Des brèches dans le monde

Le retour vers Dunwall s'est fait plus rapidement que le voyage aller. Sully avait su tirer profit d'un fort courant qui leur avait fait gagner cinq jours. Après dix jours passé ses côtés, Sokolov et le marin avaient trouvé de nombreux points communs, amateur d'aventure et d'explorations, ils avaient échangé des histoires de découvertes, Sokolov avait relaté ses aventure pendissiennes alors que Sully parlait de statue en or maudite par d'anciens dieux ou de cité perdue au cœur d'une tempête de sable.

Corvo savait que son ami avait atteint depuis quelque jours l'entrée du village minier, la perle autour de son cou luisait d'un rouge-rosé hostile. Il posa ses mains sur la perle et tenta d'apaiser le propriétaire qui se trouvait en possession de la jumelle. L'humeur de la perle se calma un peu, conservant une teinte rouge contrariée avec quelques touches d'un orange vigilant. Corvo n'arrivait plus très bien à communiquer avec Daud à travers la perle depuis qu'il s'était approché du village, il sentait quelque chose interférer entre lui et l'esprit de amoureux. Ça ne lui plaisait pas beaucoup, mais Delilah était une priorité à ne pas prendre à la légère.

L'arrivée dans les eaux de la capitale s'était déroulée dans un brouillard aussi épais qu'inquiétant, baleiniers, bateaux de commerces ou simples embarcations gisaient dans l'embouchure, le silence était aussi pesant que l'ambiance qui plainait au-dessus du palais impérial, sombre et mortifiée. Corvo ne s'attendait pas à retrouver cet endroit en plus mauvais état que durant la peste du rat. Sullivan avait jeté l'ancre non loin de l'écluse, et Corvo sentait déjà ses tripes se retourner. Il avait partagé une discussion aussi brève que chaleureuse avec le scientifique avant de se diriger vers le capitaine.

"-Puis-je vous demander un dernier service ?

Le marin avait secoué la tête en tirant sur son énorme cigare cerkonien.

-Ramenez Sokolov chez lui à Tyvia, demanda le protecteur en tendant une bourse bien remplie. Si les choses tournent à mon avantage, il pourra être utile à sa terre natale.

-Et si les choses tournent mal ? Interrogea Sully en prenant son paiement."

Corvo ne répliqua pas et se dirigea vers la chaloupe mettant le cap vers le port qu'il avait quitté des semaines au-paravent. L'esprit de Delilah médisait dans le membre maudit, Corvo répliquait avec sévérité en imaginant les diverses façons de faire taire cette vipère pour toujours. L'état déplorable de la capitale le révulsa, chiens errants, commerces fermés, appartements abandonnés, les rails détruits et les rues désertes. L'homme se téléporta rapidement vers le poste de garde pour passer les lourdes portes mécanique, sans se donner la peine d'explorer les environs. Il rencontra les cadavres de l'urbaine et ceux des Superviseurs, les deux factions ennemies avaient mis leur différents de côtés pour tenter de prendre d'assaut le palais impérial, en vain. Un grognement attira son attention et le protecteur s'avança vers le superviseur à l'agonie.

"-Que s'est-il passé ? Demanda Corvo en s'approchant.

-J'ai vu le Grand Superviseur tomber. Tout est perdu...Quittez cet endroit.

-L'Abbaye a pris d'assaut la Tour.

-Nous avons été vaincus, soupira le saint. Pas uniquement par les sorcières de Delilah et leurs cerbères, mais aussi par les hommes mécaniques. Des soldats mécaniques. L'homme glissait et Corvo l'aida à se redresser. La musique ancestrale n'avait aucun effet sur eux.

-Reprenez vos forces. Le règne de Delilah prendra fin aujourd'hui, jura le garde du corps.

-Aux portes de la mort, je sens la corruption du Grand Vide en vous, siffla l'homme d'église. Ce sera donc un combat entre deux hérétiques. Quelle farce. Le monde est condamné."

