La poupée qui veut te buter
Base: Saint Seiya
Couple: y en a pas!
Genre: UA et Gros n'importe quoi!
Disclamer: Les personnages ne m'appartiennent pas, ils sont la propriété de Kurumada Masami
Note: Tout est parti d'un rêve qu'a fait La Pomme Verte et qui l'a raconté. J'ai eu l'inspiration tout de suite, et j'ai écrit cette histoire en deux jours. J'ai été assez inspirée et j'espère que ça vous plaira. Je vous souhaite une bonne lecture.
Occupé à son travail sur ordinateur, Shura ne vit pas sur le moment son collègue, le jeune Shiryu l'approcher.
« Shura? Voici le journal de ce matin, fit le plus jeune en déposant le papier sur le bureau chargé en documents plus ou moins ordonnés.
-Ah, merci, répondit l'informaticien au bout de quelques secondes, le temps de décoller son regard de l'écran, pour déplier sa lecture.
Dans les gros titres de la une, une sombre histoire de meurtres non élucidés, un tueur en série qui s'attaquerait à des personnes sans lien apparent les unes avec les autres, et ce, dans leur modeste ville.
-T'as vu ça, Shiryu? S'étonna le plus vieux. Tu feras gaffe en rentrant chez toi, hein? Et à ta petite copine aussi.
-Promis », assura le cadet avant de retourner travailler.
Shura s'était pris d'affection pour ce jeune homme trop sérieux lorsqu'il était arrivé dans la boite, et au fil du temps, il l'aidait à progresser dans son travail et souhaitait son bonheur avec sa petite amie, une douce jeune fille qui servait dans le petit restaurant chinois en bas de l'immeuble.
人形
Après une journée de travail pas des plus passionnantes, Shura atteignit l'immeuble dans lequel il habitait, son repas composé d'un hamburger frites dans un sac. Le quartier où il habitait était relativement bien éclairé la nuit et tranquille, tout comme sa ville... sans histoire... tout comme sa vie à lui également.
Arrivé au grillage de la résidence, il chercha dans sa poche de blouson les clés pour accéder à la porte d'entrée quand il sentit quelque chose de lourd lui foncer en plein milieu du dos. Sous le choc, et ne pouvant se courber, il tomba à genou, interdit par la violence du coup. En reprenant tant bien que mal ses esprits, il cherchait qui pouvait bien lui en vouloir, qui était la brute qui voulait le tabasser aussi gratuitement, lui, l'employé de bureau des plus insignifiants payé le minimum obligatoire et avec peu de liquide sur lui par la présente.
Agenouillé en pleine rue et cherchant du regard un homme ou quelqu'un de robuste et bien baraqué, une nouvelle douleur le lança en pleine cuisse, l'obligeant cette fois à s'effondrer sur le bitume. Comme si une batte de base-ball invisible le tabassait.
Il n'était pas du genre douillet mais il avait réellement mal tant et si bien que les larmes lui montèrent aux yeux.
Poussant un juron et essayant de comprendre ce qui lui arrivait, il vit juste devant lui sur le trottoir un petit bonhomme miniature, d'environ 20 centimètres. On aurait dit la figurine de collection d'un personnage d'un quelconque univers de bande dessinée ou de film à gros budget avec ce qui devait s'apparenter à une armure dorée recouvrant le corps, jusqu'au casque qui formait une sorte de crinière de lion. À la lumière des lampadaires, Shura distinguait aussi des petits yeux rouges remplis d'agressivité et une bouche ouverte sur des minuscules dents. Le tout formant le jouet en feutrine le plus dangereux de la planète. Était-ce lui le tueur qui sévissait en ville depuis quelques jours? Dit comme ça, cela pouvait être d'une grande stupidité, mais en ressentant à nouveau les douleurs lancinantes dans le dos et surtout dans la cuisse, le jeune homme pouvait presque y croire..
Son agresseur, lui, se tenait toujours là et ne voulait pas bouger. Peut-être cherchait-il à le frapper à un endroit qui pourrait l'achever et faire ainsi une nouvelle victime à son actif...
« Dégage petit con! s'écria la voix comme trafiquée à l'hélium de la poupée.
-... Quoi?
-T'as pas compris? Casse-toi de mon chemin, tête de nœud! Ou je te tue!
Shura, même pris entre l'incompréhension et une certaine angoisse qui montait en lui, réfléchit. Il était devant une poupée en tissu, assez violente, mais c'était un jouet. Il allait pas crever à cause d'un jouet! Ca n'existait que dans les films d'horreur tout ça. Il devait se ressaisir et ne pas se laisser faire.
-Pourquoi tu voudrais me tuer, lança le jeune homme d'un air de défi tout en se relevant non sans difficulté.
-Parce que t'as une sale tronche et que t'es sur mon chemin, évidemment!
Logique d'un jouet...
-Figure-toi que tu es aussi sur mon chemin, le nain et que je veux rentrer chez moi.
-Quoi t'habites là?
-Ca te pose un problème?... En même temps, je m'en fous. Rentre chez toi, la poupée, la petite fille à qui tu appartiens doit te chercher.
Cette dernière phrase lui valut un nouveau coup en plein creux du genou qui l'obligea à se plier à nouveau en deux.
-Putain, c'est quoi ton problème? Hurla Shura.
-Me traite pas comme un jouet à la noix, petit con, et fais moi rentrer dans ton immeuble.
-Pourquoi?
-C'est pas tes affaires.
-Alors je t'ouvrirai pas la porte, non, dit le jeune homme qui cherchait un moyen à se débarrasser de son agresseur.
-Tu connais Misty Dulézard, j'en suis sur, s'entêta la poupée. C'est une taf... un gars qui a un salon de coiffure et tout et...
-Oui c'est un habitant de l'immeuble... pourquoi?
-C'est lui mon propriétaire. Tu vas me ramener chez lui.
Shura sentait que ces paroles prononcées par la voix suraigüe du jouet tenait du plus gros des mensonges. Misty était en effet un voisin du dernier étage. Un jeune homme un brin hautain, très à cheval sur son apparence et héritier d'un père qui tenait une chaine célèbre de salons de coiffure à travers le pays. L'ayant croisé quelques fois dans la résidence et discuté avec lui, il était quasiment sur que ce Dulézard n'aurait possédé une poupée aussi sale et violente, même en guise de doudou depuis l'enfance. Car aussi bien on pouvait aimer une vieille peluche moche qui avait subi les cruautés du temps et de toute l'affection d'un tout petit, autant cette poupée... comment pouvait-on ne serait-ce qu'une seule seconde un bonhomme miniature avec une force irréelle qui cherche à agresser les gens autour de lui? Dans son enfance, Shura avait trainé des années durant une petite chèvre en peluche qu'il aimait plus que tout. Biquette, qu'il l'avait affectueusement nommée. Désormais restée chez ses parents, elle n'était plus toute aussi blanche que sur les photos qu'il regardait datant de l'époque où elle était encore neuve, sa queue et le bouton servant à faire un œil n'étaient plus là, mais jamais il ne lui aurait fait du mal... et inversement. Et jamais il n'aurait pensé que des jouets pouvaient prendre vie et se balader dans la rue, agressant de surcroit les passants.
