Le Manoir mécanique

Après une bonne nuit de sommeil, la nouvelle locataire du Trying Leviathan s'était remise de ses émotions et avait discuté volontiers avec Corvo. Ce dernier avait appris deux nouveaux noms. Kirin Jindosh et Aramis Stilton. Le dernier lui était étrangement familier.

"-Il est propriétaire de mine d'argent, expliqua Thomas. Il était en grand désaccord avec le Duc concernant l'exploitation des hommes et de la terre. Mais il a disparu il y trois ans dans des circonstances louches.

-Hum, réfléchit le protecteur. Et Jindosh ?

-Ce type est un des maillons les plus important du Duc, commenta Daud. C'est lui qui produit les soldats mécaniques qui peuplent doucement les maisons riches et les administrations. Si Sokolov est retenu chez lui, ce n'est certainement pas pour boire un verre.

-Alors nous devrions lui rendre une petite visite.

-Son manoir est dans la haute Aventa, déclara le plus vieux. Thomas prépare le skif, nous devons y aller sans attendre."

Une fois le pied posé dans le bas quartier, les deux hommes embrassèrent l'environnement du regard, comme précédemment, la population était clairement opprimée par les forces de l'ordre et certaines maisons étaient infestées par les cadavres boursoufflés et les mouches de sang. Après avoir récupéré les runes sur un autel et inspecté l'appartement où trônait un portrait de Ramsey, les deux hommes étudièrent le devant de la gare.

"-Il ne lésine pas sur les moyens de protection ce cher Abele, grogna Corvo. Tous ces gardes en plus du portail foudroyant !

-En passant par l'arrière, il y aura peut-être une porte de service, argumenta Daud. Sinon il y a toujours l'accès par le toit.

-C'est jouable.

-Mais avant ça, nous devrions faire un tour au marché noir, répliqua le plus vieux en montrant une ruelle dans l'ombre. Une petite amélioration de nos outils ne serait pas de trop."

Les vagabonds se téléportèrent vers la boutique clandestine, saluant la propriétaire.

"-Vos visages me sont...familiers.

-Nous revenons après une longue absence, ricana à moitié Corvo.

-Nous aurions besoin de vos services, compléta Daud.

-C'est que...Bafouilla la femme. J'attends une visite, revenez dans un moment nous pourrons faire affaire."

Un bruit discret et un léger hurlement de chien attira l'attention des deux compères, acquiesçant, ils se glissèrent sur une estrade en hauteur pour observer la scène. Un grand gaillard s'imposa dans la modeste boutique pendant que la femme jappait devant la porte d'entrée. Un petit homme au teint bronzé et au costume gris avança d'une manière chaloupée vers la pauvre vendeuse au regard terrorisé. Auprès plusieurs longues minutes de maltraitance morale, le mafiosi quitta l'échoppe permettant à Daud et Corvo de quitter leur cachette.

"-Qui est-ce ? Interrogea Corvo.

-Paolo, un parrain de la pègre qui se prend pour la voix du peuple, expliqua le plus vieux. Lui et ses Hurleurs ont élus domicile à Poussièreville et son influence grandit sous Abele. Ils ont l'Abbaye à leur trousse.

-Poussièreville ? Répéta le protecteur interrogatif.

-Le nouveau nom de Batista.

-Je vois...marmonna le protecteur.

Daud porta son attention sur Corvo caché par son masque, empêchant l'assassin de voir les réactions de son compagnon. Mais à en juger par le ton employé par ce dernier, la nostalgie s'était emparée de Corvo. Feignant n'avoir rien remarqué, Daud s'approcha à nouveau de la marchande et disposa les plans et améliorations pour son arbalète et celle de Corvo.

Après quelques minutes d'attentes et achats, les deux hommes sont revenus sur leur pas, passé sur le côté de la gare et tombé dans une ruelle. Près d'une clôture qui séparait une place de la ruelle, deux Hurleurs maugréaient leurs malchances. Daud indiqua à son compagnon de prendre l'homme pendant qu'il s'occupait de la femme. Après les avoir endormis, ils étudièrent la place, un dans un recoin sombre, l'autre sous un portique et une femme en plein milieu de la place devant un magasin en ruine. Daud invoqua un nuage de fumée grâce au Vide et se glissa dedans pour éliminer celui dans l'ombre de la gare pendant que Corvo, perché sur le wagon transportant du bois, lançait sa fléchette anesthésiante sur celui sous le portique. Alerté par le bruit de son collègue, la femme s'approcha de celui qui venait de tomber au sol, Corvo s'élança dans le vide et assomma la Hurleuse.

"-La gare est juste là, montra Corvo.

-Si on passe par cet immeuble, répliqua Daud en désignant la résidence juste derrière. Les fenêtres donneront pile face au toit.

-Allons-y.

