Note : Je voulais d'abord remercier ceux qui ont laissé des reviews, vous faites mes journées sérieux :')
Bref, voici le dernier chapitre ! Il m'a bien donné du fil à retordre mais je suis plutôt contente de ce que j'en ai fait ! J'espère que cette fin vous plaira et rendez-vous en bas pour ma note de fin :) Bonne lecture !
« Kacchan, qu'est-ce que tu as mis à la dernière question ? »
Izuku continuait d'essayer de la lire, mais les mots n'avaient aucun sens, et les fixer lui faisait mal aux yeux. Le soleil chaud de l'après-midi se répandait sur la page, contrastant avec l'air frais du matin qui remplissait ses poumons.
« Nerd. T'es pas supposé me parler pendant le putain d'exam. »
Levant les yeux, Izuku fut surprit quand il remarqua le regard perçant d'Aizawa dans sa direction. Oui, évidemment. Il n'était pas supposé parler. C'était un contrôle de quoi déjà ?
« Oi. Qu'est-ce que tu fais après ça ? »
On n'est pas censés parler. La bouche d'Izuku n'arrivait pas à former les mots. Kacchan ne s'était pas retourné. Aizawa n'était plus là. Les autres élèves non plus, maintenant qu'il y pensait.
De l'eau clapotait autour de la taille d'Izuku, en hausse constante, jusqu'à faire complètement disparaître son bureau. Paniquant, Izuku essaya de sauter de sa chaise, mais quelque chose autour de ses chevilles le garda en place.
Kacchan !
L'eau devint menaçante épaisse et suffocante alors qu'elle enveloppait le visage d'Izuku et se déversait dans sa gorge. Il tendit la main vers le dos du garçon en face de lui, mais il n'était plus là.
Les ténèbres envahirent tout et Izuku ne pouvait même pas à crier.
Izuku se réveilla brusquement en prenant une grande inspiration. Le soulagement de sortir du cauchemar ne dura pas longtemps alors que la réalité s'abattit sur lui. Même s'il n'avait probablement aucune larme restante pour pleurer, il les sentit tout de même s'accumuler, serrant sa gorge alors qu'il se collait contre le corps qui l'entourait. La peau de Kacchan était tiède et sa respiration normale. Toujours vivant. Mais toujours piégés.
Ce n'était pas juste. Ils avaient surmonté chaque obstacle et résolu chaque énigme. Izuku avait accepté et rejeté l'idée qu'il allait mourir tellement de fois qu'il ne savait plus ce qu'il devait ressentir. Il pouvait à peine sentir quelque chose au-delà de la fatigue et de la douleur qui prenait le dessus sur tout le reste. Si Kacchan mourrait dans ses bras maintenant, est-ce qu'Izuku parviendrait enfin à l'accepter ? Ça ne devenait jamais plus facile. On ne lui accordait même pas la grâce d'être engourdi.
Kacchan remua, soupirant bruyamment alors qu'il plongeait son nez dans les boucles du front d'Izuku. Un geste qui aurait pu être doux et tendre si Izuku ne pouvait pas sentir la grimace qu'il cachait. S'il n'arrivait pas à sentir le sang et la sueur et la défaite. Les larmes tombèrent encore plus fort.
Ce n'était pas juste.
C'était pas juste c'était pas juste c'était pas juste c'était pas juste.
« La vie est pas juste, sans-Alter » gronda Kacchan.
Izuku s'immobilisa. Il était surprit que Kacchan arrivait à comprendre les sons qu'il produisait, sa voix toujours rauque après l'avoir laissé dans la cuve 'de soin'.
« T'es un abruti » murmura-t-il.
« Ouais » acquiesça Kacchan, le plus petit signe d'un sourire et de chaleur s'insinuant dans sa voix. « Comme toujours. »
Après plusieurs minutes, les pleurs d'Izuku cessèrent, et seule leur respiration se faisait entendre entre eux.
« Oi. »
Izuku essaya de lever la tête, mais Kacchan l'attrapa dans une main pour poser son menton sur ses boucles emmêlées. Izuku n'était pas sûr à qui appartenait les battements de cœur qui martelaient ses oreilles.
« Deku... Écoutes. Je sais que c'est pas assez, que c'est trop tard, mais. Pour ce que ça vaut. »
Izuku retint sa respiration.
« Je suis désolé. »
Quoi ?
« Rien de tout ça n'est ta faute ! » Izuku essaya de protester dans le cou contre lequel il était pressé, mais seul un mot sur deux était audible. Il devait murmurer s'il voulait se faire comprendre.
« Pas pour cette merde » gronda Kacchan, comprenant tout de même. « L'autre merde. Quand on était gosses. Au collège. Et cetera. »
La respiration d'Izuku s'arrêta alors que sa cage thoracique enroulait ses doigts osseux autour de son cœur et serra.
Que Kacchan s'excuse auprès de lui pour quoique ce soit, pour qu'au final ce soit tout... Eh bien, ce n'était pas juste non plus. Piégé contre une peau sucrée et transpirante et emprisonné dans son cœur, Izuku retira le tissu cicatriciel pour se mettre complètement à nu. Il n'avait plus rien à cacher.
« ...Moi aussi. »
« Hah ? » s'énerva Kacchan, ses doigts resserrant leur emprise dans les cheveux d'Izuku. « Pourquoi tu t'excuses ? Idiot. »
Izuku se releva, se tortillant hors des bras qui l'avaient tenu plus près qu'il n'aurait jamais cru pouvoir l'être. L'entièreté de son bras droit n'était qu'une bande de peau rose, laide et plissée, qui lui donnait des douleurs aiguës jusque dans ses os à chaque mouvement, mais il le releva quand même pour prendre le visage de Kacchan dans sa main, tremblant, pour que leurs regards se rencontrent. Les paillettes dorées étalées sur ses hautes pommettes ne faisait qu'accentuer l'éclat flamboyant de ses yeux à travers l'épuisement, le sang et la douleur. Une chaleur, vieille et indésirable vint réchauffer le visage d'Izuku alors que ces yeux rouges perçants regardaient au plus profond de son être.
« Tu n'avais... aucune obligation d'être mon ami, Kacchan » dit silencieusement Izuku, chaque mot, un murmure pour être sûr qu'il soit entendu. « J'aurai du te laisser tranquille. Mais je ne l'ai pas fait. Je n'avais personne d'autre, donc je ne voulais pas lâcher prise. »
Le visage de Kacchan se tordit. Toujours magnifique. « Têtu » marmonna-t-il, plaçant sa main gauche sur celle sur son visage.
