Chapitre 1 : Les Hommes de L'Est.

La citée blanche s'éveillait au petit matin, les pâles rayons de soleils enjolivant les murs de Minas Thirit. Ce jour marquait les deux ans de la fin de la Dernière Guerre de l'Anneau et du siège de la ville dont les traces étaient encore visibles malgré le temps écoulé. Une longue procession gardée s'avançait vers elle, sortant d'une Osgiliath toujours en reconstruction. La ville répartie sur les deux côtés de l'Anduin avait terriblement souffert lors de sa prise par les hordes d'Orques de Sauron. Les ruines qui la constituaient avaient dû être abattues par sécurité, les terrains dégagés pour espérer pouvoir rebâtir des deux côtés du fleuve. Infrastructure indispensable à la reconstruction : les ponts avaient été réparés, chacun encadrés par d'imposantes statues représentants de nobles soldats du Gondor afin de saluer le courage des braves tombés lors des combats Ceci afin que jamais ne soit oublié leurs sacrifices à travers le temps. On entendait de tout côté des coups spécifiques à la taille de la pierre. Les réparations étaient innombrables et il faudrait encore de nombreuses saisons pour redonner à la ville sa gloire d'antan. Plusieurs tentes étaient dressés çà et là afin d'abriter les travailleurs et faciliter leurs besognes. La route principale avait été refaite, permettant aux convois de traverser la ville sans avoir à la contourner. Les artisans et les ouvriers ne rechignaient pas à la tâche mais les pertes durant la guerre étaient telles que le manque de main d'œuvre se faisait cruellement sentir. Une fois sorti des limites de la Citée, les Champs de Pelennor s'étendaient enfin devant le convoi. Encore marqué par le carnage qui avait eu lieu, la volonté et le courage des hommes étaient entrain de tenter de transformer petit à petit cette zone désertique en de grands champs agricoles parsemés d'habitations qui fleurissaient comme des champignons : conséquence de la reconstruction d'Osgiliath en cours et de la nécessité de reloger ses habitants… Malheureusement la tâche serait longue et laborieuse sur un sol marqué par les massacres et par l'hiver qui approchait. Deux hautes tours de guets avaient également été érigées le long du chemin menant à Minas Thirit afin d'assurer la sécurité du peuple et le bon acheminement des marchandises contre les restes de l'armée maudite de Sauron qui pullulaient encore en Terre du Milieu. Sans véritable chef, les Orques s'étaient rassemblés en plusieurs tribus primitives animés de la même soif de sang que lors de l'apogée de leur espèce lors de la Guerre de l'Anneau : autant d'ennemis potentiels à surveiller, même aujourd'hui. Avec une armée régulière à reformer, les temps étaient encore troubles et la sécurité très sommaire en dehors des murs en ruines.

La procession composée de chevaliers du Gondor et d'autres individus fût stoppée juste avant leur entrée en Osillias, le nom de ce petit village qui s'était créé entre Osgiliath et Minas Thirit. Les murailles étaient faites de bois montées à la hâte. Elles ne résisteraient pas à une véritable attaque mais au moins assuraient-elles un minimum de sécurité.

« Halte » somma un des gardes en faction en levant la main.

Le Capitaine du convoi fit un signe à son camarade et se pencha vers lui pour lui dire :

« Nous escortons la délégation Orientale et Haradrim », l'informa-t-il en tendant un papier frappé du sceau royal à la sentinelle.

Celle-ci le détailla brièvement avant d'hocher la tête.

« Heureux de vous revoir sain et sauf Capitaine. Nous sommes au courant. Vous pouvez passer. Qu'ils passent et s'en aillent rapidement », ajouta-t-il assez fort pour que ses paroles soient bien entendues.

L'amertume et la tension montèrent d'un cran, chacun se jaugeant du regard : d'un côté les fils du Gondor victorieux et de l'autre la délégation des Hommes de L'Est. Leur défaite aux côtés de l'armée de Sauron les avait contraint à accepter cette demande de pourparlers imposée par le nouveau Roi du Gondor pour discuter des termes d'un accord de paix qui passait plus à leurs yeux comme une reddition camouflée. Les pertes du côté des Orientaux et des hommes du Harad avaient été considérable avec le massacre de leurs soldats par l'armée des morts contrôlée par Aragorn lors de la bataille finale : un vide impossible à compenser avant l'arrivée d'une nouvelle génération de guerriers.