Les deux hommes passèrent au milieu d'un groupe de badaud, qui ne leur prêta aucune attention, et montèrent les marches vers le premier appartement, récupérant quelques babioles à vendre avant de passer au second étage.

-Fermé, soupira le protecteur en secouant la porte.

Il jeta un coup d'œil aux alentours quand un clic l'a fait tourner vers l'ouverture qu'avait fait Daud.

-J'ai pris possession d'un rat, souffla l'assassin. Intéressant comme pouvoir."

L'homme en rouge s'écarta pour faire place à son compagnon. Après avoir passé la porte, Corvo étudia les lieux, un bout de code laissé sur un tableau noir lui indiqua deux des trois chiffres du coffre-fort juste derrière. Une fois la caisse ouverte et pillée, le protecteur s'intéressa au journal laissé sur le bureau. Corvo feuilleta le contenu avec ardeur, lisant les comptes rendus des séances avant d'interpeler son comparse.

"-Daud...Tu ne devineras jamais où nous sommes, s'écria Corvo en enlevant son masque et se dirigeant vers le salon.

-Si, j'ai ma petite idée.

Daud se tenait bien droit, les bras croisés devant le portrait de Burrows, son regard bleu acier trahissant le calme de sa voix. Les Némésis avaient atterries dans un nid de vipères, un groupe d'ardents fanatiques qui ont juré allégeance à l'ancien Régent de Dunwall.

-Les Régenteurs.

-Je croyais qu'ils avaient eu leur compte il y a onze ans.

-Si j'en crois ce registre, fit Daud qui était apparu à ses côtés. Ils se réunissent régulièrement.

Leur regard se croisa et durant quelques instants, plus rien n'avait d'imporatance. Corvo se racla la gorge et ferma le livre.

-Nous avons plus urgent à faire, la gare est juste là."

Le plus jeune reposa le carnet à sa place, se cacha derrière son masque avant de s'envoler vers le toit en face. Daud décontenancé se frotta le visage. L'attitude du Protecteur éveillait des choses en lui, des sentiments qu'il ne voulait pas éprouver. Pas pour lui. Il ne le méritait pas. L'homme inspira profondément et s'élança à son tour vers le toit. Après avoir assommé les gardes qui venaient de faire leur entrée, les deux hommes braquèrent la caisse de la gare avec la clé qu'ils avaient acheté au marché noir et empruntèrent la voiture des deux soldats inconscients afin de monter vers la haute Aventa. Les pensées se bousculaient dans la tête de Daud, et quand la voiture se stoppa devant la grille fermée garce à un code, il grogna de mécontentement.

Corvo se chargeait du poste de garde pour trouver la suite de chiffre pendant que l'assassin explorait les environs. Passant à travers la place comme une ombre, il débarqua dans un petit coin résidentiel. Il s'infiltra ouvertement chez une noble, volant sa rune et son argent avant de les glisser dans un autre appartement en face pour récupérer le tableau et le charme d'os. Retombant discrètement dans la rue, il se dépêcha d'atteindre furtivement la voiture et de sauter dedans. Dans un timing parfait, Corvo débloqua le passage et fit redémarrer la caisse.

L'auto s'arrêta devant le manoir de Jindosh. Sokolov était derrière ces murs, très certainement maltraité par le scientifique fou. Corvo vérifia sont équipement et a fait signe à Daud. La porte s'ouvrit faisant place à une décoration riche d'essence serkoniennes, le poste d'accueil vide, un simple audiographe sur une table et des rafraichissements sur une autre. Daud écouta une voix qui se voulait suave inviter les gens à attendre que quelqu'un vienne les réceptionner alors qu'elle envoyait les indésirables voir ailleurs ou de tenter un passage forcé avec l'accueil de la sécurité garantie. Corvo poussa les portes suivantes vers une autre salle, un levier en son centre. Alors qu'il s'apprêtait à tirer sur le manche, la main de Daud le stoppa.

"-Il est relié à un système de sécurité, siffla Daud en regardant les murs.

Corvo activa la vision des ténèbres et regarda les circuits qui courraient çà et là, ainsi que le soldat mécanique qui dormait au fond, le tout sans doute relié à un système d'alarme centrale.

-Merci."

Un simple signe de tête de Daud accueilli la bénédiction du gardien. L'assassin continua d'étudier les lieux et son regard s'attarda au plafond. Le plus jeune suivit son regard, observant la verrière qui les surplombait, la main gauche du meurtrier pointa vers le plafond avant de décocher un carreau. Le bruit de verre retenti dans la pièce mais rien ne bougea. Daud se téléporta vers l'ouverture, suivit de près par Corvo, qui étudiait déjà la curieuse demeure.

"-Du vide entre les murs, souffla l'homme en bleu.