« Comme toujours » répondit Izuku avec un sourire tremblant. Il retira son bras blessé, le ramenant contre sa poitrine et replaça son visage comme il l'était. « En tout cas, je t'ai pardonné il y a longtemps. »
« Alors t'es vraiment un idiot. »
« Peut-être. »
« C'est sûr. »
« ...Hey, Kacchan ? »
Kacchan grogna.
« Est-ce qu'on va vraiment rester allongé là jusqu'à-ce qu'on meurt ? »
« Tch. Tu peux te relever ? »
Kacchan s'était fait tirer cinq fois dessus. Même si la plupart des blessures étaient superficielles et que le gel avait arrêté le saignement, il n'était pas en grande forme. Au moins deux d'entre elles étaient des blessures sérieuses et avaient besoin de soins médicaux qui n'arrivaient pas.
Le corps entier d'Izuku était épuisé ; rester éveillé était déjà un effort en soi. Lever la tête lui donnait le tournis. Le peu d'énergie que le gel lui avait donné avait été utilisé par le One For All dans le combat final.
« Non » admit-il.
« Alors oui, nerd. »
Ce n'était pas dans les habitudes de Kacchan d'abandonner. Mais encore une fois, ce n'était pas dans celles d'Izuku non plus et il avait abandonné une demi-douzaine de fois déjà.
Ce n'était vraiment pas juste.
Izuku ne voulait pas mourir ici. Il ne voulait pas que ces premiers moments de tendresse entre eux soient aussi leurs derniers. Il voulait vivre une vie aux côtés de Kacchan, avec Kacchan. Il voulait se battre côte à côte et gagner. Mais. Se battre côte à côte et perdre avait toujours été un dénouement possible. Izuku ne pensait pas perdre la partie à peine les dés jetés.
Le corps de Kacchan bougea contre lui.
« Kacchan ? »
De la glace s'infiltra dans les veines d'Izuku quand il ne reçut pas de réponse, mais la poitrine de Kacchan se soulevait toujours contre lui. Il dormait simplement. Izuku redoutait le moment où ce ne serait plus le cas. Il appuya son front contre le cou de Kacchan, sentant le pouls rassurant battre contre sa peau. Avec un soupir, il ferma les yeux, attendant que le sommeil ou la mort ne le prenne, ne sachant plus vraiment ce qu'il préférerait.
Enfin, c'est ce qu'il fit pendant environ quarante-cinq secondes.
Le bruit régulier de leurs battements de cœur fut rejoint par un nouveau son. Izuku tenta de l'ignorer, se serrant plus fort contre le torse de Kacchan alors qu'il luttait pour ne pas perdre ce qu'il restait de sa raison, avec des illusions de mots chatouillant le bord de sa conscience. Jusqu'à ce qu'il ne puisse plus les ignorer, et la réalisation secoua tout son corps.
Des voix.
Il entendait des voix.
Et elles n'étaient pas seulement dans sa tête.
Izuku roula pour faire face aux portes, chacun de ses nerfs se réveillant avec la course soudaine de l'adrénaline dans son corps. Comme des battements de tambours lointains, les sons parvenaient à peine à filtrer à travers la pierre épaisse. Mais il s'agissait de voix, il n'avait aucun doute, et elles criaient. Peut être s'agissait-il de nouveaux vilains... mais si la mort était la seule finalité, alors c'était un risque qu'il était prêt à prendre.
« A l'aide. » Izuku essaya de crier, mais seul de l'air sans forme parvint à s'extirper de ses poumons. Le désespoir et la panique serraient autour de son cou, réduisant encore sa capacité à dire quoi que ce soit. Il roula en arrière. « Kacchan » essaya-t-il de dire, mais rien ne sortit. Est-ce qu'il s'agissait d'un autre cauchemar ? Piégé juste hors de vue des secours, incapable de crier ou d'émettre un signal ?
Il attrapa les épaules de Kacchan et le secoua, forçant un son étranglé de sa propre poitrine. Si il y avait une chose sur laquelle il pouvait compter, c'était sur la capacité pulmonaire de Bakugou Katsuki, et il en avait besoin maintenant plus que jamais.
« Bordel » grogna Katsuki, éloignant Izuku. « J'essaie de mourir en paix là. » Mais Izuku ne céda pas, couinant et tremblant et faisant des gestes brusques vers les portes. Il ne fallut qu'un instant à Kacchan avant de comprendre.
« Chh » Il le fit taire, serrant ses mains autour de la taille d'Izuku pour qu'il arrête de s'agiter, inclinant la tête vers la sortie. La réalisation s'alluma dans ses yeux rubis et Izuku ne fut pas déçu du résultat.
Kacchan était bruyant.
« OI, ON EST LA, CONNARDS ! OIIII ! »
Kacchan continuait de hurler, mais Izuku parvint à entendre au travers du brouhaha un changement dans les bruits à l'extérieur : plus forts, se rapprochant.
Il retint sa respiration alors qu'ils s'arrêtèrent à l'extérieur.
Soudainement, des morceaux de rubans rouges commencèrent à se déverser de l'étroite fente entre les portes. L'emprise sur la taille d'Izuku se resserra, mais avant que l'un deux ne puisse réagir, le 'tissu' s'enroula sur lui-même pour révéler le numéro quatre au classement des Pro Héros, Edgeshot.
Izuku fondit en larmes.
Edgeshot recula d'un pas alors que ses yeux horrifiés tombèrent sur les deux garçons. Izuku ne pouvait qu'imaginer de quoi ils devaient avoir l'air : presque nus, ensanglantés et brûlés, recroquevillés sur le sol dans une flaque de boue violette, s'accrochant l'un à l'autre à cinq mètres d'un cadavre. Mais il ne pouvait pas se résoudre à s'en soucier. Il y avait un héro, ils étaient sauvés. Le soulagement qui le submergea était si intense qu'il en était douloureux, le laissant étourdi et tremblant. Ses sanglots brisés masquèrent presque le fait que Kacchan pleurait aussi.
Les rubans revinrent avant de retourner derrière la porte et, un instant plus tard, les portes s'ouvrirent brusquement.
La pièce se remplit en une seconde de héros, policiers et de personnel d'urgence, tous allant trop vite, tous parlant et criant en même temps avec des mots trop déformés pour qu'Izuku ne les comprenne. La vue et le son étaient brouillés, mais au centre se tenait un homme, alerte et immobile : Aizawa, les fixait avec une expression qu'Izuku n'avait pas vu depuis l'attaque au USJ. Mais avant qu'il ne comprenne ce que cela signifiait, des mains se posèrent sur lui – touchant, tâtant et l'enlevant des bras de Kacchan.
Izuku n'avait plus de voix mais il cria.
