Chapitre 5 : Cette fois où Chuck ne s'attendait pas à une demoiselle en détresse à sa porte
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Chuck leva les yeux de son livre en fronçant les sourcils, entendant quelqu'un cogner furieusement à sa porte d'entrée. Et continuer au-delà du temps que la plupart des gens mettaient quand ils venaient cogner à sa porte… à près de minuit, remarqua-t-il en jetant un œil à son réveil. Marquant sa page avec un grognement agacé, il se leva, enfilant ses chaussons avec un soupir de soulagement devant la protection contre le carrelage froid. Le vieux SOLDAT se dirigea vers sa porte d'entrée avec un certain agacement, si jamais ces petits cons n'arrivaient pas à se débarrasser d'un petit monstre de base, ils allaient l'entendre pour l'avoir dérangé au milieu de la nuit ! Il y avait plutôt intérêt à ce que ça soit urgent ! Se dit-il avec colère, déverrouillant la porte et l'ouvrant presque brusquement… avant de cligner des yeux avec surprise devant la personne qui se tenait en face de lui. Et qui était honnêtement la dernière personne à laquelle il se serait attendu, vu ce que Kunzel avait dit.
Caroline, quand à elle, n'avait pas pu s'empêcher de buguer mentalement en voyant Chuck. Elle se serait attendue à le voir dans n'importe quelle tenue, à peu près… mais pas ce genre de pyjama. Le haut était bleu ciel avec un Chocobo en mode chibi qui dormait, allongé sur le ventre, une petite bulle sortant de son bec, et le bas était un peu plus foncé, l'ensemble paraissant particulièrement confortable, surtout avec les chaussons Mog que le vieux SOLDAT portait. La vision fut suffisante pour la faire complètement bloquer, incapable de compiler les informations et d'associer Chuck à l'homme en face d'elle, tant le contraste lui paraissait violent.
Avant qu'elle ait eut le temps de reprendre ses esprits, cependant, Chuck la fit immédiatement entrer dans son appartement, vérifiant d'un regard que personne n'avait ouvert sa porte et l'avait vue, avant de refermer la porte. Voir la jeune femme réapparaître comme elle avait disparue, c'est à dire de nulle part, était presque aussi choquant que son état. Elle était en larmes, clairement terrifiée, et il se demanda quelle pouvait être l'histoire derrière. Où était-elle passée pendant ces onze jours, cependant ? Se demanda-t-il en l'accompagnant dans son salon, l'asseyant gentiment sur son canapé. Elle n'avait pas pu se retrouver entre les griffes d'Hojo, en tout cas, parce qu'elle n'aurait pas pu s'échapper seule, surtout en sachant à quel point le tordu voulait lui mettre la main dessus.
Quand il lui posa la question, cependant… la jeune femme éclata en sanglots. La pauvre était incapable de lui répondre, ses yeux rougis montrant qu'elle avait déjà beaucoup pleuré il n'y a pas si longtemps. Après quelques minutes inconfortables passées à essayer de la réconforter, il finit par la calmer assez longtemps pour aller lui préparer un chocolat chaud. La laissant le boire doucement, il attendit de voir qu'elle avait suffisamment reprit son calme pour être capable de répondre à quelques questions.
–Qu'est-ce qui s'est passé, gamine ? Demanda-t-il gentiment sur un ton bourru, lui tendant un paquet de mouchoirs. D'après Kunzel, tu as disparue alors qu'il était dans l'appartement, et il m'a juré qu'il avait vérifié que quelqu'un ne s'était pas amusé à cacher une Matéria Fuite à l'intérieur. Et il est certain que personne n'est entré ou sorti sans qu'il s'en rende compte. Alors qu'est-ce qui t'es arrivé ?
Caroline prit une profonde inspiration, essuyant ses larmes, avant de commencer son explication.
–Je… suis rentrée chez moi, admit-elle doucement.
Chuck haussa un sourcil étonné en entendant ça.
–Pourtant, il me semblait que tu avais dit que tu ne voulais pas rentrer chez toi ? Ou que tu ne pouvais pas ?
–Techniquement… c'est plutôt que je ne pouvais pas, répondit-elle doucement, la gorge serrée. Et après un certain temps… je n'ai plus voulu. Je ne voulais pas partir, sanglota-t-elle doucement. j'ai été renvoyée chez moi contre mon gré. Dans mon monde d'origine. Et pendant un mois… j'ai dépéri peu à peu, avoua-t-elle. Je crois que quelques jours de plus… et j'aurais commencée à être suicidaire. Jusqu'au moment… où la Déesse de la Rivière de la Vie de mon monde… en tout cas je crois que c'était elle… est apparue. Elle m'a laissé un mois pour me préparer… avant de me ramener ici. Sans espoir de retour, expliqua Caroline, se remettant à pleurer doucement. Mais il fallait que je revienne, pour essayer de sauver Zack et Seph… et j'ai pas pu les sauver ! Sanglota la jeune femme. Pourquoi ? Gémit-elle. Pourquoi est-ce qu'il a fallut que je sois renvoyée après que Seph soit mort et Zack entre les mains de Hojo ?
Chuck s'empara doucement de la tasse de la jeune femme femme, venant s'asseoir à côté d'elle pour l'entourer d'un bras, posant le mug sur la table basse. Il la laissa s'appuyer contre lui, pleurant à fendre le cœur, réfléchissant à toute allure. Il l'avait écoutée avec un sourcil haussé, interloqué… peinant à la croire. Le vieux guerrier ne pouvait cependant nier qu'elle avait disparu sans laisser de traces… et les rumeurs concernant la crise que Hojo avait piqué à peu près à la même période… tout ça faisait qu'il envisageait de la croire, surtout si elle avait des preuves. Doucement, il reprit la parole lorsqu'elle se fut suffisamment calmée, voulant des détails.
–Ça m'a l'air d'être une sacrée aventure que tu as vécue, petite. Et est-ce que tu as des preuves ?
Caroline ne se vexa pas en l'entendant dire ça. Elle savait que son histoire était difficile à avaler, Sephiroth et les autres ayant eut de la peine à la croire… jusqu'à ce que les Turks leur disent apparemment qu'elle n'avait aucune existence sur ce monde. Et les relations avec Wutaï étant extrêmement tendues depuis la fin de la guerre… il était impossible qu'elle vienne de là, les étrangers y étant rarement admis, même avant celle-ci. Genesis avait été fasciné par la théorie cependant… avant d'être rapidement frustré comme le Geas l'empêchait de parler de son monde. Hochant la tête, elle se moucha, reniflant.
–J'ai ramené… tout ce que je pouvais, expliqua-t-elle doucement, la voix enrouée. J'ai dû laisser le sac dans le salon, par contre, il était trop lourd pour que je puisse l'amener avec moi. Surtout en comptant le fait que je voulais aussi récupérer des affaires dans l'appartement. Il y a… beaucoup de choses que je veux récupérer là-bas, admit-elle doucement, son ton épuisé. Et la première chose que j'ai fait, après avoir réuni les affaires que je voulais… ça a été de venir vous voir.
