le couffin de la mort elle-même. Oui... ces deux âmes se toisaient majestueusement, mais toujours plongée l'une dans l'autre ; comme si elles se contemplait dans leurs propres reflets.

Deux âmes si similaires, et pourtant si différentes à la fois. Celles des deux plus grands mages Noirs, qui marqueront l'Histoire par les litres de sang qu'ils feront couler. Mais des mages aussi indéniablement torturés, par des désirs insatiables de grandeurs, de pouvoirs et d'immortalité. Des mages et des âmes, que personnes ne pourraient jamais comprendre aussi bien qu'eux se comprenaient à cet instant. Oui... ils le savaient. Ils se reconnaissaient mutuellement. Ils étaient prêts à tout pour leur ultime gloire. Leur ultime victoire. Et cela, rien ne pourrait jamais le leur enlever.

Même en dehors du salon, Kai et Scorpius purent sentir que l'atmosphère avait changé dans le Manoir. Comme si l'imminence de leur combat transperçait les murs et la matière, leurs corps tremblaient dans leur peur grandissante, percutée de pleine fouet par les forces silencieuses qui s'affrontaient derrière les portes clauses du salon. A leur plus grand désespoir, les deux soldats avaient été sommés de se retirer ; un changement de plan inédit qu'ils avaient du mal à avaler, mais qu'aucun d'eux n'avaient été en mesure de contester. Et le pire, était que désormais, ce qui adviendrait ne serait plus de leur ressort. Une épreuve pour eux aussi. Silencieusement, ils regardèrent la barrière magique installée par leur Maître, d'avantage amers et anxieux à mesure que le temps passait. Le Maître était seul à présent. Et cette perspective, les terrifiaient tout autant que la possibilité qu'il puisse échouer. Une possibilité qui ne quittait pas leurs esprits, incapables de rester optimistes à cette heure trop sombre.

- Il est encore temps de renoncer. Déclara Grindelwald un air de pitié collé sur le visage.

- Je m'apprêtais à vous dire la même chose. Sourit Voldemort en dévoilant ses dents carnassières.

- Bien. Cela n'en sera que plus amusant dans ce cas.

Ils se regardèrent alors une dernière fois, une étincelle similaire dans le fond de leurs yeux, avant de subitement lever leurs baguettes et se saluer. Un geste symbolique, qui, ils se savaient, venait de sceller leurs destins. Puis, ils se détournèrent. Dos à dos, ils s'avancèrent de part en part du salon, prêt à laisser la providence décider de leurs sorts. Une fois à bonne distance, ils se refirent face ; mais aucun d'eux n'attendit plus longtemps.

Mais comme dans un souvenir inconscient, et dans un flash-back ironique, Voldemort se revit à Poudlard face à Harry, dans son affrontement final. La sensation qui l'avait parcouru à cet instant s'était ancrée en lui, dans un frisson qu'il ne pouvait oublier. Et quand il vit Grindelwald lever la Baguette de Sureau contre lui, une baguette que lui-même avait lever contre le Survivant, il ne put que sourire. Pour la première fois de sa vie, il se tenait de l'autre côté. Il put alors, presque percevoir ce qu'Harry avait ressenti en le combattant ce jour-là. Et il devait le reconnaître, c'était étrange. Lui, le Grand Voldemort, vivait un parallèle unique. Et il ne put que l'apprécier davantage en voyant le Mage invoquer son tout premier sortilège. Car il avait cet avantage certain : celui de savoir comment la baguette réagissait. A vrai dire, peut-être la connaissait-il mieux que Grindelwald lui-même ? Et si tel était bien le cas, il n'allait pas se gêner pour l'utiliser à son avantage.
Alors qu'il contrait fébrilement son attaque, Voldemort put sentir la force de sa magie se répercuter contre son bouclier. Une magie violente, unique et incontestablement puissante. Mais cet apparat l'avait leurré par le passé, et avait failli causer sa perte. Aussi il ne doutait pas qu'il leurrerait Grindelwald à son tour en ce jour. Ce dernier, ne put cacher sa surprise en voyant son adversaire ne pas s'écraser dès sa première offensive. Une réaction si spontanée, qu'elle ravit Voldemort dans un sourire fière. Oui... il ne s'attendait certainement pas à trouver un rival, autre que Dumbledore, dans ce monde. Mais ce n'était que le début.