Alors que Corvo se redressait, il voyait l'homme décliner d'un coup avant de s'immobiliser complétement. Le Superviseur avait rendu son dernier soupir. Le Protecteur s'approcha des grilles mais ne les franchissait pas, les épaisses lianes qu'il avait aperçu au conservatoire royal pullulaient derrière. Daud l'avait mis en garde contre ces choses, elles pouvaient broyer un bras en quelques secondes. Corvo recula un peu et s'envola par-dessus le passage se retrouvant près de la cour. Cerbère fantomatiques et sorcières vadrouillaient sans crainte dans le jardin, il se téléporta vers l'autre bout de la cour pour récupérer la rune dans le local d'entretien de l'écluse. En récupérant son trophée, il écouta la conversation des deux sorcières en poste. Delilah préparait une peinture qui changerait le monde et au-delà. Que voulaient-elles dire par là ? Connaissant le côté mégalo de la femme, Corvo n'osait imaginer ce qu'elle avait en tête.

Vif et silencieux, le garde se dirigea vers l'entrée, éliminant un cerbère grâce à son charme d'os, il se glissa dans l'évacuation pour passer à l'intérieur de l'édifice.


Daud marchait depuis des jours vers le village, le couteau murmurant dans son esprit des choses qu'il ne comprenait qu'à moitié. Le quinquagénaire apercevait parfois une ombre le suivre ou le précéder, il sentait son œil droit bruler à certains moments. Il avait mis ça sur le dos de la fatigue ou des lieux qui lui jouaient des tours, mais arrivé tout proche du village abandonné, l'ombre avait pris substance et parlait à travers son esprit. Les mots que l'ombre employaient, les expressions qu'elles utilisaient le blessait. Il ne trouvait qu'un vague réconfort quand il touchait sa perle ou alors qu'il lisait le journal de Thomas. L'homme en rouge l'avait trouvé dans ses affaires, sans doute l'avait-il pris en quittant le navire. La dernière page du journal revenait en boucle.

"Le Maître a décidé d'aller avec le Protecteur à Poussièreville pour tenter de comprendre comment Delilah a déjoué son piège. Je comprends la réaction de Daud, mais je ne peux m'empêcher de penser que c'est une mauvaise idée. Il a le couteau et l'emplacement de l'entrée du Vide, il tient sa vengeance à portée de main et il ne la saisie pas.

Je vois bien ce qui lie Corvo et Daud, il faut être aveugle pour ne pas savoir. Mais, Shindearey est une occasion unique pour mon Maître de régler cette histoire qui le ronge. Après tout ce qu'il a traversé, toutes ces années de recherches, le résultat est là, en face de nous. J'avoue que j'ai dû mal à saisir.

Mais peut-être est-ce autre chose, une chose que je ne vois pas, ou plutôt que je ne veux pas voir. Daud a toujours mon soutient, il a depuis le premier jour. Je devrais lui être reconnaissant, après tout un assassin manchot, sans pouvoir n'est plus très utile. Et pourtant je suis encore là sur ce bateau, à l'aider et lui apporter les renseignements qu'il souhaite, comme autrefois. Quelque part ça me rassure, je lui suis encore utile, même si c'est mineur. J'espère seulement qu'il sait ce qu'il fait. Et quoi qu'il fasse, je serais là pour le servir. Je lui dois beaucoup.

Je pense que vous trouverez mon journal Maître, j'en suis même sûr. Si vous lisez ces lignes, je tiens à vous dire que c'est un honneur de travailler pour vous. J'ai beaucoup appris auprès de vous, vous avez traversé beaucoup d'épreuves, physiques ou morales mais vous en êtes toujours sorti. Celle qui vous attend est de taille, mais je sais que Corvo est prêt à tout pour vous aider, tout comme moi. Il faudra que je pense à le remercier, même s'il ne comprendra sans doute pas. Il vous apporte beaucoup et il vous fait du bien."

Le texte s'arrêtait là. Le jeune homme voulait sans doute continuer à s'exprimer à en juger par la tâche d'encre sur la feuille mais avait été coupé.