Chuck hocha la tête avec une certaine satisfaction. Indépendamment du fait que son plan semblait avoir été assez basique… elle avait visiblement eut l'intelligence de ne pas rester dans l'appartement trop longtemps, et était immédiatement venue le chercher. Et il comprenait pourquoi. Il était pratiquement le seul que même le Président craignait, et surtout que Hojo craignait. Et sans la présence de Sephiroth ou même Zack… elle s'était tournée vers lui pour la protéger. Et le vieux SOLDAT n'avait pas l'intention de la décevoir. Gentiment, il la serra contre lui, prenant la parole.
–Donc, tu as réuni tout ce que tu voulais, gamine ? Demanda-t-il doucement, lui faisant lever la tête, acquiesçant avec une certaine confusion. On va les récupérer ?
–Maintenant ? Demanda-t-elle, visiblement surprise.
–Et quel meilleur moment pour faire ça ? Pointa-t-il avec un brin d'amusement. Vu l'heure qu'il est… tout le monde est couché, en train de dormir. Ou sur le point de dormir. Donc les chances que tu sois vue sont minimes… et personne n'oserait entrer dans l'appartement de ce sale gosse de Sephiroth, même s'il est apparemment mort.
La jeune femme cligna des yeux, déconcertée, avant de réaliser qu'il avait raison. C'était le moment parfait pour faire ça… parce que personne ne les verrait. Hochant la tête, Caroline se leva, accompagnée du vieux guerrier, et se dirigea vers la porte. En d'autres circonstances, elle aurait trouvé la situation drôle, surtout avec la tenue de Chuck… mais elle était émotionnellement épuisée, si elle devait être honnête. Tout ce qu'elle voulait à cet instant, c'était s'écrouler dans un lit pour dormir, trop exténuée par ses émotions et le chagrin pour exprimer son désespoir. L'idée de revenir plus tard dans l'appartement qu'elle avait partagé avec Zack et Sephiroth, cependant… était encore pire. Y arriver au beau milieu de la nuit, déjà, avait été extrêmement dur pour elle. Découvrir que son PHS n'avait plus de batterie… n'avait pas aidé. Et s'apercevoir après l'avoir branché et suffisamment chargé pour l'allumer que la date était le 3 octobre… avait bien faillit l'achever. La jeune femme avait été incapable de se retenir de s'effondrer au sol, en larmes, en voyant ça. Car ça voulait dire qu'il était bien trop tard pour tenter de les appeler et leur dire qu'elle allait bien. Et Sephiroth était mort. Sans qu'elle ait pu l'aider. Elle avait fini par se calmer au bout d'un moment, oui… mais elle sentait toujours qu'il lui manquait quelque chose. La seule consolation… était que Zack était encore en vie. Avec un peu de chance… elle pourrait convaincre Chuck d'aller le secourir.
Le vieux SOLDAT ne put retenir un haussement de sourcil en entrant dans l'appartement, voyant deux gros sacs posés au sol dans le salon, dont l'un deux fois plus volumineux que l'autre, et jeta un regard à la jeune femme, qui ne put s'empêcher de rougir, visiblement gênée.
–Quand tu disais que tu avais prit tout ce que tu pouvais, je ne pensais pas que c'était à ce point-là, gamine, dit-il, incapable de cacher son amusement. Et je comprends mieux pourquoi tu as préféré les laisser ici. Tu as tout ce que tu voulais ? Demanda-t-il gentiment, respectant son chagrin manifeste.
Caroline hocha la tête, une boule lui obstruant la gorge. Tout ce qu'elle pouvait raisonnablement récupérer, en tout cas. Le reste… elle ne pouvait pas. Récupérer ses affaires était déjà assez risqué comme ça, si jamais des Turks venaient inspecter l'appartement dans le futur… alors les affaires de Sephiroth ou Zack ? C'était trop dangereux, elle en était consciente. Même si elle n'avait pas pu s'empêcher de prendre quelques t-shirts de ses compagnons. Un faible sourire lui échappa malgré tout en voyant Chuck soulever les sacs comme s'ils ne pesaient rien, les traitant avec précaution quand même, sachant qu'ils contenaient tout ce qu'elle avait de plus précieux au monde désormais, excepté Zack.
Ils rentrèrent rapidement à l'appartement, tous les deux ne désirant pas s'attarder dehors plus longtemps que nécessaire, et Chuck déposa les sacs dans l'une des chambres, dont il ne se servait jamais. Il n'avait jamais eut d'apprenti, et les autres membres de son escadron avaient pour la plupart perdu la vie depuis longtemps. Il était l'un des trois seuls survivants, les deux autres vivant à des étages différents pour s'assurer que les plus jeunes ne faisaient pas de bêtises… même s'ils étaient moins craints que Chuck. On le lui avait pas donné le surnom « L'Invincible » pour rien, après tout. Gentiment, il poussa Caroline à aller se coucher. Heureusement, il gardait toujours une des chambres de son appartement prête au cas où il accueillerait un de ses amis, et de ce fait elle était propre.
Quand il repassa quelques minutes plus tard, ce fut pour voir la jeune femme écroulée sur les couvertures, endormie, serrant une peluche de Mog contre elle. Secouant doucement la tête, il entra dans la pièce, la bordant gentiment. La pauvre était visiblement épuisée, se dit-il tout en ressortant silencieusement, fermant la porte derrière lui. Le vieux SOLDAT décida que lui demander des preuves pouvait tout à fait attendre quelques jours, le temps qu'elle se remette et s'installe. Il n'était pas pressé après tout… même si l'idée que le Chiot soit entre les mains du taré dirigeant le département scientifique le faisait bouillir de rage. Ça expliquait en tout cas l'absence du sadique ces derniers jours. Cependant… foncer dans le tas serait la pire idée possible, se dit-il en se mettant au lit à son tour. Surtout maintenant. Attendre que les choses se calment était vital, s'il voulait monter une opération de secours.
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Caroline tourna distraitement la page de son livre, plongée dans sa lecture, contente d'avoir pu caser quelques livres malgré tout. Chuck et elle s'étaient entendus pour faire la cuisine chacun leur tour, tout comme le ménage à l'exception de leurs chambres respectives, et aujourd'hui, c'était son tour. Le vieux guerrier avait gentiment refusé son aide, la poussant fermement dans le salon, lui suggérant d'essayer de se détendre. Et la jeune femme… y arrivait de mieux en mieux. Elle faisait encore des crises où elle se mettait à pleurer sans pouvoir s'en empêcher, sans parler des cauchemars… mais ça allait déjà beaucoup mieux que sur Terre, se dit-elle avec un soupir, tournant une autre page. La sensation de vide avait quasiment disparue, et c'était un soulagement partiel, qui lui convenait. Elle roula des yeux en entendant Chuck chanter quelque chose qui ressemblait fortement à une chanson paillarde, et monta le volume de son baladeur. Pas que ça la choque plus que ça (au contraire, ça la faisait presque rire), mais le vieux guerrier chantait abominablement faux. La poussant à mettre de la musique assez fort dans ses oreilles pour couvrir sa voix.
