Et voici la suite ! Un petit OS écrit pour un concours de la SPPS avec le thème "passé". Personnellement, j'ai pris le personnage d'Angel, ce qui est une grande première pour moi. J'espère qu'il vous plaira et désolée, il est court (un jour j'arriverai à écrire de très longs OS... un jour !).
Réponse aux reviews :
Loupiote : tant mieux que tu aimes ce genre d'humour alors ^^
Bonne lecture !
Il neigeait doucement ce jour-là. Comme aujourd'hui. Angel regarda en silence les flocons tomber doucement au sol. Comme les plumes des ailes d'un ange qu'on aurait arrachées. Et ce tapis immaculé avait été souillé par le sang ce jour-là. Le sang rouge, si rouge que la pureté avec bu avec une avidité terrifiante. Et alors, Angel avait compris avec horreur que ce monde qu'elle avait toujours cru si beau ne faisait que donner l'illusion de la beauté. La vraie beauté, une beauté pure, inaltérée, se trouvait par-delà les étoiles, unique bien des anges.
Les étoiles. Angel leva la tête vers les lourds nuages qui cachaient le ciel étoilé. Une larme coula le long de sa joue glacée et termina par terre, pays des insectes. Ce qu'ils étaient en fait. De vulgaires insectes que des géants s'amusaient à enfermer et à observer. Cette pensée sortit de sa tête en même temps que son souffle que l'air frais changeait en petits nuages. Elle les regarda monter, encore et toujours jusqu'à disparaître bien avant d'aller toucher les étoiles. Bien avant de transmettre son message.
Angel resta là, sans bouger tandis que ses souvenirs d'autrefois venaient la tourmenter. Elle se souvenait de cette époque, cet avant. Cet Eden à jamais perdu, quand elle s'appelait encore Sorano et non Angel. Oui, elle se souvenait de ces journées qui s'écoulaient doucement, d'une monotonie rassurante. Elles n'étaient interrompues que par ses parents qui ne cessaient de houspiller leur cadette. Yukino. Sa petite sœur, sa confidente, sa lumière, son étoile, son ange. Elle avait été pour elle la mère que leur génitrice se refusait d'être. Elle soignait ses genoux écorchés, la dorlotait, écoutait ses pleurs et les séchaient, lui racontait des histoires, lui apprenait les noms et les histoires des étoiles et jouait avec elle. Leurs rires résonnaient dans cette maison trop grande pour quatre petites personnes.
Angel ne pouvait pas se remémorer les traits de ses parents, la voix de sa mère mais Yukino… Elle souriait quand son rire résonnait dans sa tête, pleurait quand coulaient les larmes, s'amusait en souvenir de leurs jeux… Son estomac se serrait encore certains jours. Morte, elle était morte. Elle l'avait compris en voyant par terre, tandis qu'on l'emmenait une petite clé qui n'ouvrait rien, qu'un lacet avait changé en collier. La Sorano de cette époque l'avait ramassée et donnée à sa sœur, lui disant qu'un jour, elle ouvrirait la porte d'un monde merveilleux, peuplé de fées et de lutins grâce à cette clé dont elle serait la gardienne. Les méchants n'avaient pas leur place, ni dans ce monde, ni dans leurs jeux d'enfants insouciantes.
Oh ! Ce que la chute avait été dure ! Seule dans sa cellule, à regarder par la fenêtre les oiseaux la narguer par leur simple liberté. C'était là, dans cette cellule sombre que Sorano était morte pour laisser la place à Angel. Angel. Un ange tombé du Paradis. Un ange du Paradis qui était tombé et qui souhaitait de tout cœur remonter là-haut pour retrouver les siens, loin de la violence des hommes. Maman… Papa… Yukino…
Tout autour d'elle, la neige continuait de tomber, l'effleurant parfois avec douceur. Les plumes des anges caressaient doucement sa peau blanche, comme si elles reconnaissaient leur ancien propriétaire. Aucun bruit ne troublait cette chute dégradante. Comme si le temps s'était arrêté ici depuis ce tragique événement. Pour Sorano, tout s'était fini ici.
Cours Yukino.
Mais la neige avait bu tout le sang, le faisant disparaître. Elle avait caché les corps et tout avait semblé paisible. Quel horrible mensonge ! Sorano se souvenait parfaitement de tous ces corps, tous ces morts. Elle se souvenait de leur voisine d'en face, une vieille femme acariâtre qui détestait les enfants. Elle et Yukino chuchotaient que c'était une sorcière pour se faire peur. Et pourtant, elle se rappelait parfaitement du corps sans vie qu'elle avait trouvé, le crâne explosé. C'est là qu'elle avait demandé à sa sœur de partir. De courir, loi, aussi loin que ses petites jambes frêles pouvaient la porter. Et surtout, de ne jamais se retourner, jamais.