Tout sens commun et raison le quittèrent alors qu'Izuku se battit faiblement contre ses sauveurs, tendant les mains vers la seule chose qu'il ne pourrait pas supporter de perdre. Des lignes roses dansèrent sur sa peau mais il ne pouvait pas utiliser son full cowl.
« Deku, putain, calme-toi – Oi, attendez, laissez-moi – »
Et si rien de tout ça n'était réel ? Et si c'était juste un piège, un autre test ? Une énigme ? Et ils étaient en train d'emmener Kacchan loin de lui encore une fois !
« M'dame, est-ce qu'on peux avoir de l'aide par ici ? »
Une ombre se dessina au-dessus de lui et Izuku se sentit soudain terrifié quand il trouva sa propriétaire. De long cheveux sombres, un masque rouge vif et un costume de héro lui collant à la peau. Mais ce n'était pas les menottes à ses poignets ou le fouet à sa hanche qui lui fit peur ; que quelqu'un la traite de sadique était risible. Non, Izuku était paralysé par la soudaine peur que s'il plongeait dans un cauchemar encore une fois, il n'arriverait jamais à s'échapper, ou ne saurait pas faire la différence s'il y parvenait.
« Non, s'il vous plaît » murmura Izuku, avant de recouvrir son visage de ses mains tremblantes. « Je v-veux pas faire de rêve. » Ses mots étaient à peine aussi forts qu'un couinement.
« Tu n'en feras pas » dit Midnight, enlevant gentiment les doigts d'Izuku. Des nuages roses l'enveloppèrent et il se perdit dans les ténèbres.
Mais, comme elle l'avait dit, Izuku ne rêva pas.
Le vrombissement du chant des criquets et un rythme soutenu sortirent gentiment et doucement Izuku de son sommeil. Une prise de conscience douce et veloutée s'agitait sur les environs de son esprit. Il inhala lentement alors que ses yeux s'ouvrirent, l'air dans ses poumons frais et piquant, tourbillonnant depuis le caoutchouc sur son visage. Une faible lumière derrière et au-dessus de lui illuminait à peine son environnement sombre. Soupirant, Izuku laissa ses yeux se refermer, le battement de son cœur à ses oreilles. Il était à l'hôpital. Encore.
Les yeux d'Izuku s'ouvrirent brusquement. Il était à l'hôpital. Il était à l'hôpital !
« Kacchan » dit-il d'une voix rauque, luttant contre le poids gênant de la perfusion pour chercher le bouton pour appeler une infirmière. Son bras droit était enserré dans une écharpe, suspendu en l'air, et tout son corps était lourd comme du plomb. Il s'étrangla dans un sanglot alors qu'il n'arrivait pas à s'en servir, le bruit de son battement de cœur depuis la machine s'accélérant.
« Izuku ? »
Il s'immobilisa.
Plissant les yeux dans l'obscurité, il arrivait à peine à distinguer la forme qui se levait d'une chaise et se dépêchait de traverser la pièce.
« M-Maman ? »
Sa mère se jeta pratiquement sur lui, enroulant ses bras autour de sa tête et de son cou et enterrant son visage dans ses cheveux. Izuku commença à trembler.
« Izuku, oh Izuku, mon bébé. Chh-chh-chh » l'apaisa-t-elle, même si elle fondit également en larmes. « Tout va bien, je te tiens. Je suis là. »
« Maman, maman » fut tout ce qu'Izuku parvint à forcer hors de lui. Il s'accrocha à elle avec sa main libre. Tout remonta à la surface, débordant sans aucune chance de s'arrêter, se déversant en larmes et en sanglots. « Maman, j'ai eu t-tellement p-peur, je, je– »
« Je sais, mon bébé » dit-elle, caressant son visage autour du masque à oxygène et faisant courir ses doigts à travers ses boucles. « Mais c'est fini, tu es en sécurité, et je suis tellement, tellement fière de toi. »
Izuku tordit le pull de sa mère dans son poing et pleura.
Mais il ne pouvait pas se laisser aller complètement. Pas encore.
« Maman, Kacchan » haleta-t-il, tremblant. « Kacchan, Kacchan, est-ce qu'il– »
« Katsuki-kun va bien, Izuku » lui assura sa mère, et il s'effondra dans le lit et ses bras, sans force et épuisé.
« Q-Quelqu'un d'autre ? »
« Quelqu'un... ? Oh, non, mon bébé. Personne d'autre. »
Le soulagement fit gonfler quelque chose dans sa poitrine, écartant ses organes et ses os hors de son passage alors qu'il grandissait et consumait l'espace entier. De nouvelles larmes s'accumulèrent, cascadant silencieusement sur ses joues. Il couvrit son visage de sa main gauche et pleura.
Sa mère le tint dans ses bras jusqu'à ce qu'il se rendorme en pleurant.
Le champ des oiseaux et la lumière du soleil le réveillèrent cette fois-ci. Sa mère n'était plus là, mais à sa place se tenait celle de Kacchan, lisant un livre avec ses chevilles croisées au pied du lit d'Izuku.
« Mitsuki-san » dit-il, essoufflé, sa voix toujours brut et étrangère à ses oreilles.
Elle leva son regard vers lui avec un sourire qui aurait pu être un sourire en coin. Telle mère tel fils. « Hey, mon grand. Bienvenue parmi nous. »
« Kacchan ? »
Ricanant, elle laissa tomber son livre sur le lit et s'assit. « Le sale gosse est dans la chambre d'à côté avec son père. Ta mère prend le repos qu'elle a amplement mérité, la pauvre n'a pas dormi depuis que tu as disparu. Vous allez nous tuer un jour. »
« Pardon » marmonna Izuku, agrippant la fine couverture d'hôpital avec les doigts de sa main gauche. Tout le monde devait être si inquiet. La culpabilité s'installa dans son estomac.
Mitsuki s'approcha et secoua son genoux. « T'es juste comme ta mère, à toujours t'excuser pour n'importe quelle connerie. Je te donnerai une correction moi-même si tu le refais. »
Izuku cligna lentement des yeux vers elle. Il n'arrivait à se souvenir de la dernière fois où il lui avait parlé, à part d'un bonjour de politesse quand il l'avait croisé, quand il vivait encore chez lui, et maintenant elle se replongeait facilement dans un rôle familier et familial. Le fossé entre Kacchan et lui-même n'avait fait qu'endommager la relation qu'avaient leur mère, enfin c'était ce qu'Izuku croyait. Il supposait qu'il ne connaissait pas vraiment tout ce qu'il y avait à savoir dans la vie de sa mère tout comme elle ne connaissait sûrement pas tout de la sienne.