Ça faisait désormais un mois qu'elle était revenue, environ, et, si elle aurait vraiment voulu que Chuck aille secourir Cloud et Zack… le raisonnement du vieux soldat était que s'il y allait… la Shinra serait immédiatement placée en alerte rouge, la mettant en danger aussi, car on viendrait fouiller son appartement pour savoir ce qu'il lui avait prit. C'était beaucoup trop tôt pour tenter une opération de secours. Le meilleur moment pour les secourir… serait quand ils arriveraient à Midgar, même si elle ne savait pas exactement par quelle direction. Mais ça voulait dire attendre encore cinq ans, se dit-elle, le cœur lourd. Laisser son petit ami se faire torturer par Hojo pendant les prochaines années… et poursuivre par Genesis… lui faisait mal au cœur. Au moins, les preuves qu'elle lui avait montré l'avaient convaincu qu'elle disait la vérité. Surtout ses consoles. Il n'y avait rien de semblable ici, même si leur puissance étaient visiblement équivalentes.
Ce qu'elle ignorait, c'était que le messager qui était venu déposer des papiers pour Chuck (elle n'avait aucune idée de ce dont il pouvait s'agir, et s'en fichait un peu pour être honnête, ça ne la regardait pas) l'avait reconnue. S'il n'avait pas osé demander ce que la petite copine de Fair faisait dans le Nid du Dragon, comme les gens surnommaient l'appartement de Nokia, il n'avait pas pu s'empêcher d'en parler avec un de ses amis.
–Je te jure, Jeff, j'ai vu la copine du Chiot dans le Nid du Dragon !
Jeff le regarda avec scepticisme.
–Et tu peux me dire ce qu'elle ferait là-bas, Joe ? Franchement ?
Joe roula des yeux en réponse.
–Fair est mort, Jeff. Peut-être qu'elle veut juste se taper un autre SOLDAT ? Suggéra-t-il en haussant les épaules. Même si, franchement, elle pourrait trouver mieux que le dragon, dit-il en roulant des yeux. Ce vieux schnock a quasiment l'âge d'être son père. Avec le Chiot, au moins, elle était célèbre… même si on l'a pas vue sortir souvent avec lui. Sa copine était limite une ombre… pourtant elle est mignonne.
La main qui s'empara soudain de son bras le fit sursauter, et il tourna la tête pour demander à la personne de le lâcher, avant de changer de couleur en voyant Dr Creepy. Ce dernier avait l'air encore plus dérangé que d'habitude, une lueur mauvaise dansant dans ses yeux.
–Qu'est-ce que je vous ait entendu dire ? Demanda le scientifique sur un ton doucereux. Vous avez vu la compagne de Fair ? Où ça exactement ?
–Dans… dans le nid du Dragon, bégaya Joe, paniqué. C'est elle qui… qui m'a ouvert la porte pour lui, quand je suis allé lui apporter des papiers.
–Oh, vraiment ? Susurra le scientifique fou. Et où est-ce exactement ?
–À… à l'étage 42, balbutia le pauvre messager. L'appartement en face de l'ascenseur, y a un dragon rouge sur la porte.
–Bien, bien, murmura Hojo, son esprit se détournant de sa victime terrifiée. Alors comme ça… elle était là-bas depuis tout ce temps…
Les deux messagers frissonnèrent en l'entendant marmonner pour lui-même tout en s'éloignant, Joe désirant prendre une douche plus que tout au monde, le contact du taré lui donnant l'impression d'être sale. Une partie de son esprit se demanda s'il devait lui rappeler que c'était l'appartement du Lieutenant Nokia dont il parlait… et surtout qu'il était chez lui… avant de décider qu'il valait mieux que Dr Creepy le réalise par lui-même. Et il n'avait pas envie de l'approcher de son plein gré s'il pouvait l'éviter.
Arrivé à l'étage où se trouvait sa proie, Hojo se dirigea directement vers l'appartement en question, essayant d'ouvrir la porte avec impatience, grondant avec frustration en voyant qu'elle était fermée à clé. Faisant demi-tour, il manqua les regards perplexes et inquiets des SOLDATS et du Turk présent à l'étage, dans la partie commune où se trouvaient des bornes d'arcades et autres jeux, ainsi que des distributeurs de friandises. Apercevant ce dont il avait besoin, il s'empara de la hache utilisée par les pompiers pour ouvrir les portes, et retourna en direction de son but, ignorant que le Turk avait sorti une petite caméra en le voyant faire, se disant « Oooooh, ça va être bien ! ». Il n'avait même pas eut besoin qu'on lui demande, les SOLDATS fixant la scène avec une fascination morbide assez semblable à celle éprouvée devant une collision imminent et inévitable. Voir Hojo défoncer la porte du Nid du Dragon, comme ils le surnommaient… montrait qu'il avait complètement abandonné son instinct de survie.
–Hey, on a bien vu le Lieutenant Nokia rentrer chez lui tout à l'heure, non ? Chuchota un des SOLDATS, regardant la scène.
–Avec ses courses du mois, yep, répondit le Turk, se penchant un peu plus en avant.
Regardant Hojo entrer dans l'appartement quelques secondes plus tard… avant qu'un hurlement de terreur féminin ne résonne peu de temps après… très vite suivit d'un son ressemblant furieusement au rugissement d'un dragon en colère.
Caroline venait juste de relever les yeux pour regarder l'heure… quand son cœur lui donna l'impression de s'arrêter en voyant HOJO se tenir devant elle, son habituel sourire dérangé sur le visage. Qu'est-ce qu'il fait là ? Se demanda la partie de son esprit qui n'était pas paralysée de terreur à sa vue, pensant presque qu'il s'agissait d'une hallucination… avant que le scientifique fou ne s'empare de son bras, la tirant rudement pour la mettre debout et faisant tomber son livre tout comme son lecteur de musique. Le geste fut suffisant pour briser la transe, cependant, et elle se mit à hurler, terrifiée. Hojo la fit taire d'une gifle, sifflant d'un air mauvais :
–Quel spécimen bruyant… il faudra que je te fasse taire rapidement…
Avant de se figer soudain en pâlissant comme un grondement sourd résonnait derrière lui, un frisson lui parcourant le dos. Se tournant lentement, il déglutit difficilement en voyant qui se trouvait derrière, le fixant d'un air furieux.
