Le journal de Corvo

Sokolov ronflait paisiblement dans le grand lit où Daud dormait habituellement, le tout sous la surveillance et les bons soins de Alexandria. Corvo était de corvée de vaisselle alors que Thomas entretenait les armes de ses compagnons dans la cabine principale. Quant au maître, il était juste derrière son second à étudier la petite toile du complot de Delilah. D'un côté, il y avait Abele avec Ramsey, Jindosh et le Tueur de la couronne. De l'autre, l'impératrice auto-proclamée et ses suivantes. Qu'est-ce qui avait bien pu rapprocher le duc en soif de richesse et une sorcière enfermée dans le Vide ? Comment c'était-elle libérée ? Comment avait-elle volé le pouvoir de Corvo ? Comment était-elle devenue immortelle ? Toujours plein de questions et peu de réponses, comme il y a quinze ans. Les réflexions de Daud ne le menaient nulle part et cela commençait à l'agacer. Voilà qui était inhabituel. Daud, l'assassin perdait patience, s'énervait et laissait ses sentiments prendre le dessus. Ah, qu'il était loin le temps où il tuait nobles, gardes, politiciens et religieux sans le moindre froncement de sourcil. Décidément, la mort de Jessamine Kaldwin avait ébranlé toutes les fortifications dont son esprit était pourvu. Comment réagirait le Daud de l'époque face à cet homme qu'il était devenu ?

Rester planter devant le tableau ne l'aidait pas à mettre ses idées au clair, il devait faire une pause, prendre du recul. Daud se dirigea vers une cabine proche, espérant pouvoir s'assoir et faire le tri. L'assassin remarqua c'était celle du protecteur aux souvenirs qui trônaient dans la vitrine : la seringue avec laquelle il avait administré l'antipoison à Hypathia, un petit bateau en bois avec les initiales S.B et un crâne de l'un de ces robots. Un journal laissé à l'abandon sur le bureau attira son attention. Cédant à la curiosité, il feuilleta les écrits. Le Protecteur racontait son voyage entamé il y a quelque semaine, les moments passé avec Thomas et Daud. Une lettre qui trainait dans le livre attira son attention. Corvo avait couché sur papiers les étranges sentiments qu'il semblait éprouver depuis peu envers l'assassin. Un fourmillement démangea Daud, il était...gêné ? Oui, ça ne pouvait être autre chose.

Daud rangea la lettre et ferma le bouquin d'un claquement sec avant de le poser sur le bureau. Il quitta la cabine et se dirigea sur le pont du navire observant le pic de l'île. L'homme en rouge tira son paquet et s'alluma une cigarette.

"-Demain, nous partons à la recherche du couteau, déclara Corvo qui l'avait rejoint.

-Hum ?

-Tu m'as aidé à trouver le Tueur et sauver Anton, commença le protecteur. Je te renvois la pareille.

-Les Aveuglé parlaient de se faire tatouer dans un salon, lâcha Daud après quelques secondes. Au Camélia Rouge, il semble que cet endroit est le point de ralliement de cette bande de fanatiques. Il y aura sûrement le nom des membres principaux.

-Ils auront aussi peut-être l'emplacement du couteau.

-Tu lis dans mes pensées...s'amusa Daud.

-De toute façon, Anton est encore trop faible. Ce soir, nous étudions les solutions et demain, nous allons au salon de tatouage."