Sans attendre une autre réplique, il s'élança à son tour, usant de toutes ses connaissances magiques contre lui. D'abord décontenancé, Grindelwald ne fit que le contrer, une fierté implacable sur le visage. Mais elle s'usa bien vite, et en quelques secondes une ride énervée cisailla brusquement son front en deux, révélant sa colère montante et son orgueil souillé. Dans un cri de frustration, il se déchaîna, faisant valser les meubles autour d'eux dans une onde magique si grande, que Voldemort faillit bien s'en faire emporter. Mais il ne se laissa pas intimider. Il contre-attaqua alors tout aussi violemment, et très vite, on vit les vitres exploser sous les puissances magiques contraires qui se percutèrent. Les murs se noircirent sous les souffles des feux, le carrelage immaculé se raya sous les éclats de verre volant, le reste du mobilier parti en poussière et très vite l'infrastructure même du Manoir se mit à trembler sous l'assaut de leurs sorts.

Un écho à la puissance redoutable que Scorpius et Kai ne purent manquer, au-delà des portes vrombissantes qui les séparaient du combat.

- Il faut faire quelque chose ! Paniqua Scorpius en ne supportant plus de tourner en rond. On... on ne pas le laisser l'affronter seul.

- Je suis d'accord. Mais je doute qu'ils soient du même avis...

- Mais il va se faire tuer !

- Toque à la porte pour lui dire. Je suis sûr que ça va beaucoup l'aider. Railla Kai les dents serrées.

Scorpius fulmina contre son cousin, mais se décomposa tout aussi subitement en voyant les portes de l'Aile Nord s'ouvrir sous ses yeux, sur les visages de leurs amis. A cet instant, il crut bien qu'ils n'auraient pas pu arriver à un pire moment. Décontenancés devant leur arrivée soudaine, Kai et Scorpius virent leur mère se précipiter vers eux, soulagée de les voir en vie, tandis que dans l'arène derrière eux, seule la mort était reine. Aussi, cette réunion de famille sembla tout aussi cocasse, et que malvenue. Décidément, leur plan ne pouvait pas plus mal tourner.

- Qu'est-ce que vous faîte là ?! S'horrifia Drago. Les ordres étaient que...

- Dumbledore est là. Les ordres ont changé.

- Quoi ?!

- Où est le Maître ? S'empressa alors Ginny livide.

Les deux sorciers se regardèrent, profondément mal à l'aise, mais ils n'eurent pas à répondre, le son retentissant d'une explosion parlant suffisamment pour eux. Surpris, les sorciers virent un lustre en cristal trembler au-dessus de leurs têtes, tandis que d'autres éclats de sorts se mirent à frapper les barrières magiques du séjour. Malgré la peur effarante qui se lue sur leurs visages, aucune d'eux ne put imaginer le chaos qui se jouait à quelques mètres d'eux. Du moins, aucun d'eux, sauf Tom et Ginny. Avant même qu'ils n'eurent le temps d'ouvrir la bouche, leurs cœurs s'alourdirent, et percutèrent leur entrailles, elles-mêmes violemment retournées par une nausée dévorante. C'était la mort et la puissance. A l'état brut. Plus qu'ils ne l'auraient jamais imaginé possible, et plus qu'ils ne pouvaient en supporter. Pris d'une fièvre foudroyante qui rosie leurs joues, ils perçurent des émotions et sensations si fortes, si lourdes et effrayantes, que les deux jeunes gens se regardèrent instinctivement. Au fond d'eux, ils pouvaient le sentir. Ce n'était pas qu'une impression, ou une conséquence arbitraire de leurs liens. Non. C'était plus que ça. Comme s'ils se trouvaient là-bas, avec lui, de l'autre côté de ce mur. Comme s'ils pouvaient sentir la chaleur des explosions, les coupures des sorts, et les sueurs de leur Maître. Comme si leurs trois cœurs ne battaient plus qu'à l'unisson. Aussi, ils ne leurs fallut pas longtemps avant de comprendre ce qu'il se passait. Avant de comprendre ce qu'ils étaient en train de partager avec Voldemort lui-même.