–LÂCHE-LA IMMÉDIATEMENT SI TU NE VEUX PAS QUE JE T'ARRACHE LA TÊTE ! Rugit Chuck, furieux, et le scientifique fou lâcha Caroline, cette dernière s'écartant de Hojo aussi vite que possible, venant se réfugier derrière lui. JE PEUX SAVOIR CE QUE TU PENSAIS TE PERMETTRE DE FAIRE CHEZ MOI ESPÈCE DE PUTAIN D'IMMONDE PILE VISQUEUSE ET CONTAMINÉE DE CROTTIN DE MALBORO ?
Le rugissement s'entendit non seulement à l'étage, faisant échanger des regards incrédules aux SOLDATS présents, mais aussi aux autres étage, celui du dessus comme du dessous, faisant se figer ceux qui s'y trouvaient.
–Est-ce qu'on vient d'entendre le Dragon rugir envers quelqu'un ? Demanda précautionneusement un 3ème Classe.
–Yep… et si c'est pas Docteur Creepy, je veux bien manger mes bottes, répondit un de ses amis.
–Avec cette description ? Qui d'autre ? Répliqua le troisième. Mais Dr Creepy est suicidaire ou quoi ?
–Je savais qu'il était taré, admit le premier, mais au point de vouloir kidnapper quelqu'un dans l'antre du Dragon ? Il a complètement disjoncté ou quoi ?
–Je sais pas et je veux pas savoir, dit fermement le second. À toi de tirer une carte, mec. Fais voler le boxer !
–Tu rêves, renifla son ami. C'est toi qui va faire tomber le slip !
–Moins de parlotte, plus de cartes, dit fermement le dernier, piochant. Et cette fois, ce sera mon tour de baiser le premier !
À l'étage du dessous, Chuck s'empara fermement du col de Hojo, le traînant derrière lui, avant de le lancer littéralement dans le couloir, lui faisant parcourir toute la longueur de ce dernier juste au moment où les portes de l'ascenseur s'ouvraient, laissant passer un SOLDAT. Celui-ci s'écarta précipitamment en voyant quelque chose voler dans sa direction… avant de voir qu'il s'agissait de Dr Creepy, comme le scientifique était surnommé par quasiment tout le monde dans la Shinra. Les portes se refermèrent sur le fou furieux étalé au sol, probablement inconscient, avec un léger « ding » qui parut presque incongru au vu de la situation. Du côté de la zone de détente, toutes les têtes s'étaient tournées pour suivre la trajectoire du cinglé, leurs propriétaires presque admiratifs devant le vol plané. Un des plus vieux SOLDATS prit alors la parole, sonnant étrangement calme.
–Et c'est comme ça, les enfants, que vous virez les déchets.
Celui qui se trouvait à côté de l'ascenseur les regarda, regarda l'ascenseur, avant de les regarder de nouveau, confus, voyant également le Lieutenant Nokia fulminer dans l'encadrement de sa porte, une tête dépassant légèrement de son côté pour regarder ce qui se passait, apparemment craintive. Le vieux guerrier gronda littéralement en direction du SOLDAT, le faisant tressaillir, avant de se détourner et de replacer sa porte défoncée du mieux possible. Le nouveau venu regarda ses amis, confus et perplexe.
–Les gars… j'ai loupé quoi exactement ? Demanda-t-il avec précaution.
–Juste Dr Creepy montrant qu'il avait égaré son instinct de survie, rien de bien méchant, répondit le Turk en ricanant. Vous voulez voir la vidéo ? Demanda-t-il avec un grand sourire amusé.
–Je sens que je vais le regretter, mais montrez voir ? Demanda le SOLDAT.
Avant de retenir un facepalm en voyant Hojo défoncer la porte de l'appartement du Lieutenant, manquant de peu l'ornement en forme de dragon qui y était accroché. Personne n'osait toucher à celui-ci, pas même les Turks, sachant qu'il avait été offert à Chuck par un des membres de son ancienne unité, aujourd'hui mort. Si Hojo l'avait endommagé… le vieux guerrier l'aurait probablement fait passer par la fenêtre la plus proche, soupçonnait le SOLDAT. Il ignorait à qui pouvait bien appartenir la tête qu'il avait entraperçue sur le côté de Nokia… et il ne voulait pas savoir. Par contre, il était prêt à parier que la vidéo des actes presque suicidaires du taré ferait le tour du building dans la demi-heure. Rappelant à tout le monde pourquoi Chuck Nokia était surnommé le Dragon. Et dans tous les cas, il voyait bien le vieux roublard faire installer une porte blindée, se dit-il en observant les dégâts. Et probablement dans la journée.
Comme le SOLDAT l'avait prédit… la vidéo du vol plané d'Hojo fit le tour de l'immeuble en moins d'une demi-heure, le Turk l'avait d'abord envoyé aux autres membres, ces derniers se chargeant de la faire circuler encore plus loin dans la compagnie. Tseng avait secoué la tête avec lassitude en voyant ça. Si ça ne prouvait pas que Hojo était un fou dangereux… il ne voyait pas ce qui pourrait le prouver. Hélas, ça ne suffisait pas pour le Président, qui était furieux de voir que quelqu'un avait humilié le scientifique en chef en diffusant la vidéo. Même si lui aussi pouvait voir que ça avait été l'idée la plus stupide de toute la carrière d'Hojo, il ne dirait pas le contraire. Même Veld avait roulé des yeux devant la vidéo, bien qu'il se demandait ce que Hojo avait bien pu vouloir faire dans l'appartement de Nokia… au point de défoncer sa porte.
Il eut sa réponse quelques heures plus tard, quand un Hojo se déplaçant encore avec précaution entra dans le QG officiel des Turks (le non-officiel dissimulé derrière une porte dérobée dans un mur), se dirigeant droit sur lui. Dissimulant une grimace dégoûtée (il soupçonnait toujours le cinglé d'avoir fait disparaître son ancien partenaire, même s'il avait été incapable de trouver des preuves… et Hojo allait trop souvent dans le Manoir Shinra à Nibelheim pour qu'il prenne le risque d'envoyer un de ses hommes enquêter), il salua le scientifique d'un air impassible. Conscient que tous les Turks présents observaient le scientifique avec une méfiance et un dégoût à peine caché.
–Professeur Hojo. Que puis-je faire pour vous ?
Le concerné le regarda avec mépris, son expression légèrement tirée par un reste de douleur. Il était de notoriété publique que Hojo considérait les gens au mieux comme indignes de son attention, au pire comme des sujets d'expérience. Finalement, celui-ci prit la parole, ne daignant même pas s'asseoir.
–J'ai besoin… que vous vous procuriez un spécimen pour moi, en imaginant que vous y arriviez, vu que vos… hommes sont incapables de mettre la main sur cette Ancienne, dit-il, son ton dégoulinant de mépris.