Se mordant les lèvres pour empêcher de s'excuser automatiquement de s'excuser, Izuku tourna son regard vers son corps malmené. Il n'avait aucune idée de l'état dans lequel était son bras il était suspicieusement engourdi, toujours suspendu au-dessus du lit. Le reste de son corps était intact. Juste las et épuisé.
« Comment va Kacchan ? Est-ce que je peux le voir ? »
« Quoi, tu penses que t'es prêt à te lever ? » le taquina Mitsuki. « Je vais chercher l'infirmière. Peut-être qu'elle pourra l'emmener en fauteuil roulant et il se calmera enfin. Cet abruti n'a pas arrêté d'essayer de ramper jusqu'ici depuis qu'il est sortit du bloc opératoire. On a du l'attacher au lit. »
Le cœur d'Izuku s'arrêta. « Quoi ? » couina-t-il. De un, Kacchan s'était fait opérer. Est-ce qu'Izuku aussi ? De deux, ils l'avaient attaché ? Même si ça n'aurait certainement pas été la première fois que Kacchan devait être retenu, que cela soit nécessaire après ce qu'ils venaient de subir...
« Je plaisante. Je plaisante ! Respire, Izuku-kun. » Elle passa la main dans les cheveux d'Izuku alors qu'elle se releva. « Contente toi de te reposer, je vais voir ce que je peux faire. Je pense que votre professeur grincheux est dans le coin aussi. »
« O-Ok, merci, Mitsuki-san » dit doucement Izuku, son cœur battant encore furieusement contre ses cotes. Il la regarda quitter la pièce, appeler une infirmière juste après la porte, échanger quelques mots avec elle pour ensuite disparaître. L'infirmière entra quelques instants après.
« Midoriya-kun » commença-t-elle avec un sourire. « Je m'appelle Hirata. Comment est-ce que tu te sens ? » Elle parlait à Izuku, mais ses yeux étaient sur sa tablette médicale, probablement avec le dossier d'Izuku affiché dessus. C'était un procédé avec lequel il était bien trop familier.
« Bien » dit-il simplement. L'infirmière gloussa.
Hirata était rapide et efficace, vérifiant son état de santé et ses signes vitaux. Avec des mouvements expérimentés, elle décrocha et enleva le masque à oxygène du visage d'Izuku et le rangea, avant d'ajuster le lit et Izuku pour qu'il soit dans une position assise. Très vite, elle rangea sa tablette et se tourna pour partir.
« Hum, à p-propos de mon bras » bégaya Izuku.
« Le docteur va rapidement venir pour te parler » dit joyeusement la femme. Izuku chercha les signes caractéristiques de pitié : le sourire doux et les yeux tristes. Mais, soit elle n'avait rien à cacher, soit elle était très douée pour le faire. Hirata sortit de la pièce sans ajouter un mot de plus, et Izuku se retrouva seul.
Il avait tout d'un coup très soif.
Une carafe d'eau et un verre étaient posés à côté de sa table de nuit. Izuku les regarda tristement. Son bras l'empêchant de bouger était encore plus une nuisance que lorsqu'il n'avait été qu'un morceau douloureux attaché à son épaule. Il étira son bras gauche mais n'alla pas bien loin.
« Besoin d'un coup de main, l'enfant à problèmes ? »
Izuku renvoya son regard à l'homme se tenant dans l'entrée comme un cerf devant une voiture, son bras immobilisé en plein mouvement. « Aizawa... sensei » chuchota-t-il. Jusqu'à cet instant, Izuku avait presque pu prétendre que tout ceci n'était qu'un séjour normal à l'hôpital – même si le fait que ses séjours à l'hôpital étaient normaux était quelque chose d'alarmant en soi. Mais voir Aizawa se tenant là, dans ses vêtements de tous les jours, ses cheveux rassemblés sur sa nuque, ayant l'air, d'une manière ou d'une autre, deux fois plus fatigué que d'habitude... fit ressortir avec une clarté douloureuse l'énormité de la situation.
Izuku et Kacchan avait disparu de UA depuis... un jour, au moins. C'était la deuxième fois que Kacchan se faisait kidnapper. Izuku pouvait à peine imaginer la situation dans laquelle le lycée se trouvait cette fois-ci. Sans parler de tout ce que les professeurs et les pros avaient du endurer pour les ramener.
« D-Désolé pour le dérangement. »
Aizawa traversa la pièce, attrapa la carafe et remplit un verre d'eau. Il l'enfonça dans la main d'Izuku, toujours tendue.
« Pour quoi, l'eau ou le sauvetage ? Parce que je n'accepterai aucune des deux excuses. »
Izuku amena le verre à ses lèvres desséchées, trop désespéré et assoiffé pour comprendre les mots de son professeur. Le goutte-à-goutte intraveineux avait sûrement déjà du s'occuper de sa déshydratation, mais sa gorge, elle, n'en savait rien. L'eau froide remplie sa bouche et coula dans son estomac alors qu'il la buvait avidement, inclinant le verre plus rapidement qu'il ne pouvait boire, l'excès coulant de son menton.
« Doucement » le réprimanda Aizawa, reprenant gentiment le verre de la faible prise d'Izuku. « Pas trop vite. »
Izuku prit une grande inspiration, tendant la main pour rattraper le verre. « Désolé » marmonna-t-il, essuyant sa bouche.
« Je n'accepte pas celle-là non plus. »
Ses joues brûlantes, Izuku fixa ses genoux sous la couverture. « Je ne sais pas ce que vous voulez que je dise. »
Aizawa soupira. « Pourquoi pas simplement 'OK' ? »
« ...OK. »
« Merveilleux. Mes compétences en matière d'enseignement sont inégalées. »
Izuku voulait rire, mais ne pouvait pas se résoudre à le faire.
« Aizawa-sensei » dit-il silencieusement. « Quand... Je veux dire, comment... » il se coupa quand Aizawa leva une main.
« Je sais que tu as des tonnes de questions. Mais attendons que vous soyez là tous les deux, comme ça je n'aurai pas à me répéter. » Il s'assit sur la chaise qu'avait laissé Mitsuki en soupirant à nouveau. Izuku du ravaler une autre excuse. Aizawa avait toujours l'air un peu hagard, mais l'homme avait l'air d'avoir prit dix ans depuis...
« Quel, ah, jour sommes-nous ? »
« Et moi qui pensais que tu avais commencé à m'écouter. »
Fronçant les sourcils, Izuku voulu protester – Aizawa pouvait bien répondre à une question – mais il fut interrompu par des cris dans le couloir.
« Oi, arrêtes de t'agiter, vieille peau ! »
Le cœur d'Izuku fit un bond.
