Cette fic est écrite dans le cadre de la 131ème nuit écriture du FoF (Forum Francophone) pour le thème "Guerrière". Le FoF est un forum regroupant tous les francophones de ffnet où l'on peut discuter, demander de l'aide ou s'amuser entre nous. Le lien se trouve dans mes favoris. Rejoignez-nous !
Note de l'auteur : Ceci est mon premier OS sur Miss Fisher. Bien que le thème Guerrière m'ait fait penser à la façon dont Jack pouvait voir Phryne, je n'ai... Pas réussi à le caser dans ce texte. Je me réfère donc à la règle officieuse des Nuits du FoF qui veut que tant que le thème nous a donné l'idée de l'OS, ça passe. Ce texte fait référence à l'avant-dernier épisode de la saison 2, et je commence à peine la saison 3 donc je m'excuse par avance si certains points de cet OS sont contredits par le canon par la suite. Sur ce... Enjoy ?
- Et pour l'amour du ciel, retenez-la ou je vous fais relever de vos fonctions !
La menace de son ex-beau-père avait claqué dans le bureau avant qu'il ne parte, laissant Jack et Phryne seuls dans le bureau. La sincérité évidente des excuses de Phryne le réconforte légèrement, pourtant, il ne peut s'empêcher de douter. Le commissaire divisionnaire Sanderson envisage-t-il réellement de le surprendre, ou a-t-il beaucoup trop bien cerné Phryne et compris qu'il n'y avait qu'en menaçant directement Jack qu'il parviendrait à la faire vaciller ? Aucune menace sur elle-même n'aurait porté ses fruits, celle-ci semble avoir été efficace. Pourtant… Sa dernière phrase continue de résonner dans ses oreilles. Retenez-la. Aucun autre verbe n'aurait pu donner autant l'impression qu'il ignorait tout d'elle.
Ces deux mots suscitent en lui beaucoup trop de réactions et il lutte pour mettre de l'ordre dans le maelstrom de pensées qui se bousculent en même temps dans son esprit. Sur n'importe quelle autre femme, sur n'importe quel autre couple, ces mots auraient pu être les plus banals au monde. Mais justement, ils ne sont pas un couple. Dans leur société, il est normal, voire classique de demander à un mari de retenir son épouse. Mais Phryne et lui ne sont pas mariés, ils ne sont pas fiancés, absolument rien ne les unit à part une complémentarité à toute épreuve sur les scènes de crime – et un goût prononcé pour les alcools forts en fin de soirée. Comment diable Sanderson a-t-il pu penser un seul instant qu'il serait légitime à tenter de la retenir ? Adressés à elle, ces propos sont les plus insultants possible, car ils démontrent à quel point c'est très mal la connaître. Il ne doute pas que beaucoup d'hommes ont pu essayer, mais quel en aurait été l'intérêt ? Phryne est ce qu'elle est, survoltée, indépendante, déterminée, insolente, toutes ces qualités qui font que pour rien au monde il ne veut essayer de la retenir, parce qu'elle ne serait alors plus tout à fait la femme dont la personnalité et l'affection hantent ses jours et ses nuits. Il n'ose même pas imaginer ce que donnerait au quotidien une Phryne Fisher que l'on parviendrait à retenir. Il ne doute pas que cela n'enlèverait rien à leur complicité, à sa grâce, à sa gentillesse. Juste, cela enlèverait ce petit plus qui l'a agacé avant de l'intriguer puis de le passionner chez elle, au point qu'il ne veut plus d'une vie sans elle. Est-ce justement ce plus, ce trait de caractère qui manquait à Rosie et qui a fait échouer leur mariage malgré leur affection ?
