Auteur : Nat, qui poste encore un truc random. Voilàààà.
Disclaimer : J'ai une figurine d'Elrond dans ma bibliothèque. Là s'arrête ma possession de la Terre-du-Milieu. Sinon ce texte est bourré de personnages originaux plus ou moins secondaires histoire de donner un entourage à mon semi-Elfe préféré pendant ses études de médecine !
Warning : Que dire, que dire ? Déjà, profusion de OC, en espérant qu'ils ne soient pas insupportables. Certains chapitres pourront être un peu drôles, d'autres un peu déprimants, ça dépendra. L'histoire générale concerne les études d'Elrond, et il se trouve que je ne connais absolument rien au domaine de la santé. J'essaye de faire des recherches (et d'adapter le tout à un univers pseudo-médiéval avec de la magie) pour ne pas dire trop d'âneries dans mes textes, mais je présente d'avance mes excuses si je fais des erreurs ! Ah oui, et ça se passe au tout début du Deuxième Age, si jamais ça vous parle.
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L'arrivée
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1
Thavroniel
Thavroniel ferma les yeux. Elle expira longuement par le nez tout en se massant les tempes. Ce ne fut qu'après de longues secondes qu'elle reporta son regard sur le jeune homme sévère qui se tenait debout de l'autre côté de son bureau. Les années ne l'avaient pas changé : de taille toujours aussi moyenne, il n'avait perdu ni la rigueur de sa posture ni le sérieux de son expression. Ses longs cheveux lisses, d'un noir d'encre, encadraient la pâleur de son visage pointu où luisait le charbon de ses yeux. Les robes formelles de sa charge, suffisamment élaborées pour indiquer son statut de secrétaire du conseil royal sans pour autant trop attirer l'attention, arboraient des teintes variant du gris foncé au gris sombre. C'était une amélioration notable : elle avait connu une époque où il ne se vêtait que de noir. L'emblème de la maison à laquelle il appartenait, une sobre broche d'argent représentant un épervier à l'affût, était épinglé sur le devant de son vêtement. C'était là le seul bijou qu'il s'était autorisé. Thavroniel détacha ses yeux du discret ornement pour les replonger, glaciaux, dans ceux de son vis-à-vis.
« Seigneur Erestor, commença la guérisseuse d'un ton aussi neutre que lui permettait son agacement, malgré tout mon respect, je dois porter à votre attention le fait que si vous vouliez seulement recommander l'un de vos protégés à notre établissement, vous pouviez tout à fait vous adresser à n'importe lequel de mes collègues au lieu de me faire perdre mon temps. Vous auriez obtenu la même réponse. Le projet de recherche qui m'occupe actuellement est des plus importants et ne saurait souffrir le moindre délai. »
Le connaissant, elle s'attendait, au mieux, à un regard ennuyé de la part du strict jeune elfe. Elle ne s'attendait pas exactement à le voir s'incliner devant elle jusqu'à ce que la pointe de ses cheveux vienne frôler la surface plane de son bureau.
« Je vous présente mes plus humbles excuses, maître Thavroniel, pour vous importuner ainsi, articula distinctement Erestor, mais vous êtes en vérité la seule à qui je puis adresser ma requête. »
Thavroniel secoua la tête.
« Nous avons clos nos inscriptions depuis plusieurs semaines, Erestor, et les cours ont déjà commencé. Nous ne pouvons accepter de nouvel étudiant. Il est regrettable que le bateau de votre ami ait été retardé à ce point par le mauvais temps automnal, mais je n'ai d'autre réponse à vous apporter que celle-ci : qu'il revienne l'an prochain en temps et en heure, et je vous donne ma parole qu'il sera le premier inscrit. »
Evidemment, Erestor s'entêta.