Exempt de chef depuis la chute de Sauron et de Khâmul, Orientaux et Haradrim avaient noué une alliance demeurante fragile et constituer un Conseil de l'Est afin de présenter un front uni devant leur vieil ennemi de l'Ouest en mettant de côté, au moins temporairement, les guerres fratricides qui gangrénaient les royaumes du désert en quête d'une once du pouvoir laissé vacant.

Au sein de cette procession se trouvaient trois des plus grands Seigneurs de Guerre Haradrim et Extrême-Harad : Junaast Inna'Bad, Arkann Ibna'Lahad et Ultor du lointain royaume d'Umbar. Côté Orientaux se tenaient à cheval les représentants de la Reine de Rhûn qui se composaient de deux femmes et un homme, tous arborant une version légère de l'armure en écaille d'or typique de leur peuple. A l'inverse du Harad, Rhûn était tout proche d'être unifié sous la seule bannière de la Matriarche Ludmilla, descendante autoproclamée de l'ancien Khâmul, l'Ombre de l'Orient. Là-bas les feux de la guerre commençaient à s'éteindre, et une paix toute relative à s'instaurer depuis la prise de la Citadelle par la nouvelle Reine il y avait de ça quelques mois. Bien du sang avait coulé, des têtes étaient tombées mais plus aucun petits seigneurs vaniteux ne revendiqueraient le trône. La raison de cette victoire ? L'arrivée inespérée de nouvelles troupes prêtes à se battre dans le camp de Ludmilla. Que pouvait composé une telle force? Cela s'expliquait par les conséquences du tournant qu'avait pris la guerre : devant le vide laissé par les soldats morts qui ne reviendraient jamais dans leurs foyers, les rôles autrefois détenus par les hommes étaient dormais assumé par leurs femmes et leurs filles laissées en arrière. Autrefois minoritaire, la part de guerrières dans la nouvelle armée de Rhûn ne cessait de croître sous l'impulsion de Ludmilla qui avait bien compris l'utilité d'un tel changement. Les anciens pestaient devant cette évolution inattendue de leur société mais peu importait : le résultat était là. Désireuse de s'émanciper de leur ancienne condition, elles étaient de plus en plus nombreuses à se porter volontaire pour rejoindre les légions unifiées de Rhûn.

La délégation continuait son chemin, toujours encadré par des cavaliers du Gondor. Les quelques gardes des Hommes de l'Est autorisés à accompagner leurs Seigneurs à la Citée Blanche n'avaient eu le droit qu'à porter une simple dague à leurs ceintures. Toutes les autres armes étaient demeurées aux portes d'Osgiliath avec le reste de leur escorte. Quelques servantes assises dans l'unique chariot de queue transportant les quelques présents de paix complétaient le tableau. Enfin un autre cavalier encapuchonné suivait, dont seul la barbe se laissait voir à travers son capuchon, arborant à sa scelle un long bâton de couleur noir surmonté d'une pierre qui luisait à d'une aura bleue à travers les rayons du soleil. Ils continuèrent à traverser le village, détaillant les villageois d'un œil circonspect.

« Je suis étonné de voir tant de crasse et de misère pour un tel royaume », fit remarquer un des dignitaires du Harad.

Le Seigneur de Guerre Junaast Inna'Bad regarda un instant son rival, agacé. Il détestait cet homme si fier à l'apparence toujours si soignée. Ce dernier portait un tunique richement décorée faite des meilleurs étoffes et métiers à tisser du Harad. L'homme descendait d'une longue lignée de marchands qui avait fait fortune au gré des différentes guerres. Avec l'or amassé de plusieurs commerces comme la vente d'armes ou la traite d'esclaves, ses ancêtres avaient hissé le clan Ibna'Lhad au sommet de la hiérarchie Haradrim. Leur influence était maintenant considérable au sein des peuples du désert.