Retenez-la. Il sait que c'est trop tard, que son ex-beau-père est parti depuis longtemps, pourtant c'est seulement maintenant que lui vient la seule réponse correcte qu'il aurait pu apporter : On ne retient pas Phryne Fisher, c'est elle qui vous retient. C'est elle qui joue avec vous comme un chat jouerait avec une souris, parfois même sans suspecter une seule seconde la cruauté de ce jeu. C'est elle qui vous invite tous les soirs chez elle pour boire un verre sans se cacher du nombre d'autres hommes qu'elle reçoit et ne quitte pas avant le petit matin, c'est elle qui ajuste votre cravate avant d'aller danser dans une maison close pour les besoins d'une enquête, c'est elle qui vous fait comprendre qu'elle tient à vous tout en répétant qu'elle refusera éternellement de s'engager sur le long terme avec qui que ce soit. Se plaint-il de tout cela ? Il ne saurait même pas répondre à cette question. Dans la mesure où elle ne se mariera jamais, est-ce que leur relation actuelle n'est pas déjà le maximum qu'elle puisse offrir à un homme ? Si tel est le cas, alors peut-être peut-il se considérer comme le plus heureux des hommes, peut-être peut-il se sentir capable de suivre le conseil qu'il a lui-même donné à Collins en évoquant le paradoxe d'aimer une femme moderne. S'il est certain qu'il ne veut même pas chercher à la retenir ou à la changer, alors peut-être que leur relation actuelle lui convient parfaitement – même si plusieurs verres d'alcool parviennent encore parfois à le faire douter à ce sujet.
Retenez-la. Il a bien essayé au début de leur relation, quand il ignorait encore à quel point c'était impossible, mais elle lui a prouvé de toutes les façons possibles qu'il ne servait à rien d'essayer. En étant capable de crocheter la moindre serrure, de se faufiler par une fenêtre à peine entrouverte après avoir escaladé avec facilité n'importe quel mur, de panser les blessures les plus graves avant de danser avec une sensualité qu'il n'avait encore jamais vue. Il sait qu'elle a des faiblesses, qu'elle lutte contre certains démons, mais ces moments de doute ne font que renforcer en lui la question qu'il se pose de plus en plus souvent : Qu'a-t-elle vécu pour en arriver là ? Il sait certaines choses, le meurtre de sa sœur, sa relation abusive avec ce français, il suspecte son rôle d'infirmière pendant la guerre… Il ignore tout le reste. Phryne n'est pas un mystère à part entière, elle est une multitude de mystères, de personnalités, de qualités et de défauts qui la rendent aussi exceptionnelle et omniprésente dans sa vie. Elle est une détective, une infirmière, une concubine, une danseuse, une bienfaitrice, une combattante, une amante, une amie, une meurtrière quand il le faut. Elle est tout cela à la fois, en une seule personne, et parce qu'il ne veut renoncer à cette entièreté pour rien au monde, parce qu'il ne veut pas prendre le risque de briser leur relation si particulière dans une vaine tentative d'apaiser ses angoisses vis-à-vis de son mode de vie, il ne veut pas la retenir. Il veut la laisser vivre en l'observant avec ce mélange d'admiration et d'amusement qui font systématiquement apparaître ce sourire en coin sur son visage lorsque ses yeux se posent sur elle. Il veut l'aimer, à contre-courant de ce que leur société exige de deux personnes qui s'aiment, mais l'aimer tout de même plus sincèrement que ce qu'il n'a jamais aimé. Il veut embrasser cette relation qui n'est propre qu'à eux deux et qui, malgré les frustrations qu'elle apporte parfois, le font vivre plus intensément qu'il n'a jamais vécu par le passé. Il veut profiter de ces instants auprès d'elle, sans se demander quelle enquête sera la dernière, sans se demander comment tout cela finira. L'aimer, l'admirer, rire à ses côtés, s'épauler mutuellement, coopérer et s'entraider. Mais jamais, au grand jamais, la retenir.
J'espère que ça vous a plu :)
Si c'est le cas, le cadre de reviews juste en dessous est le seul moyen de le savoir. Si vous n'avez pas aimé aussi, c'est le seul moyen de le faire savoir. Je vous remercierai juste d'éviter les spoils de la saison 3, en m'excusant encore si cet OS n'est plus canonique à la fin de la série.