Le souffle coupé, et profondément horrifiée, Ginny se tourna vers la porte qui la séparait de son mari, plus pâle qu'elle ne l'avait jamais été.

- Non... non !

- Gin...

- Ne me dites pas que...

- Il a pris sa décision. Trancha Kai, amer.

- Il est seul contre lui ?! Contre Grindelwald ! S'exclama Tom.

- Quoi ?! S'écria Hermione.

- Il ne nous a pas laissé le choix ! Se défendit Scorpius.

- Non, non ! On doit le sortir de là ! Paniqua Katherine. Maintenant !

- On ne peut rien faire d'ici ! Le salon est protégé, personne ne peut passer. Ils y ont tous les deux veillés...

- Dans ce cas on doit trouver une autre issue.

- On n'a pas le temps d'en trouver une autre !

- Tom a raison. Soupira Terrence dépité. Les troupes se rassemblent déjà sous nos pieds. Sans parler de Dumbledore et du Ministère qui ne vont pas tarder à rappliquer. On doit entrer, maintenant ! Ou au moins trouver un moyen de lui donner l'avantage avant qu'il ne soit trop tard !

- Il n'y a aucun moyen...

Scorpius avait tort. Il en existait bien un ; et il vînt percuter Ginny si violemment, qu'elle s'exclama devant eux dans un cri presque hystérique.

- Si ! Si ! Il y en a un !

Elle rencontra leurs regards tout aussi abasourdis qu'incrédules, mais n'y prêta pas la moindre attention. Ils avaient tort ! Et c'est tout ce sur quoi elle arriva à se concentrer.

- On peut le rendre plus fort ! C'est... c'est notre lien, notre connexion qui peut le sauver ! Il l'a fait avec moi ! Il l'a fait quand j'étais en train d'accoucher !

- Qu.. quoi ?! Ginny c'était différent !

- Non ! On peut le faire aussi ! Tom, Katherine et moi !

Les intéressés la regardèrent sans comprendre. Pourtant, rien n'avait jamais paru aussi limpide pour la Weasley.

- Je faiblissais ! J'étais sur le point de perdre connaissance, mais il m'en a empêché. Il a... il a pénétré mon esprit et mon corps, il n'a fait qu'un avec moi. Pendant un instant, j'ai cru que j'étais seulement entrain de divaguer mais c'était réel ! Je sentais sa force en moi ! Son pouvoir, sa foi, sa peur, son amour... absolument tout ! Il a utilisé notre lien pour ça, et il m'a sauvé ! Dit-elle avec conviction. On peut le faire nous aussi.

- Il était avec toi à ce moment-là. Mais comment le faire quand des murs magiques vous séparent ?!

- Cela va au-delà des murs. Souffla Tom dans son illumination. Même... même à cet instant, on peut le sentir. Notre lien ne se base que sur nous, et pas sur le reste du monde.

- Oui, mais je n'ai pas ce lien. Fit remarquer Katherine.

- Tu es notre fille ! Dit Ginny en se tournant vers elle. Bien sûr que tu l'as. Il... il est juste différent. Mais ça peut marcher.

- Vous êtes sûr ? Demanda Harry inquiet.

- On n'a pas d'autre choix. Il faut que ça marche !

Ils se concertèrent tous du regard, apeurés mais pas seulement. Dans les fins fond de leurs iris résidait désormais un espoir commun, galvanisé d'avantage par les paroles de leurs amis. Ils avaient raison. Il fallait que cela marche.

- Bien. Tonna Ron. Dans ce cas ne perdons pas de temps ! Harry, Terrence, Blaise et moi allons retarder les fidèles qui essaient de monter. Drago, Rosalie, vous garderez la porte depuis l'extérieur. Kai et Scorpius, vous assurerez leur sécurité pendant qu'ils se lieront à Voldemort. Quant à toi Hermione, finalise ta potion. Aussitôt que les barrières du Salon tomberont, il faudra faire vite. On ne sait pas encore où est Dumbledore, alors récupérez la baguette et invoquez l'Esprit dès que vous le pourrez !