Du mouvement attira l'œil de l'assassin. Il n'y avait personne d'autre dans cette gare, jusqu'à que l'ombre s'installe en face de Daud.

"-Regardes-toi, siffla l'apparition. Tu es là à t'émouvoir devant un stupide journal. Il y a quelques années, ça ne nous aurait fait ni chaud ni froid.

Le fantôme devenait de plus en plus net, devant lui se dressait une version de lui-même plus jeune d'au moins vingt ans. Son regard froid et perçant, son rictus immobile et dédaigneux, ses bras croisés sur sa poitrine, tout en lui respirait le mépris et le dégoût.

-Je ne pensais pas que je pouvais tomber aussi bas, soupira froidement le sosie.

La perle autour du cou brilla d'un vert et jaune compatissant, une chaleur timide tentait de passer à travers lui. Daud caressa la perle et tentant de s'emparer de la douceur de son compagnon.

-C'est pathétique, voilà que tu te raccroche à une babiole donnée par ce salaud aux yeux noirs, critiqua sa doublure. Finalement, j'aurais peut-être dû tuer le Protecteur en même temps qu'elle, cela nous aurait éviter quelques désagréments.

Daud se leva d'un bond.

-Je t'interdit de dire du mal de Corvo, hurla l'homme.

-Ou quoi ? Demanda le Némésis en se levant à son tour. Tu vas me tuer ? Comme c'est risible. Es-tu vraiment capable de tuer quelqu'un ? Depuis la mort de cette impératrice, tu n'as tué que les quelques Aveuglés à Poussièreville. Et cette pauvre Billie qui t'as montré à quel point tu étais faible.

-Je suis là pour éliminer l'Outsider, gronda Daud.

-Tout comme moi. L'entrée est par-là, releva l'ombre en pointant le pic."

L'assassin s'avança vers le village, tuant les chiens errants avant de remonter à une ancienne place. Comme dans le manoir de Stilton, le Vide avait corrompu cet endroit, sauf que les bâtiments disparaissaient ou bougeaient. Un coup de feu raisonna et Daud se téléporta en hauteur pour observer les alentours, un homme était à terre et implorait la femme en face de lui.

"-Calmes-toi Antero. Tu savais que ça aller arriver, siffla l'Aveuglée. Comment veux-tu trouver la sagesse si tu ignores les bases. « Ne cherche aucun réconfort dans les futilités. Rejette les distractions. » Tes créatures t'empêchaient d'étudier le Grand Vide.

-Mais où était le mal ! S'indigna le pauvre bougre. Je ne faisais qu'étudier les rats et leur parler. Comme dans les histoires de mon enfance.

-Silence. Le Grand Vide a besoin de toi, susurra la femme.

-Je ne veux plus aller dans le Vide, répliqua l'homme à terre épouvanté. La pierre ne fait pas qu'envahir le corps, elle prend aussi le cœur et l'esprit.

-C'est notre but Antero, réprima la vieille. C'est pourquoi nous sommes là. Ne combat pas l'influence de l'éternité.

-Non, implora l'autre. J'ai peur ! Je ne veux pas devenir comme eux.

-Ça n'arrivera pas."

La femme ponctua sa phrase d'un coup de feu, achevant l'homme à terre. Daud s'approcha de plus près et élimina le spectateur avec un assassina aérien. La femme le remarqua et il la décapita aussi sec. Il étudia les corps des deux Aveuglés, leurs yeux n'étaient que des trous noirs d'où s'échappait une lumière jaune, une partie de leurs membres ou de leur visage était gangréné par des plaques de pierres noires. Qu'est-ce qu'il se passait ici ?