« Trêve de sarcasme Seigneur Arkann. Nous ne sommes ici pour parler paix, pas pour déclencher une nouvelle guerre à cause de propos déplacés »

Arkann Ibna'Lahad se permit un léger sourire amusé et gratifia son interlocuteur d'un léger hochement de tête.

« Ah oui ? » rétorqua-t-il. « N'ayez crainte, déclencher une nouvelle guerre n'est pas dans mon intérêt mon ami. Pas encore du moins » ajouta-t-il faussement songeur.

Junaast répondit par un léger grognement. Il trouvait cet idiot arrogant… Mais également dangereusement intelligent et ambitieux. Sous ses airs de faux nobles le Seigneur de Guerre savait que se cachait un adversaire féroce et implacable… Et un guerrier accompli. Ceux qui avaient fait l'erreur de le sous-estimer en avaient payé le prix fort.

« Ah, Junaast… Toujours l'esprit aussi étroit… Votre âme de guerrier n'est-elle pas meurtrie de devoir plier le genou devant ce roi Elessar qui se félicite de cette victoire si injustement acquise ? »

Son interlocuteur fusilla du regard l'imprudent, retenant l'envie de sortir son arme pour lui arracher sa sale petite langue.

« Peut-être que si votre clan avait envoyé plus de vos guerriers nous n'en serions pas là ! », vociféra-t-il tout en essayant de se calmer.

« Il n'y a pas de honte à reconnaitre sa défaite Seigneur Junaast. Il suffit juste de savoir en tirer profit, mettre son égo de guerrier de côté un moment et aller de l'avant », lui dit-il avec philosophie.

Voyant la situation s'envenimer sous les regards presque amusés des Gondoriens, l'une des femmes Orientales leva la main pour réclamer le silence. Ces chamailleries devaient cesser.

« Paix mes Seigneurs. Nous faisons ce qui doit être fait pour préserver nos terres. Laissez de côté vos griefs quelques jours ».

Arkann se pencha sur sa monture pour voir celle qui avait pris la parole. L'envoyée de la Matriarche se tenait fièrement sur son destrier, les soubresauts de son cheval faisant claquer les éléments de son armure qui luisaient au soleil. Ses yeux en amandes étaient encerclés de Khôl, le maquillage noir typique de son peuple. Ses cheveux noirs corbeaux étaient cachés par un voile de couleur mauve qui s'accordait parfaitement avec le reste de sa tenue. Le Haradrim connaissait de réputation la guerrière qui avait pris la parole : une des fidèles de Ludmilla qui lui vouait une dévotion sans faille. L'homme du désert respectait cela et considérait la montée aux pouvoirs de ces femmes plutôt… Intéressante Voir profitable à plus ou moins long terme. A l'inverse de nombreux autres Seigneurs, Junaast en tête, Arkann s'était empressé de décréter la conscription de guerrières dans ses rangs, notamment en offrant la liberté à certaines esclaves en contrepartie de leurs engagements. Leur formation serait longue mais ce qu'il il voyait aujourd'hui comme un test serait peut-être un bon investissement. L'avenir seul le dira mais il préférait mettre toutes les chances de son côté. Après tout c'est ce qu'avait fait sa famille durant tous les âges.

« Que voilà de paroles sensées ambassadrice Keliana. Soit, je prendrai sur moi et tolèrerait le manque de vision de certains de nos compagnons ici présent. » Il se tourna vers le chariot derrière eux et ajouta : « pensez-vous que leur Roi aimera nos cadeaux… Ou plutôt notre cadeau ? ».

Junaast maugréa une nouvelle fois.

« Je ne vois pas l'utilité d'une telle chose… Nous l'avons acquis avec tant de difficultés que de le voir ainsi remit à nos anciens ennemis… »

« La diplomatique n'est pas votre fort, j'en suis conscient », taquina une nouvelle fois Arkann. « Cependant je pense que certains nobliaux qui composent la cour du Gondor vont apprécier. Le roi Elessar a beau être un guerrier, il est désormais contraint de frayer avec les courtisans… Et le peuple. Le peuple a faim et désire de la terre cultivable… Une aubaine pour nous », fit-il en mangeant une datte d'un air nonchalant.