- Mais, et vous ?

- Si tout marche comme prévu, il n'y aura pas d'inquiétude à avoir.

- Il a raison. Dit Drago convaincu en les regardant un par un, dans la gravité de son tond. On se retrouvera malgré tout. Comme toujours.

- Cette fois, dans un monde meilleur. Appuya Harry.

Face à eux et dans leurs derniers instants, Ginny réalisa qu'il s'agissait de la dernière fois qu'ils seraient tous réunis. La dernière fois, qu'ils se battraient côte à côte dans cette tragique destinée. Ensemble. Car après tant d'efforts pour se retrouver, ils devaient se séparer de nouveau. Cette fois, dans leur ultime bataille. Sans perdre une seconde de plus, et dans le tremblement de ses sanglots montants, la Dark Lady enlaça son frère, Harry, Blaise et Terrence. Hermione embrassa sa fille, des larmes silencieuses coulant sur leurs joues respectives, avant que Scorpius et Kai ne les rejoignent. La vie ne leur avait pas fait beaucoup de cadeaux au cours de leur périple. Mais un seul avait suffit à les combler pour le reste de leur existence. Leur famille.

Ému, on vit Drago prendre Hermione dans ses bras à son tour, et lui embrasser le front avec force et résilience. La quitter lui coûtait toutes ses forces, mais il n'avait pas le choix. Leur histoire n'était peut-être pas un chemin de roses, mais il s'accorda à croire que leur prochaine, pourrait peut-être l'être. Comme l'avait si bien dit Harry : dans un monde meilleur. A contre cœur, il se détacha, lui accordant un dernier regard avant de tonner parmi eux, dans l'éclat de sa voix tremblante.

- Réussissez.

- Promis. Souffla Ginny.

Il acquiesça, reconnaissant. Puis se détourna, et revêtit son impassibilité guerrière.

- Rose, avec moi. Vous quatre, vous partez devant. Dit-il aux garçons.

Ils s'accordèrent un dernier regard mais partirent rapidement. Ils refusaient de se dire adieu. Pour la simple et bonne raison que ce n'en était pas un. Et ça, ils en étaient tous certains. Car après tout ce qu'ils avaient enduré, ils étaient persuadés que l'esprit du temps avait d'autres plans pour eux, que celui d'une mort sur les marches de l'escalier les menant à leur victoire.


- Comment on fait ça ? Demanda Katherine qui nageait dans en terrain inconnu, en regardant ses parents.

- Asseyez-vous ! Déclara brusquement Hermione en fouillant dans son sac avant d'en sortir un flacon étrange.

- Qu'est-ce que c'est ?

- Un sable puissant. Je vais dessiner un cercle tout autour de vous. Il occultera les mauvaises ondes et vous plongera dans un état de conscience supérieure. On l'utilise pour les séances d'hypnoses magiques. Avec un peu de chance, il vous permettra de vous focaliser sur votre lien avec Voldemort.

Les sorciers la regardèrent quelque peu dubitatifs, mais ne dirent mot devant elle. Sans perdre un instant, Ginny confia son fils à Scorpius, et fut la première à s'asseoir par terre, avant que Tom et sa fille ne la rejoignent ; leurs mains désormais jointes.

- Ok... souffla la Granger en commençant son œuvre. Surtout ne rompez pas le cercle avant d'avoir atteint le Maître. Sous aucun prétexte !

- Combien de temps on a selon vous ?

- Avant qu'une horde de fidèles ne défonce cette porte ? Pas longtemps... grinça Kai.

- Il faudra faire avec. Dit la rousse. Vous êtes prêts ?

