- Vous ! S'écria Ginny horrifiée.

Dumbledore sourit devant elle, sa robe bruissant doucement entre ses jambes. A vrai dire, il ne s'était pas attendu à un accueil différent de leur part. Il était même compréhensible compte-tenu des circonstances. Aussi, il la regarda avec compassion, où l'on put presque lire de la tristesse. Il n'avait jamais voulu en arriver jusque-là. Mais face à ce regard où elle ne percevait que de la convoitise mal placée, la rousse ne put s'empêcher de resserrer d'avantage son fils dans ses bras.

- Je vous l'ai dit, je ne reculerais devant rien...

- Grindelwald est mort ! Grinça alors Hermione dans une toux. Vous n'avez plus besoin de Magnus.

Le Professeur soupira face cette vérité. Gravement, il n'avait pas manqué de remarquer le corps inanimé du Mage Noir qui gisait un peu plus loin entre les gravats. Un corps qu'il avait aimé, soutenu, combattu et haïs en une seule vie... Un corps qu'il n'aurait jamais cru voir raide et froid un jour. C'était un rêve et un cauchemar qui se réalisait sous ses yeux. Et elle avait raison. Grindelwald était mort et sa menace aussi. Mais bien qu'il ne sût pas encore comment réagir à cette nouvelle, il ne pouvait ignorer la peur qui battait encore dans son cœur. Celle d'être dépassée de nouveau, comme il l'avait été ces derniers mois. Celle de perdre le contrôle et de se faire battre honteusement sur son propre terrain. Or, il avait un remède à cette peur. Le seul capable de lui assurer une paix éternelle, jusqu'à ce qu'un nouveau mage destructeur ne veuille renverser le monde. Le seul capable de le sauver de sa tourmente.

- J'en ai conscience. Mais vous comprendrez qu'un potentiel comme celui de cet enfant, ne peut-être gaspillé. Le monde a besoin de lui.

- Vous avez besoin de lui ! Rectifia Ginny haineuse.

- C'est vrai... confessa-t-il à mi-voix. Mais cela ne change rien.

- Vous êtes malade !

- Oui... mais vous aussi. Vous auriez dû me tuer quand vous en aviez l'occasion Miss.

- Soyez sûr qu'on ne refera pas cette erreur ! S'enflamma Tom.

A cet instant, les trois Jedusor s'embrasèrent en même temps, révélant la haine de leur sang à l'encontre de cet homme qui voulait tout leur prendre. Sans hésiter, on les vit se relever avant tout le monde et assaillir le Sorcier dans des hurlements de possédés. Voldemort et Tom, en particuliers, ne souhaitaient plus qu'une seule chose. Que Dumbledore paie de son sang et de sa vie, les affronts qu'il leur avaient porté à eux, et leur famille ; et qu'il regrette chaque moment de son existence jusqu'à sa venue au monde, pour avoir osé vouloir s'en prendre à Magnus. Oui, en plus de leur honneur, c'était leur héritier à tous qu'ils défendaient à cette heure. Et rien n'aurait su les arrêter. Comme si le Salon n'avait pas assez souffert, il subit les impacts répétés de sorts toujours plus puissants, mais ce combat différait largement de celui avec Grindelwald. Lors de ce dernier, il y avait eu un respect mutuel des forces des deux adversaires, une conscience commune de leur puissance... mais là, il n'y avait qu'une rage sans nom et désir de vengeance brûlant. Les maléfices étaient agressifs, vicieux, et mortels pour la plupart, car aucun des Jedusors ne souhaitaient accorder à Dumbledore un combat à la loyale. Il ne le méritait pas. Il ne méritait rien d'eux.

Quelque peu pris de court par le nombre de baguette qui se retournèrent contre lui, le Mage apparut clairement en difficulté, notamment par la Baguette de Sureaux qu'il fixa avec autant de stupeur que d'angoisse. Lui qui l'avait cherché toute sa vie, et craint dans la main de son pire ennemi, voyait de nouveau sa plus grande convoitise être retournée contre lui. Une réalisation qui le déstabilisa au point qu'il ne réussit pas à répliquer dans l'immédiat, mais à simplement maintenir un bouclier. Pourtant, malgré leur victoire quasi-assurée contre lui, les sorciers ne purent empêcher une sueur froide de les parcourir. Ils perdaient du temps. Et pour cause, la potion n'agissait que pour une durée limitée. S'ils n'en finissaient pas rapidement, c'est toute leur opération qui s'effondrerait sur eux.