Aussi, il ne croyait pas un traitre mot de ce que disait ce guerrier de feutrine, et il se devait d'être plus malin, pour éviter au moins que son voisin ne fusse violenté à son tour...
-Bon tu te bouges le cul ou tu veux que je t'aide? Rugit la poupée, le sortant de ses pensées.
Après quelques secondes d'hésitation, Shura répondit:
-C'est d'accord, tu viens avec moi, mais je te porte. Hors de question que tu traines dans les couloirs en liberté.
-T'as pas confiance?
-Pas du tout. »
Sur ces paroles, il se baissa, oubliant les douleurs lancinantes surtout dans sa cuisse, pour saisir le jouet et l'enfermer dans la sacoche qu'il prenait pour sortir en général, et, faisant fi des vociférations de la voix stridente et des tentatives de coups au travers de du cuir de la pochette, il pénétra dans la résidence, direction son appartement à lui.
人形
Une fois rentré chez lui, Shura déposa son repas bien refroidi, à cause du temps perdu par son agression surprise sur le comptoir de la cuisine et sa sacoche négligemment dans le canapé. La voix suraigüe continuait ses lamentations tandis que l'informaticien fouillait dans un placard pour trouver ce dont il avait besoin: une vieille boite à chaussure et du ruban adhésif hyper résistant.
Il revint vers le jouet qu'il sortit du sac et qui se débattait comme une bête féroce tandis que le jeune homme le tenait entre deux doigts par un bout de son armure en feutrine.
« Enfoiré! On est où? hurlait la miniature
-Chez moi, en attendant, répondit Shura.
-Tu m'as menti sous raclure de...
-Bon, ça suffit les insultes!
-T'avais promis de m'emmener chez ton voisin! Qu'est-ce qu'on fout chez toi, bordel?
-Je t'ai rien promis du tout. J'ai juste accepté d'ouvrir le portail de la résidence. Et tu lui veux quoi à Misty au fait?
-Jveux lui casser sa petite tronche! Comme j'aurais du le faire avec toi direct...
-Et pourquoi donc tant de haine pour un si petit gabarit?
Shura prenait un ton plus léger pour lui parler, étant en position de force à tenir la poupée si loin du sol, et s'amusant à le voir gigoter dans tous les sens, impuissant.
-C'est pas tes affaires, ducon!
-Oh que si! Tu m'as fait super mal, donc je me sens concerné. Et même si je ne connais pas bien ce Misty, je n'irais pas laisser un nain de jardin comme toi aussi agressif ni en liberté dans la rue ni dans mon immeuble.
-Tu fais chier... cria la poupée comme à bout de force.
-Alors, tu me réponds? Pourquoi tu veux attaquer mon voisin?
-Parce que.
-Mauvaise réponse », termina le jeune homme qui enfonça le petit guerrier dans la boite à chaussure et le bloqua de son pied qui se faisait bombarder de coups.
Il avait mal, extrêmement mal, mais il devait dérouler le scotch pour faire taire ce petit monstre en enroulant le ruban autour de sa bouche d'abord et puis tout le reste du corps ensuite. Sachant que les jouets n'avaient pas besoin d'oxygène pour respirer, sans la moindre once de culpabilité, il le ligota de plusieurs tours et referma la boite à chaussures pour de bon.
Il entendait par moment des petits couinements étouffés comme ceux d'une souris, mais rien de bien gênant.
Le jeune homme avait envie de réfléchir au calme. Il détenait chez lui certainement le coupable des crimes des derniers jours. Mais fallait-il emmener la poupée à la police et expliquer qu'un jouet pouvait être si meurtrier? Ou devait-il lui même tenter de maitriser ce démon lui même?
人形
Shura n'avait pas dormi de la nuit, se tournant avec difficulté à cause de l'énorme bleu qu'il avait à la cuisse et se demandant ce qu'il allait faire de la poupée, et de toute cette histoire dans laquelle il avait involontairement été impliqué. Il arriva sur son lieu de travail en retard, car il n'avait vraiment pas entendu son réveil sonner. Ce jour là aucune motivation dans son travail, aucune envie de s'occuper de son cadet Shiryu, toujours préoccupé par les événements de la veille...
La poupée!
Il ne l'avait pas entendue hurler à la mort cette nuit, ni ce matin. Peut-être dormait-elle comme les humains? Peu importait... Le week-end approchant, il pouvait se permettre de paresser un minimum devant son ordinateur, et profita pour chercher des informations sur les victimes du diable en feutrine.
Selon le site regroupant les faits divers, il y eut cinq personnes décédées des suites de coups violents sur tout le corps et strangulation avec du fil très fin, notamment du fil pour canne à pêche pour l'un, un certain Sorrente, étudiant en musicologie et flutiste prometteur. Une autre personne reçut une fourchette en plein milieu de la gorge. Une jeune femme se prénommant Freya retrouvée ainsi par sa sœur au moment du repas.
La poupée était une créature du démon, si elle était réellement l'origine de ces morts.
Il aurait deux jours pour l'interroger. Pour le moment, elle était immobilisée dans la boite à chaussures, ligotée d'épais ruban adhésif. Prendre le temps de rassembler le plus grand nombre d'informations pour ne pas laisser le temps de se faire agresser.
人形
Néanmoins, tout ne se passa pas comme prévu. De retour chez lui, Shura lâcha ses sacs de courses pour se boucher les oreilles: la voix stridente de la poupée retentissait dans tout l'appartement. Il le compris lorsqu'il croisa un de ses voisins de palier qui s'inquiétait de savoir si c'était la tuyauterie qui émettait ces curieux sifflements qu'il entendait depuis le mur mitoyen.
Le jeune homme comprit tout de suite ce qu'il se passait, et ouvrant la porte, fut stupéfait de voir la boite à chaussures rebondir maladroitement dans la pièce principale.
La poupée avait une telle force qu'elle avait ouvert le placard et s'était dégagée de sa prison. Mais toujours enfermée dans sa plus petite geôle, heureusement.
L'idée horrible de la lancer par dessus le balcon depuis son cinquième étage lui traversa l'esprit une demi seconde, mais... si quelqu'un d'autre tombait sur le jouet et se faisait tuer...
Shura t'es vraiment trop gentil...
La boite buta contre ses jambes. Bon d'accord, premièrement, calmer l'esprit qui animait ses propres affaires, quand bien même il ne les utilisait pas. Déjà que sa situation était bien au delà de l'étrange. Et se munir du rouleau de scotch.