-Ingénieux. "

Continuant leur périple à travers les cloisons et la maison les deux hommes tombèrent sur un cadavre gonflé par les mouches de sang. Évitant les insectes, Corvo ramassa le charme d'os près du malheureux pendant que Daud passait par une petite lucarne. Un léger sifflement attira l'attention du garde du corps, qui rejoignit son compagnon. Reconnaissant sans mal le vieillard enfermé, Corvo soupira de rage.

"-Trouve Jindosh, interpela Daud. Je me charge de ramener Sokolov à la voiture."

Le regard du plus jeune passa de l'assassin au scientifique, avant d'hocher la tête affirmativement. Corvo s'aventura seul dans les cloisons, cherchant le philosophe déraisonnable. Daud lui chemina vers le dédale qui servait de cellule au plus grand savant que le monde ait porté. Après avoir descendu les escaliers, il activa par mégarde le mécanisme et les murs s'ébranlèrent. Une voix et un bruit métallique raisonna, avec une rapidité surhumaine, l'assassin activa un nuage de fumé pour disparaitre. Le soldat mécanique s'approcha de là où se tenait le maître, balayant l'espace de son œil unique. Daud profita de cet instant pour poser un outil de câblage. Au moment même où il finissait son travail, la lumière du robot se posa sur lui alors que la fumée se dissipait. Aucun mouvement.

"-Supprimer ce message après la phase de test." grésilla la voix de Jindosh enregistré.

L'homme poussa un soupir soulagé avant de tenter de comprendre comment fonctionnait cet endroit. Après avoir enfin trouvé le moyen atteindre Sokolov, le tout sous l'œil vitreux du soldat qui commentait tout ce qu'il faisait, Daud s'approcha du vieil homme et lui toucha le bras. L'octogénaire se tourna lentement vers celui qui l'avait réveillé, ses yeux s'agrandirent de surprise avant d'esquisser un sourire moqueur.

"-Daud, c'est vous ! Chevrota la voix de Anton. Cela fait bien longtemps !

-Apparemment pas assez, mâcha l'assassin avec humour. Je suis venu vous chercher et Corvo s'occupe de Kirin.

-Corvo est ici ! S'écria le savant en se redressant. Il faut qu'il soit très prudent, Jindosh est capable de tout, il..."

Une quinte de toux secoua le philosophe qui perdit connaissance. Le savant fou s'était clairement amusé à torturer mentalement son mentor, et les blessures dues à son enlèvement n'arrangeaient pas son état de santé. Avec le maximum de précautions, Daud emporta le corps faible de Anton vers l'extérieur de la maison avant de l'installer dans la voiture.

Le regard perçant du tueur se posa sur la porte d'entrée, attendant qu'elle s'ouvre sur le protecteur victorieux. Daud connaissait la réputation du génie serkonien, froid, intelligent et atrocement vicieux. Cela ne l'étonnerait même pas si cet excentrique avait un soldat mécanique ou deux pour lui tenir compagnie dans son laboratoire. L'homme tira un paquet de cigarettes serkoniennes de sa poche et en alluma une. Il inspira une longue bouffé, la fit tourner dans ses poumons, avant de la souffler par petit coup par le nez. Corvo est quelqu'un d'intelligent et habile, il ne prendrait pas de risques inconsidérés, et après tout, il voulait rentrer à Dunwall sauver Emily. Cependant, le soleil commençait à décliner et cela faisait un quart d'heure que Daud était sorti avec le vieux. Alors que le deuxième mégot allait retrouver son homologue au sol, les tripes de l'assassin se retournaient. Il savait que c'était irrationnel, pourtant le serkonien ne pouvait s'empêcher de s'inquiéter. Le Maître assassin glissa sa main sur la crosse de son arme, s'approchant de la porte quand elle s'ouvrit. Le masque du félon masqué apparu bien vite.

"-Tu en as mis du temps...Gronda Daud.

-Jindosh n'est plus une menace, il a gouté à sa propre invention, lâcha Corvo. Sokolov ?

-Dans la voiture, il est très faible et inconscient, mais il s'en sortira.

-Bien, rentrons au Leviathan."

Les deux hommes sautèrent dans l'engin motorisé, actionnèrent le mécanisme et glissèrent jusqu'à la gare plus bas. Le protecteur attrapa le savant avec mille précautions, Daud s'envola vers le toit, très vite suivit par Corvo. Alors qu'il s'apprêtait à se téléporter vers un réverbère non loin, du mouvement dans la cour de la gare attira l'attention de l'assassin, le garde suivit alors l'objet de son attention. Deux femmes, armées, portant un drôle d'accoutrement gloussaient devant les cadavres de soldats.

"-Des sorcières de Delilah, cracha Daud.

-Elles sont à ma recherche, siffla Corvo. Apparemment nos actions sont parvenues jusqu'à elle.

-Ne restons pas là, ordonna Daud."