Devant leur affrontement, Hermione s'était relevée en grimaçant, le souffle court et irrégulier. Bien entendu, un seul regard sur sa poitrine lui fit comprendre sa douleur. Sa blessure s'était rouverte de nouveau. Désorientée et une main appuyée sur son saignement de plus en plus étendu, elle regarda tout autour d'elle avant de voir Ginny accroupie auprès de ses fils. Une peur mêlée d'adrénaline la saisit, et elle se précipita vers eux, avant de réaliser qu'ils n'étaient qu'assommés, et pas blessés.

- Il faut les réveiller ! Il faut compléter le rituel ! Paniqua la Rousse.

- Sans une âme à sacrifier, c'est impossible !

- Celle de Dumbledore fera l'affaire, non ?

Hermione réfléchie à toute allure. Oui, techniquement cela pourrait marcher. Mais encore fallait-il pour cela qu'il survive à son combat... et même si cela était le cas, ne serait-il pas déjà trop tard ? Essoufflée, la jeune femme voulut parler mais sursauta violemment en entendant des cris déchaînés se presser contre les portes scellées du Salon. Des cris reconnaissables entre tous. Ceux de fanatiques, de désespérés et de fous, qui cognaient de la force de leurs poings et de leur asservissement maladif, les faibles remparts magiques qui les séparaient d'eux. Oui... Les fidèles de Grindelwald étaient entrés dans l'Aile Nord. Et cela ne voulait dire qu'une chose.

Ils avaient passé Ron, Harry, Blaise et Terrence.

Ils avaient battu Drago et Rosalie.

Le cœur dans la gorge, les deux jeunes femmes se regardèrent avec autant d'horreur que de désespoir. C'était un cauchemar. L'idée du pire s'était immiscée en elle, galvanisée par les bruits sourds de pas toujours plus nombreux qui se pressaient dans le couloir, et le déferlement de hurlements que rien n'aurait su faire taire. C'était la goutte d'eau. Désormais, il n'y avait plus aucun doute. Ils étaient pris au piège, sans secours, ni issue.

A ce stade, Hermione crut bien que rien n'aurait su empirer la situation, mais dans ses tremblements effrayés, elle put sentir la magie de la potion s'amoindrir dans son sang. D'ici peu, il n'en resterait plus, tout comme leur chance d'invoquer l'Esprit du temps et de rentrer chez eux. Et au fond d'elle, Hermione comprit qu'ils n'avaient pas d'autre choix que d'agir maintenant. Elle n'avait pas d'autre choix. Alors que Ginny commençait à avancer d'autres théories dans le trémolo toujours plus présent de sa voix enrouée, Hermione ne l'écouta pas, silencieuse. Dans sa révélation, elle prit conscience de tout ce qui était en jeu, et comprit même les mensonges de son Maître à leurs égards. Parfois, il arrivait que leurs devoir dépassent la raison même de leurs existences. Et qu'il faille l'accepter dans leur inéluctabilité. C'est ce qu'Hermione réalisa à cet instant. Elle était dépassée. Mais pas incapable d'agir. A contraire, les circonstances l'obligeaient à agir. Elle en avait le devoir.

Tout en déglutissant dans son sanglot refoulé, elle regarda ses enfants dans ses ultimes instants. Kai et Scorpius ne lui parurent jamais autant apaisés. Une vision qui la fit se sentir chanceuse et reconnaissante, dans sa peine. Puis, elle se tourna vers Tom, Katherine et Voldemort. Ils se battaient bien, mais pas assez rapidement et efficacement pour empêcher la potion de s'évaporer dans leur sang, et arrêter la horde de sauvages qui s'acharnait contre les murs dans le seul but de les exterminer. Aussi, rien n'arriva à la convaincre de renoncer. Elle n'avait plus le choix. Elle regarda alors Ginny, qui tentait vainement de clamer les pleures de son fils malgré sa propre crise d'angoisse. Ses joues étaient roses d'une fièvre apeurée, tandis que ses cheveux collaient ses joues humides de larmes anxieuses. La peur dévorait chacune parcelle de son être, et à juste titre.

- Ginny.

- Qu..quoi ?

- Je sais quoi faire... Dit-elle gravement.