La route était bloquée par un portail à code. L'ombre ouvrit une porte dans son dos et la passa, Daud le suivit. Le hangar à wagon était dans un état aussi lamentable que le reste du village. La doublure indiqua une porte au-dessus de lui, mais celle-ci était condamnée et inaccessible. Du moins pour le commun des mortels. Une fléchette fit voler en éclat les bouts de bois et l'élévateur à wagon montait vers l'ouverture. Daud freina le temps et se téléporta vers la porte pour passer au reste de l'atelier. Des échos de voix lui parvenait par une fenêtre brisée. L'un des Aveuglé parlait d'un Œil, de Visionnaires, de Dieu mort et de vérité.

"-En trouvant cet Œil, nous trouveront l'Outsider et lui ferons payer pour ce qu'il nous a fait, déclara le Némésis."

Ne pouvant contenir le sentiment qui le submergeait, Daud se jeta dans la cour et élimina tous ceux qui se trouvaient en face de lui, l'assassin poursuivit à travers un autre hangar, tuant tous les Aveuglés qui se dressaient sur son chemin et remonta vers la base de la carrière. C'est alors qu'un curieux spectacle se déroulait sous ses yeux, une créature d'au moins trois mètres et toute en pierre traversa devant des Aveuglés extatiques. Le Visionnaire dont il avait entendu parler. Les fanatiques remontèrent vers la place alors que Daud empruntait les escaliers de l'ancienne mine, l'amenant directement à l'entrée d'un ancien bâtiment creusé dans la roche.

Deux Aveuglé discutaient d'une découverte faite par l'un des leurs, elle allait à l'encontre des principes de la secte. Apparemment, il avait atteint l'Étreinte rituelle, un lieu que même cette bande de malades ne voulaient approcher. Qu'avait découvert Malchioli pour susciter une telle réaction de la part de ses frères ?

"-Quoi qu'il ait pu découvrir, gronda la doublure. Ça ne nous apportera rien de plus. Tu connais ta cible et tu as son seul point faible.

-Je suis curieux de savoir ce qu'il a trouvé, répliqua Daud.

-Pff, siffla l'ombre. Quelle faiblesse. Est-ce le Protecteur Royal qui t'as rendu aussi mou ?

-Corvo m'a ouvert les yeux.

-Oh oui ! Il n'empêche qu'il n'a pas cherché à te retenir quand tu lis as dit que tu partais. Et il n'a pas hésité longtemps avant d'aller chercher Delilah. Je te signale qu'il n'a fait équipe avec toi que parce que tu avais les informations qu'il avait besoin.

-Tu mens, gronda Daud.

-Il n'a couché avec toi que pour te déstabiliser et obtenir de toi ce qu'il voulait, persiffla la doublure. Tout ce qu'il l'intéresse, s'est de sauver sa précieuse gamine et rétablir le trône. Il n'a que faire de toi et de notre quête.

-Tu mens, tu mens ! Tu mens ! répéta Daud.

-Tu le pense toi aussi, inutile de me le cacher. Je ne fais qu'exprimer ce que tu as au fond de l'esprit."

Le jeune Daud le devança et l'introduisit discrètement au discours d'un des Aveuglés, qui énumérait le passé de leur honorable secte. Leurs prédécesseurs avaient créé l'Outsider après tout. Il les mettait en garde contre la perte de cet être mystique, provoquant la chute du monde.

L'assassin se permit d'entrer en scène et de décimer les adorateurs, avant de poursuivre son chemin comme si de rien n'était vers les anciens quartiers des miniers qui travaillaient là, il y a de nombreuses années. En suivant le couloir, il débarqua dans la bibliothèque. Le meurtrier avança lentement pour prendre de la hauteur alors qu'il entendait l'une des Aveuglés parler de Delilah. Les Aveuglés ont donc bien eu vent de ses agissements, ils ont même des craintes sur sa nature. Après ce que leur avait raconté le salaud aux yeux noirs, le meurtrier ne pouvait les contredire.

Son double continuait son chemin vers une passerelle en suspension, Daud le suivait se téléportant vers l'ouverture. Deux Aveuglées discutaient de l'Œil et des visions qu'il leur avait montré. L'assassin les élimina et grimpa sur la paroi rocheuse, retrouvant sa doublure qui marchait toujours devant lui. L'ombre s'arrêta devant l'Œil du Dieu mort et Daud s'approcha à son tour, observant l'orbite noir au cœur rouge. Son œil droit le brûlait atrocement alors que la main de sa version jeune touchait l'étrange relique.


