Le soleil se levait doucement, semblant pousser avec peine la nuit qui voulait encore rester reine. Devant une petite maison en pierre et au toit de chaume, un petit squelette chargeait une charrette de grandes toiles, toutes protégées par de grand morceaux de tissus qui les entouraient. Les posant avec délicatesse, il pris ensuite soin de venir les couvrir d'une bâche,l'attachant avec des cordes pour finalement reprendre son souffle en admirant tout son travail tenir dans ce modeste moyen de transport.
Essuyant la sueur de son front, il leva un regard vers le soleil, souriant de voir qu'il annonçait une belle journée. Parfait pour se rendre à Londres, la grande capitale. Le petit squelette blanc se dirigea alors vers sa petite écurie, venant caresser le museau de son cheval aux poils bruns avant de venir l'harnacher à sa charrette.
C'était parti pour une bonne heure de route, sillonnant les routes de terre au début puis rapidement pavées de magnifique pierre taillées. Resserrant contre lui sa veste en fourrure pour se protéger du froid matinal, il laissait son animal avancer, connaissant le chemin vers la grande ville par cœur. Un chemin qu'ils réalisaient jusqu'à trois fois par mois.
Face à eux se dessinait lentement les grandes habitations, les premiers immeubles qui étaient pour le moment présent seulement dans les grandes villes, l'immense église qui trônait fièrement au milieu de la ville. Des gardes surveillaient les entrées, reconnaissant rapidement le squelette qui eut l'autorisation d'entrer, guidant sa charrette à travers les allées jusqu'à une immense place centrale où s'installait le marché, juste aux pieds de l'église.
Attachant son cheval juste derrière l'endroit qu'il occupait pour installer ses toiles, le petit squelette déballait ses toiles, les posant en évidence pour les habitants de la ville qui commençaient doucement à inonder les allées nouvellement créées du marché.
- Toujours fidèle au rendez vous mon cher Encre. Annonça un homme en tunique blanche alors qu'ils'approchait du peintre.
- Bonjour mon père. Sourit Encre. Comme toujours ! Vous venez chercher votre commande ?
- Tout à fait. J'ai hâte de voir ce que vous avez fait. Sourit l'homme d'église.
Encre lui sourit avant de venir lui tendre quelques toiles, toujours emballées car étant des réservations, il ne les montrait pas au grand public. L'homme de fois'en saisit avant de les découvrir pour les observer.
- Magnifique. Sourit-il. Vos représentations de notre Dieu et des ses apôtres sont toujours aussi belles à voir. Vos toiles seront parfaites dans notre église.
Il recouvrit les toiles avant de regarder les autres, faites par le peintre qu'il comptait vendre dans la journée.
- Vous êtes vraiment un peintre d'exception. Chacune de vos toiles est à l'image de Dieu, même ce qui semble être le plus simple des paysages nous rappelle que Dieu nous a offert cette terre et vous lui rendez fidèlement hommage. Il va s'en dire que l'église vous reprendra des commandes avec plaisir et nous ne pouvons qu'inviter la population à acheter vos toiles.
Souriant à l'homme, Encre senti son âme légèrement se serrer. Il vivait ici depuis de nombreuses années et savait que l'église pouvait détruire d'un simple geste tout son commerce. Il était peintre, un solitaire, mais malgré tout, il ne se sentait pas libre, obligé de suivre la voie de Dieu sur chacun de ses dessins... Il aimait ses toiles mais il s'en sentait de plus en plus prisonnier, perdant parfois l'envie de peindre, ayant toujours cette sensation que toutes ses toiles finissaient par se ressembler...
Mais l'église l'aimait, le recommandait et l'une des ses toiles avait même été vendu au roi d'Angleterre. Il n'avait guère le droit de se plaindre.
- Je suis toujours aussi ravi de savoir que mon art plaît, mon père. Répondit Encre avec amertume.
- Vous êtes le meilleur peintre de la région ! Continuez comme cela.
Puis l'homme en blanc le salua,retournant dans l'église qui étendait son ombre au dessus du marché, telle une emprise invisible sur eux... Sur lui.
Reprenant son observation des passants,attendant ses clients, Encre écoutait les villageois parler entre eux, apprenant les dernières folies du roi ou les dernières attaques de l'église contre un groupe d'hérétique qui menaçait la population. Que des choses classique jusque là. Finalement, Encre remarqua un enfant vendeur de journal, l'interpellant pour lui acheter un exemplaire, n'ayant l'occasion de le lire que lorsqu'il venait ici.
Se mettant à le feuilleter pour se tenir au courant des nouveautés de la région, Encre fini par voir qu'une page était consacrée à une expédition de l'église la nuit dernière, contre une simple maison...
