Le dernier combat

Au court des quinze jours de traversé, Corvo et Thomas apprenaient à se connaître. L'assassin était tout jeune quand il avait rencontré Daud au détour d'une ruelle, voleur patenté d'un petit groupe de gamins des rues, crevant de peur et de faim devant ces chiens de la garde urbaine gristolienne. Ils les avaient pris tous les cinq sous son aile. Rulfio, Jenkis, Hadson, Dimitri et Thomas sont devenu des virtuoses du vol, de la collecte d'information, du maniement de l'arbalète au poignet et de l'épée. Mais aussi et surtout, du pouvoir de l'Outsider qu'ils partageaient avec leur maître.

Thomas avait parlé avec beaucoup de filtres, ne révélant que le strict nécessaire à la compréhension de son passé. Corvo sentait que le blond tenait son Mentor en très haute estime et qu'il donnerait sa vie pour lui, comprenant sans mal que le jeune considérait Daud comme bien plus que comme un maître.

Quelques jours avant d'arriver dans le canal qui menait à la capitale serkonienne, l'Outsider avait daigné montrer quelque intérêt à son ancien protégé et lui offrir sa marque. Corvo avait accepté, évidemment. Comment pourrait-il rivaliser face à l'usurpatrice ?

Deux jours plus tard, au large des côtes de Karnaca, Corvo tenta d'en savoir plus sur la mission des assassins.

"-J'ai comme le sentiment que vous ne m'avez pas tout raconté sur vous et Daud.

-Vous voyez mon bras, expliqua Thomas en montrant le trou qui le remplaçait. C'est tout ce que j'ai pu récolter en guise d'information pour Daud. Il cherche quelque chose...d'ancien...Mais à la place, nous avons assisté à l'apparition de Delilah et du tueur de la couronne.

-Vous savez où il est allé ?

-Aux bains d'Albarca, un centre thermal reconverti en arène de combat clandestin...Je peux vous y emmener."

Les deux hommes mirent pieds à terre avant d'utiliser la voiture qui attendait gentiment à la gare déserte, les déposant plus haut. Deux gardes patrouillaient non loin, et tout autant près du bureau d'un book maker. Se faufilant discrètement, assassin et protecteur arrivèrent devant les bains où brutes de tous poils et sorcières maquillées échangeaient recettes et grigris. Les deux hommes descendirent les marches et découvrirent les lieux. Au centre, un ring trônait fièrement, combattant et lutteuse s'échauffaient et s'entraînaient. À gauche un vestiaire, au fond à droite un comptoir avec le tableau d'affichage. Et juste devant le ring, au fond d'une ancienne piscine, dans une cage électrifiée, Daud était attaché à une chaise, à moitié conscient. Thomas étouffa un hoquet de colère, Corvo derrière son masque, pouvait apercevoir la lueur menaçante dans les yeux du blond.

Le plus vieux posa une main lourde sur l'épaule de son compagnon, le ramenant brusquement à la raison. Corvo désigna le mécanisme qui maintenait son chef enfermé, il fallait une clé pour déverrouiller le système de sécurité et pouvoir couper le courant. Le serkonien lui murmura à l'oreille de visiter l'étage pour voir ce qu'il pourrait trouver. Thomas acquiesça avant de s'acquitter de sa tâche.

Corvo n'a pas pu empêcher son cœur de se serrer à la vue de ce triste spectacle. D'après ce que racontaient les autres combattants, ils ne laissaient sortir "La Brute Magique" que lors de gros combat où le peu de règles qui restaient étaient oubliées, donnant de gros avantages aux adversaires de Daud. Mais celui-ci gagnait toujours.

Après avoir discrètement fouillé les alentours, Corvo retrouva Thomas devant les escaliers et lui chuchota d'aller ouvrir le mécanisme. Stupéfié, Thomas observa un instant Corvo. Le plus vieux n'était pas à l'aise dans cet endroit, quelque chose d'étrange planait dans l'air, plus vite ils partiraient mieux ça serait. Le plus jeune s'approcha doucement du boitier, suivit de près par Corvo. À l'instant où l'assassin glissa la clé, le courant se coupa, faisant hurler et fuir les combattants. Corvo avait tombé le masque et était descendu dans la cage face à Daud qui, lentement, reprenait ses esprits.

"-Finalement, je t'ai retrouvé..." lâcha Corvo.