- Quoi ?! Tu... tu as trouvé une solution ?

Elle hésita à répondre, toujours en plein conflit avec elle-même, mais ne put se détacher du visage de ses enfants. Elle le faisait aussi pour eux.

- Oui. Mais tu dois me faire confiance.

- Pourquoi ?! Qu'... qu'est-ce que tu as en tête ?

- Avant tu dois me faire une promesse. Souffla-t-elle.

- Laquelle ?

- Essaie de me comprendre.

Ginny ne comprit pas le sens de ses paroles. Du moins, elle ne le comprit que bien trop tard. Sans un regard en arrière ou une once d'hésitation, Hermione se détourna pour faire face au trou béant du mur qui donnait sur le paysage du dehors. Le soleil était haut, mais caché par de lourds nuages grondant dans le ciel du matin. Une prémonition de mort, qu'elle devait endiguer. En moins d'une seconde, et avant que son amie ne réalise l'aberration de son plan, La Granger cessa de faire pression sur sa blessure, se saisit de sa baguette et dressa un champ de force tout autour d'elle. Il suffirait à la garder en vie jusqu'à son heure. Dans sa respiration haletante, Hermione se revit dans la dimension parallèle. Elle se revit assister à tous les souvenirs de leurs futurs, et se surprit à se dire que, malgré cette fin quelque peu précipitée, que ce n'était pas grave. D'ici peu, plus rien ne le serait.

Les yeux clos sur sa dernière obscurité, elle ignora les cris désespérés de Ginny, de même que ses coups de poings contre son champ de force. Aussi, dans son calme intérieur, elle récita l'incantation qui lui avait pris des nuits entières à déchiffrer. Elle goûta chacune de ses syllabes du bout des lèvres, comme l'ultime récompense de ses mois de labeur, de doutes et d'incertitudes. Désormais, elle savait exactement ce qu'elle devait faire et dire. Un luxe qu'elle n'avait pas toujours eu dans tous leurs malheurs, et qui l'apaisa au-delà de tout. Alors que son sang et sa douleur se répandait toujours sur son buste, Hermione ne chercha pas à l'arrêter. Cela aurait été relativement inutile à cette heure. A la place, elle prononça ses dernières paroles et put sentir une magie nouvelle faire frémir son corps. Ton son être vrombit d'une force plus grande qu'elle, et dans ces nouveaux tremblements, elle se tourna vers son Maître. Comme si eux aussi étaient liés d'une connexion, il put sentir son regard peser sur lui. Un regard si lourd et transcendant, qu'il fit volte-face dans un réflexe. C'est là qu'il la vit, au centre de son dôme de protection contre lequel Ginny suppliait en pleurant. Elle suppliait qu'elle arrête. Mais sa baguette était levée, et son âme, décidée.

Il n'en fallut pas plus à Voldemort pour comprendre ce qu'elle faisait. Ce qu'elle s'apprêtait à réaliser sous leurs yeux. Comme une martyre, elle jouait un rôle qu'il n'avait jamais voulu qu'elle tienne. Encore moins à sa place. Mais il devait s'accomplir. Quelque peu hébété, il aurait voulu pouvoir lui parler... la remercier et la féliciter même... il aurait souhaité pouvoir lui apprendre toutes ces choses qu'elle ignorait encore. L'aider à atteindre cette excellence qu'elle méritait tant. Faire d'elle, la sorcière la plus accomplie qu'il aurait jamais formée. Mais à la regarder une dernière fois, il se dit qu'en réalité, elle n'avait eu nullement besoin de son aide. Hermione Granger avait su atteindre les sommets, sans lui. Et qui sait ? Peut-être se retrouveraient-ils au-delà du monde, tous les deux coincés avec L'esprit du temps ? Au fond, il l'espéra sincèrement. Mais ne le dit pas.

A la place, il la regarda en acquiesçant. Un simple hochement de tête qui traduit toute la fierté qu'il éprouvait à cet instant, et qui suffit à les mettre d'accord. Confiante, Hermione abaissa ses barrières, et entendit les dernières paroles qu'elle entendrait de la part de son Maître, et qui la percutèrent en pleine poitrine :

- Avada Kedavra !