- C'est rare que l'église se déplace pour une seule petite famille... Marmonna Encre.
- Que Dieu acceptent leur âme...Répondit une vieille femme qui venait se présenter en face du peintre. Ils sont malheureusement restés sourd aux avertissements de l'église et à son aide... Le grand prêtre n'a fait que sauver leurs âmes qui étaient totalement prisonnières du diable...
Levant son regard vers la vieille femme, Encre lui sourit doucement, fermant le journal pour la regarder.
- Vous savez ce qu'il s'est passé ?Demanda le peintre. D'après le journal, il s'agissait d'une famille de trois personnes... Pourquoi envoyer autant d'homme ?
Serrant la croix qu'elle portait à son cou, la vieille femme eut un regard triste, peinée pour ses âmes perdues.
- Ils avaient laissés les démons leur donner des livres avec des formules qui concoctait des soi-disant remèdes. Ils tentaient aussi de faire croire à leur voisin quel'église était l'ennemie de la science... Que Dieu n'était point notre père à tous... Seuls les démons pouvaient leur avoir donnés de telles idées...
Elle pria une nouvelle fois pour leur âme alors qu'Encre jeta un regard aux lignes du journal, lisant en biais que l'église rappelait que seul Dieu pouvait leur montrer la voix.
- Je vois... Répondit Encre. Vous vouliez acheter une toile ?
La bonne femme hocha le crane, ayant fait son choix sur un paysage de montagne, le trouvant rayonnant de la lumière de Dieu, celle qui passait même au dessus des montagnes,si haute. Le peintre lui emballa correctement la toile avant de lui vendre, lui souhaitant une bonne journée.
- Que Dieu bénisse votre chemin. Répondit-elle en le saluant.
Un fin soupire échappa alors à Encre tandis qu'il la saluait aussi,tournant ensuite le crane pour observer l'église. Avait-il vraiment ce droit divin de choisir qui pouvait continuer de vivre ou pas... ?
Les cloches le firent alors sursauter,le sortant de ses pensées alors qu'elles enveloppaient la ville dans leur chant, si fort mais pourtant si mélodieux... Dieu les protégeait tous, personne ne devait en douter, sous peine de donner son âme aux démons...
Comme à chaque fois qu'il venait en ville, Encre y passa la journée, vendant ses toiles, donnant les réservations et en prenant de nouvelles. En fin de journée, il faisait rapidement le tour des boutiques d'art pour acheter du matériel, étant bien connu des vendeurs qui lui gardait les couleurs les plus rares ou les pinceaux de très bonnes qualité. Lorsque ses achats étaient enfin terminé, tandis qu'il revenait atteler son cheval à sa charrette, le soleil déclinait déjà dans le ciel. Encore une fois, il rentrera de nuit.
Ce n'était guère rare de reprendre la route de chez lui alors que la lune venait éclairer doucement son chemin, guidant son chemin vers sa maison isolée. Mais cette nuit,alors qu'il s'engageait vers la forêt, le ciel se fit plus menaçant,les nuages venaient cacher la lune et l'obscurité prenait place tout autour de lui.
Finissant par descendre de sa charrette, prenant la longe de son cheval pour marcher devant lui et le guider, Encre éclairait son chemin à la seule flamme de sa lampe à huile. Dans ce dédale d'arbres, le peintre se senti rapidement perdu... Il n'arrivait plus à jauger la distance qu'il lui restait et le bruit d'un éclair au loin ne le rassurait pas plus.
- Essayons de trouver un abri pour la nuit... Finit-il par décider.
Il pris le temps de regarder autour de lui, éclairant les arbres en espérant trouver une indication d'une auberge ou taverne, n'importe quel lieu pouvant lui offrir gîte et couvert pour la nuit. Soudainement, une bourrasque de vent souffla si fort que le petit squelette en lâcha sa lanterne, l'observants'éteindre au sol et perdre son huile.
- Oh non non non... S'inquiéta Encre.
L'obscurité l'avait totalement entouré, le faisant frissonner alors qu'il venait se blottir contre son cheval, cherchant à se rassurer.
Puis, en tournant le crane, il aperçu une faible lumière entre les arbres, s'en approchant doucement avant de découvrir un petit chemin de terre. Il ne le connaissait pas...Est-il à ce point perdu ?
Peu lui importait maintenant, si cette lumière était bien une maison, il ne pouvait laisser passer sa chance de se mettre à l'abri. Tirant sur la longe de son cheval, il en pris la direction, sentant le vent s'infiltrer entre ses vêtements et le tonnerre qui résonnait au loin le poussait à accélérer le pas.