Veld tiqua de manière imperceptible pour une personne extérieure, remarquant la façon dont certains de ses subordonnés se crispaient… dont plusieurs en train de nettoyer leurs armes. Le scientifique fou était en train de jouer avec le feu… et le vieux Turk se demanda s'il en avait conscience, ou s'il était persuadé d'être protégé par le Président. La plupart ne le montraient pas ouvertement… mais ils étaient bien plus loyaux envers Rufus Shinra que son père. Lui, au moins, partageait leur avis sur Hojo concernant le fait qu'il soit un fou dangereux. Acquérir des… « spécimens » pour le cinglé était la chose qu'ils détestaient le plus au monde, et si l'une de ces personnes parvenait à « s'échapper »… en général les Turks désignés pour la transporter ne faisaient pas beaucoup d'effort pour la récupérer s'ils étaient dans un endroit isolé. Et concernant Aerith… même Veld rechignait à la capturer, sachant qu'elle avait passé ses premières années entre ses mains. Alors même si les Turks avaient ordre de la capturer à vue… seuls les plus fiables étaient assignés à sa surveillance, leur véritable ordre étant de veiller sur elle, pas de la capturer. Et le milicien responsable de la mort de sa mère biologique n'avait jamais été retrouvé, Hojo regrettant de ne pas pouvoir lui « apprendre » à ne pas provoquer la mort de « précieux spécimens ». Mais les Turks étaient encore moins enthousiastes pour laisser quelqu'un tomber entre ses mains. Alors ils s'étaient chargés de son cas. Et si sa mort n'avait pas été indolore… elle avait au moins été relativement rapide.
–Et de qui s'agit-il ? Demanda Veld, son ton presque vide d'émotion.
Hojo renifla avec mépris.
–Inutile de vous préoccuper de ça, répondit-il de son ton dégoulinant de mépris habituel. Tout ce dont vous avez besoin de savoir, c'est qu'elle se trouve dans l'appartement du Lieutenant Nokia…
Et là, Hojo se fit couper par un « OH BORDEL NON ! » retentissant émit par environ les 3/4 des Turks présents. Seules les plus jeunes recrues restant silencieuses, confuses, même si rien que le fait de voir les plus expérimentés frissonner à l'idée d'aller contre le Lieutenant Nokia n'aidait pas à les rassurer. Voir le scientifique faire ce qui ne pouvait qu'être défini comme un caprice parce que les Turks refusaient de lui obéir… menaçant d'aller porter la chose au Président… ne les convainquit pas plus d'accepter de lui obéir.
Il fallut malgré tout un bon quart d'heure environ pour que Hojo se calme, le taré suffisamment intelligent pour ne pas menacer les Turks de finir dans son laboratoire, surtout depuis la disparition de Vincent Valentine… et les suspicions de Veld envers lui, même s'il avait prit grand soin de faire disparaître toutes les traces pouvant l'y associer. Hojo passa encore une bonne demi-heure à essayer toutes les menaces possibles pour convaincre les Turks de se plier à sa demande, sans succès, et quitta le QG en jurant que ce n'était pas fini. Allant directement porter sa plainte au Président… qui refusa tout net d'ordonner aux Turks (ou à qui que ce soit d'autre) de s'introduire dans l'appartement du vieux SOLDAT pour kidnapper la personne en question.
Il ne croyait pas vraiment à la menace de Sephiroth comme quoi il ramperait hors de la Rivière de la Vie s'il le fallait pour se venger sur lui… mais Nokia était bien vivant… et le pervers n'avait aucun mal à l'imaginer balancer par la fenêtre celui qui oserait s'introduire dans son appartement. Et peut-être même lui-même si jamais le vieux guerrier apprenait qu'il avait autorisé ça. Provoquant une nouvelle crise furieuse de Hojo, à laquelle il tint fermement tête pour une fois, à la plus grande frustration du cinglé. Ce dernier finit par ressortir à contrecœur du bureau présidentiel, fulminant de frustration et de rage impuissante. Maintenant que ses deux principaux protecteurs étaient soit morts, soit entre ses griffes, il avait espéré pouvoir mettre la main sur la jeune femme.
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Tseng voulait presque maudire Veld pour l'avoir désigné pour cette mission, sachant qu'il y avait probablement d'autres Turks plus à même d'obtenir cette information et en étant moins en danger. Au moins il avait pu se procurer des cigares Wutaïens, histoire de ne pas approcher le Dragon les mains vides. Le vieux SOLDAT était déjà inquiétant en temps normal, les gens ne le dérangeant que s'ils n'avaient pas d'autre choix, mais là, le Turk se doutait qu'il devait être encore furieux. Ne restait plus qu'à espérer qu'il se soit assez calmé pour qu'il puisse au moins commencer à parler en premier, se dit-il tout en appuyant sur le bouton du 42ème étage.
Sortant de l'ascenseur lorsque les portes s'ouvrirent, le Wutaïen frissonna en voyant la porte de l'appartement. L'ancienne qui était abîmée (et donc hors d'usage) avait été retirée de ses gonds et placée sur le côté, un technicien se faisant aider de l'un des SOLDATS de l'étage pour mettre en place la nouvelle. À en juger par l'épaisseur et la couleur, Tseng aurait parié sa paie du mois que la nouvelle porte était blindée, et probablement avec plusieurs serrures en plus de ça, vu que le technicien en question s'occupait maintenant de marquer des formes dans le chambranle. Le SOLDAT s'empara ensuite de l'ancienne porte, s'éloignant le plus rapidement possible de l'appartement, et Tseng remarqua presque distraitement que l'ornement en forme de dragon avait déjà été replacé sur la nouvelle. Le Turk ne put s'empêcher de déglutir en voyant Nokia qui surveillait le processus, fulminant toujours clairement de rage, donnant presque à Tseng l'impression que des petits nuages de fumée s'échappaient de ses narines.
Avant de frissonner en voyant que l'attention du vieux guerrier se portait sur lui, ses yeux brillant plus vivement qu'en temps normal, montrant bien à quel point il était en colère. S'éloignant du mur, il tourna la tête sur le côté, disant d'une voix étrangement douce qu'il revenait tout de suite à une personne que Tseng ne pouvait pas voir. Avançant ensuite dans le couloir, il contourna le technicien toujours occupé à installer la nouvelle porte, venant dominer le jeune homme de sa taille. Celui-ci n'avait pas peur d'avouer qu'il transpirait à grosses gouttes malgré lui, remerciant Léviathan pour le fait que la seule personne pouvant être témoin de son stress était trop occupée pour remarquer quoi que ce soit.
–Je peux savoir ce que tu viens faire ici, morveux ? Feula Chuck, ramenant l'attention du Wutaïen sur lui, un grondement audible dans sa voix. Si tu as l'intention de t'emparer d'elle pour l'amener à Hojo… laissa-t-il traîner, faisant craquer ses phalanges, faisant frissonner Tseng.
–Non, répondit-il sur un ton égal, levant la boîte de cigares pour la monter au vieux SOLDAT, qui haussa un sourcil. Lieutenant Nokia, Veld désirerait savoir la raison pour laquelle Professeur Hojo a eut l'idée suicidaire de s'introduire chez vous… ainsi que la possibilité de clore les paris des autres Turks pour ma part… après quoi je vous laisserais ce cadeau et je m'en irais, expliqua-t-il, ne pouvait s'empêcher de prononcer le nom du fou furieux avec dégoût en frissonnant.