Quand le sort de mort frappa Hermione, un phénomène étrange se produisit. Elle ne mourut pas. Du moins, pas dans l'instant. A la place, et alors qu'une onde de choc magique explosait depuis son corps dans son propre cri, elle regretta de ne pas simplement s'écraser au sol, raide morte. Car ce qu'elle endura lui sembla bien plus horrible. Elle ne sut pas comment elle trouva la force d'hurler ses souffrances, mais sut une chose : cela avait marché. Comme si on lui arrachait son âme de son propre corps, elle se senti tirée vers le haut, la tête en arrière, le regard figé vers le ciel, et le visage tordu dans un expression de torture que même Kaï n'aurait pas supporté. C'était l'Enfer, à proprement parlé. Une douleur plus grande que tout ce qui était connu en ce monde. Un supplice que personne ne devrait jamais avoir à endurer, et qui sembla ne jamais finir. Rapidement, elle put sentir la magie grandir et s'intensifier dans tout son être à mesure que ses cris devenaient inaudibles. Tout s'accéléra dans un éclat éblouissant, qui se répandit depuis son corps et envahit les restes du Salon. On ne vit plus rien, si ce n'est cette grande clarté infernale qui sembla la consumer vivante. Et alors qu'Hermione pensa que Satan lui-même s'emparait de son corps, tout cessa. Et elle ne pensa plus.

Alors qu'un silence effrayant se fit dans les lieux, la magie la relâcha, rassasiée, et elle s'écroula enfin. Les yeux grands ouverts, mais vides de tout dans l'inconscience de la mort, on ne l'entendit pas rendre son dernier souffle. A vrai, personne n'entendit quoi que ce soit. L'onde de magie qui s'était libérée, avait fini d'achever les combattants, les expédiant avec brutalités contre les murs restants. Ainsi, personne n'assista à la mort d'Hermione Granger. Ni son Maître, amis ou enfants... Personne.

Ce n'est que quelques secondes plus tard que quelqu'un s'éveilla enfin. La seule âme qui aurait souhaité ne jamais se réveiller dans ce cauchemar. Ginny. Abasourdie, elle put sentir la force des protections de son fils lui permettre de reprendre connaissance. Le front moite dans un tiédeur sanglante, elle déglutit, la vue trouble. Mais cette dernière se rétablie bien trop vite à son goût. Devant elle, sa meilleure amie gisait, la peau étrangement grise et les traits figés dans une expression d'horreur. Cette vision lui fit monter une nausée dans un sanglot de désespoir qu'elle ne sut contenir. Elle ne pouvait pas y croire. Elle ne voulait pas le croire. Elle s'y refusait. Car elle en avait encore le droit. Oui, si Hermione s'était sacrifiée, alors le rituel avait été achevé. Et son amie avait réussi.

Quand cette évidence la frappa dans sa douleur, elle vit une autre lueur l'éblouir. Elle s'éleva au-dessus de la défunte, avant de croître de plus en plus, et de se réchauffer dans un halo étrange. Un halo familier. En moins de quelques instants, le sang de la Weasley se glaça et une peur encore plus grande la saisit. Oui. Ils avaient réussi. Et L'Esprit arrivait.
Dans une course à s'en rompre un os, Ginny s'élança furieusement de l'autre côté du salon, atteignant de justesse Voldemort qu'elle trouva salement assommé contre un mur. Elle n'avait pas le temps de le réveiller ; Mais pouvait encore les sauver. Les joues délavées par ses larmes, elle s'empara fébrilement de la Baguette de Sureaux, dont la magie la submergea. Une magie étonnante, qu'elle senti ricocher contre une autre, dans son dos, accompagnée d'une voix qu'elle aurait souhaité ne jamais plus entendre.

- Vous...

Désormais face à l'Esprit qui avait causé tout son malheur, Ginny déglutit. Elle était là. Devant elle. Immense et lumineuse dans le monde Terrestre, elle flottait au-dessus d'Hermione, dégageant plus de force et de puissance que jamais. Ses cheveux et les volutes de sa robe volaient tout autour d'elle dans les airs, encadrant son visage divin déformé par une haine et dégoût non déguisé. Des ressentiments qui ne firent que croître quand ses yeux scintillants de lumière se posèrent sur la baguette qui la menaçait depuis les mains tremblantes de la Sorcière.

- Ginerva. Tonna-t-elle dans un écho étrange. Voilà une invocation bien dangereuse.