« Est-ce que tu pourrais laisser ta mère s'occuper de toi pour une fois dans ta vie, sale gamin ingrat ? »
La famille Bakugou entra dans la pièce avec Kacchan dans un fauteuil roulant, poussé par son père, faisant rouler le porte-perfusion. Masaru sourit et salua Izuku de la main, doux et chaleureux et exactement tel qu'Izuku se souvenait de lui. Il poussa son fils jusqu'au lit d'hôpital d'Izuku.
Kacchan portait une tenue standard d'hôpital et avait l'air d'aller très bien ; les blessures qu'il avait étaient sûrement cachées sous le vêtement. Ses yeux rencontrèrent ceux d'Izuku et ils se figèrent tous les deux.
Soudain, en voyant Kacchan dans le monde réel, tout ce qui s'était passé entre eux devenait surréaliste, comme un rêve.
Qu'est-ce que ça signifiait pour eux ? Le cœur d'Izuku se tordit. Est-ce qu'ils redeviendraient de simples connaissances, des rivaux ? Est-ce qu'ils étaient au moins amis ? Est-ce que tout ça avait été laissé dans le donjon ?
Est-ce que c'était seulement parce qu'Izuku était là, et pas parce que c'était Izuku ?
« Deku. »
Izuku prit une grande inspiration. Il ne s'était pas mis à marmonner, mais il fixait droit devant lui, et le bruit strident de son moniteur de fréquence cardiaque avait rempli la pièce. Il amena tentativement le bout de ses doigts à son visage, et ils en ressortirent mouillées.
« Je– Je suis désolé ! »
« Pour quoi. Est-ce que tu– Oi, sérieux, enlèves tes mains de moi » grinça Kacchan, éloignant la main de sa mère alors qu'elle essayait d'ajuster la couverture sur ses genoux. Elle lui renvoya son geste. Il croisa les bras d'un air renfrogné. « Est-ce que tu pourrais te rendre utile pour une fois et faire venir la putain d'infirmière ? Deku est en train de faire une crise de panique. »
« Mais non ! » lâcha Izuku, appuyant sa main gauche contre son sternum comme s'il pouvait faire taire le bruit aigu que tout le monde pouvait entendre. « Mais non, vraiment, ça va » répéta-t-il, pâlissant légèrement sous tous les regards sceptiques et inquiets exercés sur lui. « J-juste un peu submergé. »
« On va aller chercher ta mère » dit Mitsuki, tirant sur le bras de Masaru. Elle asséna une pichenette sur l'oreille de Kacchan. « Tiens toi bien, sale gosse. Et vous aussi. » dit-elle vers Aizawa avec un regard perçant. « Ne faites pas pleurer ces enfants après ce qu'ils ont subi. »
« Parles pour toi ! » s'énerva Kacchan alors qu'elle et son mari disparaissaient dans le couloir, la porte se refermant derrière eux avec un clic. « Vieille femme embarrassante » grommela-t-il, se retournant vers Aizawa en le fusillant du regard tout comme sa mère l'avait fait. « Alors ? Qu'est-ce que vous avez à dire pour votre défense, hah ? »
« Kacchan ! »
« C'est bon, Midoriya » dit Aizawa, le faisant taire d'un geste de la main. Il noua ses doigts ensemble sous son menton, appuyant ses coudes sur ses genoux et expirant lentement par le nez. « Vous avez tous les deux droit à une explication. »
Avec un grognement, Kacchan laissa tomber ses jambes au pied du lit d'Izuku, se réinstallant dans le fauteuil roulant. En faisant tomber le livre de sa mère sur le sol.
« Le système de sécurité de UA s'est éteint pendant approximativement quatre minutes juste après une heure du matin samedi. Pendant ce temps, vous avez tous les deux disparus. Ni l'infraction, ni votre disparition n'ont été découvert avant approximativement quatorze heures trente, quand Uraraka a signalé que vous n'étiez plus là. »
Kacchan haussa un sourcil. « Nous deux ? »
« Oui. Je suis sûr qu'ils vous raconteront toute l'histoire quand vous les verrez, mais alors que le fait que tu ignores tes amis soit assez normal, le fait que Midoriya fasse de même a éveillé les soupçons de vos camarades de classe. Ils sont entrés dans vos chambres après que Jirou n'ai rien entendu à l'intérieur. »
Quelque chose de chaud s'alluma dans la poitrine d'Izuku, en même temps que la culpabilité d'avoir probablement causé de l'inquiétude et des problèmes à ses amis.
« Ils ont pas intérêt à avoir touché à quoi que ce soit » grogna Kacchan. Izuku lui lança un regard, et ses yeux étaient baissés et le bout de ses oreilles était rose.
Izuku reporta son attention sur son professeur. « Quel jour sommes-nous ? »
Aizawa fronça les sourcils. « Mardi. »
« Hah ? » bafouilla Kacchan, ses yeux écarquillés, l'incrédulité remplaçant toute autre émotion. « La dernière chose dont je me souvienne, c'est d'aller me coucher vendredi putain. On était là-dedans pendant un jour max ! »
« Ça fait déjà un jour que vous êtes ici » dit sèchement Aizawa. « On vous a récupéré hier matin. » Même si Izuku pouvait additionner le temps passé dans les pièces de repos, et deviner combien de temps avaient prit les épreuves, tout ce qui s'était passé avant et après était flou. Honnêtement, il était difficile à croire qu'ils n'étaient restés dans ce cauchemar que deux jours et trois nuits. On aurait plus dit une année entière. « Comment vous nous avez trouvé ? »
Aizawa laissa tomber son front contre ses doigts. Il parla plus à ses genoux qu'à ses élèves. « Comme vous avez disparu sans laisser aucune trace, nous avons d'abord soupçonné Kurogiri et la Ligue. Après beaucoup de difficultés, nous avons découvert leur base d'opérations actuelle et y avons fait une descente, mais... » il laissa sa phrase en suspend, ses yeux cachés. Izuku savaient qu'ils n'étaient pas là-bas. La mission avait du échouer. Il pouvait à peine imaginer ce que ça faisait, de débarquer dans la planque de vilains, priant pour y faire un sauvetage mais en ressortir les mains vides.
« On n'était pas là » fini Kacchan.