Corvo débarqua dans ce qu'il restait du hall d'entrée du palais impérial, condamné par un empilement de meubles. Il entendait les deux sorcières tout proche s'extasier du projet de Delilah qui arrivait à son terme et du tour de magie que leur maitresse avait fait dans l'ancienne chapelle des Superviseurs. Le garde escalada le monticule pour passer dans le hall, découvrant avec tristesse le sort du pauvre Grand Superviseur, crucifié dans le hall devant des têtes de cerbères démoniaques. Même si Khulan le suspectait, à juste titre, d'être un élu de l'Outsider, le Superviseur en chef le traitait toujours avec différence et Corvo lui rendait bien.

Le moyen le plus sûr et le plus rapide d'aller à la chapelle était de passer par les cuisines et le quartier des domestiques, sans se faire voir, Corvo chemina vers le sanctuaire où il découvrit la peinture de Delilah et l'arbre qui était passé de l'état de simple dessin à réalité. Après avoir écouté l'audiographe de la sorcière, le garde royal fabriqua la rune corrompue qui saboterait le travail de cette folle. Puis il se téléporta au plafond et s'envola vers la pièce secrète à l'autre bout du couloir, celle-ci lui donnait accès à la salle sécurisé et donc de se rapprocher de la salle du trône.

Une fois dans la salle, il trouva Ramsey changé en pierre, ainsi que les appartements royaux infesté par les chiens spectraux. Toujours dans la plus grande discrétion, il s'approcha du dernier endroit où il avait vu la femme et donc du trône. Delilah s'activait toujours sur sa peinture, alors que lui plaça la rune corrompue sur les lianes qui entouraient sur le siège avant de se cacher derrière un poteau. Le Protecteur braqua le Cœur sur la femme qui se jeta dans le passage ouvert de son œuvre. Le membre maudit se désintégra en poussière et Corvo s'approcha du vortex pour suivre la femme.

Un monde entièrement en noir et blanc s'étendait à perte de vue. Il reconnut la cour devant la salle du trône, les toits de la capitale, une longue esplanade en pierre noire du Vide et autour de lui des sculptures de gens applaudissant l'impératrice auto-proclamée assise devant une immense statue d'elle-même. Usant de son zoom, il observa la fausse impératrice assise sur le siège royal. Si Corvo éliminait les copies, la vrai se montrerai certainement. Toujours avec la lunette grossissante, il chercha les autres statues, il en trouva une en hauteur sur sa droite, l'autre à l'opposé de celle-ci à sa gauche, une sur une pointe près du trône et une dernière au centre de la place parmi la population. L'homme en bleu décida de commencer par celle à sa gauche puis s'avança vers celle au centre quand un bruit strident raisonna. Il n'avait pas vu la copie cachée sous celle qu'il venait d'étouffer. Les doubles de la sorcière fondirent sur lui et la vrai Delilah s'était mêlée à elles.

Épées en mains, les sorcières usèrent de leur magie pour lancer des pics acérés qui transperçait même son blindage. Corvo dégaina à son tour et laissa tomber l'idée de neutraliser la femme de façon non létal, après tout elle le méritait bien. Le garde réussi à éliminer une copie et tenta de se débarrasser d'une deuxième. L'une d'entre elles invoqua les lianes démoniaques immobilisant le Protecteur et les autres profitèrent de cet instant pour le lacérer de coup d'épée, Corvo se libéra mais il était sacrément amoché. Posant sa main sur sa besace pour attraper un élixir, il n'a pas vu venir Delilah dans son dos, il esquiva avec une roulade et braqua son arme vers une des copies qui explosa sous l'impact de la balle tirée. Il restait encore quatre Delilah face à lui, il pouvait encore triompher de la sorcière.