Tom et Katherine, déglutirent, profondément inquiets et incertains. Mais la fureur des explosions qu'ils entendaient croître depuis le salon, finit de leur ôter tout doute. Alors qu'Hermione complétait leur cercle, la jeune femme se recula. Désormais, tout ne reposait plus que sur eux. Se saisissant de sa baguette, elle en toucha le sable de son bout, et dans un scintillement étonnement puissant, ce dernier s'embrasa. Très vite, un dôme transparent se forma au-dessus des trois sorciers, et un silence complet se fit tout autour d'eux. Ils ne sentirent plus les murs trembler, ni le brouhaha naissant des troupes qui se réunissaient au rez-de-chaussée. Ils ne parvinrent même presque plus à voir leur proches, devenus trouble à travers l'opaque force magique qui les entouraient. Aussi, ils se sentirent coupés du monde. Seuls perduraient, les battements entêtant de leurs cœurs, et les souffles irréguliers de leurs respirations tremblantes.

- Dîtes moi ce que je dois faire. Bredouilla Katherine, plus nerveuse que jamais.

- Ferme les yeux. Intima doucement Ginny. Et concentre-toi sur ton père.

- Ce lien est profond. Et fort. Compléta Tom. Tu le sentiras en toi.

Elle espérait qu'ils disaient vrai. Elle espérait que là encore, leur tentative ne serait pas veine, ni ne se solderait par un sombre échec. Tout en prenant une grande inspiration, Katherine s'exécuta alors. De toute son âme, elle ne pensa alors qu'à son père. A cet homme qui l'avait aimé, encouragé, et protégé toute sa vie durant. Au symbole qu'il représentait. Aux exploits qu'il avait réalisés. A son parcours semé d'embûches, et aux épreuves qu'il avait endurées avant de ne plus être le monstre que tout le monde voyait en lui ; pour devenir un bon père. Très vite, elle se perdit elle-même dans ses pensées. Ses souvenirs se confondirent, et son cœur s'emballa, galvanisé par ses mains devenant de plus en plus chaudes à mesure que les secondes s'égrainaient dans la moiteur de leur cocon. D'abord de manière presque insignifiante, elle sentie sa poitrine s'alourdir, avant que très vite, elle n'eut l'impression que sa cage thoracique ne s'affaisse sur elle-même. Une fièvre lui monta au front, son être tout entier fut pris de frisson, son estomac se noua dans une nausée douloureuse et avant même qu'elle ne se rende compte, elle se senti brusquement projeter ailleurs. Au-delà des barrières de son corps et de son propre esprit, elle se senti s'évader, seulement guider par la présence de ses parents, ses seules ancres qui la rattachait au monde à ces instant. Si cette expérience était une entière nouveauté pour Katherine, Tom et Ginny ne purent nier la familiarité qu'ils y ressentir. Ils avaient tellement combattu ce lien qui les unissaient, que chercher à s'y plonger leur parut seulement délivrant. C'était comme se dénouer la taille, d'une corde qui les avaient étouffés depuis des mois. Enfin, ils pouvaient respirer librement. Très vite, ils s'élevèrent au-delà de leur conscience à leur tour. Désormais tout projetés dans chacun, ils sentirent leurs cœurs battre à l'unisson, leur mémoire se lier, et leurs âmes s'accorder en une seule. Mais malgré cela, elle était incomplète. Il manquait quelqu'un. Et très vite, cette absence leur parût tout aussi flagrante qu'insupportable. A tel point, qu'en moins de quelques instants, ils se sentirent plonger un peu plus loin, en recherche de cette âme manquante. Ils perçurent de la résistance, de la confusion et de la peur, mais rien n'aurait su les refréner dans leur quête. Ils ne surent pas contre qui, ni quoi ils luttèrent ; mais très vite, cet étrange combat prit fin. Et comme une fin d'apnée ayant embrasé leurs poumons, ils le trouvèrent enfin. Lui.