Hochant la tête, Aizawa se rassit dans sa chaise. « Vous n'étiez pas là. En revanche, on ne s'était pas trompés. »
Izuku sursauta sous la surprise. « Quoi ? »
« Nos soupçons étaient justes, c'est en effet Kurogiri qui a réussi à s'enfuir avec vous en pleine nuit. Mais la Ligue ne vous a pas gardé. Nous avons réussi à faire cracher à Spinner qu'ils... vous avaient vendu. » Aizawa passa une main sur son visage. « Vous êtes des enfants. Vous êtes juste des enfants et ils... » il laissa sa phrase en suspend à nouveau, secouant la tête. « Nous avons traqué leur acheteur et fait une descente dans son repaire, et c'est là qu'on vous a trouvé. »
« Ils ne nous ont pas vendu » marmonna Izuku de façon absente, tordant le tissu fin de sa tenue d'hôpital entre ses doigts. « C'était l'inverse. L'homme, il... Il a dit qu'il avait été payé pour nous prendre. »
« Ouais » confirma Kacchan. « Il l'a dit plusieurs fois. Comme si c'était inhabituel pour lui, même. »
Le regard d'Aizawa bougea lentement entre eux, ses sourcils froncés. « Je n'ai pas besoin de vous dire que vous vous êtes fait de très puissants ennemis en très peu de temps dans cette école. » dit-il plus bas. Il leva rapidement ses mains. « Rien de tout ça n'est de votre faute. Mais c'est la deuxième fois que vous êtes la cible de la Ligue, l'un comme l'autre. N'importe lequel de ces incidents aurait pu être fatal. »
« Ouais ? Et qu'est-ce que vous voulez qu'on y putain de fasse, hah ? » grogna Kacchan, ses mains se déplaçant pour attraper ses genoux alors qu'il enlevait ses pieds du lit. « Démissionner ? Prendre notre retraite ? Aller planter des fleurs à la campagne ? »
« Non » soupira Aizawa. « Je veux que vous soyez en sécurité. Mais je ne vais pas pour mentir : on vous a laissé tomber. Je vous ai laissé tomber. »
« Sensei... » chuchota Izuku.
Kacchan renifla. « Peu importe. » Il croisa les bras à nouveau, l'air furieux, avant de prendre une respiration calculée. « Qu'est-ce qui va m'arriver maintenant alors ? »
Leur professeur pencha la tête sur le côté. « A quel propos ? »
La peau d'Izuku le picotait.
« Putain j'ai– merde. J'ai explosé la tête de ce connard. Je l'ai tué. »
« Non ! » cria Izuku. « Je– C'était moi ! Pas Kacchan ! » La machine laissait échapper le bruit incessant de son rythme cardiaque.
« Bordel, Deku, t'as pas intérêt à mentir putain– »
« Il– il me protégeait, je– »
« Arrêtez-vous, tous les deux » gronda Aizawa, coupant le jacassement d'Izuku. « Personne ne porte plainte contre toi pour de la légitime défense pendant que tu étais retenu prisonnier. Ugh. » Il passa à nouveau une main sur son visage. « C'est ironique que l'unité chargée de ce dossier était prévue pour la semaine prochaine. Et, Midoriya, ce n'est pas la peine de mentir. Vous devez savoir que nous avons récupéré les images des caméras de surveillance du bâtiment. C'est strictement confidentiel, et on m'a juste briefé – mais je suis déjà au courant des horreurs que vous avez subis. »
Izuku sentit son visage chauffer, en adéquation parfaite avec le rouge cerise des joues de Kacchan.
« Tout ? » s'égosillèrent-ils ensemble.
Leurs parents et le docteur arrivèrent à la porte de la chambre d'Izuku en même temps, et Aizawa s'en alla silencieusement. Izuku était heureux de voir sa mère, et anxieux de parler au docteur, mais ce qu'il voulait vraiment c'était être seul avec Kacchan – même s'ils venaient juste de passer plusieurs jours isolés ensemble. Alors que Masaru allait emmener son fils, Izuku ne pu s'empêcher de tendre la main vers lui.
« A-Attendez ! Attendez, est-ce que Kacchan peut rester ? S'il vous plaît ? »
Leur mère échangèrent un regard. Izuku ne savait pas ce qu'on leur avait dit de leur point de vue, leur fils étaient, au mieux des connaissances. Que pouvaient-elles bien penser ?
« C'est inhabituel, mais déjà vu » répondit le docteur Banno. Elle ajusta ses lunettes à monture métallique alors qu'elle fit un pas vers le lit d'Izuku. Même s'il était debout, il aurait du pencher la tête en arrière pour pouvoir la regarder ; elle était très grande, avec de courts cheveux bruns et un visage chaleureux qui inspirait la confiance. Il remarqua qu'elle n'avait avec elle aucun document ou appareil auquel il était habitué. Un Alter de mémoire, se souvint-il d'une de ses précédentes visites. « Si vos parents consentent à ce que nous discutions de vos antécédents médicaux, nous pouvons parler de vos deux conditions ouvertement. »
Un autre échange de regard, avant que Mitsuki ne hoche la tête. Inko hésita, ses doigts fléchissant et s'enroulant autour de la sangle de son sac à main. « Izuku, tu es sûr ? »
« Ouais » répondit-il. A ce stade, était-ce vraiment utile de cacher quelque chose à Kacchan ? Il jeta un coup d'œil au garçon en question, qui lui rendait son regard fermement. Ce qui renforça la détermination d'Izuku.
« D'accord, alors. Je vais juste passer en revue les grandes lignes, et nous pourrons entrer dans les détails individuellement. Vous êtes tous les deux arrivés sévèrement déshydratés et épuisés. Midoriya-kun avait une légère fièvre, et Bakugou-kun avait une brûlure au premier degré sur sa jambe gauche et cinq blessures par balle – deux nécessitaient une intervention chirurgicale immédiate pour retirer les balles. Il a également subi des dommages mineurs aux poumons, qui ont heureusement été soignés sans encombres, mais, » Le docteur Banno fit une pause, et adressa ses prochains mots à Kacchan, « Tu auras probablement l'impression d'avoir une pneumonie pendant quelques jours. »
Kacchan passa une main sur son torse avec un haussement d'épaule sans enthousiasme. Cinq sanctions, pensa Izuku de façon morose.
« Maintenant, » dit-elle, tournant son attention entière sur Izuku. « Ton bras. Comme tu en es probablement conscient, tu souffrais d'une brûlure au troisième degré sur toute la longueur de ton bras droit, partiellement guérie grâce à des méthodes non-orthodoxes. C'était un territoire inexploré pour nous, car nous ne connaissions pas la substance dans laquelle tu as été plongé. »
L'estomac d'Izuku se tordit. Était-ce pour ça qu'il ne pouvait pas sentir son bras ? Pourquoi ne pouvait-il pas sentir son bras ? Allait-il le perdre après tout ?
« D'après ton dossier, les ligaments de ce bras étaient déjà soumis à un stress extrême, après de graves blessures subies pendant les vacances d'été. »
« Hah ? » s'énerva Kacchan, en même temps que le silencieux « Je sais. » d'Izuku.
