Chapitre 7 : Cassure

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Elle se sortit de ses souvenirs en secouant la tête, et se recroquevilla contre son frère, les larmes aux yeux. Il la serra contre lui, et l'embrassa sur le crâne, l'enveloppant dans son étreinte pour la calmer. Elle tremblait de peur et de douleur. La douleur d'un passé qu'elle voulait oublier… Ellanor sentait toute la bande l'entourer, et chercher à la rassurer. Il lui fallut un long moment pour se calmer, et les policiers respectèrent son silence.


Après donc de longues minutes de silence pour laisser Ellanor respirer et se calmer, elle parvint à se redresser un peu, sans sortir de l'étreinte réconfortante de Mercutio. Elle avait vraiment besoin de le sentir avec elle, contre elle. Les policiers avaient respecté son besoin, tout en notant certaines choses sur leurs calepins respectifs. Quand elle se sentit mieux, elle hocha faiblement la tête et murmura :

-Je suis désolée…J'ai beaucoup de mal à en parler.

-Ne vous inquiétez pas, déclara le lieutenant Aprile. C'est nous qui devrions nous excuser de vous faire revivre ces moments pénibles. Nous aurons bientôt terminé, je vous l'assure.

Il laissa planer quelques instants, avant de reprendre :

-Vous vous êtes donc mis en couple peu de temps après, c'est ça ?

Elle hocha la tête.

-Environ…je dirais environ 2 mois après nous être rencontrés, oui. Et on a aménagé ensemble un peu plus tard, durant l'été qui a précédé mon entrée à la Fac.

-Et quand ont commencé les… les violences ?

L'agent Castello avait hésité à prononcer le dernier mot, qui rappellerait forcément d'atroces souvenirs à la jeune fille. Celle-ci se remit à trembler doucement, mais dut se lever pour aller se planter devant la fenêtre, les bras étroitement serrés autour d'elle comme pour se protéger, les yeux dans le vague, perdue dans des pensées trop sombres pour être partagées. Le silence plana un long moment dans la pièce, sans que personne n'ose le briser. Benvolio, qui se trouvait le plus près d'elle, finit par s'approcher mais ne voulut pas la toucher au départ, hésitant à cause des crises qu'elle faisait. Tous les autres retenaient leur souffle, inquiets pour elle, et quand il osa enfin poser sa main sur son épaule, on entendit Mercutio cesser de respirer un bref instant.

Le blond le sentait, elle s'était raidie de tout son corps, comme pour repousser la sensation de sa main sur son bras. Un geste si innocent, mais terrible pour elle… Le seul point positif, c'est qu'aucune crise ne semblait se profiler.

Ellanor resta silencieuse si longtemps qu'ils crurent qu'elle ne répondrait jamais. Totalement repliée sur elle-même, elle ne bougeait pas, les yeux fixés sur quelque chose que personne ne pouvait voir. Elle finit par murmurer, tremblant toujours de tous ses membres :

-Pas immédiatement…Ça a commencé…peu après qu'on ait aménagé ensemble…

Elle ne put en dire plus, et un silence s'installa, plus long que le premier. Elle s'efforçait de respirer lentement, mais c'était de plus en plus difficile. Elle n'arrivait pas à se calmer, des images lui revenaient en tête, des souvenirs de moments trop durs pour qu'elle puisse s'en détacher. Ils restèrent sans bouger, encore, et Ella finit par fondre en larmes, silencieusement. De violents sanglots secouèrent ses épaules fines, mais elle ne faisait aucun bruit…conséquence d'un trop long silence, d'abord avec son bourreau qu'elle ne voulait pas alerter, puis à cause de son coma. Mais ça ne dura pas : elle plaqua une main sur sa bouche et un cri inarticulé franchit la barrière de ses lèvres, alors qu'elle s'effondrait, rattrapée par Ben' qui l'empêcha de s'écrouler sur le carrelage. Il avait agi instinctivement, et la retint contre lui sans qu'elle ne se débatte, sa douleur refusant de sortir. Elle suffoquait littéralement de souffrance. Il la serra contre lui et elle se cramponna de toutes ses forces à son haut, les yeux si serrés que des tâches de lumière explosaient sous ses paupières. Elle se recroquevilla jusqu'à ne former qu'une boule humaine, les genoux repliés sur la poitrine et les bras serrés, les mains à hauteur du visage. Le blond la souleva dans ses bras et la porta contre son torse, l'enveloppant dans une étreinte chaude mais brève, car il la remit à son frère assez vite, inquiet à l'idée qu'elle panique contre lui. Mercutio la reçut sur son cœur et la serra de toutes ses forces, enfouissant le visage inondé de larmes dans son cou en chuchotant :

-Lâche tout poussin… Lâche tout, on est là pour te retenir… Crie, hurle si ça te fait du bien. On est là petite sœur, on est avec toi. Je te tiens, tu peux te libérer… Vas-y.

Et c'est comme si elle n'avait attendu que sa permission pour lâcher prise. Pendant de longues minutes, ce fut assez confus, et la jeune fille ne devait en garder aucun souvenir par la suite. Mais submergée par beaucoup trop d'émotions et de souvenirs douloureux, elle s'abandonna complètement. Et ils furent là. Tous, son frère, ses amis, ils restèrent près d'elle, la tenant, l'effleurant, sans lui parler, juste présents pour la soutenir. Ils formèrent un cocon dans lequel elle se réfugia, et peu à peu, elle put recommencer à respirer, à reprendre pied dans la réalité. Et même à ce moment-là, elle resta presqu'inerte, les yeux dans le vague, repliée à l'intérieur d'elle-même. Son frère retint sa panique en la voyant comme ça, et la garda à l'abri de ses bras le plus possible, avant de chuchoter à Roméo :

-Va me chercher la couverture sur mon lit, s'il te plait…elle grelotte encore…

Il l'embrassa sur le front pendant que son ami s'exécutait, et à eux deux ils l'emmitouflèrent dans la couverture, ne laissant dépasser que son visage. Mercutio la tint sur ses genoux, dans une posture qui aurait pu être gênante et infantilisante si son ange n'était pas si mal. Il se leva en la gardant contre lui, et se tourna vers les policiers restés silencieux pendant toute la scène.