Il prit également dans un des placards de son coin cuisine un grand saladier, et, ouvrant la boite à chaussures, il vit la poupée le fusiller de ses petits yeux rouges. Il était presque content qu'elle ne fusse qu'en feutrine. Si ça avait été un robot autant lui que son appartement auraient été désintégrés.
Ainsi, il détacha délicatement le jouet du carton qui se mit à crier toujours plus fort et tentait de se débattre. Il le prit entre ses deux doigts, le cala contre un rebord du saladier, rajouta une autre dose de scotch.
Dans un tiroir près de la gazinière, il sortit une paire de ciseaux et se rapprocha à nouveau de la poupée qui poussait sa voix dans le plus aigu qu'elle le pouvait, le regard semblant être un mélange de rage et de peur.
« Je vais pas te couper en deux, fit Shura. Je veux juste qu'on parle. Tu es d'accord pour parler, hein?
Pour toute réponse les cris continuaient crescendo comme si la poupée essayait de reprendre son souffle.
Les jouets ne respirent pas. Bon il est vrai qu'ils ne sont pas sensés s'attaquer sauvagement aux humains non plus.
-Je me répète, on va discuter, et je vais juste ouvrir le scotch autour de ta bouche, c'est tout.
Les petits yeux rouges perdaient en leur férocité lentement.
-Pas te tentative de coup de boule, c'est d'accord? Insista Shura.
Un cri retentit. Certainement pour sceller l'accord entre les deux. De ce fait, le jeune homme approcha les ciseaux près de la feutrine rose pâle du visage et découpa délicatement l'adhésif sur trois endroits et le retira d'un coup sec.
-Wouah putain, c'est pas trop tôt! s'écria la poupée. Bon file moi à bouffer je crève la dalle depuis hier moi!
-Depuis quand ça se nourrit, une poupée? Demanda Shura incrédule.
-Cherche pas, et ramène la bouffe. Si t'as un steak saignant avec des patates rissolées à la persillade ou juste une omelette au fromage qui traine...
-Et tu veux pas du foie gras non plus?
-Tu as ça?
Cette fois, ce fut Shura qui lança un regard méprisant sur le jouet.
-Je t'ai détaché la bouche juste pour savoir pourquoi t'as buté toutes ces personnes.
-Pourquoi jte le dirai? C'est pas ton problème...
-Oh que si. Je suis impliqué désormais dans les conneries que tu as faites, je veux tout savoir.
-La bouffe d'abord.
-Alors pour toi comme pour moi, mon petit, ce sera pâtes carbonara et rien d'autre.
-Merde... je suis tombé sur un pauvre.
-Ta gueule, lâcha le jeune homme excédé, alors qu'il mettait de l'eau dans la casserole.
Ce fut la cuisson de macaronis la plus longue de la vie de Shura. Comment un jouet pouvait-il trouver autant de vocabulaire pour critiquer sa manière de cuisiner de simples pâtes? Et en mots vulgaires, il en connaissait tout un rayon...
Au bout d'une bonne demi heure où il enchainait entre la confection de son repas et le ramassage du saladier – dieu merci il était en plastique – qui se renversait bien trop souvent à cause de l'énergie incroyable de la poupée, le jeune homme s'installa dans son canapé avec son plateau repas et son otage miniature.
-Tu sais que tu vas devoir me donner à manger à la cuillère, nargua ce dernier.
-Comment tu t'appelles, au fait? Fit Shura, ignorant la provocation. Tout bon jouet qui se respecte doit avoir un nom au moment de leur conversation.
-A la base, mon enfoiré de créateur m'avait appelé Léo. Ça c'était quand j'étais un pauvre gland avec mes boudins roses pour les bras et les jambes et le corps juste noir. Après, il m'a collé cette armure de fou et il m'a renommé Aiolia. Ça fait plus guerrier et c'est mieux.
-Tu n'aimes pas non plus ton créateur?
-La bouffe.
-Quoi?
-Refile la bouffe et t'en sauras plus.
Shura soupira et apporta au dessus du saladier une cuillère à café remplie de pâtes et de morceaux de lardons. Au moment de donner la béquée au petit teigneux, il se ravisa.
-Allez, déconne pas, hurla ce dernier.
-Juste, tu me joues pas de tour avant ou après?
-Oui... c'est bon... je sais que t'as l'air vraiment neuneu comme ça, mais tu vois bien que je peux pas t'éclater ta tête.
Le jeune homme soupira et donna à manger à la poupée.
-Putain c'est chaud...
-Si tu soufflais...
-Ferme ta bouche toi...
Aiolia souffla sur les pâtes et engloutit le tout. Au bout de quelques secondes, il reprit la parole de sa petite voix:
-Ca va... c'est pas trop dégueu.
-Tu voudrais me parler de ton créateur?
-C'est un vieux frustré de la vie qui a joué au sorcier pour se venger en gros. Et c'est Bibi qui doit se taper tout le boulot pour pas éveiller les soupçons.
-Je dois admettre... Mais tu sais tout de ses agissements, du coup? Il doit se demander où tu es passé...
-Mollo sur l'interrogatoire! Donne à manger d'abord.
-D'abord, tu me laisses manger mon repas.
Tout en râlant intérieurement que ses macaronis eurent refroidi, Shura se demandait si toute la violence de ce petit Aiolia était volontaire – tant faudrait-il qu'un jouet ait une volonté propre – et si c'était en fait son fabriquant qui voulait rendre son œuvre aussi meurtrière pour ses propres desseins.
Il vida son assiette jusqu'à ce qu'il ne reste que quelques pâtes pour les donner à la poupée. Même en danger avec ce meurtrier miniature, il devait tenir sa parole, pour rester en vie et surtout découvrir la vérité sur les assassinats.
Se tournant vers le saladier, il remarqua que plus rien ne bougeait, plus rien ne râlait. Le silence régnait en maitre dans la pièce. Le petit guerrier s'était endormi.
En l'observant de plus près, avec toujours cette méfiance que le diable ne se réanime par surprise, il remarquait le souci du détail dans chaque point dans la feutrine de chaque couleur. Rose pâle pour la peau, en effet, des petits bouts de marron très clair pour la chevelure qui partait dans un effet ébouriffé sur l'arrière, du jaune doré avec des nuances çà et là pour le casque en forme de crinière et le reste du corps. Il y avait du y avoir de heures de travail pour fabriquer ce jouet et autant pour rechercher la manière de l'animer sans fil comme l'étaient les marionnettes ordinaires. Et aussi, un sacré génie pour lui offrir une volonté propre, ainsi que des réactions et un vocabulaire très humains.
Pourtant immobile, Aiolia était adorable, et Shura, s'il avait été bien plus jeune comme à l'époque où il était un écolier, il aurait bien voulu l'avoir pour jouer avec. Lui avait toujours adoré les jeux de construction surtout de châteaux médiévaux, il avait ce héros invincible pour protéger ses autres personnages. Il n'avait jamais eu de véritables amis, et la solitude ne le dérangeait pas, préférant se plonger dans ses rêveries et s'imaginer être un chevalier à la table ronde des légendes Arthuriennes par exemple.