« Mais, j'ai de bonnes nouvelles » continua le docteur, ignorant Kacchan. « Le gel ne nous a pas seulement permis de procéder immédiatement à une greffe de peau, il y a eu aussi d'autres avantages. La substance a pénétré à travers la chair endommagée jusqu'aux ligaments, et ils ont, en quelque sorte, reçu une seconde vie. »
Le son continu prouvait le contraire, mais Izuku pouvait jurer que son cœur s'était arrêté.
« Q-Quoi ? »
« Ce n'est pas un retour à la normal complet à 100%, et tu ferais quand même bien d'éviter de subir ce genre de blessure à l'avenir. Mais tes ligaments sont en bien meilleure forme maintenant qu'ils ne l'étaient avant. »
Inko recouvrit sa bouche de sa main.
Izuku se sentait étourdi. « Pourquoi je ne le sens pas ? »
« Nous l'avons engourdi pour atténuer la douleur ; C'est bientôt l'heure pour que je t'administre une autre dose d'anesthésiant local. »
« Oh » souffla-t-il.
« Je pense que c'est l'heure pour nous d'y aller » annonça Mitsuki, poussant son mari sur le côté pour attraper les poignées du fauteuil roulant de Kacchan. Kacchan lui envoya un regard noir mais ne résista pas. Si Izuku était honnête, on aurait dit que Kacchan avait du mal à rester éveillé.
« Non, attendez– »
Égoïste, égoïste.
« Izuku » dit doucement sa mère, s'approchant pour venir se tenir à côté de son lit. « Les docteurs doivent travailler, et vous avez tous les deux besoin de repos. Tu reverras bientôt Katsuki-kun. »
Izuku commença à dépérir alors qu'il regardait Kacchan être conduit hors de sa chambre, leur réunion insatisfaisante et coupée court. Il se sentait déjà anxieux à l'idée qu'ils soient à nouveau séparés.
Les lumières étaient allumées et il y avait des gens dans sa chambre mais Izuku était seul dans le noir.
« Deku-kun ! »
Izuku leva les yeux de son nouveau téléphone, qu'il essayait d'allumer de la main gauche. Uraraka, Iida et Todoroki se tenaient sur le seuil de la porte, les bras chargés de fleurs et de jouets, avec des rubans colorés accrochés à d'énormes ballons au-dessus de leur tête.
« Les amis ! » couina Izuku. Il lâcha le téléphone sur la table de nuit la seule raison pour laquelle il avait essayé de l'allumer était pour les personnes maintenant en face de lui.
« Tout le monde voulait venir ici, je te l'assure, Midoriya-kun ! » aboya Iida, agitant ses bras comme il le pouvait sous les cadeaux. « Mais en raison de la politique de cet hôpital et par respect pour ta santé, seule une fraction d'entre nous est présente ! »
Uraraka le dépassa, secouant la tête. « Kirishima-kun viendra plus tard, il est avec Bakugou-kun en ce moment. » Elle laissa tomber ce qu'elle avait dans les bras au pied du lit d'Izuku. Les ballons et quelques peluches d'All Might flottèrent vers le plafond. « Oups » rigola-t-elle, touchant ses doigts ensemble pour ramener les jouets au sol. Ramassant l'un d'entre eux, elle hésita au chevet d'Izuku, son sourire fléchissant. Ses grands yeux marrons s'embuèrent alors qu'elle le regardait. « Deku-kun, je– »
Izuku essaya de dire quelque chose, mais sa gorge était complètement fermée. Il était éternellement reconnaissant qu'aucun de ses autres amis n'ait été enlevé. Les voir devant lui, vifs et chaleureux, était si incroyablement soulageant que cela lui coupait le souffle.
Todoroki fit un signe de la main.
Cachant son visage derrière le jouet, Uraraka hoqueta dans un sanglot silencieux. « Deku-kun, je suis tellement désolée, j'aurai du le signaler plus tôt, mais je pensais– tu travaillais tellement dur, tu avais besoin de te r-reposer e-et, et– »
« Uraraka-kun » s'indigna Iida, ayant toujours du mal à gesticuler avec les fleurs dans ses bras. « Ce n'est pas ce dont nous avons discuté ! »
Izuku bougeait ses bras dans tous les sens. « Wah, c'est pas grave ! C'est pas grave ! » cria-t-il, alors que sa situation était très grave. « Tu as quand même reporté notre disparition ! Tu nous as sauvé, Uraraka-san ! »
« Mais j'aurai pu le faire plus tôt » cria-t-elle, le bruit étouffé par la peluche contre laquelle son visage était pressée.
« Je pense que cette conversation a l'effet inverse » dit platement Todoroki, déposant son sac de marchandises aux pieds d'Izuku.
« Todoroki-kun ! » Iida avait l'air d'être sur le point de craquer.
Le cœur d'Izuku se gonfla et il ne pu retenir un rire, mouillé et brisé mais sincère. Ses amis étaient dans un sale état, tout comme lui, et il les aimait comme ça. Il appuya son avant bras contre ses yeux pour cacher les larmes qui menaçaient de déborder. « S'il vous plaît, les amis, ça va » parvint-il à dire, frottant son visage. « Je suis juste tellement c-content de vous voir. »
Uraraka baissa le jouet, jetant un œil de derrière les antennes d'All Might. Ses yeux s'embuèrent. « Oh, Deku-kun » dit-elle, avant de jeter le jouet sur le côté et de s'élancer sur Izuku. Il sursauta, surpris, se ressaisissant pour au final fondre en larmes lui aussi dès que la fille au-dessus de lui commença à pleurer.
Les mouvements de bras de Iida s'arrêtèrent et Todoroki commença à arranger de façon artistique les cadeaux qu'ils avaient apporté.
Pour certaines personnes, avoir des amis était une évidence, une constante, un fait de la vie. Ils les prenaient pour acquis ou pire, en tiraient profit, car ces personnes estimaient avoir droit à l'amitié. Un droit divin. Midoriya Izuku savait qu'il n'avait droit à l'amitié de personne. C'était quelque chose qu'il savait très bien.
Izuku aurait du se sentir comme l'une des personnes les plus malchanceuses au monde. Mais à ce moment-là, il arrivait à peine à croire qu'il y avait des personnes dans sa vie qui se souciaient de lui, et encore moins autant que ces gens-là.
Il était extrêmement chanceux.