-Les questions sont terminées. Si vous en avez d'autres, je vous rappellerai pour vous dire quand vous pourrez revenir. Mais vous comprendrez que pour cette fois c'est trop.

Ils hochèrent la tête, un peu gênés d'avoir déclenché la crise de la jeune fille. Et même si celle-ci serait peut-être salutaire, elle n'en était pas moins douloureuse pour tout le monde. Il suffisait de voir les larmes contenues dans les yeux du jeune homme face à eux, la douleur et l'angoisse des autres, la catatonie d'Ellanor, pour comprendre que tous avaient été très touchés par ce qui était arrivé, et que les répercussions se feraient sentir pendant longtemps. Le lieutenant se leva, imité par son subordonné, et s'excusa :

-Je suis navré que nos questions aient déclenché ce qui est arrivé. Ce n'était absolument pas le but.

-J'en ai conscience, répondit Mercutio en hochant la tête. Mais c'est encore bien trop récent pour elle…et même pour nous.

-J'ai déjà vu des victimes de traumatismes divers et variés, mais ce n'est pas plus facile…Et ce qu'a vécu votre sœur est….immonde.

Ils avaient l'air désolé et…répugné. Ce boulot n'était pas facile, mais parfois plus que d'autres. Certains ne s'habituaient jamais à avoir affaire au rebut de l'humanité, en termes de méchants. Ils saluèrent l'équipe, et furent poliment reconduits par Roméo qui ferma derrière eux, avant de revenir au salon :

-Tu veux qu'on reste ?

La question était pour Mercutio, qui réfléchit un moment en silence, avant d'acquiescer :

-Ca m'arrangerait, avoua-t'il faiblement. Je pourrai veiller sur elle correctement comme ça. Vous pouvez déplier le canap', et puis prendre la chambre d'amis. Je pense pas la laisser seule cette nuit…

Et ils le comprenaient parfaitement. Du coup, Roméo et Juliette prirent la chambre, et les deux garçons le canapé déplié pour l'occasion. La blondinette se rendit dans la cuisine et commença à préparer un repas simple. Ni les uns ni les autre n'avaient envie de quelque chose d'élaboré. Elle fit donc des pâtes, accompagnées d'une sauce. Un repas pas prise de tête. Ils mangèrent presque en silence, et Ellanor, toujours dans les bras de son frère et dans un état second, accepta quelques bouchées. Elle finit par frissonner et se recroqueviller dans la couverture en fermant les yeux. Mais le simple fait qu'elle réagisse les rassurait tous : ça voulait dire qu'elle était consciente de son environnement immédiat, même si elle ne semblait pas pouvoir s'y ancrer pour l'instant. Le brun ne la lâchait pas un seul instant, lui souriant doucement, embrassant son front, écartant une mèche de cheveux qui lui barrait le visage…Bref, il se conduisait bien plus qu'un simple frère ! Un père, un protecteur, un gardien…Mais plus qu'un frère.

A la fin du repas, il lui sourit doucement, et se leva en la gardant à l'abri de ses bras tandis que les autres débarrassaient la table rapidement. C'est Benvolio qui se chargea de la vaisselle, qui fut vite expédiée (« et sans rien casser, s'il vous plait ! ») La boutade, lancée par Roméo sur un ton gentiment moqueur, fit mouche et son cousin, en représailles, lui tira la langue de manière très mature. Ils finirent tous par se retrouver dans le salon, à échanger sur des sujets aussi légers que possible, dans un calme douillet pour tranquilliser Ellanor toujours ailleurs. Elle ne bougeait pas, mais elle semblait quand même un peu mieux que quelques heures plus tôt, ce qui rassurait son frère qui ne la quittait pas des yeux (et des bras). Câlinée, choyée, bercée, entourée d'un véritable cocon de douceur et de tendresse, la petite brune se reconstruisait lentement, encouragée par la présence de sa famille.

Après près de deux heures à discuter, ils décidèrent de prendre un peu de repos. Tout irait mieux demain, ils en étaient sûrs. Ils se souhaitèrent une bonne nuit et Mercutio gagna sa chambre avec sa sœur, tandis que le couple prenait la chambre d'amis et que les deux autres se changeaient rapidement pour s'installer sur le canapé déplié.

Mercutio étendit tendrement Ellanor sur le matelas, et la couvrit chaudement pour former comme un cocon autour d'elle. Puis il retira sa chemise et ses chaussures, et se glissa près d'elle sous les draps. Il l'attira dans ses bras, embrassa ses cheveux et la regarda s'endormir peu à peu. Il attendit d'être sûr qu'elle dormait d'un sommeil juste et profond, avant de fermer les yeux à son tour et de s'assoupir, espérant simplement que son ange n'aurait pas de cauchemar, qu'elle pourrait se reposer en paix.


Voilà, un chapitre plus court que les autres, j'en suis désolée, mais l'inspiration n'est pas au rendez-vous en ce moment… Enfin, j'espère qu'il vous aura plu tout de même ! N'hésitez pas à reviewer, ça fait toujours plaisir ! J'espère poster le suivant assez vite ! Des bisouuuuus j'vous aime fort !