Sentant la fatigue l'envahir à lui aussi, il débarrassa son plateau repas, et partit se coucher, laissant le mini endormi sur la table basse. Par précaution, il déposa un petit morceau de ruban sur le visage, prenant garde de ne pas le réveiller.
人形
Une pluie de cailloux s'abattait sur Shura, alors qu'il était poursuivi par des aigles féroces voulant le tuer... Cela faisait longtemps qu'il n'avait pas fait un rêve aussi intense et, ouvrant les yeux difficilement, il ressentait la douleur encore de ces pierres qui lui tombaient dessus et une impression que son visage s'étirait sur le milieu. Et puis il tomba nez à nez, littéralement avec des petits yeux rouges sang qui le dévisageaient, le corps de la poupée assis sur le torse du jeune homme, et les petites mains tenant de trop longues baguettes pour manger qui commençaient à pénétrer dans ses narines.
« Bonjour grosse larve! furent les doux mots pour réveiller Shura de la part de Aiolia.
L'informaticien en week-end en théorie sortit un bras de sous sa couette et attrapa le jouet dans le dos. Pour toute réponse, les insultes fusèrent.
-Comment tu t'es libéré? Articula Shura en tentant de retrouver ses esprits.
-Tu crois que me coller à un saladier bon marché va m'arrêter? Allez, bouge ton gras et va me faire le petit déjeuner. J'ai pas trouvé de café dans le placard où tu mets tes produits de nettoyage.
-Parce qu'en plus t'as fouillé mes placards?
-Faut ce qui faut... et puis faut que je trouve un truc plus lourd que tes manga débiles pour te réveiller à te lancer à la figure...
Se redressant non sans peine, Shura fixa Aiolia. Il avait toujours son regard méchant, mais malgré les insultes, son ton s'était un peu adouci. L'intermédiaire entre la poupée inanimée et le tueur modèle réduit.
-Bon, t'es prêt à me raconter tous les meurtres que tu as commis et me parler de ton créateur?
-Alors tu te calmes, et le marché de hier continue. Tu me fais un bon café au lait et on voit ça. Mais d'abord, va te brosser les dents, tu schlingues la mort.
-Encore une remarque comme ça, le nain, menaça Shura et je reprends mes ciseaux pour te découper en mille morceaux.
-T'as pas les couilles.
Se sortant des draps et étouffant un hurlement en butant une pile de livres contre ses orteils sans défense, le jeune homme, toujours dedans entre les doigts la poupée, se dirigea hors du coin aménagé pour dormir et approcha du plan de travail de cuisine, duquel il sortit les ciseaux de la veille.
-Ok ok! s'affola Aiolia. Tu peux me faire un café au lait... ''s'il te plait''?
-Si c'est si gentiment demandé...
Le petit guerrier siffla quelque chose d'inaudible, probablement une énième insulte ignorée par son hôte qui préparait le petit déjeuner.
Étrangement calme, le jouet attendit l'arrivée des deux bols, enfin un bol de taille humaine pour Shura et une sorte de mini récipient tenant plus du capuchon de bouteille pour lui.
-Ca te convient pas, c'est ça? Remarqua le jeune homme devant la tête impassible de la poupée. J'ai pas plus petit pour toi, alors tu te contenteras de ça.
-Juste... tu savais toi que dans le café au lait, il y avait normalement du lait...?
Sans répondre à la provocation, une goutte de lait perla dans son petit bol, sans même un merci en retour. Le petit guerrier engloutit sa boisson et un sourire satisfait apparut sur ses petites lèvres. Pas celui d'un tueur psychopathe, celui après un instant de bonheur des plus simples, et la lueur rouge perçant qu'il y avait dans ses yeux semblait s'être atténuée.
-Bon, fit Aiolia après un soupir de contentement. C'est pas tout ça, mais je vais pas rester trop longtemps ici moi. Te vexe pas hein...
-Qu'est-ce que tu comptes faire?
-Ben péter la tête à ce Misty Dulézard bien sur.
Shura déglutit difficilement son café encore chaud, abasourdi par la déclaration.
-Tu penses encore à tuer des gens?
-Ah ben je dois d'écouter mon créateur...
-Et je vais t'en empêcher!
-Comment? T'es tellement bonne poire que tu culpabiliserais d'écharper un pauvre petit jouet en feutrine si choupinet tel que moi. Et si tu me vires, c'est par la porte d'entrée. Tu me laisseras le champ libre pour aller dégommer ton voisin!
En se levant, l'informaticien attrapa à nouveau la poupée qui se débattait et jurait encore et toujours, et, ouvrant la porte du balcon, s'avança près de la balustrade.
-Tu vas pas oser... Déconne pas là...
La petite voix d'Aiolia montait dans les aigus.
-Et pourquoi pas? Après tout j'ai pas demandé de t'avoir dans ma vie.
-Oui mais... Ste plait... C'est pas bien de jeter les gens par dessus b... »
Le jouet n'eut pas le temps de finir sa phrase qu'il s'envola depuis le cinquième étage et fit une chute jusqu'en bas, en criant de sa voix stridente.
Shura ne prit pas la peine de regarder. Ce cauchemar avec ce petit tueur était désormais loin... enfin presque. Il avait encore bien mal à la cuisse, avec cette attaque gratuite lors de leur première rencontre, l'avant veille au soir. Mais cela aussi disparaitrait avec le temps.
À présent, il fallait ranger un peu son appartement. Son saladier, ainsi que quelques manga étaient éparpillés au sol, sans parler de la boite à chaussures gisant près de la cuisine ou même les restes de scotch dont Aiolia s'était délivré. S'il n'avait pas cette soif de vouloir tuer absolument, peut-être qu'il aurait été un petit chevalier lion adorable comme tout.
Saisi d'une infime once de remords, le jeune homme revint sur le balcon. Juste pour savoir où avait atterri la poupée. Mais, parcourant du regard l'esplanade qui servait de cour d'accueil et de parking de la résidence, il ne distinguait aucun point jaune en bas. C'est pourquoi il retourna à l'intérieur.
Il entendit au loin le monstre qui servait de chien du concierge. Une sorte de loup pas très engageant pour aucun des résidents et qui aboyait rarement. Mais comme ce matin, cet animal avait son accès de nuisance sonore. Le week-end en plus...
Tiens, bizarre... Le molosse s'était mis à couiner d'un coup et plus rien.
D'habitude, ses séances duraient bien cinq longues minutes qui paraissaient cinq heures, jusqu'à ce que le gardien sorte pour l'emmener promener.
Shura décida de ne plus s'occuper de cela et une fois le ménage fait, il décida d'aller se doucher.
Mais en fait non. On frappa à sa porte.
En allant ouvrir, il ne remarqua personne en face de lui.