- Vous ne me faîtes pas peur. Répondit-elle avec force.

- Avec ce que vous tenez là... je n'en doute pas. Grinça l'Esprit dans ses dents. Comment osez-vous me sommer d'apparaître ? Comment osez-vous me défier ouvertement ?

- Vous ne nous avez pas laissé le choix ! C'est vous ! Vous, depuis le début qui êtes la cause de nos malheurs !

- Prenez garde à ce que vous dîtes.

- Non ! Non ! S'écria Ginny désespérée. J'en ai assez d'avoir peur de vous ! J'en ai assez d'avoir peur de vos malédictions !

- Vous seuls êtes responsable de ce que vous ait arrivé ! Vous ne m'avez pas écouté ! Et vous en avez payer le prix...

Ces mots frappèrent Ginny avec plus de force que sa magie elle-même. Était-elle seulement sérieuse ? Osait-elle vraiment affirmer une pareille chose après tout ce qu'ils avaient enduré ? Traversé par sa faute ? Une rage refoulée depuis trop longtemps dévora son cœur et son esprit, laissant crépiter la Baguette de Sureau sous ses doigts. Des étincelles vivent et insolente que l'Esprit fixa dans un rictus malveillant.

- Pardon ? Sourit-elle incrédule dans un rire nerveux.

- Vous n'avez pas...

- On a toujours payé le prix ! Hurla-t-elle hystérique. Vous nous avez enlevé dans notre époque ! Vous nous avez enfermé et torturé comme de simples cobayes ! L'homme que j'aime et ma meilleure amie sont condamnés à une errance éternelle dans vos limbes ! Je ne sais même pas si mon frère et mes amis sont toujours en vie ! Et le futur de nos enfants est probablement détruit à l'heure qu'il est ! Tout ça, part votre faute ! Et vous osez me dire que nous l'avons mérité ? Que c'était le prix à payer ? Mais pour quoi ?! Pour vos erreurs ? Votre impuissance ? Votre vanité malsaine ?

- Vous avez altéré le cours du temps !

- C'était votre boulot de le réparer non ? Vous, l'Esprit du temps ! Pas à nous !

- J'ai essayé... souffla-t-elle hargneusement. J'ai tout essayé.

- Mais vous avez lâchement échoué. Et vous rejetez la faute sur nous, en nous condamnant au malheur !

- Vous avez tout empiré ! S'écria l'Esprit dans écho qui fit trembler les murs. Le lignes temporelles n'existent presque plus depuis que vous êtes ici !

- Dans ce cas renvoyez-nous !

A ces mots, L'Esprit se figea dans sa consternation. Dans une expression proche d'un sourire, elle grimaça dans le flottement de ses cheveux, dévoilant ses dents carnassières. Son regard amusé passa en revue les corps inconscients des sorciers encore au sol, avant de se poser finalement sur Ginny et son fils. Magnus dormait d'un sommeil magique protecteur, et sa figure endormi lui inspira un rire résonnant.

- Vous laisser votre fils ne vous a donc pas suffit ? Vous voulez en plus que je vous renvoie ?! Que je vous fasse ce cadeau ?

- Je vous en prie ! Ramenez-nous chez nous. Nous tous ! Et vous n'entendrez plus jamais parler de nous !

- Et vous laissez tout détruire de nouveau ?! Dit-elle. Vous n'avez donc rien compris ! Le temps était déjà altéré ! Vous n'êtes qu'un fléau, une gangrène qui dévore le temps ! Il est hors de question que je vous laisse retourner où que ce soit !

- Alors dîtes nous comment faire ! S'énerva Ginny hors d'elle. Vous n'avez fait que nous donnez des métaphores douteuses ! Mais jamais de réponses !

L'Esprit déglutit dans sa colère. Si elle avait pu leur donner la réponse, elle l'aurait fait depuis longtemps.

- Je ne le peux pas. Gronda-t-elle. C'est contraire à mon Serment.

- V... votre Serment ?! S'étouffa Ginny. Vous vous fichez de moi !

- Il y a des choses que les mortels ne peuvent apprendre de l'au-delà, mais seulement comprendre par eux-mêmes...