Chuck le regarda longuement d'un air dur, avant de hocher la tête et de faire demi-tour, faisant cligner des yeux de surprise à Tseng.
–Entre, gamin, ordonna Chuck d'un ton sec. Il n'est pas question que je discute de ça dehors, je ne tiens pas à ce que ça s'ébruite.
Lui faisant cligner des yeux derechef, avant de s'exécuter, contournant le technicien qui continuait à les ignorer, ne voulant visiblement pas attirer la colère du Lieutenant Nokia sur lui. Tseng était sur le point de reposer la question en entrant dans le salon… avant de cligner des yeux de nouveau avec stupeur en voyant la silhouette emmitouflée dans une couverture, recroquevillée sur le canapé, qui leva les yeux en l'entendant entrer.
Voilà qui explique pourquoi Dr Creepy a complètement envoyé promener son instinct de survie, se dit Tseng en regardant Caroline le fixer avec un mélange d'étonnement et de terreur, visiblement encore en état de choc après ce qui s'était passé. Le Turk laissa échapper un long soupir las malgré lui, sa main libre venant masser l'arête de son nez avec une certaine lassitude. Prudemment, veillant à garder ses mouvement aussi peu menaçants que possible, conscient que Chuck ne l'avait pas quitté du regard, il posa la boîte de cigares sur la table basse, s'asseyant sur l'angle le plus éloigné d'elle. La jeune femme jeta un regard hésitant en direction du SOLDAT, lequel avait reprit sa position vigilante contre le mur, gardant à la fois un œil sur eux et sur le technicien, mais Tseng ne se faisait aucune illusion sur ses chances de survies s'il faisait l'idiot. Il avait pu voir, tant avec Zack que Sephiroth, à quel point un 1ère Classe pouvait se montrer rapide s'il était motivé. Et si jamais il faisait un pas de travers… il passerait par la fenêtre… sans parachute.
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Tseng entra dans le quartier général des Turks avec lassitude. Et lui qui pensait que les choses ne pouvaient pas devenir plus étranges… il venait juste de se faire démontrer le contraire. Même si son éducation l'avait poussé à accepter plus facilement ce genre de choses… c'était quand même difficile à accepter. Mais il ne pouvait pas nier les preuves qu'elle lui avait montrées. Inspirant profondément, ignorant les regards des autres Turks qui voulaient plus que tout qu'il leur dise qui Hojo voulait dans le Nid du Dragon, il se dirigea droit vers Veld, lequel haussa un sourcil étonné lorsque son bras droit signa discrètement qu'il fallait qu'ils aillent dans son bureau… lequel était le seul endroit du QG qui n'était pas sous surveillance.
Hochant la tête, le vieux Turk prit la tête, fermant soigneusement la porte derrière eux et activant discrètement les runes empêchant quiconque de les espionner. Veld passait lui-même son bureau au peigne fin tous les jours, et plusieurs fois dans la journée. De cette façon, il était certain qu'il n'y avait aucun micro ou caméra dans son office… et il en trouvait au moins un exemplaire de chaque quand il le fouillait. N'étant cependant pas sorti de la journée pour le moment, il ne s'occupa pas de chercher d'éventuels mouchards, se contentant de s'asseoir et de regard Tseng… qui semblait quelque peu… lessivé, s'il devait être honnête. Il ne présentait aucune blessure apparente, cependant, ce qui rendait confus son chef quant à la raison de son état. Lui faisant signe de s'asseoir, Veld le fixa avec attention.
–Hé bien ? Demanda-t-il après quelques instants, voyant que Tseng semblait toujours hésiter à choisir ses mots. Quelles sont les nouvelles du Lieutenant Nokia ?
Le Wutaïen prit une grande inspiration avant de commencer à parler.
–Le Lieutenant Nokia… m'a donné un peu de Café de Confiance, expliqua-t-il doucement, sachant que son supérieur comprendrait.
Et effectivement, Veld se raidit instantanément. Il n'y avait qu'une seule personne portant ce nom de code, à sa connaissance… et elle était supposée s'être volatilisée un mois et demi plus tôt. Sans laisser de traces.
–Vraiment ? Dit-il lentement, son esprit tournant la situation dans tous les sens. Et où l'a-t-il trouvé ?
–Apparemment, ce serait plutôt le café qui l'a trouvé, répondit Tseng sur un ton ironique. Et quand à la personne qui l'avait… égaré, dirons-nous… elle est hors de notre portée.
Veld étrécit les yeux en entendant ça.
–Vraiment ? À quel niveau ?
–Au niveau de Minerva elle-même, semble-t-il, répondit Tseng, frissonnant sans pouvoir s'en empêcher.
Veld cligna des yeux avec surprise, sachant que le Wutaïen ne plaisantait jamais avec certains sujets, Léviathan et Minerva venant à l'esprit sans trop de problème. Sephiroth… avait aussi été un sujet avec lequel il ne plaisantait pas… tout comme Caroline. Lever la main sur la jeune femme avait été ce qui se faisait de plus proche d'une sentence de mort, avec Sephiroth comme Genesis… ces derniers se retenant uniquement parce qu'ils n'avaient pas envie de faire avec le surplus de paperasse qu'un meurtre (aussi justifié qu'il soit, parfois), leur apporterait. Même Zack n'était pas un sujet de plaisanterie parmi les Turks, le jeune homme apprécié de tout le monde… excepté Hojo, qui le haïssait pour le fait qu'il l'empêchait de mettre la main sur sa petite amie. Et ça expliquait pourquoi il avait commis l'erreur de violer le sanctuaire de Chuck Nokia. Son obsession envers la jeune femme aurait presque pu être comparée à celle que Genesis avait eue envers elle… excepté que le Mage Écarlate l'avait toujours traité avec respect avant de disparaître. Et il ne l'aurait jamais torturée.
Le chef des Turks se laissa aller dans son fauteuil avec un soupir, se massant le front tout en réfléchissant. Maintenant qu'il savait qui Chuck Nokia protégeait… il était encore moins question d'envoyer un de ses subordonnés là-bas. Les petits nouveaux… passeraient littéralement par la fenêtre, même pas besoin de réfléchir pour le voir. Et les plus anciens… refuseraient non seulement de la ramener à Hojo… mais ils pourraient provoquer la perte du département en essayant d'éliminer le taré. La raison pour laquelle ils avaient surnommée Caroline Café de Confiance… était parce que celle-ci avait souvent offert du café aux Turks qu'elle croisait. Allant jusqu'à leur demander ce qu'ils préféraient, et le tout sans la moindre arrière-pensée, semblait-il. Juste parce qu'elle le pouvait. De ce fait… la grande majorité du département l'adorait, et avait totalement refusé de la livrer au fou furieux, à sa plus grande frustration. Bloquant toutes ses tentatives de leur côté, assurant sa sécurité là où Sephiroth ou Zack ne le pouvaient pas. Et si la nouvelle venait à se répandre… il doutait que Cissnei résiste à l'envie d'éliminer le taré. Pas que ce soit une grande perte, de son point de vue, mais… c'était bien trop dangereux.