« Permettez-moi d'insister et de vous demander de reconsidérer votre position, maître Thavroniel. »
A défaut de position, Thavroniel tourna la tête vers sa fenêtre pour considérer la silhouette solitaire qui attendait patiemment dans le jardin intérieur jouxtant son office. Elle n'avait pas prêté beaucoup d'attention au garçon qui accompagnait Erestor lorsqu'elle avait accepté de bien mauvaise grâce de recevoir ce dernier, et elle s'accorda quelques minutes pour l'observer plus pleinement. Il lui avait paru, au premier abord, posséder un physique des plus banals. Ses vêtements étaient communs : chemise de lin blanche brodée au col et aux poignets, surcot de laine grise, collants noirs, bottines de cuir un peu usées mais impeccablement cirées. Une ceinture de cuir lui ceignait la taille et une simple chaîne d'argent le cou. Il n'arborait pas d'insigne, aucun emblème d'aucune sorte, et la seule excentricité de son habillage résidait en une chevalière gravée de ses initiales et ornée d'une pierre bleue, qu'il portait à l'index. Un ruban nouait en arrière les mèches brunes du dessus de sa tête, dégageant le front qu'il avait un peu haut. Il était un peu grand, peut-être, surplombant Erestor d'une bonne tête bien qu'il fût indéniablement plus jeune –il ne devait pas avoir beaucoup plus d'une centaine d'années. Il ressemblait à tous les Noldor et, si son regard n'avait eu de cesse d'éviter celui de Thavroniel à travers ses cils baissés, elle n'avait pourtant pas été surprise de le deviner gris. Elle ne l'aurait probablement pas remarqué, ce garçon, aurait-elle dû le croiser dans la rue parmi cent autres jeunes gens bruns aux yeux pareillement orageux.
Mais plus elle l'observait, à présent, plus il l'intriguait. Il ressemblait à un Noldo, c'était un fait, mais il y avait quelque chose chez lui, un rien d'elle ne savait quoi qui le rendait différent, lorsque l'on prenait le temps de s'y attarder. Le V que formait la ligne de ses cheveux sombres sur son front s'observait plus fréquemment chez les Sindar que chez les Noldor, nota-t-elle, ainsi que l'arc de ses sourcils en ailes d'oiseau. L'ovale délicat de son visage et la finesse de ses traits harmonieux lui semblaient familiers; elle avait l'impression d'avoir déjà croisé ce garçon –ou du moins quelqu'un lui ressemblant, quelqu'un qu'elle aurait connu en Ossiriand, ou à Nargothrond peut-être ?
Thavroniel retint un soupir agacé et reporta son regard sur l'autre ellon qui accaparait son temps précieux.
« Ce garçon, là-bas…
-Il s'appelle Elrond, rappela Erestor.
-Joli nom. Plutôt courant, cela dit. Il n'appartient pas à la maison de l'Epervier. »
Ce n'était pas une question, et Erestor ne lui fit pas l'affront d'y répondre. La guérisseuse tourna de nouveau la tête vers la fenêtre. Inconscient de l'examen minutieux dont il était l'objet, le jeune elfe se pencha pour toucher du bout du doigt les pétales d'un parterre de dahlias à la floraison tardive. Son expression pensive, presque studieuse, accentuait la régularité élégante de ses traits mais, lorsqu'un papillon vert et bleu vint se poser sur sa main et lui causa un bref frémissement des lèvres, cette ébauche de sourire illumina son visage et Thavroniel le découvrit soudainement d'une beauté curieuse.
« D'où m'avez-vous dit qu'il venait, déjà ? questionna distraitement la maîtresse des maisons de guérison.
-Je ne vous l'ai pas dit, répondit simplement Erestor. Mais si vous ne le savez pas, maître, je dois de nouveau vous présenter mes excuses : il semblerait que je me sois effectivement trompé d'interlocuteur. »
Là-bas, dans le jardin, le papillon s'envola. Le garçon le suivit des yeux et son regard clair tomba, par hasard, sur la fenêtre de l'office. Il se détourna aussitôt en clignant des paupières, presque timide, mais ni la rapidité de sa réaction ni le reflet du verre teinté n'avaient empêché Thavroniel de déceler l'éclat qui scintillait au fond de ses yeux, un éclat qu'elle n'avait vu qu'une fois dans un regard de nuit, il y avait bien longtemps, dans les ruelles couvertes de Nargothrond. Un éclat qui n'avait rien d'elfique.
Un nouveau soupir manqua de lui échapper, plus fatigué qu'énervé ce coup-ci, et l'érudite se fit violence pour ne pas se cacher le front dans la main.
« Sa Majesté le Roi… commença-t-elle à voix basse.
-…A l'esprit occupé par nombre de sujets tous plus urgents et importants les uns que les autres, déclara sobrement Erestor, et la construction d'un nouveau royaume et d'alliances solides lui laissent bien peu de temps pour s'inquiéter des études du pupille d'un simple scribe de son palais. J'aurai aisément pu trouver une place pour Elrond dans un des cabinets des ministères royaux, mais il ne s'intéresse guère à la politique. »
Erestor ajouta, plongeant son profond regard noir dans celui, bien plus clair, de la guérisseuse :
« Et il n'a aucune envie qu'elle ne s'intéresse à lui. »
Thavroniel soutint son regard.