Cette métaphore et sa suffisance, furent de trop pour la Dark Lady. Elle avait supporté bien des choses depuis leur rencontre dans la dimension parallèle, mais à cet instant, elle ne voulait pas se montrer conciliante. Cette femme, cet Esprit, leur avait tout pris, et continuait de se jouer d'eux comme s'il n'était que des pions défaillants. Et elle ne pouvait l'endurer davantage. Sans aucune retenue alors, elle laissa la magie de la Baguette de la submergée, guidée par sa rage, et lança un sort à L'esprit dans un cris hargneux. Alerte, la déesse l'évita aisément mais se retourna dans une expression sans nom. Un choc, une consternation, dû à un affront innommable que nul n'avait jamais osé commettre de mémoire d'homme.

- Je vous l'ai dit. Je n'ai pas peur de vous. Cingla-t-elle.

- Comment oses-tu user de cet objet contre moi ?! Hurla-t-elle. As-tu la moindre de qui je suis, pauvre mortelle ?!

- Oui, je le sais bien. Mais vous, vous ne semblez pas savoir qui je suis...

- Tu n'es qu'une pauvre folle ! Une mère indigne, qui traîne son enfant sur un champ de bataille, au lieu de se contenter de son répit pour vivre en paix ! Je connais les gens de ton espèce. Vous voulez le pouvoir, la puissance et les richesses qui en découlent. Vous êtes prêts à tout pour satisfaire vos désirs sordides, quitte à détruire tous ceux qui se trouve sur votre passage. As-tu la moindre idée du nombre de destins que vous avez détruits depuis que vous êtes ici ? Du nombre de vies que vous avez prises ? Et de toutes celles qui ne pourront pas voir le jour par votre faute ?!

- Je suis loin d'être parfaite. Je le sais. Et oui, moi et ma famille avons probablement bouleversé le cours des choses. Mais rien ne serait jamais arrivé si vous ne vous étiez pas immiscé dans nos vies.

- Il le fallait !

- Et quel résultat cela donne-t-il aujourd'hui ? Hein ?! S'agaça-t-elle. Ni vous, ni moi n'avons ce que nous voulons ! Ma famille est détruite ! Et vos lignes temporelles aussi ! A quoi tout cela a-t-il servi, à part nous anéantir une bonne fois pour toute ?! Dites-moi !

L'esprit la toisa de toute sa magnificence, consciente de la tournure dramatique de leurs existences. Mais pour autant, elle se contenta de fixer la rousse avec mépris.

- Peut-importe. Lança-t-elle. J'ai peut-être failli à ma mission, mais cela ne change rien. Je n'exhausserais pas ton souhait Ginerva. Ni aujourd'hui, ni demain, ni jamais ! Vous resterez tous ici avec les restes de votre maudite famille, là où votre folie vous a mené, et ce, jusqu'à le temps reprenne enfin son cours !

- Mais...

- Suffit ! Claqua-t-elle violemment, écœurée devant son désespoir. Il est temps que vous assumiez les conséquences de vos actes. Et je serais là pour vous regarder. A chaque instant misérable de votre vie de chaos, je me délecterais et attendrais patiemment que le temps retrouve son ordre naturel. Et il n'y aura rien que vous pourrez faire. Rien.

Ginny déglutit, les épaules affaissées par le poids des mots de L'esprit. Elle pouvait les sentir la poignarder un à un... lentement, et douloureusement pour venir s'inscrire dans son honneur et son sang bafoué. Le cœur désormais vide de tout ce qui l'avait autrefois habité, la jeune femme put sentir un néant se loger dans sa poitrine. Il n'y avait plus rien. Plus aucun espoir, vie, force, ou foi... juste une profonde et incroyable obscurité qui se révélait à elle, à cette heure où tout ce pourquoi elle et ses amis s'étaient battus et sacrifié, s'effondraient devant elle. Désorientée, et comme si le monde entier perdait tout son sens à ses yeux, elle regarda autour d'elle, avant que son regard ne rencontre le visage de son poupon. Magnus. Le dernier souvenir d'un futur perdu, le fils d'une lignée insultée, condamné à grandir sans père, dans une époque qui n'était pas la sienne... Un destin cruel, que son enfant ne méritait pas. Une tragédie si grande et si injuste, que Ginny s'éveilla de son néant dans une rage qu'elle n'avait jusqu'alors connu. Comme un poison, elle la sentie se répandre en elle au point qu'elle en eut presque des vertiges. Oui, ils avaient échoué. Et oui, l'Esprit avait le pouvoir de les condamner. Mais cela ne voulait pas dire, qu'elle ne pouvait pas encore se venger.