Ce qui voulait dire… qu'il fallait éliminer la fuite. L'idée… ne le ravissait pas du tout, pour être honnête. Mais mieux valait que ce soit les Turks qui se chargent de ça plutôt que Hojo. Au moins, leurs morts seraient rapides. Sortant de ses pensées, il regarda Tseng, lequel se raidit immédiatement en voyant son regard. Le reflet métallique dans ses prunelles… n'était vu que lorsqu'il prenait ses décisions les plus difficiles.
–Je suppose, Tseng, que vous savez ce qu'il vous reste à faire, n'est-ce pas ? Demanda-t-il d'un ton ferme.
–Colmater la fuite, répondit celui-ci sans hésiter. Sans laisser de traces.
–Bien, fit Veld avec satisfaction. Alors allez-y.
Hochant la tête, le jeune homme se détourna et sortit du bureau, décidé à s'en occuper le plus vite possible, avant que quiconque ne soit au courant. Moins il y avait de personnes qui savaient pour Caroline… et mieux c'était. Pour elle comme pour eux. Il ne lui fallut que quelques minutes pour mettre la main sur le Turk qui avait filmé le vol plané de Hojo, lequel répondit sans problème à ses questions, lui donnant le nom de la seule personne à être entré dans l'appartement du vieux SOLDAT ce jour-là. Il lui fallut plus de temps pour mettre la main sur le messager… ainsi que son ami lorsque celui-ci balbutia avoir parlé de ça à quelqu'un. Heureusement qu'être chez les Turks lui avait apprit à penser de manière créative, se dit le Wutaïen en sortant de l'immeuble, deux grenouilles enfermées dans une valise normalement utilisée pour transporter des papiers. Par chance, il avait trouvé une vraie mission en direction de Kalm, même s'il y avait bien moins de papiers que ne le suggérait la mallette. Son interlocuteur haussa brièvement un sourcil en le voyant sortir les papiers en question de sa poche intérieure, mais ne posa sagement aucune question, c'était bien moins dangereux avec les Turks. Et peut-être avait-il une autre mission ailleurs, se dit-il en le regardant s'éloigner.
Tseng fit un détour par l'une des nombreuses mares situées dans les environs de la ville, veillant à ne pas être suivit. S'agenouillant près de l'eau, il ouvrit la mallette, sortant une Matéria de sa poche pour annuler Stop, qu'il avait lancé sur les grenouilles afin de s'assurer qu'elles ne feraient aucun son. Celles-ci sursautèrent lorsqu'il contra Stop, coassant et sautant partout avec panique en réalisant leur situation. Le Turk les regarda froidement, les faisant taire et se blottir l'une contre l'autre.
–Si vous vous étiez tus, vous ne vous seriez pas retrouvés dans cette situation, dit-il sèchement. J'espère que vous ferez preuve de plus d'intelligence dans votre prochaine vie, déclara-t-il en refermant la valise, se remettant debout. Parce que vous avez fait preuve d'une stupidité rare dans celle-ci, acheva-t-il en se détournant, partant à grands pas.
Le temps que les deux humains devenus grenouilles sortent de leur état de choc, le Turk était hors de vue. Rentrant immédiatement à Midgar, Tseng fit son rapport à Veld, confirmant que la fuite d'informations était bel et bien réglée. Les chances pour que quelqu'un devine que ces grenouilles n'en étaient justement pas étaient proches du négatif, étant donné que les Touches-Moi n'existaient pas dans la région, étant endémiques de Gongaga. Donc le risque que quelqu'un utilise accidentellement Esuna sur les deux idiots frôlait le négatif, surtout en considérant le fait qu'il avait prit soin de choisir une mare aussi isolée que possible. Les deux messagers étaient condamnés à finir leurs jours en tant que grenouille… s'ils ne se faisaient pas dévorer avant par un monstre ou un animal. Certains auraient pu qualifier ses actions de cruelles… mais il avait conscience que dans le cas contraire, ils auraient pu finir entre les mains de Hojo. Mieux valait vivre en tant que grenouille qu'être torturé par le sadique.
Les choses se tassèrent ensuite assez rapidement, Hojo fulminant sur le fait qu'il n'avait pas pu mettre la main sur les deux messagers pendant quelque temps, avant de se calmer. Dans les années qui suivirent, Tseng garda un œil sur le scientifique fou du mieux possible malgré ses missions, essayant de le distraire lorsqu'il le voyait tenter de s'introduire dans l'appartement de Chuck. Il n'en fut pas toujours capable, même si Hojo évita de retenter le coup pendant quelques mois lorsque le Chien de Garde que le vieux SOLDAT avait recueilli essaya apparemment de lui arracher une jambe, s'il avait bien compris les marmonnements furieux du cinglé. L'évasion de Zack et Cloud en décembre 006 n'aida cependant pas sa tâche, même si les actions d'AVALANCHE permirent de distraire un peu Hojo. Le fait de devoir « tuer » Veld et sa fille l'année suivante avait poussé la majorité du Département d'Investigation plus proche de Rufus Shinra, ce dernier ayant négocié leur vie en échange. Tseng avait cependant trouvé rafraîchissant l'honnêteté de l'héritier, qui leur avait dit qu'il n'avait pas fait ça pour eux, mais pour lui-même.
Tseng… n'avait cependant jamais pu faire part de ses soupçons concernant la possible survie de Zack à Veld avant de le « tuer ». House avait été aperçu se diriger vers l'appartement du Lieutenant Nokia avec de l'équipement médical lourd le même jour où le jeune homme avait été « tué », avec deux de ses assistants les plus fiables. Le médecin ainsi que ses assistants avaient ensuite fait de nombreux aller-retours chez le vieux SOLDAT, au moins l'un d'entre eux venant chaque jour, et plusieurs fois dans la journée au début. Tseng… avait malheureusement eut trop à faire pour pouvoir passer chez Chuck et confirmer ses soupçons… mais il espérait être juste, et que Zack avait survécu. Ne serait-ce que pour Caroline. N'importe qui pouvait voir que ces deux-là étaient fous amoureux, et il ne comprenait pas vraiment pourquoi le garçon ne l'avait pas demandée en mariage. Surtout en sachant que la jeune femme acceptait totalement ses besoins, ne se mettant pas en colère parce qu'il avait besoin d'avoir des relations sexuelles avec d'autres hommes à cause de la Mako. De ce fait… il pouvait comprendre pourquoi Zack… ainsi que Sephiroth sur les derniers mois avant Nibelheim… avaient été aussi protecteurs d'elle. Il aurait fallu être suicidaire pour oser lever la main sur elle en leur présence… ce que Hojo semblait devenir, malheureusement. Se montrant de plus en plus instable.