« Plus bas, tête de pioche.
Cette voix aigüe. Aiolia
-Qu'est-ce que tu fais là?
-La ferme.
La poupée entra sans attendre l'invitation et partit se réfugier dans le placard de rangement là où elle avait passé sa première journée ici, ligotée dans une boite à chaussures.
En la rejoignant, l'informaticien la découvrit assise dans un coin, ses petits genoux contre son plastron de feutrine, et le regard dans le vague.
-Pourquoi tu es revenu ici?
Pour toute réponse, le petit guerrier tourna le dos à Shura.
-Quand tu auras fini de faire la tête, tu le diras... »
人形
La journée se passa calmement... bien trop pour le jeune homme conscient d'héberger un tueur dangereux dont la taille était inversement proportionnelle à la cruauté de ses crimes et ses accès de violence.
Il faisait beau ce jour là, mais il n'avait pas envie de sortir. Surtout pas, toujours en rapport avec le jouet dans son placard. Il avait cette impression de garder un petit neveu turbulent qui était parti bouder dans son coin parce qu'on lui avait refusé un de ses caprices quel qu'il fut.
Mine de rien, si on enlevait son sale caractère et son envie de tuer, on n'était pas loin de la vérité. Quand bien même Shura était fils unique.
En ce milieu de l'après midi, il décida de se préparer une tasse de café pour accompagner sa lecture d'un roman historique passionnant, quand il y eut du mouvement dans le placard.
Sans y prêter grande attention, le jeune homme retourna à son observation des gouttes de liquide noir tombant dans son mug quand il sentit son pantalon de survêtement se faire tirer vers le bas.
Avec le réflexe de le retenir avant qu'il ne se retrouve sur ses chevilles, il découvrit Aiolia à ses pieds.
« Je peux aussi avoir du café... s'il te plait...? »
Shura soupira en voyant le petit guerrier qui n'avait plus d'éclat meurtrier dans ses yeux rouges.
Ils les installa dans le canapé, avec une tasse pour l'un et un petit gobelet dans lequel une goutte de lait fut rajoutée pour l'autre.
« Pourquoi tu es revenu? Tenta le jeune homme sans aucun espoir d'une réponse décente.
-... J'ai nulle part où aller, répondit Aiolia, la tête cachée derrière sa boisson comme s'il était honteux.
-Tu veux pas retourner chez ton créateur?
-... pas tant que j'ai pas buté Misty. Or ce con est parti en voyage à l'étranger. C'est le clochard de gardien de ton immeuble qui en parlait à une vieille quand j'avais réussi à rentrer.
-Tu as donc croisé Fenrir...
-Oui et le truc qui lui sert de chien de chasse. Que j'ai d'ailleurs tabassé.
-Tu as quoi?
Au fur et à mesure qu'il parlait, Aiolia semblait retrouver de son énergie et de son insolence également.
-Quand tu m'as jeté comme une merde du balcon, ce truc est venu me baver dessus, je me suis énervé, et il a aboyé comme un connard, donc je lui ai mis une latte dans sa tête, ça l'a calmé direct.
Shura regardait la poupée stupéfait. Sans faire exprès, il avait réalisé le vœu de chacun des habitants de l'immeuble qui en avait tellement marre des hurlements de ce chien.
-Et que comptes-tu faire, maintenant?
-... je sais pas. Mon créateur m'a dit que le prochain était Misty Dulézard et que je devais pas revenir avant de l'avoir éclaté. C'est tout.
-Tu peux pas revenir sans l'avoir fait?
-Non. Sinon il me charcute comme toi t'as failli le faire avec tes ciseaux de la mort!
-Je croyais qu'un fabriquant de jouets aimait ce qu'il faisait et donnait toute son âme dedans.
-Ben lui c'est toute sa haine, et c'est à cause de ça que je me suis retrouvé à tuer ou laisser pour morts les gens sur mon passage quand j'avais une cible précise.
-Tu veux dire ce flutiste et cette jeune fille? Qu'avaient-ils en commun?
-C'était des gosses de riche, comme ton voisin.
-Ton créateur s'en prend surtout à des gens fortunés en fait. En plus de dommages collatéraux. C'est quoi son nom?
-Saga.
-C'est tout?
-Tu veux que je te dise quoi d'autre? Je suis qu'un jouet un peu con qui, quand on lui dit qu'il doit aller tuer quelqu'un, il le fait, sans réfléchir...
Aiolia avait vraisemblablement dit ces mots comme s'il regrettait, comme s'il ne voulait plus de ces obligations. Pourtant, si un jouet pouvait penser, ressentait-il aussi de la culpabilité?
-Si on arrive à coincer ce Saga, suggéra Shura, tu ne seras plus obligé de tuer.
-Pourquoi tu fais ça pour moi?
-Et toi? Pourquoi t'es revenu dans l'appart après ta chute du balcon?
-Ca va, ferme la... et donne du café encore. »
人形
La cohabitation entre l'informaticien et la poupée n'était pas au beau fixe, mais d'un commun accord, ils allaient tenter de coincer ce fabriquant de jouets. Et après des recherches sur le net, ils trouvèrent les coordonnées exactes de la boutique de ce Saga. Car même si Aiolia connaissait le chemin à faire avec ses petites jambes en feutrine, il ne connaissait pas forcément l'adresse. Ils avaient au moins ça et le nom de cet homme.
« Saga Gemini, répétait Shura.
-Ouais comme Gemini Cricket dans le conte Pinocchio, il disait souvent. C'est le même personnage.
-Euh... non, Gemini Cricket, c'est la conscience de Pinocchio. Son père, le fabriquant de marionnettes, il s'appelle Gepetto.
-... et il est plus con que toi, en plus... c'est bon, tu m'as convaincu, on va l'arrêter.
-La poupée se rebelle?
-La ferme! »
Tous deux décidèrent de mener leur tentative d'opération le lundi suivant, après le travail de Shura, la boutique étant ouverte une ou deux heures encore jusqu'en toute fin d'après midi.
人形
Une nouvelle semaine débuta et Shura, accompagné de sa poupée devenue moins agressive quoique toujours aussi peu polie passa une journée de travail pas vraiment productive.
Dans quoi s'était-il embarqué?
Déjà qu'il regrettait d'avoir emporté Aiolia avec lui, mais c'était pour gagner du temps. C'était idiot de faire l'aller retour à son appartement pour le récupérer.
Puis, sous les menaces du modèle réduit, il céda aux caprices pour le poser sur sa table de travail. Là, encore, il regrettait ce geste, surtout lorsque son petit protégé venait le voir
« C'est un cadeau, mentit l'informaticien en répondant aux questions de Shiryu. Une voisine de l'immeuble qui l'a fait.
-C'est bizarre, ces yeux, on dirait qu'il va nous massacrer du regard, constata le cadet.