Keliana leva les yeux au ciel. Par Khâmul, quand allait-il enfin se taire ?! Elle se tourna un bref instant pour dévisager son l'homme encapuchonné qui chevauchait à ses côtés, attendant un quelconque signe de sa part. Il préféra garder le silence. L'Orientale haussa les épaules. Peu importait. Le reste du voyage les menant aux Portes de la Citée se déroula dans un relatif silence, uniquement troublé par le bruit de leur procession sur le sol. Tous avaient en tête le plan qui avait préparé avant leur venu. Les Hommes de l'Est savaient qu'il se jouait aujourd'hui l'avenir de leurs peuples. Le Conseil de l'Est avait débattu longuement sur l'idée qu'on lui avait susurré à l'oreille par nul autre que l'homme encapuchonné qui se tenait parmi les représentants convoqués par le Gondor.

Ce dernier regardait avec nostalgie les murs de la Citée Blanche se dresser face à lui. Depuis combien de temps ne les avait-il pas contemplé ? Il n'essaya même pas de compter. Son absence en ces terres avait été longue et a n'en pas douter que peu serai capable de le reconnaître. Heureusement l'une de ses vieilles connaissances l'attendait et pourrait répondre de lui… Tout du moins en parti. Ils passèrent les grandes portes encore marqués par les combats puis commencèrent à monter les différents niveaux de la Citée. Leur escorte avait changé, le relais passé à une autre compagnie de gardes. Ils marchèrent ainsi encore de longues minutes, croisant à certains détours une population qui regardait d'un mauvais œil la présence des anciens alliés du Seigneur des Ténèbres. Le Cœur du vieil homme au bâton n'en était que plus alourdi par la tâche qu'ils allaient entreprendre. Oui, la paix il la désirait et l'idée qui avait germé dans son esprit en ce sens n'en était pas moins difficile à assumer. Il portait l'espoir… Et la déception. La joie pour certains… Le chagrin pour d'autres.

On les fit pénétrer à pied au dernier palier, désormais encadré par les gardes royaux et totalement désarmé. Ils passèrent devant l'Arbre Blanc, symbole du Gondor, avant d'arriver devant les portes de la salle du trône où ils furent laissé libre de leurs mouvements. Il y avait déjà beaucoup de monde, composé de courtisans, soldats et ambassadeurs provenant de toute la Terre du Milieu. La délégation devient vite le centre d'attention de tous : humains, elfes ou nains. Arkann prit la tête de la procession, sourire charmeur aux lèvres, la tête haute, gratifiant certaines femmes de petits clins d'œil avant de s'effacer et laisser l'homme au bâton qui était resté si discret jusqu'à maintenant. Ils arrivèrent enfin à leur destination : le trône du Gondor. Aragorn, devenu Elessar lors de son sacre, se releva de son siège pour accueillir ses invités tout comme sa femme, la reine Arwen. Gandalf Le Blanc se tenait à ses côtés, observant les ambassadeurs de l'Est et plus particulièrement l'inconnu qui avait gardé son visage dissimulé sous son capuchon. Ce dernier fit une légère révérence avant de dévoiler enfin ses traits marqués par les ans. Il tint son bâton droit et donna un coup sec sur le sol. Sa bure couleur foncée sembla prendre vie et ondula pour prendre une tinte bleue marine. Gandalf retint sa respiration… Par les Valars… Se pourrait-il…

« Mes respects Roi et Reine du Gondor ». Il hocha la tête également vers le magicien et ami d'Aragorn. « Mithrandir… Cela faisait longtemps ».

« A qui ai-je l'honneur ? » questionna un Aragorn intrigué.

Gandalf Le Blanc se permet de répondre à la place de l'ambassadeur, la voix enroué par l'émotion.

« Roi Elessar, laissez-moi vous présenter l'un des Ithryn Luin partis il a fort longtemps à l'Est… Le Mage Bleu Alatar ».