« Les soins et la recherche sont tout ce qui intéresse l'Institut de Formation des Maîtres Guérisseurs. »
Erestor inclina de nouveau la tête, presque élégamment. Ce n'était peut-être qu'une impression trompeuse, mais il lui sembla tout à coup moins rigide qu'auparavant. Thavroniel se résigna à chercher le registre des inscriptions parmi les archives encombrant la bibliothèque qu'elle réservait aux affaires administratives des Maisons de Guérison. Ce nouveau registre, entamé lorsque l'Institut de Formation avait été déplacé à Mithlond, était loin d'être aussi épais que celui que son prédécesseur tenait à Balar, mais il s'étoffait d'années en années. L'ayant trouvé, la guérisseuse le porta sur son bureau et l'ouvrit aux dernières pages, celles récapitulant les inscriptions en première année des tous nouveaux étudiants. Quelques unes, restées vierges suite à des désistements, n'avaient pas encore été retirées du manuscrit. C'était tout aussi bien : cela lui épargnerait d'avoir à refaire la reliure. Elle saisit sa plume, la tailla, la plongea dans l'encrier, et commença à noter les informations concernant le garçon, en prenant bien garde de ne l'affilier à aucune maison ni parentèle. Ce ne serait pas une exception, ici : les anonymes servant dans ces salles surpassaient en nombre les illustres noms de grandes familles.
« Son âge ?
-Quatre-vingt-quinze ans, par le compte du soleil, répondit Erestor. Il est né durant l'hiver de l'année 532 du Premier Age, mais même lui ne saurait vous en préciser la date. »
Thavroniel haussa un sourcil étonné, et le sévère jeune homme dut se sentir obligé d'expliquer :
« Il n'avait que six ans lorsqu'il perdit ses parents. Un enfant aussi jeune a rarement la mémoire des dates.
-J'entends bien. C'est son âge qui m'a surprise. Je lui aurais simplement donné… quelques années de plus.
-Ceux de son sang tendent parfois à grandir plus vite que les Eldar. Mais ne vous inquiétez pas de son jeune âge, je me porte garant de son sérieux et de sa maturité. »
Thavroniel lui glissa un bref regard.
« La cour du Haut-roi ne compte rien de moins que les seigneurs Celebrimbor, Círdan, Amdír, Celeborn et la dame Galadriel, pour n'en citer qu'une partie. Il se murmure que le seigneur Galdor de l'Arbre apprécie toujours aussi peu d'avoir vu la maison de Turgon écartée du pouvoir suite à la chute de Gondolin. Quant au seigneur Oropher, je me suis laissée dire qu'il ne démord pas de son idée de ne jurer loyauté qu'au descendant légitime des rois de l'antique Doriath, et ses emportements font parler d'eux jusqu'ici. Si vous voulez mon avis, et si vous souhaitez préserver la paix de ces Maisons, je vous prierai plutôt de vous porter garant de sa discrétion. »
A cela Erestor ne répondit rien, et Thavroniel retourna à son écriture.
« Il doit nous rester des chambres libres dans l'aile des botanistes. Je m'assurerai qu'il soit bien installé dans l'une d'entre elles et lui trouverai un guide parmi nos premières années les plus dégourdies. C'est une fleur que je vous fais là, seigneur Erestor, et de celles que je n'entends pas voir fleurir pour rien. S'il s'avère que ses résultats ne contentent aucun de ses professeurs, je me réserve le droit de le radier de notre établissement. Il lui faudra rattraper par lui-même les cours manqués et se trouver ses propres manuels, s'il en a les moyens, mais il pourra assister aux prochaines conférences dès qu'il aura apposé son paraphe ici même. »
Elle espérait que cette concession somme toute généreuse satisferait son visiteur et s'attendait à des remerciements déférents, mais cette tête de mule d'Erestor n'en avait apparemment pas fini avec elle.
« Je m'attendais plutôt à ce qu'il intègre la deuxième année, commenta-t-il simplement avec, elle l'aurait juré, une moue boudeuse. »
Cette fois-ci, Thavroniel eut un geste d'agacement.
« Vous me compliquez la vie, seigneur Erestor. Votre protégé possède-t-il quelque recommandation d'un maître guérisseur émérite pour étayer votre propos ? En l'absence de quoi je me verrai contrainte de refuser votre demande. »
Pour la première fois depuis le début de leur entretien, Erestor eut presque l'air ennuyé.
« Il en possédait deux, mais elles ont été perdues durant la guerre. L'une d'elles avait été rédigée par maître Alleras, l'ancien guérisseur attaché à la maison royale, à Balar.