Il se téléporta à l'abri pour tenter de se soigner, entendant la femme maugréer en le cherchant. Une des copies le trouva alors qu'il avait réussi à extirper une fiole de remède et invoqua une liane qui continua son travail de broyage. Blessé, à bout de force, Corvo tenta de se débattre en vain, la dernière chose qu'il senti, était une lame le transpercer de part en part.


La carrière autour de Daud avait radicalement changé, tout était beaucoup plus sombre, il n'y avait presque plus de paroi rocheuse, envahis par l'immensité du Grand Vide, la pierre du lieu mystique avait tout remplacé. Il était toujours dans la réalité, Daud le sentait au fond de lui, il n'était pas encore tout à fait dans l'antre du salaud aux yeux noirs, mais dans un entre-deux étrange mêlant Grand Vide et le monde des humains. Son double se détacha et s'approcha de la rambarde.

"-L'Étreinte rituelle est juste en bas, expliqua ce dernier. Il ne nous reste plus qu'à y aller."

Daud s'approcha à son tour et regarda la cour où il avait éliminé les Aveuglés qui avaient parlé de l'Œil. Le corps suspendu d'un fanatique l'attira, il ramassa la clé et le mot, révélant la triste fin de Malchioldi et sa découverte d'une langue ancienne. L'assassin revint en arrière croisant au passage un Visionnaire, la créature braqua ses yeux scintillants sur lui et se rapprochait dangereusement. Voilà que Daud était passé de prédateur à proie, l'être était clairement hostile envers lui. Pourquoi ? Le Visionnaire déambulait librement autour des Aveuglés qui avaient touché l'Œil sans se soucier d'eux, alors pourquoi pas lui ? L'homme en rouge abandonna ses questions et la créature, tiraillé par la nécessité de découvrir les recherches de Malchioldi.

Il se dirigea donc vers l'antre du linguiste, après avoir passé et fermé la porte, l'assassin observa les croquis de la marque de l'Outsider et écouta le monologue du chercheur. Après avoir appris les chiffres du coffre, Daud ouvrit la caisse pour étudier son contenu. Selon l'Aveuglé, les symboles tels que ceux gravés sur les runes et les charmes d'os étaient le langage des morts et seuls les âmes présentes dans l'Étreinte rituelle pouvaient la lire. Si l'une de ses âmes lisait la marque, il découvrirait le véritable nom de l'Outsider et pouvait lui rendre son humanité. Daud était sonné par cette découverte, mais l'envie de le transpercer avec le couteau était tenace. L'assassin quitta la cachette et se dirigea vers l'entrée du Grand Vide, il élimina tout ceux sur son passage, évitant d'attirer l'attention des Visionnaires, Daud ne voulait pas avoir à faire avec ces choses. Une fois le curieux portail passé, il se retrouva dans la partie la plus ancienne du Vide, Daud s'avança vers l'édifice au centre. Les âmes damnées, hurlaient et pleuraient, l'Outsider coincé dans sa prison de roche.

"-Le voilà, murmura la doublure de Daud en s'approcha. Il est à notre merci.

-Pourquoi suis-je seul ? Où sont-ils tous passé ?

-Cette voix, murmura Daud en s'approchant d'une des âmes.

-Ils m'ont abandonné...N'est-ce pas ? Tous partis...sans moi.

Daud reconnu le jeune aux cheveux et aux yeux dorés.

-Thomas ? Que fais-tu ici ?

-Je suis pigé...Nous le sommes tous.

L'assassin s'approcha du jeune second.

-Thomas...Je...C'est moi, Daud.

-Daud...répéta le blond. Je connais ce nom...La Lame de Dunwall...nos masques de baleinier...les meurtres...le sang...tellement de sang...

Thomas regarda son maître comme s'il le voyait la première fois.

-Monsieur...Vous êtes mort ? Moi, je crois que je le suis. Ils étaient nombreux...trop nombreux...pour moi.

-Tu t'es bien battu Thomas, rassura Daud. Tu as sauvé Sokolov et le couteau.