- Vous avez raison. Dit-elle alors dans un souffle nouveau. Je ne peux pas vous convaincre de nous ramener.

- Au moins une chose que vous aurez compris.

- Non... il y a autre chose. Ricana-t-elle brusquement. Vous savez, quand vous m'avez enlevé la toute première fois, je... je n'étais encore qu'une enfant. J'étais naïve, et guidée par des principes moraux que j'idéalisais. Je ne voyais le monde que sous deux aspects : le bien et le mal. Mais j'avais tort ! Il n'y a ni bien, ni mal, seulement le pouvoir et ceux qui sont trop faibles pour s'en emparer ! Et aujourd'hui, je comprends enfin ce que vous n'avez cessé de nous répéter pendant notre captivité ! Il est temps que j'accepte ma destinée et que je l'embrasse ! J'ai toujours cru qu'il me suffisait d'accepter mon amour pour Voldemort, mais... mais je me trompais ! C'est plus profond que ça !

- Tes divagations n'ont aucun sens.

- Pas pour vous. Mais elles en ont pour moi. Alors... merci.

- Quoi ?! S'étonna-t-elle brusquement.

- Oui. Assura-t-elle. Merci ! Pour toutes vos malédictions et vos menaces. Car maintenant, je sais que quoi qu'il arrive vous ne changerez pas d'avis et... que je n'ai plus rien à perdre.

L'esprit la regarda silencieusement, dubitative et étrangement inquiète devant l'éclat irascible qui ne faisait que croître dans ses yeux.

- Vous nous avez tout prit. Poursuit Ginny. Alors qu'il en soit ainsi. J'en assumerais si les conséquences. Mais vous aussi.

- Pardon ?

- Vous avez détruit ce que j'avais de plus chère. Dit-elle d'une voix blanche. Alors rien ne m'empêchera de vous rendre l'appareil.

- Comme si une simple humaine comme toi, pouvait faire quoi que ce soit contre un Esprit Supérieur, comme moi. Rit-elle dédaigneusement.

- Là est votre erreur. Je ne suis pas qu'une simple humaine...

- Tu es...

- Je suis Ginerva Molly Weasley Jedusor ! La Dark Lady. Cingla-t-elle d'un ton qu'on ne lui connaissait pas. La femme du Lord Voldemort, le Seigneur des Ténèbres. La mère des Héritiers de Cadmus Peverell, de la lignée Serpentard, des Gaunt, des Jedusor, et des Weasley ! Et il est temps que vous aussi, vous assumiez les conséquences de vos actes. Si vous pensez que les lignes temporelles sont détruites, et bien je peux vous promettre de m'en assurer personnellement ! Je vous jure solennellement, sur la vie de mes enfants et sur mon sang, de faire du temps et du futur, un véritable enfer ! Je déchaînerais les pires démons qui existent en moi, et je vous ferai payer chaque larme, et chaque goutte de sang que vous avez fait couler ! Je vengerais ma famille, mes amis, et l'avenir que vous nous avez volé ! Quitte à y laisser ma vie, et à changer le destin de chaque individu sur cette terre, je rependrais la Mort, le désespoir, la Souffrance, la Guerre, la Honte et ma colère sur ce monde ! Je le mettrais à feu et à Sang ! Je deviendrais votre pire cauchemar...

Pour la première depuis l'existence même du temps, on vit un Esprit redouter un mortel. Pour la première fois depuis sa création, La Déesse senti un frisson la parcourir dans son spectre, tandis que ses yeux s'écarquillaient dans une frayeur qui lui était encore inconnue jusqu'à ce jour. Elle avait observé ces individus instaurer un chaos foudroyant dans l'Espace et le Temps. Elles les avaient vu anéantir des événements, des naissances, des destins de par leurs seules présences en 1945. Mais tout cela c'était fait sans qu'ils ne cherchent à le provoquer. Or, cette menace. Ce regard. Cette promesse de destruction... Elle put le sentir dans le tréfonds de l'âme de la rousse. Ce n'était pas des paroles en l'air.

- Tu mens. Dit-elle alors. Tu n'es pas comme cela. Tu ne devrais pas l'être !