-Je me souviens d'Alleras, approuva Thavroniel avec une pointe de nostalgie. Un esprit brillant. Ses travaux sur le système nerveux font encore autorité. Et l'autre ?
-Un nom non moins réputé, mais qu'il ne vous plairait guère d'entendre prononcer aujourd'hui et en ces lieux. »
Il n'avait pas besoin d'en dire plus. La maîtresse érudite secoua néanmoins la tête. Cette histoire commençait à s'éterniser et élimait sa patience.
« Ce ne sera pas possible. Le passage d'une année entière n'est pas une chose anodine, et que je ne peux décider sans en débattre au préalable avec mes confrères. Etant donné que nous n'avons aucune notation, aucuns travaux sur lesquels nous appuyer, et que vous ne pouvez produire de preuve des capacités et connaissances de votre protégé, il va sans dire que l'argumentation en ce sens sera plutôt faible. »
Erestor se contenta d'hausser un sourcil.
« Ne pouvez-vous pas en juger vous-même, maître Thavroniel ?
-Je ne le connais pas, comment le pourrais-je ?
-Vous n'avez pas daigné lui parler. Prenez seulement la peine de lui adresser la parole. Il est timide, je vous l'accorde, mais il tend tout de même à répondre aux questions qui lui sont posées. »
Thavroniel se massa de nouveau les tempes, à deux doigts de l'exaspération. Valar, plus les années passaient et plus cet ellon devenait entêté. Il était inutile d'essayer de lui faire changer d'idée, elle le savait d'expérience. Aussi, pour perdre le moins de temps possible, Thavroniel jugea-t-elle plus sage d'opter pour un nouveau compromis.
« Très bien. Voici ce que je peux vous proposer. J'irai m'entretenir quelques instants, seule à seul, avec votre compagnon…
-Il s'appelle Elrond.
-…et si, et seulement si, il m'apparaît évident que ses connaissances surpassent celles d'un étudiant de première année, je rassemblerai mes confrères pour lui faire passer des examens plus aboutis et des entretiens particuliers afin que nous puissions déterminer son niveau réel. En fonction de ses résultats, nous déciderons alors s'il convient ou non de l'inscrire directement en deuxième année. »
Pour la troisième fois, Erestor inclina la tête.
« Je vous remercie de votre sollicitude, maître Thavroniel, répondit-il tout à fait respectueusement. »
Elle croisa son regard, toutefois, et la satisfaction qu'elle y lut ne lui plut guère. Il se figure avoir remporté la partie, comprit-elle, alors que cette dernière n'a pas même commencé. La guérisseuse adressa un regard sévère au strict jeune homme qui présumait par trop de la situation.
« Comprenez bien que ce n'est pas une procédure ordinaire, seigneur Erestor, le mit-elle en garde. »
Erestor ne cilla même pas.
« Elrond n'est pas un garçon ordinaire. »
Le regard que Thavroniel lui rendit était tout sauf convaincu. Elle se leva néanmoins, et se dirigea vers la porte de l'office.
« Vous pouvez attendre ici, indiqua-t-elle. Je vous défendrais bien de toucher à quoi que ce soit, mais je sais pertinemment que vous n'en ferez rien. Je tâcherai d'être rapide, mais si un entretien plus approfondi s'avère nécessaire je reviendrai vous prévenir. Je m'en voudrais de vous retenir ici toute la matinée si du travail vous attend au palais. »
Erestor hocha la tête silencieusement, et Thavroniel sortit. Elle referma doucement la porte et inspira profondément. Puis elle se dirigea résolument vers le jardin.
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Comment présenter cette histoire ? Je ne peux pas vraiment vous résumer sa genèse parce qu'elle est beaucoup trop chaotique x) En version trèèèès courte, on est en train de travailler avec une amie (qui se reconnaîtra, coucou ! :D) sur les histoires, relations et interactions de personnages gravitant autour d'Elrond, de Gil-galad et des fils de Fëanor. Et voilà un des résultats de mon côté : Elrond qui veut esquiver le panier de crabe de la vie politique et suivre une formation de guérisseur, pour des raisons… que l'on découvrira plus tard !
Cette première partie relatant son inscription à l'Institut se compose de trois chapitres, que je mettrai en ligne au fur et à mesure. La suite de l'histoire se présentera sous le même modèle, à peu près : un thème, différents points de vue, et on avance. J'espère que je ne vous perdrai pas trop xD
Que dire d'autre ? Je ne sais pas trop, il est une heure du matin et je suis fatiguée xD Merci d'avoir lu ce texte, je vous souhaite un bon dimanche ! : )