Le Wutaïen avait presque peur pour le futur… surtout lorsqu'il avait été forcé de capturer Aerith pour la sauver de l'effondrement de la plaque. Cédant à sa demande de mettre la fillette à l'abri chez sa mère adoptive bien trop facilement pour être crédible… mais les enfants avaient toujours été sa faiblesse depuis qu'il l'avait vue pour la première fois, si petite et fragile.
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–Et voilà ce qu'il s'est passé durant ces cinq dernières années, dit doucement Caroline, caressant Trico, qui était venu poser sa tête sur ses jambes à un moment. Je dirais… que j'ai eut de la chance, en un sens.
Comme ils l'avaient promis, Sephiroth et Zack étaient restés silencieux tout du long de son récit, l'écoutant sans l'interrompre une seule fois, se contentant de la serrer doucement contre lui pour l'argenté, et de serrer sa main pour le brun. Aucun des deux… ne savait quoi dire. Leur compagne… avait tout sacrifié pour les rejoindre. Abandonnant tout ce qu'elle connaissait, sa famille ainsi que ses amis, derrière elle. Et tout ça… juste pour eux. Parce qu'elle les aimait. Une partie de Sephiroth… avait presque envie de se dire qu'ils ne la méritaient pas, et lui-même en particulier. Elle les acceptait tels qu'ils étaient, avec leurs défauts et leurs besoins, leur accordant sa confiance totale et entière. Et lui, qu'avait-il fait ? Se demanda-t-il tristement. Il avait écouté une voix mauvaise, qui l'avait poussé à détruire un village entier, tuant tous ses habitants, et il en était mort. Et pourtant, malgré ça… elle ne l'avait pas regardé avec dégoût ou rejeté. Non, elle l'avait réconforté, accepté de nouveau contre elle.
Levant les yeux, il croisa le regard violet de Zack… lequel semblait visiblement penser le même genre de choses que lui, à en juger par son sourire triste. Sephiroth… avait toujours pensé que Caroline était précieuse, et il savait que le brun aussi. Ce qu'elle venait de leur raconter… renforçait encore cette impression à ses yeux. Ce qui n'empêchait pas qu'il n'avait aucune idée de ce qu'il pourrait dire… et il était clair que le noiraud non plus.
Heureusement, ils furent sauvés par quelqu'un qui toquait à la porte. Se tournant un peu, Sephiroth vit qu'il s'agissait du Lieutenant Nokia… lequel tenait des assiettes pleines de nourriture dans son autre main. L'odeur du steak de Béhémoth flotta jusqu'à l'argenté, qui entendit son estomac gronder, lui faisant réaliser que Caroline avait parlé plus longtemps que ce qu'il croyait. Bien sûr, l'assiette destinée à l'ex-général était presque trois fois plus garnie que celle de Caroline (et plus grande aussi), rendant facile de voir pour qui était chaque assiette. Chuck ricana doucement en entendant le gémissement d'envie de Zack, lui offrant un sourire en coin.
–Désolé gamin, la nourriture solide c'est pas pour tout de suite pour toi. Et je doute franchement que ces deux-là aient envie de te laisser pour aller manger dans la cuisine.
Sephiroth put voir Caroline rougir, visiblement gênée, mais elle ne chercha pas à nier, prenant son assiette en le remerciant doucement. Lui-même ne pouvait nier que laisser Zack seul… surtout dans son état… ne lui plaisait absolument pas. Le garder sous les yeux… le réconfortait, et c'était la même chose avec Caroline. Le vieux SOLDAT ressortit rapidement de la chambre après leur avoir rappelé de ne pas tâcher les draps, les laissant en paix. Le noiraud posa d'autres questions à Caroline avec curiosité pendant qu'ils mangeaient, lui demandant des choses au sujet de son monde, restant à l'écart du sujet des jeux dont ils étaient apparemment les héros… ou le vilain dans son cas, soupçonnait Sephiroth. Mais la jeune femme ne l'avait jamais jugé. Elle l'avait traité comme un homme normal… juste avec un passé douloureux, qu'elle n'avait cependant pas cherché à utiliser contre lui. Elle avait même essayé de l'aider… et il ne pourrait jamais assez la remercier, soupçonnait-il.
Rapportant les assiettes vides dans la cuisine, il se laissa chasser par Chuck sans trop protester, voulant rester avec les deux autres autant que possible. Il cligna des yeux avec surprise, cependant, en entrant dans la chambre et en voyant Caroline avec un ordinateur portable dans les mains. Son explication comme quoi les ordinateurs portables étaient extrêmement communs chez elle les laissa sans voix, surtout en apprenant que le sien était plus orienté pour jouer à des jeux vidéos, sa puissance quasiment équivalente à celle d'une console de jeu, peut-être même plus. Sans compter le prix, qu'elle comparait à celui d'une Matéria d'Invocation naturelle. Même si, d'après la jeune femme, le sien était plutôt dans le milieu de gamme pour ceux-ci, certains pouvaient atteindre près du double en prix, avec les performances qui allaient avec. Si Sephiroth avait voulu s'acheter un ordinateur portable… il aurait été contraint de dépenser trois mois de son salaire. Un ordinateur de bureau était bien plus accessible, même s'ils étaient généralement réservés pour le travail. Alors un ordinateur dédié au jeu ? L'argenté pouvait aisément voir Reeves supplier Caroline de le laisser démonter son ordinateur pour l'étudier. Même s'il doutait que ça arrive.
Zack acquiesça avec enthousiasme quand elle proposa de regarder un de ses films préférés, et même Sephiroth devait admettre être curieux au sujet de sa culture. Il s'exécuta sans hésiter quand elle lui demanda s'il pouvait déplacer une des tables de chevet pour poser l'ordinateur dessus, aidant Zack à se redresser en plaçant des oreillers dans son dos aussi. La jeune femme lança le film, s'installant contre ses deux compagnons, se détendant. Elle aimait beaucoup le film, et espérait qu'il leur plairait aussi. Après tout… Dragons était au sujet des gens acceptant ceux qui étaient différents. Et c'était la première fois… qu'elle pouvait regarder un film avec Sephiroth aussi. Le pauvre n'avait jamais eut le temps avant, étant donné sa masse de travail. Mais maintenant… il pouvait apprendre à se détendre. Et elle ne doutait pas qu'il saisirait cette opportunité à pleines mains.
L'île commença à apparaître, Harold commentant en même temps, et elle se détendit, se plongeant dans l'univers du film, expliquant en même temps à ses compagnons ce qu'ils ne comprenaient pas.
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À suivre…
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Est-ce que Chuck est badass ? Yep. Est-ce qu'il se montrera encore plus badass dans le futur ? Vous pouvez y compter ! :D