Shura, comme pour vouloir cacher le visage et étouffer d'éventuelles insultes qui sortiraient de la bouche du jouet, posa sa main grande ouverte dessus et prenait sur lui pour ne pas montrer les douleurs que lui procuraient les mordillements et les coups de Aiolia qui se défendait.
-Bon allez, retourne bosser.
-D'accord.
-Ah, et tu pourras prévenir que je devrais partir plus tôt. J'ai une affaire de famille à régler.
-Je le ferai... ce n'est rien de grave, au moins?
-Ne t'inquiète pas, Shiryu.
Une fois le plus jeune parti, Aiolia se dégagea avec ses petites jambes de la main de Shura.
-Pas parce que tu peux m'écrabouiller que tu dois le faire, se plaignit le jouet.
-Parle moins fort.
-Et c'est qui le beau ténébreux qui est venu? Ton petit copain?
-Une autre réflexion du genre, je te scotche dans mon sac. Patiente jusqu'à 16h et on pourra partir. »
人形
A l'heure prévue, Shura et Aiolia partirent du bureau, direction la boutique de jouets de ce Saga. Le trajet n'avait duré que quelques minutes à pied et ils se retrouvèrent dans une petite rue peu fréquentée du quartier commerçant, face à la vitrine sombre d'un petit établissement coincé entre un magasin de mode ciblée pour adolescentes et un cabinet d'assurances aux éclairages visibles de l'autre côté du carrefour. C'était le genre d'endroit tellement discret que personne ne pouvait le remarquer à moins d'y aller avec un but précis. Comme le jeune homme et la poupée.
Tout en s'approchant, on ne voyait pas d'enseigne pour le magasin, et la vitrine composée d'une fenêtre à plusieurs carreaux semblait être ornée de toiles d'araignée. Et pourtant sur la porte d'entrée en vieux bois, il était écrit ''Ouvert''.
« Bon c'est quoi le plan, demanda Shura.
-Tu me laisses entrer d'abord. Il y a une cloche pour annoncer les clients. S'il t'entend débarquer, toi le gus qui a pas la tronche d'un fan de jouets anciens et moches, ça risque d'être assez louche. Tu me laisses faire, tu regardes par la vitrine, et dès qu'il a le dos tourné, tu déboules et moi je lui en mets une. Je sais où il y a de quoi l'attacher, donc une fois que je l'ai immobilisé, on avise.
-Tu es sur de toi? Je veux dire, ça reste ton créateur, il doit connaître ta force.
Aiolia hésita un instant.
-... on s'en tient à ce que j'ai dit et si y a un problème, on le chope tous les deux, finit-il par répondre.
-Tu ne le tues pas, hein?
-Pourquoi?
-Il doit passer aux aveux.
-Et après...?
-Vas-y entre dans la boutique, je te couvre. »
Le petit guerrier sauta de la sacoche de Shura et de toutes ses forces, poussa la porte d'entrée de la boutique qui déclencha le son d'une clochette aussitôt.
De son côté, dans la rue, l'informaticien sortit son téléphone, faisant mine de le consulter pour ne pas laisser paraître qu'il surveillait l'intérieur. Au travers des carreaux très sales, il apercevait une ombre imposante approcher qui se révéla au fur et à mesure. Un homme avec une longue chevelure sombre, noire ou grise, impossible de le définir de là où il se trouvait et une étincelle assez malsaine dans le regard dont la couleur était indéfinissable. Il devait être vêtu d'une longue veste... probablement bleu foncé. Ce devait être ce Saga Gemini, celui qui avait fabriqué Aiolia.
Il fit de la place pour que la poupée puisse sauter jusque sur le rebord de la table, et à priori une discussion commençait. Relativement calme au début, le grand homme semblait s'agiter, frapper ses poings sur la table... Il se redressait, comme s'il ne prêtait plus attention à sa création et partait vers ce qui devait être une étagère ou un meuble de rangement.
Aiolia, lui, s'était tourné vers la fenêtre, vers Shura qui était dehors et, de ses petits bras faisaient des signes.
C'était le moment.
Le jeune homme entra précipitamment dans la boutique et sans trop réfléchir, il ceintura Saga par derrière.
Comme il s'en doutait, à cause de son manque de force physique et du fait qu'il n'avait aucune notion en sport de combat ou de lutte, le marchand de jouets, grâce à son imposante carrure se libéra facilement, plaqua à son tour Shura contre le meuble non sans violence.
Ce dernier sentit alors un frisson le parcourir en voyant ce regard fou, encore plus fou que les yeux de Aiolia. Devant lui se trouvaient deux pupilles rouge rosé n'inspirant que la terreur.
« Qui es-tu, fit Saga d'une voix grave qui résonnait jusque dans les entrailles de l'informaticien.
Il était lui même incapable de décliner sa propre identité face à ce personnage irréel, terrifiant... Détailler les traits tirés par la colère, les longues mèches grises qui tombaient çà et là, ne pas crier malgré l'envie de le faire, tout cela lui était possible. Mais c'était comme si sa voix s'était effacée d'un coup, laissant place à la frayeur.
Dans quoi s'était-il embarqué? Toujours et encore cette question. Pourquoi avait-il suivi Aiolia? Et lui, où était-il et que faisait-il?
Au cours de ces secondes qui paraissaient infinies, incapable de répondre à ces interrogations, la prise des épaules par le fabriquant de jouets se desserra d'un coup, si bien que en un réflexe, Shura se dégagea, le poussant de toutes ses forces.
Saga recula comme déséquilibré, et reçut comme venu de nulle part, une frappe du poing minuscule de Aiolia, apparemment d'une violence telle que le grand homme s'effondra par terre.
Le petit guerrier, sans attendre une contre attaque, bondit à nouveau et retomba sur son créateur, son coude s'enfonçant dans le velours bleu marine du gilet, et arrachant un effroyable cri de douleur. Et, comme peu satisfait de sa performance, il s'apprêtait à lui donner des coups de pieds, une fois de retour au sol au niveau du bas du dos.
Shura, n'en pouvant plus de cette violence gratuite, attrapa la poupée par derrière entre ses doigts. Ce dernier ne mit pas longtemps à se faire entendre:
-Mais laisse-moi, triple buse, protestait la voix stridente. J'allais le finir là!
-Tu allais le tuer surtout! On avait dit qu'on le laissait vivant. Il doit avouer ces meurtres dont il est la cause.
Le jeune homme, se devait de réfléchir vite. Le propriétaire de la boutique pouvait à tout moment récupérer assez de forces pour les immobiliser eux.
-Tu disais que tu savais où on pouvait trouver de quoi l'attacher?
-Oui, va au fond, dans la remise, y a des cordes qui trainent un peu partout, renseigna Aiolia.
-Surveille-le, je reviens.
L'aller retour ne dura que quelques secondes, et en effet, il était de retour avec plusieurs longues cordes.
-On va faire quoi? Demanda le petit guerrier.