Madame Witch ? Vous allez bien ? Madame Witch ? Votre porte est grande ouverte ?
Elle espérait lui avoir sauvé la vie mais au fil du temps, une fois échappée de la tour du Paradis, elle ne l'avait pas trouvée. Alors elle avait compris que si elle avait sauvé sa sœur de l'Enfer, elle n'avait pas pu empêcher la Faucheuse de la lui prendre. Au moins n'avait-elle pas trop souffert, avec un peu de chance.
Angel baissa les yeux. Ses pieds l'avaient menée à travers les ruines de son village avant de s'arrêter devant un endroit précis. Avec des gestes dignes d'un automate, elle se baissa et fouilla dans la neige jusqu'à rencontrer un objet. Elle se releva et regarda ce que sa main avait trouvé. Une clé. Une petite clé, toute rouillée et qui n'ouvrait rien qu'autrefois un lacet avait changé en collier. La Sorano de cette époque l'avait ramassée et donnée à sa sœur, lui disant qu'un jour, elle ouvrirait la porte d'un monde merveilleux, peuplé de fées et de lutin dont elle serait la gardienne. Les méchants n'avaient pas leur place, ni dans ce monde, ni dans leurs jeux d'enfants insouciantes.
Sa maman n'était plus. Son papa n'était plus. Sa sœur n'était plus. Leur village n'était plus. Il ne restait qu'elle, l'unique survivante, arrachée à son village. L'unique dépositaire de souvenirs qui se perdaient dans les tréfonds de sa mémoire. Qu'il était bon de ne pas se souvenir de tout cela. D'oublier certains jours jusqu'à l'horreur du massacre sur lequel s'étaient posés ses yeux d'enfant innocente et insouciante. Mais la perte de Yukino, jamais elle ne pouvait la sortir de sa mémoire pour quelques temps.
Il neigeait. Exactement comme il avait neigé ce jour-là. L'histoire se répétait. La boucle était bouclée, ou presque. Elle était revenue, avait vu, s'était souvenu. Elle ne pouvait rien faire d'autre. On ne ramenait pas les morts à la vie. Sinon, Yukino serait de nouveau là. Et Sorano attendait qu'Angel meure car trop lâche pour se tuer elle-même. Non, si elle se donnait la mort directement, elle irait en Enfer et alors elle n'aurait même plus l'espoir de revoir sa sœur au Paradis.
Il était temps de rentrer. Brain l'avait autorisée à sortir à condition de revenir avant la tombée de la nuit. Si elle tardait encore, il finirait par envoyer son chien de chasse. Cobra détestait la neige et le froid et elle n'avait pas le cœur à lui imposer ça. Alors elle se décida de rentrer, songeant encore aux raisons pour lesquels elle suivait Brain. Il lui avait promis un nouveau monde, un monde meilleur où les anges pourraient fouler ce sol purifié. Un monde où elle serait avec sa sœur et sa famille, heureuse. Alors elle se détourna, la clé toujours dans sa main gantée de blanc. Elle prit la direction de la maison. Elle quitta le village par l'ancienne grande route. Elle ne se retourna que dans le dernier virage, celui qui allait cacher de nouveau son hameau natal. Elle regarda la neige qui tombait toujours, les formes indistinctes et ses traces de pas dans la neige immaculée. Elle n'entendait rien d'autre que son souffle, son cœur qui battait et ses pas dans la neige fraîche. Alors une dernière fois, elle se permit de troubler la sérénité des lieux, le silence et la pureté de la neige. Elle fit demi-tour jusqu'à sa maison. Elle s'arrêta sur le seuil. De l'entrée, elle apercevait la chambre qu'elle avait partagée avec sa sœur. La clé dans sa main, sans se préoccuper de ce que ferait la rouille à ses vêtements blancs. Elle songea à toutes leurs poupées, ces bouts de tissus assemblés et décorés par leur imagination. Elle songea à tous ces jouets faits par leurs petites mains qui devaient tomber en lambeaux maintenant. Elle serra dans sa main la clé tandis qu'elle murmurait un dernier au revoir.
-Bonne nuit mon ange.
Et elle partit en fermant doucement la porte pour ne plus troubler le silence.
Voilà voilà, c'était ma participation pour notre concours amical.
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