Avant même que Voldemort ne réalise ce qui lui arrivait, leur lien se noua au sien, lui coupant le souffle dans sa stupéfaction. Hagard, il regarda tout autour de lui avant de s'effondrer à genoux, par certain de comprendre l'ampleur de ce qui lui arrivait. Le Salon était presque intégralement détruit, et les Baguettes des mages, tremblaient de par la force de leurs sorts lancés. Essoufflé, en sueur, et égratigné, Grindelwald contempla son adversaire avec satisfaction. Il pensait en venir enfin à bout. Il pensait enfin pouvoir en finir avec cet insolent à la magie beaucoup trop puissante à son goût. Mais il n'aurait pas pu plus se tromper. Toujours au sol dans des spasmes incontrôlés, Voldemort vit les visages de sa femme, sa fille et son double défiler sous ses yeux. Il senti leur présence, leur force, leur foi et tout ce qui les constituaient. Le meilleur, comme le pire. Il se revit à travers Ginny, lors de sa tentative de réincarnation dans la chambre des secrets ; il senti sa satisfaction et sa joie enfantine à ses premières heures les plus sombre. Puis, il vit le visage de son oncle et de son père, les premières victimes de sa jeunesse et perçut l'allégresse qu'il avait éprouvé. Enfin, il assista aux massacres de sa fille, et put presque humer l'odeur de la mort que dégageait son pouvoir. Trois événements marquants, qui avaient changé les destins de tous ceux qu'ils aimaient. Des destins désormais liés. Désormais un. Et c'est là qu'il comprit.

Ce qu'il vivait n'était pas différent de ce qu'il avait éprouvé lors de l'accouchement de Ginny. C'était juste plus fort. Dans un sourire naissant, il senti chacune parcelle de son corps frémir de magie. Mais ce n'était pas la sienne. Non. C'était la leur. Dans un halètement grisant, il senti la mort, la rage, et la puissance l'envahir, galvanisées par les battements de son cœur, à l'unisson avec ceux qui se trouvaient de l'autre côté des murs. Il ne battrait plus seul désormais. Et ce simple fait, lui donna l'impression d'être invincible. Les tempes de son front plus saillantes que jamais, il se releva dans un grondement sourd face à Grindelwald. Ce dernier resta quelque peu pantois devant la force qu'il vit en lui. Ses pupilles s'étaient embrasées, et son aura ne ressemblait plus qu'à une vague plus oppressante que jamais.

- Pas décidé à mourir, hein ? Lança le Mage en le regardant le défier de nouveau.

- Pas aujourd'hui.

Grindelwald grimaça, et s'apprêta à lever sa baguette mais il n'en eut pas le temps. Gonflé à bloc, et regorgeant de magies plus fortes les unes que les autres, Voldemort les relâcha toutes en même temps dans un cri à faire trembler les morts. Comme un coup de tonnerre, une véritable déflagration retentie dans un éclat de lumière aveuglant. Un geste si fort, et si brutal, que les barrières magiques qui entouraient le salon volèrent en éclat comme du simple verre. L'onde de choc percuta chaque sorcier du Manoir de plein fouet, à tel point que la connexion même de Ginny, Tom et Katherine, se rompit tout aussi brutalement.

Ébranlés, les sorciers se sentir retomber lourdement dans leurs corps, et se redressèrent tout aussi abasourdis que pétrifiés. Scorpius, Kai et Hermione les fixaient sans comprendre, en demande de réponses et de bonnes nouvelles. Mais eux-mêmes étaient incapable de comprendre ce qu'il venait d'arriver. Prise de frayeur, Ginny se releva dans un sursaut incontrôlable et se précipita vers les portes désormais accessibles. Suivit de ses amis, elle s'engouffra dans ce qui ne ressemblait plus qu'à un champ de ruine. Et encore ce mot était faible. Un véritable cataclysme s'était abattu, ne laissant que désolation sur son passage. Le Salon, était littéralement éventré. Des bouts de murs avaient était arraché par l'onde de choc, donnant une vue plongeante sur le paysage de dehors. Le sol était parsemé de débris et de meubles brûlés, tandis qu'un étrange silence avait pris possession des lieux dans les volutes montantes de fumée noirâtre.

- Par Merlin... Souffla Kai déboussolé.

Intimidé par un tel tableau, ils s'avancèrent lentement, presque craintivement dans la pièce ravagée. Il ne restait plus rien. Du moins, c'est ce qu'ils redoutaient. Mais ils avaient tort. Car leur maître, lui, était là. Seul, immobile, et debout au milieu de ce carnage, il leur tournait le dos, la tête baissée vers le sol.

- Maître ? Appela Ginny dans un souffle.