-Vous avez le couteau, observa le jeune. Vous êtes là pour en finir avec lui, n'est-ce pas ?

-Bien sûr, répliqua la doublure avec mordant. Je vais mettre fin à son existence.

-J'ai trouvé un autre moyen, expliqua le vieux Daud. Avant d'être l'Outsider, il était un jeune homme ordinaire et cette secte lui a tout prit jusqu'à son nom. Je le connaît, depuis plus de trente ans, il est marqué sur le dos de ma main, mais je ne peux le lire. Seuls les morts le peuvent. Si on lui rend, il redeviendra humain et vivra comme n'importe qui.

-La marque ? Gronda le jeune Daud. Non, je suis là pour le tuer. Je ne peux pas laisser faire ça, pas après tout ce qu'il nous a fait. Pas après tout ce que tu as fait !

-Nous avions le choix, répliqua Daud à sa doublure. Il nous a donné un moyen de nous battre. J'ai abusé de ce pouvoir, c'est vrai. Mais j'ai prouvé que je vaux mieux que ça.

-Je regardais Dunwall comme un terrain de jeu, maugréa la doublure. Il savait que ça tournerait comme ça, il a toujours su. Il nous a utilisé.

-Tout comme j'ai utilisé Thomas et les autres Harponneurs, tout comme Burrows et les autres, énuméra le vieux. Je ne vaux pas mieux que cette secte. L'Outsider n'a pas eu le choix. Il n'a jamais demandé ça.

-Je n'ai pas demandé ça, insinua le jeune Daud. Il doit payer. Il doit mourir !

-Il y a des années, relata Daud. J'ai fait quelque chose d'horrible à Corvo, pourtant il m'a tendu la main. Il a choisi de m'aider, alors que je ne le méritais pas. Pourquoi ne pas lui offrir la même chose ?

La doublure ne disait plus rien et Thomas s'était redressé pendant l'échange entre les deux versions de son maître. Alors que la version plus jeune s'évaporait en poussière, le vieux Daud était enfin apaisé.

-J'ai encore besoin de toi Thomas, souffla l'homme.

-Tout ce que vous voulez, acquiesça le jeune en s'approchant de l'Outsider.

Thomas murmura à l'oreille de l'Outsider des paroles que Daud ne comprenait pas, l'ancien second se tourna vers son maître.

-C'est la fin, confia Thomas alors que son âme commençait à disparaitre. Adieu...père.

Alors que Daud réalisait les dernières paroles de Thomas, l'Outsider lui tombait dans les bras, reprenant le souffle qui lui avait été coupé pendant ces siècles.

-J'ai du sang dans la bouche, déclara faiblement le jeune en faisant quelques pas. Mes yeux sont restés clos, mais j'ai tout vu.

Daud a laissé le jeune s'assoir.

-Tu m'as sauvé...Daud.

Alors que l'assassin s'apprêtait à répondre un froid glacial lui transperça la poitrine, il découvrait la teinte bleue verte assez prononcé de la perle autour de son cou. Le petit objet déclinait peu à peu, devenant de plus en plus froide et terne, montrant la situation préoccupante de son propriétaire.

-Corvo...souffla l'assassin.

-Il est en danger, s'inquiéta le jeune. Nous devons aller à Dunwall, où il sera trop tard !

Après s'être remit, l'ancienne divinité entraina Daud dans le Grand Vide, passant devant des vortex, jusqu'à s'arrêter devant l'un d'eux. Le gamin passa le portail en emmenant l'assassin avec lui.


Corvo gisait au sol, incapable de bouger, Delilah au-dessus de lui jubilait de son triomphe et allait lui porter le coup fatal. Quelqu'un s'interposa entre les deux, plantant sa lame dans le flanc droit de la femme. Le visage de la sorcière se tordit en foudroyant Daud du regard, elle agrippa la double lame et l'enfonça encore un peu, attirant l'assassin avec. La sorcière le griffa avant que l'homme n'empoigne son bras fermement, l'illuminée se dégagea finalement dans un hurlement strident. La double lame lui transperça la bouche et ressorti derrière sa nuque avant de revenir vers l'assassin, la femme eu un soubresaut et fini par s'effondrer au sol, du sang noir s'échappant de ses blessures. Daud rengaina rapidement et s'agenouilla près du Protecteur.