-Tu pourrais m'aider à le relever pour l'emmener à sa chaise de bureau?
-Je lui donne des coups de pieds pour que sa carcasse puisse avancer?
-NON!
-Dans ce cas, je pourrai pas t'aider non. Je sais taper très fort, je saute hyper haut, mais je suis pas assez costaud pour soulever un tas pareil...
Il fallait trouver quelque chose, absolument et dans l'immédiat. L'informaticien observait l'intérieur de la boutique et constata que l'étagère près de laquelle Saga gisait était en réalité un meuble composé d'une multitude de petits tiroirs. Une idée lui vint à l'esprit.
-J'ai trouvé, déclara-t-il. Continue à le surveiller, je devrais y arriver seul.
-S'il se réveille je le rendors?
-Pense pas à ça et surveille!
Du plus loin dans son enfance, Shura était très doué pour les casse-tête et doté d'une grande patience pour les défaire et les refaire. Après un examen rapide de tous les petits tiroirs de cette étagère, tous étaient verrouillés, ce qui signifiait – et il bénissait cette chance improbable – qu'il pouvait entremêler la corde dans chacune des poignées pour éviter que Saga ne bouge. Ainsi, il ligota le marchand de jouets des pieds à la tête, laissant un peu de mou au niveau des mains volontairement. Il le fallait. Puis, en attendant un éventuel réveil, il partit fouiller le bureau où se trouvaient la caisse enregistreuse, et toutes sortes de documents, probablement nécessaires à la tenue de son commerce. Il y découvrit également un petit carnet de notes qu'il ouvrit sans hésiter. Avec stupéfaction, il lisait des textes concernant la fabrication de Aiolia, la qualité de la feutrine, le type de fil choisi, tout pour le rendre autant vivant qu'agressif, la recette idéale de la poupée tueuse, et même le nom du fournisseur, ou du moins l'entreprise: Pharaon&Griffon. Encore un nom bizarre...
-Hoy, appela Aiolia, il se réveille. Je fais quoi?
Sans répondre, Shura se rapprocha du jouet et de son créateur qui bougeait difficilement, surtout parce qu'il était retenu par tout un réseau de cordes enlacées entre ses jambes, ses bras et le meuble juste derrière lui.
Saga ouvrit les yeux sur les deux êtres devant lui, et d'un coup cherchait à se détacher des liens, en vain.
-Qu'est-ce que... Aiolia! hurla le prisonnier d'une voix qui elle était très puissante. Occupe-toi de cet avorton! Tue le!
-Non, trancha la petite voix.
-Comment ça! C'est un ordre! Je t'ordonne de le tuer et de me libérer après!
-Plus jamais je ne vous écouterai!
-Tu es ma chose, insista Saga. Je t'ai créé, j'ai tous les droits sur toi. Si tu obéis, je te promets que je ne te découperai pas.
-Menteur! Vous aviez promis la même chose à celui que vous considériez comme mon ami, votre première poupée vivante. Je sais qu'elle ne voulait pas vous servir dans votre vengeance alors vous l'avez tuée, et découpée en mille morceaux.
Le petit Lion rugissait de sa voix stridente, et s'il en avait eu la capacité, Shura aurait pu distinguer des larmes perler sur la feutrine.
-Sa vengeance, répéta Shura.
-Ce ne sont pas tes affaires, gamin, répliqua Saga.
Il poussa un cri. Aiolia venait de lui asséner une bonne gifle.
-Dis-lui! Raconte à mon ami pourquoi tu te sers de jouets, parce que t'as pas les couilles de faire le boulot tout seul et que t'es obligé de fabriquer des jouets pour pas te salir les mains. Et t'as intérêt de parler sinon la petite sœur arrive dans la seconde, rajouta le petit guerrier en le menaçant avec sa minuscule main.
-Très bien, je vais te raconter. À une condition: que tu me détaches ensuite.
-On verra, fit simplement Shura. Parlez...
-Il y a une dizaine d'années, j'étais le fabriquant de jouets privés d'un homme très riche, Kido Mitsumasa. J'avais pour privilège de confectionner tous les caprices de sa petite fille, Saori, en échange d'un salaire plus que conséquent. Je travaillais jour et nuit pour trouver des idées et satisfaire l'enfant, jusqu'à ce qu'elle atteigne ses dix ans. Comme elle grandissait, elle changeait, forcément, mais elle ne voulait plus de mes jouets, donc je fus remercié. Et puis le temps passant, je n'avait plus eu de nouvelles, jusqu'à un reportage à la télévision où Saori était devenue une belle jeune femme qui avait hérité du domaine de son grand père défunt. Faisant le tour à l'aide des caméras, elle avait montré un tas de jouets. Tous ceux que je lui avais faits. Elle expliquait alors qu'elle ne voulait même pas les offrir à des œuvres charitables, que leur laideur serait une insulte à tous les rêves d'enfants, et qu'elle comptait tout simplement les débiter et les bruler. Cette peste avait fait partir en fumée le travail de toute une vie, et elle s'en fichait, parce qu'elle avait de l'argent tandis que moi, je survivais comme je le pouvais. Alors j'ai voulu me venger, et l'atteindre petit à petit, en éliminant ses relations, tous des gosses de riche bien sur, avec les jouets qu'elle avait détruit. Et c'était elle ma cible finale.
Un silence se fit, Shura observait Saga avec un regard hautement méprisant. Puis un petit clic se fit.
-T'as entendu, demanda Aiolia.
-Oui, et tu as eu raison de te rebeller, affirma l'informaticien d'une voix blanche. Je t'autorise à lui mettre une petite raclée et on s'en va. Juste ne le tue pas.
Avant que le marchand de jouet n'ait eu le temps de répliquer, il reçut un coup de la part de cette poupée à qui il avait donné la vie et perdit connaissance.
Puis, sur la table, Shura déposa un petit objet électronique.
-C'est quoi? Demanda le petit homme.
-Un dictaphone. Je l'ai piqué au boulot et je me suis dit que ça pourrait servir pour avoir la confession de ce Saga. Je l'ai essuyé et il n'y a aucune preuve qu'on sache qu'il vient de ma boite. On en trouve partout sur le net.
-La vache! Vraiment, on dirait pas comme ça avec ta coiffure à la con et ta tête de débile, mais t'en a dans la tronche quand même!
L'informaticien sourit:
-Allez viens, on s'en va. J'appellerai la police une fois dans la rue.
-Au fait, c'est quoi ton nom... à part tête de pioche?
-Tu me l'as jamais demandé?
-Ben... non...