Il sursauta au son de sa voix, et leur fit face dans une expression indéchiffrable. Le visage couvert de sueur et de poussière, le regard brillant de mille éclats, il déglutit silencieusement devant eux. Et c'est là, qu'ils le virent. Un corps reposait à ses pieds. Mais pas seulement. Une baguette trônait dans sa main. La Baguette qu'ils attendaient tous.

- Ça a marché ? Demanda alors Katherine.

Voldemort regarda sa fille, et enfin, ils purent lire les prémices d'un soulagement sur ses traits tirés. Cela suffit à leur répondre. Oui. Ça avait marché. Mais ce n'était qu'une mince victoire, comparé à ce qui les attendaient encore. Pressé, Voldemort se retourna vers Hermione, qui n'avait toujours pas réussi à décrocher son regard du corps inconscient de Grindelwald. Une ombre de dévastation couvrait les traits de la Granger. Une ombre qu'il vit, comprit et partagea, mais sur laquelle il ne put s'attarder malgré le regard entendu et désolé qu'il lui lança.

- Tu as la potion ? Tonna-t-il d'une voix enrouée.

Elle le fixa à son tour, la respiration haletante et les yeux rougis d'incrédulités. Était-elle vraiment la seule à comprendre ce qu'il venait de se produire ? Était-elle la seule à voir ce que cela signifiait ? Elle hésita entre parler ou hurler, mais préféra tout bonnement s'abstenir. Elle pouvait le sentir. Même sans le moindre mot, son maître n'avait besoin que d'un regard pour lui intimer de se taire. Et bien que cela lui brûla la langue, elle obéit.

- Ou.. oui. Oui, je l'ai.

- Bien. Mettez-vous en position. On doit faire vite.

Hermione le regarda saisir l'urne gravée dans laquelle reposait leur salut, et déglutit malgré elle. Elle espérait se tromper. Elle espérait que rien de ce à quoi elle pensait n'était réel. Et pourtant... elle n'arrivait pas à se voiler la face. Pas plus que Voldemort, qui ne put s'empêcher de se retourner vers le corps de Grindelwald, presque endeuillé. Mais contrairement à ce que tous crurent, il n'avait aucun regret pour le Mage. Non. Il en avait pour lui-même...


- Bien. On a qu'une seule chance. Un seul essai pour invoquer L'esprit du Temps. Déclara Voldemort en regardant chacun des membres de leurs équipes.

- Qu'est-ce qu'on doit faire ? Demanda Scorpius.

- Boire. Une fois la potion ingérée, je réciterais l'incantation d'invocation et donnerais l'âme de Grindelwald en offrande. C'est là que tout va se jouer.

- C'est-à-dire ?

- Une fois le rituel accompli, l'Esprit sera obligé de se présenter à nous, mais rien ne l'empêchera de nous tuer sur le champ. Dit-il sévèrement. C'est là que la baguette de Sureaux entre en jeu. Ayant été fabriquée par la Mort elle-même, elle est notre seule arme de protection contre elle. Dès lors qu'elle l'aura compris, les négociations seront ouvertes.

- Et elle acceptera de nous ramener chez nous ? Demanda Kai incertain.

- Avec un peu de chance, oui.

- On n'a jamais de chance. Cingla le Lestrange.

- Et bien dans ce cas, j'espère que le climat des années 50 vous plaît, car on y restera plus longtemps que prévu.

Les sorciers déglutirent, le regard bas. Ils n'avaient pas le droit à l'erreur. Sans plus de parole, Voldemort inspira profondément devant la potion, et après de longues secondes de prières, en but la première gorgée. Une grimace collée sur le visage, il avala malgré l'infâme texture qui se répandit dans sa gorge, et la fit passer à Ginny. Aussi, en moins d'une minute, tous burent sauf Tom, qui les vit se retenir de vomir leurs tripes pour la plupart.

- C'est aussi dégoûtant que ça en a l'air ? Demanda-t-il presque amusé.

- Plus encore... souffla Kai nauséeux, une main sur la bouche.

- Bien... reprit le Mage. Donnez-vous tous la main dans un cercle. Je me tiendrais au centre pour l'incantation.