"-Tien bon Corvo, chuchota l'homme en relevant son amant pour lui faire boire un élixir.

L'homme en bleu poussa un soupir de soulagement quand il sentait ses blessures se refermer et le corps de son amoureux le soutenir. Il se colla un peu plus contre lui, rassuré de le savoir à ses côtés.

-Daud...murmura le Protecteur. J'ai cru que je ne te verrais plus. Merci... d'être venu.

L'assassin l'attira contre lui, câlinant son compagnon avant de l'aider à se relever. Corvo repaira l'Outsider tout près, un sourire satisfait sur le visage.

-Quelque chose a changé chez toi, remarqua le garde. Tes yeux...

-Oh ça, répliqua le jeune nonchalamment. Tu n'es pas le seul à avoir été sauver par Daud aujourd'hui.

Corvo chercha des réponses auprès de son amant.

-J'ai trouvé un autre moyen d'éliminer l'Outsider, gronda le plus vieux. Thomas lui a rendu son nom et son humanité.

-J'imagine que c'est une longue histoire, déclara Corvo en haussant un sourcil intrigué. Bien, alors, comment on doit te nommer ?

-Je ne suis plus l'Outsider, commença le jeune homme. Et mon ancien nom n'aurait aucun sens. Je suis mort deux fois, appelez-moi comme vous voulez.

Daud poussa un long soupir et Corvo éclata de rire.

-Il reste encore Emily à délivrer, déclara Corvo une fois calmé.

Le trio retourna dans la salle du trône et le Protecteur s'approcha de la jeune impératrice.

-Tu peux encore partir Daud, confia Corvo. Je comprendrais que...

-J'ai fait le choix de te sauver, déclara l'assassin en se postant à ses côtés. J'en assume les conséquences.

Corvo effleura le visage de la jeune femme et celle-ci reprenait des couleurs, revenant lentement à la vie.

-Père... lâcha Emily éberluée. Que...s'est-il passé ?

-Tout va bien, rassura le père. Nous t'avons sauvé.

Le regard de l'impératrice passa sur Daud et le jeune homme, il s'agrandit sous la surprise avant qu'elle ne se reprenne. Emily chercha des explications auprès de son père et n'eut comme réaction qu'un sourire confiant, elle s'avança vers Daud.

-Ce que vous avez fait à ma mère et à moi il y a quinze ans est gravé à jamais dans ma mémoire, commença l'impératrice. Mais, Père m'a dit que vous l'avez aidé face au Régenteurs et vous m'avez sauvé par deux fois de Delilah. Pardonnez le manque de cérémonie, mais, je vous remercie et vous accorde ma clémence.

Daud inclina profondément la tête en signe de remerciement. Puis elle s'avança vers le plus jeune qui restait un peu en retrait.

-Je vous ai reconnue, assura la jeune fille. Père m'a souvent parlé de vous et j'ai de vague souvenirs de vos visites, j'imagine que vous avez contribué à tout ça ?

-Si peu, se gaussa le jeune. Puis-je vous faire une suggestion votre majesté ?

Elle acquiesça favorablement.

-L'empire est dans une situation encore précaire, expliqua le gamin. Vous aurez besoin de tout l'aide nécessaire à le remettre en place, et des alliés sont toujours utiles dans cette tâche. Puis-je vous recommandez de prendre dans votre entourage, Daud. Je suis sûr qu'il saura se rendre indispensable.

L'impératrice se tourna vers l'assassin et Corvo qui ne se quittaient plus.

-Je dois bien avoir quelques personnes qui me doivent des services à travers les îles, confia Daud.

-Alors c'est entendu, déclara Emily."