Dean et la Mort

La première fois que Dean avait rencontré la Mort, il avait 4 ans.

Alors qu'il jouait dans le jardin, il avait découvert à côté de la barrière le corps d'un chat. L'enfant n'avait rien dit, rien fait. Il était resté là, pétrifié par l'immobilité cadavérique de l'animal, par ses yeux aveugles et vides fixé sur lui.

Cela l'avait marqué, cette terrifiant absence de vie alors que la Mort n'était pour lui qu'un concept encore inconnu, incompréhensible.

La deuxième fois, il ne la vit pas. Il l'entendit dans les hurlements de son père, il la sentit dans la chaleur des flammes, il la respira dans l'odeur de fumé, de cendres et de chair brulé.

Ce fut presque pire de ne rien voir. Aucune vision à associer, ne restait que l'imagination. Et Dean se l'était souvent imaginer, tard le soir alors que Samy avait arrêté de pleurer et que son père ronflait sur le canapé la main refermée sur une bouteille d'alcool. Il s'imaginait le visage de sa mère, celui d'une personne en train de mourir sa bouche s'ouvrant affreusement sur un crie muet, ses yeux écarquillés et crépitant injectés de sang, son visage se déformant en une multitude de grimace inhumaine tandis que les flammes la dévoraient… Ces visions cauchemardesques le hantèrent pendant très longtemps et ne le quittèrent d'ailleurs jamais vraiment.

Le temps passa et la Mort devint quotidienne dans sa vie. Une présence silencieuse penché sur son épaule et susurrant à son oreille tandis qu'il chassait avec son père et son frère. Au fils des années, elle enracina ses serres profondément dans le torse des trois hommes. Un jour, Sam essaya de s'échapper, abandonnant les deux autres et réussit à la tenir à distance pendant quelque temps. Mais la Mort revint, elle revenait toujours.

Alors, vaincu, il retourna avec son frère dans ses filets.

Son père lui, finit par être complétement absorbé. Après tout ce qu'il avait traversé, l'homme se laissa partir entre les bras de cette ombre aux allures presque maternelles tandis qu'elle refermait tendrement ses ailes sur lui.

Cela continua et Dean finit par avoir tant de sang sur les mains qu'il aurait pu se noyer dedans. Le sang de personnes qu'il avait haït, qu'il avait eu en pitié, qu'il avait respecté… qu'il avait aimé. Les visages défilaient en une sorte de caléidoscope macabre dans le miroir ou derrière ses paupières lorsque, ivre de fatigue ou d'alcool, il essayait d'échapper aux murmures doucereux de sa fidèle partenaire.

La Mort avait même essayé pendant longtemps de l'emporter définitivement lui aussi. Comme son père, comme tous les autres avant lui. Un nombre de fois assez conséquent d'ailleurs. Elle se cramponnait, resserrant un peu plus ses bras squelettiques autour de l'homme et cherchant à l'avaler sournoisement. Il s'en était tiré à chaque fois, d'une petite pirouette, une feinte et éloignant ainsi l'ombre pour un temps. Mais c'était chaque fois plus difficile, Dean était de plus en lent, de moins en moins volontaire et bientôt, elle finirait par l'avoir. Ce n'était qu'une question de patience, la Mort attendait le bon moment, celui où l'un de ses stratagèmes marcheraient, où ses murmures serait suffisamment persuasif pour que l'homme abandonne enfin et se laisse engloutir par la marée noire.

Qui ne le laisserait plus jamais repartir.