-Je m'appelle Shura. »
人形
Deux jours plus tard, dans le journal du matin que lui apporta Shiryu au bureau, Shura lut un grand article sur l'arrestation et les crimes commis par Saga. Il était écrit que suite à un appel anonyme, les enquêteurs s'étaient rendus dans une petite boutique discrète de jouets anciens et avaient découvert l'homme attaché et tabassé. On supposa des squatteurs qui avaient du forcer la porte dans l'espoir de lui soutirer de l'argent et l'avaient ligoté. Et puis ils avait découvert ce dictaphone dans lequel il y avait sa confession, celle de ses crimes. En fouillant le reste du bâtiment, en passant par l'atelier et l'étage servant de domicile, on mit la main sur d'autres documents révélateurs et comportant les adresses des premières victimes, notamment le flutiste et la jeune femme transpercée d'une fourchette. Malgré l'absence de preuves sur les corps, tout portait à croire que c'était ce Saga Gemini le meurtrier. Aussi l'enquête fut déclarée terminée.
Shura découpa la page et demi relatant tout cela. Personne n'avait parlé de poupée agressive et quelque part... qui l'aurait cru...
人形
De retour chez lui, Shura fut attaqué direct par Aiolia qui le chargeait tel un gladiateur avec une baguette en bois. Il eut le réflexe de l'éviter et de le saisir juste après.
« C'est quoi la raison cette fois ci de l'agression?
-C'était purement gratuit, avoua la poupée. On mange quoi?
-Avant, je veux te parler d'un truc.
Il garda dans sa main le petit guerrier, et, retirant sèchement la baguette des mains, il l'assit sur sa cuisse.
-Tu sais, j'ai récupéré le petit carnet de ce Saga, celui où il y avait le procédé de ta fabrication. Je l'ai bien étudié et si je comprends bien, en changeant le fil qui retient les coutures de ton armure, tu n'aura plus ces pulsions de meurtre. Et tu ne feras de mal à personne par la suite.
-... Toi aussi tu veux me découper?
-Pour mieux te recoller, Aiolia.
Le petit homme se tut un instant.
-... t'es sur que c'est le fil?
-Oui, affirma Shura. C'est marqué dans les notes de Saga et j'ai fait des recherches. La boutique qui vend le fil qui retient ton armure est spécialisé dans de la magie noire un peu foireuse et n'a pas bonne réputation, sauf pour les gens malintentionnés comme ton créateur. La première poupée n'avais pas ce fil, c'est pour ça qu'elle refusait d'obéir à la vengeance. Par contre il y a un composant dans la feutrine qui anime le jouet
-Et avec un truc normal...?
-Si tu m'autorises à regarder comment tu as été cousu, je pourrais tenter de te rendre moins violent.
-Et si ça marche pas...
-Que veux-tu dire?
Aiolia baissa la tête.
-... c'était bien de parler avec toi, et... en fait ton café au lait, il déchire. Si je deviens un pauvre patin sans vie... Saga me l'a déjà fait subir, en punition.
-Comment il a fait ça?
-En coupant un fil qui relie ma feutrine rose.
-Mais en le recousant tu es redevenu animé?
-Oui.
-Laisse-moi essayer, Aiolia, insista le jeune homme. J'y arriverai, je te le promets.
-C'est la première fois que tu me promets un truc...
-Parce que je sais que si je me rate, tu vas me laisser pour mort, avoua Shura.
-Et tu as entièrement raison. »
人形
L'opération se fit le week-end suivant. Shura voulait être au calme et coupé du monde pour se concentrer et mener à bien le changement de sa poupée. Il s'était entrainé les jours précédents sur des feuilles de feutrine pour bien maitriser les points de couture, et ne rien rater.
C'était un travail des plus minutieux et il le voulait à la perfection.
Le fameux jour, et Aiolia était allongé sur la table basse dans le côté salon. Shura arriva avec son nécessaire de couture et du fil robuste pour remplacer celui qui tenait la petite armure.
« … Shura, émit la petite voix aigüe.
-Garde ta tête droite, Aiolia. Je ne veux pas t'abimer.
-Shura... Même si t'étais pas le mec le plus cool et le plus fut fut je... je voulais te dire que j'ai bien rigolé avec toi. Et... merci de m'avoir aidé à coincer mon créateur.
-Je te dis à tout à l'heure, Aiolia. »
Shura prit une paire de ciseaux assez petite dont le tranchant attrapa un millimètre de fil sur la couture de la petite main droite et d'un coup, la poupée devint immobile, les yeux perdus en direction du plafond sans aucune lueur.
Puis, il étudia l'assemblage complexe de l'armure et petit à petit, il enleva le fil spécial, et durant des heures, oubliant même que la nuit était tombée, il refaisait la poupée.
Ce ne fut que très tard, à une heure avancée du soir, qu'enfin, il réussit à recoller les morceaux de feutrine entre eux.
Il alla jeter tout le reste aux ordures, et revenant, Aiolia n'avait pas bougé. Avait-il échoué? Etait-il devenu un jouet des plus quelconques?
Exténué, les yeux fatigués et l'esprit embrumé par trop de concentration, Shura partit se coucher, sans réfléchir plus longtemps.
Le lendemain, Shura se réveilla en douceur pour la première fois depuis une semaine. Il commençait presque à s'habituer aux lancers de manga de bon matin, mais ce jour là rien. Pas un bruit, pas un cri, pas un assaut surprise. Sa tentative de couture avait était un vrai fiasco. Un sentiment de vide l'envahit, comme s'il avait perdu une personne chère, un ami...
Mais, en se retournant, son bras buta sur quelque chose qui s'accrochait en plus à son Tshirt.
En observant bien, il découvrit Aiolia serré contre lui, comme s'il dormait, tel un bébé lion. Alors qu'il l'avait laissé sur la table la veille.
La poupée bougea et ouvrit de grands yeux bleus, différents du regard rouge et meurtrier et sourit.
« Salut Shura! Bravo, tu as réussi, mon ami! »
Notes de fin: Merci d'avoir lu! Je pensais pas être aussi inspirée et écrire autant, en fait. Mais j'ai pris un vrai plaisir à faire cette histoire complètement tarée.
Pour quelques petites explications
-les kanji qui servent d'interlude se lisent 'ningyô', poupée en japonais.
-j'ai repris le nom Dulézard pour Misty que j'avais déjà utilisé pour ma fic Meikai Gumi
-le choix de Aiolia en poupée est inspiré de son lavage de cerveau par Saga lors de la bataille du Sanctuaire, le rendant ultra agressif, et sachant dès le début que je pensais faire de Saga le créateur de la poupée tueuse, j'ai pris Lia avec le plus du caractère qu'il avait, quand il était sous l'emprise de la technique de Saga. Et du coup en enlevant le maléfice, ici le fil, il redevient un perso tout gentil.
-Saga par ailleurs, alors je l'adore, c'est un de mes Ors préférés, mais pour sa personnalité, j'ai pris l'option démoniaque pour en faire le boss final. Pas de changement de personnalité aléatoire, c'est le méchant frustré et cruel qui se sert de ses jouets pour assouvir ses ambitions.
J'espère que ça vous a plu et je vous fais des bisous.
À la prochaine
