Disclaimer : Les Malheurs de Sophie est l'oeuvre de la Comtesse de Ségur et son adaptation télévisuelle de 1998 à Bernard Beryiès.

Résumé : Bien des années après avoir fait une promesse, Sophie, adulte et mariée, était enfin en mesure de la tenir.

Note de l'auteur : Ceci est une réponse au défi 114 de la page Facebook « Bibliothèque de Fictions ». Les conditions étaient : cent mots minimum, après des années de séparation, deux de vos personnages se retrouvent enfin. Ils en sont bien évidement heureux, mais doivent réapprendre aussi à se connaître.

Une promesse tenue

Monter en bateau lui avait fait peur et Sophie craignait que les traversées ne lui causent toujours cette angoisse du naufrage. Jean avait été un ange d'attention et avait su la détendre, la rassurer. Ne disait-on pas que la foudre ne frappait jamais deux fois au même endroit ? Cependant, là où la jeune femme sentit une panique réelle s'emparer d'elle, ce fut quand elle posa le pied sur le sol américain. Une calèche l'attendait, la même qui l'avait emmenée pour la première fois à la plantation, sa première rencontre avec Madame Fichini qui avait semblé si bonne, si prévenante... L'espace d'un instant, elle se revit fillette, en deuil, face à cette femme dont elle ignorait encore tout et pourtant, la peur qu'elle lui inspirait restait réelle. Elle pâlit et sembla au bord de la pâmoison.

- Sophie, ma chérie ! La rattrapa Jean

- Pardon Jean... C'est passé...

- Bienvenue en Louisiane, Madame. La salua le cocher. Si Monsieur et Madame veulent bien se donner la peine de monter.

Assise, reprenant ses esprits, elle observa les paysages défiler, silencieuse, revoyant le fantôme de la petite fille qu'elle avait été jadis. Elle avait joué sur cette rive avec Jim. Dans ce potager, elle avait mangé un piment qui lui avait brûlé la langue. Encore insouciante malgré son mal du pays.

- Nous arrivons, Monsieur, Madame.

Pour sa plus grande surprise, la plantation n'avait guère changé. Les murs blancs étaient toujours aussi éclatants, les peintures ne s'écaillaient pas, la végétation était maîtrisée. Elle la retrouvait comme elle l'avait quittée jadis avec sa marâtre. Les domestiques noirs s'étaient tous alignés pour leur faire un ban d'honneur. Leurs uniformes restaient tout autant inchangés. Seuls les visages portaient les marques du temps, avec les rides, des visages nouveaux qui avaient intégré le domaine entre temps... Et au milieu d'eux, la seule figure réellement familière pour Sophie, la seule à l'avoir bercée le soir, à avoir tenté de la défendre face à sa belle-mère.

-Ma'vone ! S'écria-t-elle soudainement en courant l'enlacer

- Ah Mamselle Sophie ! La salua la matrone. Mamselle Sophie ! Oh comme vous m'avez manquée, Mamselle ! Mais regardez-vous aujourd'hui ! Une vraie dame ! Je dois vous appeler Madame maintenant.

Ma'vone, de son vrai nom Yvonne, n'avait que peu changé. Toujours aussi ronde, la douceur de son caractère agrémentait son visage poupin malgré les plis aux coins de ses yeux, de sa bouche, de quelques fils d'argent parsemant une chevelure de jade. Sophie, elle, avait dû bien changer pour sa nourrice. Elle l'avait quittée enfant, battue par sa belle-mère, dans des guenilles défraîchies, les cheveux coupés courts et au carré, les joues pâles et amaigrie. Elle se tenait devant elle à l'aube de sa vingtaine, grande, les joues rebondies, sa chevelure de feu domptée. Elle était une femme désormais. Pourtant, c'était bien encore un cœur d'enfant qui s'était exprimé par sa bouche.

- Me présenteras-tu, Sophie ? Sourit Jean

- Bien sûr ! Jean, je te présente Ma'vone, elle a été ma nourrice ici lors de mon premier séjour en Amérique. Ma'vonne, voici mon époux, Jean de Rugès.

L'esclave, et tous ses collègues, eurent un sursaut quand le français lui tendit la main.

- Ah Monsieur ! Il n'y a pas besoin de ça ! Je ne suis pas une grande dame comme Mamselle Sophie !

- J'y tiens, Ma'vone. Sophie m'a dit combien vous avez été bonne pour elle ici. Elle n'a jamais tari d'éloges sur vous.

Les yeux de la femme brillèrent de larmes, émue, bouleversée d'avoir tant marqué l'esprit d'une petite normande noble. Tout le monde rentra et Sophie rencontra alors le gestionnaire de la plantation. Elle en était la légataire après tout et il était temps de se mettre à l'ouvrage.

Plus tard, elle convoqua Ma'vone au salon et l'invita à s'asseoir.

- Parle-moi du temps après notre départ pour la France. Lui demanda-t-elle

- Eh bien, on a fait du mieux qu'on pouvait pour garder le lieu à la hauteur des exigences de Madame Fedora. Puis, quand on a appris qu'elle était morte, on s'est demandés qui allait nous employer. On a su que vous étiez l'héritière, Mamselle Sophie. Oh, comme on a dansé ce jour-là ! On se souvenait tous de la gentille petite fille qui nous parlait comme à des amis ! En attendant que vous soyez bien bien grande, c'est Monsieur de Rugès et sa sœur, Madame de Fleurville, qui ont géré le domaine. On a vu la différence avec Madame Fedora ! Sans parler mal d'elle, Mamselle Sophie, c'est pas bien du tout de mal parler d'un mort. Mais les demandes étaient moins dures, si on était malade, on pouvait aller voir le docteur !

- Oh Ma'vone...

- On s'est bien occupés de la tombe de votre papa, Mamselle Sophie. Madame Fedora avait demandé à ce qu'on n'y touche pas mais il était si gentil, votre papa ! Alors, on a tous été le voir ! La tombe est jolie ! Propre et pleine de fleurs !

Jean prit la main de Sophie qui sanglotait.

- Pardon Mamselle Sophie, je vous rends triste !

- Au contraire Ma'vonne ! Tu m'ôtes un grand poids du cœur ! Et avant de rentrer en France, j'irai le saluer.

- Et votre cousin Paul, Mamselle ? Il est vivant, comme vous l'aviez espéré ?

- Oui Ma'vonne ! Paul vit ! Il est rentré en France et a été adopté par Monsieur de Rosebourg et sa femme. Il s'est marié !

- Le bon Dieu l'a sauvé !

Sophie sourit.

Ses deux mois en Amérique passèrent plus vite qu'elle ne l'avait imaginé mais quelques jours avant de partir, elle parla à Ma'vonne :

Malgré les années, elle n'avait pas oublié sa promesse d'enfant.

Cette fois-ci, elle rentrait en France avec elle et elle était bien décidée à lui faire découvrir le château de son enfance.

Après avoir pleuré sous le coup de l'émotion, l'américaine ne put que constater une chose :

Si sa petite Mamselle Sophie avait changé car elle avait grandi, au fond, elle était toujours la même.

La Mamselle Sophie si mignonne, si spontanée, qu'elle avait tant pleuré après son départ de la Louisiane aux côtés de cette affreuse femme qu'avait été Fedora Fichini.

FIN