A ces mots, Hermione pâlit brusquement, restant stoïques devant tous. Ses pires craintes venaient tout juste de prendre vie sous ses yeux. Elle aurait probablement dû le voir venir plus tôt. Le comprendre avant même qu'ils n'attaquent le Manoir. Mais désormais il était trop tard. Et ils étaient devant le fait accompli. Une bonne élève et fidèle, aurait probablement gardée ça pour elle. Mais Hermione en était, à cet instant, purement incapable.

- Non. Tonna dans un réflexe effrayé.

Ses amis la regardèrent sans comprendre sa réaction, ni même son geste de recul devant la main tendue de Ginny. Voldemort, lui, se contenta de la fixer, avec autant d'intensité que de désolation.

- Hermione...

- Non... non... Maître, vous ne pouvez pas faire ça ! Paniqua-t-elle d'avantage.

- Il le faut ! Souffla-t-il, contraint de lui répondre.

- Faire quoi ? Demanda Kai.

- Rien d'important.

- Ne leur mentez pas ! S'exclama-t-elle. J'avais des doutes, mais maintenant j'en suis sûr... vous n'aviez pas l'intention de sacrifier l'âme de Gridenwald. Vous ne l'avez jamais eu !

- Quoi ?! S'horrifia Ginny déconfite devant une telle révélation.

Le mage soupira, et dans sa fatigue, fut incapable de démentir les propos de son élève face à tous les regards outrés qui se tournèrent vers lui. Aussi, à cet instant, il n'eut jamais autant souhaité, qu'Hermione soit aussi simple d'esprit que le commun des mortels. Cela aurait été bien plus simple.

- Qu'est-ce que ça veut dire ? Demanda Katherine.

- Ce n'est pas important.

- Arrêtez ! Reprit la Granger effarée. J'ai étudié cette partie du rituel. Et je sais pertinemment, que la personne devant se trouver au centre du cercle, est celle dont l'âme doit être sacrifiée. C'est pour cette raison que vous n'avez pas chercher à épargnez Grindelwald. Vous saviez que ce serait vous depuis le début...

- Je suis déjà condamné ! S'exclama-t-il enfin désespéré. Quand... quand tout sera fini, l'Esprit me rappellera à elle. C'était notre marché depuis le début. L'unique condition à mon retour parmi vous.

- Non... souffla sous Katherine. Non, c'est... c'est hors de question.

- Ce n'est pas comme si nous avions le choix !

- Mais nous l'avions ! S'écria Ginny dans un hurlement désespéré. Grindelwald était notre choix ! On aurait négocié ton retour avec L'esprit ! On aurait trouvé un moyen ! Mais tu n'avais pas à prendre cette décision seul !

Voldemort regarda sa femme, qu'il vit désespéré dans des hoquets de stupeur et de colère. Il comprenait sa réaction. Mais savait aussi que chaque victoire incombait un sacrifice. Or, il refusait de le faire payer à qui que ce soit, autre que lui-même. Il avait signé pour ça. Lui seul.

- Ginerva... je suis désolé, mais...

Une explosion redoutable lui coupa la parole, expédiant tous les sorciers au sol dans leurs cris mutuels de stupeur. Ébranlés, les poumons en feu et la vue trouble, ils ne réussirent qu'à percevoir le bruissement d'une robe, ainsi que les pas calme et mesurés de leur assaillant. Pourtant, quand ce dernier parla, leur sang se glaça avec autant de haine que d'effroi.

- Moi qui pensait qu'un seul Tom Jedusor suffisait à ce monde.

On vit Voldemort exulter d'une rage nouvelle. S'il avait cru Grindelwald difficile à tuer, il ne doutait pas que ce nouvel adversaire, le serait tout autant.

- Dumbledore...


Ça y est... Ça y est ! CA Y EST ! L'avant dernier chapitre de ma fiction est désormais fini. Et la prochaine étape, arrive. Malheureusement, elle sera la dernière. Alors je ne vous fais pas attendre plus longtemps. La fin de toute notre aventure est là. Alors, savourez-la, autant que j'ai savouré vous l'écrire.