Ma première incursion dans cet univers que j'ai toujours apprécié. Peut-être aurai-je voulu faire un texte plus poussé ? Mais les conditions ne s'y prêtaient pas. En effet ce texte est écrit a été écrit dans le cadre la nuit FoF : un thème chaque heure durant toute la nuit. Le thème ici est Boucle.
Bonne lecture à toustes.
Aucun des deux ne se souvenaient de leur première rencontre. Pas celle au jardin d'Eden, non celle d'avant. La rencontre dans ce lieu dont on parle à demi-mot, l'endroit où ils sont tous apparus pour la première fois : le Paradis. Car en parler cela signifie devoir parler de la raison de leur position respective dans deux camps totalement opposés, de parler de la Révolte, de la Chute et finalement aucun d'entre eux ne souhaitent s'appesantir là-dessus.
Alors la première rencontre reste celle-ci : celle entre le serpent tentateur et le gardien de l'Eden. L'un réussit sa mission initiale, l'autre fit preuve d'une initiative qui attire encore les foudres de ses supérieurs bien des années après. Mais c'est ainsi que commencent réellement leur rencontre improbable. Deux être que tout oppose, l'un à côté de l'autre regardant comment l'humanité évolue alors que chacun d'entre eux tentent de faire le travail qu'on leur a assigné. Ou le travail de l'autre, mais ça c'est une autre histoire.
Crowley avait d'abord apprécié cette humanité. Et bien qu'il ne l'avouerait jamais, leur presque disparition durant le Déluge l'avait inquiété. Mais la foi d'Aziraphale l'avait amusé et lui aussi s'était laissé porter par le sentiment du ''on verra bien''.
Les rencontres s'étaient multipliées et l'intérêt de Crowley pour l'humanité avait grandit avec le temps. L'entente entre lui et son ange avait enfin trouvé son point d'équilibre, leur permettant de gagner du temps et leur évitant surtout de se tirer dans les pattes ce qui mettaient systématiquement à mal leur travail. L'orgueil de Crowley appréciant aussi grandement de savoir qu'il était à l'origine de la réussite et du succès du plus grand auteur anglais du XVIIème siècle.
La gourmandise certaine de son ange l'avait fait rire durant cette douce époque de la révolution française. Sûrement l'une de ses plus grandes réussites, il fallait bien le dire. Bien qu'il admît à demi-mot que la période suivant cet événement majeur de l'histoire de France lui avait totalement échappé et que sa création était peut-être allée un peu trop loin. Et qu'on ne lui parle pas de l'époque nazi. Il n'y était pour rien et grinçait des dents et vous foudroyait du regard si vous laissiez entendre le contraire.
Alors oui il appréciait l'humanité mais il avait le sentiment désagréable qu'il n'avait plus le plein pouvoir sur les méfaits de l'humanité. Elle semblait en effet se suffire à elle-même pour faire le mal et cela dérangeait Crowley. Son rôle devait-il se résumer maintenant à complexifier le réseau de transport londonien ou déchirer le sac des courses des grand-mères ?
-Penses-tu que l'on a bien fait Aziraphale ? finit-il par demander à l'ange alors qu'ils étaient tous les deux assis sur leur habituel banc devant leur lac à Londres.
-De quoi parlez-vous donc mon cher ? N'étions-nous pas d'accord pour aller manger dans ce délicieux nouveau restaurant ? Pourtant j'en ai entendu énormément de bien à propos de leurs pâtisseries, rajouta Aziraphale l'esprit rêveur.
-Je ne parle pas de ça, ne t'inquiète donc pas pour notre futur repas, je pensais au fait d'avoir sauvé l'humanité mon ami.
-Ho !
Aziraphale finit par lâcher du regard les canards qu'il nourrissait jusque là pour se tourner plus franchement vers son ami.
-Pourquoi donc mon ami ? Avez-vous des regrets ?
-Je n'irai pas jusque-là, mais je m'ennuie dans cette nouvelle humanité, ils n'évoluent plus en semble simplement être dans un éternel cycle de recommencement.
Les paroles de Crowley étaient allées plus loin que ces précédentes réflexions mais elles n'en demeuraient pas moins vraies. Peut-être que tout détruire et recommencer n'aurait été pas si mal après tout…
-Je ne suis pas d'accord avec vous très cher. Alors oui, l'humanité se répète, reprit Aziraphale avant Crowley n'est le temps de le couper, c'est indéniable. Mais de là à dire qu'elle n'évolue pas, mon cher, votre Bentley et votre musique sont les preuves évidentes que l'humanité vous a réservé encore quelques surprises.
Crowley sourit à la réponse d'Aziraphale, bien loin de celle attendue par un ange protégeant bec et ongle le Grand Plan. Leur duo reste le plus improbable que l'on puisse imaginer.
-Et pour être tout à fait honnête mon ami, nous nous répétons nous-même aussi en continu. Combien de fois nous sommes-nous rencontrés pour discuter évolution culinaire ? Nous mettre d'accord sur lequel d'entre nous deux ira sur place ? Voyons mon cher, nous ne cessons de nous répéter nous aussi, est-ce si mal ?
Le regard profondément curieux et bon d'Aziraphale fit rire Crowley qui se leva d'un bond du banc, faisant fuir les canards. Aziraphale l'observa avec une petite moue légèrement boudeuse, il lui restait encore du pain à donner, qu'allait-il donc en faire ? Les paroles de Crowley firent cependant rapidement revenir son sourire.
-Il est temps d'aller manger mon ange, essayons donc d'imaginer ce que cher humanité aura encore fait la prochaine fois que nous nous verrons dans cent ans mon ami.