- Mais je le suis. Grâce à vous. Et je vais en apprécier chaque instant. Souffla-t-elle dans un sourire glaçant. Je vous ferai goûter la vengeance d'une Mortelle, pendant que vous, vous ne pourrez rien y faire. Vous serez impuissante, incapable d'agir, et piégée dans votre au-delà. Vous serez condamnée à regarder vos précieuses lignes temporelles s'évanouir les unes après les autres...

- Tu ne sais pas de quoi tu parles... Trembla-t-elle. Tu joues avec des forces plus grandes que toi.

- Peut-être. Mais je sais que c'est ce que vous redoutez par-dessus tout.

Jamais L'esprit n'avait vu autant de sadisme, de vengeance et de volonté de destruction dans un seul regard humain. Jamais elle n'avait autant craint le fait d'un mortel. Et pourtant... pourtant, à cette heure où les Dieux grondaient, elle devait le reconnaître. Elle était véritablement mortifiée.

- Vous m'avais torturé. Dans ce cas, je vous torturerais. Vous voulez me condamnez. Je vous condamnerai aussi. C'est donnant-donnant.

- Tu n'as pas le droit ! C'est le destin du monde que tu veux remettre en cause ! S'écria-t-elle outrée.

- C'est vrai... mais je vais être honnête avec vous. Je n'en ai plus rien à faire. Sourit-elle désinvolte. Surtout que vous semblez oublier un autre détail important.

- Quoi ?!

- Mon fils. Dit-elle simplement. Il va grandir, devenir puissant, et se posera surement beaucoup de question. Des questions auxquelles je répondrais avec joie. Ce serait ironique, si un enfant se mettait en tête de poursuivre la vengeance de sa mère, non ? Ainsi que son enfant après lui ? Vous ne trouvez pas ?

- Tu...

- Quoi ? Rit-elle. Vous pensez que je n'en serais pas capable ?! Grâce à vous, je connais le futur sur plus de trois générations, et j'ai bien l'intention de partager chaque parcelle de mon savoir avec mon fils ! Vous pensez qu'il grandira heureux sans son père et les autres membres de sa famille ? Vous pensez qu'il ne cherchera pas à se venger, en apprenant que son sang, l'un des plus purs du monde Sorcier, s'est fait salement bafouer et humilier par un Esprit ? En apprenant qu'un avenir meilleur lui a été arraché ? Il est le Fils de Voldemort, jamais il ne vous pardonnera cet affront ! Et moi non plus.

- Assez !

- C'est à vous de décider. Conclut Ginny. Libérez Voldemort et Hermione, renvoyez-nous dans nos époques et oubliez-nous. Ou assumez les conséquences de vos actes.

L'esprit du Temps la fixa, stoïque et tremblante, avec plus d'intensité qu'elle ne l'avait jamais fait. Elle pouvait sentir la force et la puissance de sa promesse. Sa magie s'était attachée à son vœux, et déjà, elle pouvait percevoir le Diable dans son regard. Elle ne mentait pas. Elle se vengerait. Et elle la détruirait, elle et l'essence même du temps. Comme un piège qui se refermerait sur elle, L'esprit sentit un étau l'enserrer de toute part, tandis que dans le ciel, les nuages éclataient en milles éclaires de fureur. Elle chercha une faille, une astuce, ou encore un compromis qui lui éviterai de mettre en jeu le destin de ce monde, mais dû se rendre à l'évidence. Quoi qu'elle fasse, rien ne sera jamais suffisant. Quoi qu'elle fasse, il en resterait toujours un vivant pour venger les autres. Quoi qu'elle fasse, elle était bel et bien piégée. Pendant plusieurs secondes, elle ne dit donc rien. Il n'y avait plus rien à dire.

- Je dois admettre être impressionnée. Soupira-t-elle finalement. Aucun mortel n'a jamais été assez malin pour piéger un Esprit Supérieur. C'est un exploit respectable ; mais qui ne se reproduira pas.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Que contrairement à ce que vous souhaitez Ginerva, je ne vous oublierais pas. Jamais.

Ginny s'apprêta à rétorquer, mais vit subitement l'Esprit lever la tête vers le ciel. Comme dans une dernière prière, sa lumière se fit plus vive et plus ardente que jamais. Et tout s'évanoui dans une dernière clarté.


L'ultime fin demain les amis. Soyez présent.

A très vite, pour les ultimes instants de cette fiction.

Je vous aime. Bises.