Les deux visiteurs suivants d'Izuku étaient respectivement bienvenus et pas tant que ça. La forme haute et décharnée du symbole de paix à la retraite, bien que projetant l'inquiétude derrière des yeux cachés, ne manquait jamais de provoquer un élan de réconfort et de joie pour Izuku. Son compagnon, même s'il était toujours sympathique et poli, ne se montrait qu'après les pires circonstances. Ce qui rendait difficile de ne pas le voir comme un présage de malchance, même si c'était Izuku lui-même qui l'avait apporté en premier lieu.
« All Might ! Tsukauchi-san » salua Izuku, aussi chaleureusement qu'il le pouvait, se redressant dans une position assise plus haute. Son bras, libéré de sa précédente suspension, était maintenant suspendu à son cou, serré contre sa poitrine. Les sensations étaient revenues, et il était douloureux - mais rien à voir avec la douleur profonde qui s'était frayée un chemin à travers sa clavicule avant qu'il ne soit reconstruit.
Izuku tenta de sourire. Si l'inspecteur était ici, ça voulait dire qu'il avait des questions pour Izuku. Des questions auxquelles il ne voulait probablement pas répondre.
Est-ce que Kacchan allait être amené ici ? Est-ce qu'on allait les interroger séparément ?
Tout cette situation avait l'air si détachée, fausse. Ce qu'ils avaient vécu était si extrême qu'il était difficile de l'imaginer. Était-ce vraiment arrivé ? Si Izuku se faisait interroger, tout deviendrait réel. Izuku serait obligé de reconnaître que c'était arrivé.
Ça le forcerait à reconnaître ce qui s'était passé.
« Midoriya, mon garçon » s'exclama All Might, sa grosse voix remplissait facilement la pièce et réussi au moins un peu à effacer les inquiétudes d'Izuku. Une sensation d'effervescence s'enroula autour de lui, comme inhaler la brise d'eau salée sur le rivage. Tout allait bien, parce qu'All Might était là. « Tu as l'air d'aller déjà mieux ! »
« A-Ah bon ? » Izuku ne s'était pas vu, mais il n'avait pas encore vu All Might non plus. Donc si All Might l'avait vu pendant qu'il était inconscient, il pouvait juste imaginer ce à quoi il ressemblait. N'importe quoi aurait été une amélioration.
« C'est vrai » confirma l'inspecteur, ajoutant encore une personne au nombre de celles qui avaient vu Izuku pendant qu'il était évanoui. Il supposa qu'il ne devait pas être surpris, ceci n'étant pas du tout un séjour hospitalier ordinaire.
« C'est... Je l'ai toujours » dit vaguement Izuku, sans préambule. Les deux hommes savaient pour le One For All, et étaient sûrement inquiets à propos de ce qu'il en était. Même s'il avait été 'supprimé' durant leur emprisonnement, Izuku avait réussi à faire appel à son Alter hérité pendant l'affrontement final. Il reposait maintenant sous sa peau et en lui.
« Nous le savons » dit All Might, agitant sa main, balayant l'inquiétude mal placée d'Izuku. « On nous a assurés que vos Alters étaient intacts. Ce n'est pas ce que je– Ce n'est pas pourquoi je– » ses mots et son sourire vacillèrent, glissant de son visage et laissant l'inquiétude se montrer sous la forme de profondes lignes et de plis. Tout comme Aizawa, All Might semblait à bout le stress de ces derniers jours avait fait des ravages sur le héro à la retraite, et il avait déjà suffisamment de problèmes de santé comme ça. « Je voulais juste te voir. Et m'excuser. »
All Might leva ses deux grandes mains pour couper les protestations d'Izuku avant même qu'il ne puisse les exprimer. « S'il te plaît. Je suis responsable de toi, et je ne t'ai ni préparé ni protégé de ce qui s'est passé. »
« Le fait est que » commença gentiment Tsukauchi, « il s'agit d'une situation sans précédent. Jamais auparavant dans l'histoire de UA, ou même dans celle de toute autre école de héros, les attaques n'ont été aussi ciblées, aussi fréquentes ou aussi catastrophiques. La Ligue a tout simplement déclaré la guerre à cette école. »
« Le fait que tout a commencé au moment même de mon embauche n'est pas une coïncidence. »
Izuku écarquilla les yeux. « All Might ! Vous ne voulez quand même pas dire que vous allez démissionner ?! » Avoir son idole et mentor dans le corps enseignant de l'école avait été une constante depuis que l'année scolaire avait débutée – depuis que la nouvelle vie d'Izuku avait commencé – et Izuku ne voulait pas penser à aller de l'avant sans lui.
« Non, non » répondit All Might avec un lent mouvement de la tête. « J'ai bien peur qu'il soit trop tard pour cela. Cela ne ferait rien pour arrêter l'obsession de la Ligue, maintenant qu'elle a jeté son dévolu sur vous deux. Nous devrons attendre et faire avec, et, en outre, être prêts pour la prochaine fois. »
La prochaine fois ? Izuku baissa les yeux sur son bras en écharpe. Cela aurait dû être quelque chose d'entièrement négatif. Mais... contre toute attente, non seulement il avait survécu à cette confrontation, mais il s'en était aussi remis d'une manière ou d'une autre. Grâce à ça. Izuku ne savait pas vraiment comment il devait se sentir.
En plus... des autres choses qui s'étaient passées.
L'inspecteur tira la chaise des visiteurs et s'assit dessus, sortant un bloc-notes et un stylo de son manteau. « Je ne veux pas t'embêter trop longtemps. Si tu es d'accord, j'aurai quelques questions ; tu n'as pas à répondre à celles qui te mettent mal à l'aise. »
Izuku se replia sur ses oreillers. C'était à prévoir, c'était normal. Mais ça ne rendait pas les choses plus faciles. « Vous n'avez pas déjà les, ah, images des caméras ? O-Ou quelque chose comme ça ? Aizawa-sensei a dit– »
« Oui » confirma Tsukauchi en faisant cliquer son stylo. « Mais nous avons encore des questions auxquelles la vidéo ne pourra peut être pas répondre. Encore une fois, tu n'es pas obligé de répondre si tu ne veux pas. C'est juste pour nous aider dans notre enquête ; tu n'es pas en train d'être jugé. »
« Ça va » murmura Izuku. « Je v-veux aider. »
« Merci. » Ils se jetèrent tous les trois des regards incertains, jusqu'à ce que All Might fasse un signe de tête encourageant.
« Est-ce que tu pourrais me raconter comment s'est passée ta soirée de vendredi ? »
Faisant marcher son cerveau, Izuku tapa un doigt contre sa lèvre inférieure. Ça semblait si loin. « Il ne s'est rien passé de spécial. J'ai dîné avec Todoroki-kun, je me suis entraîné avec Uraraka-san, et ensuite j'ai révisé le reste de la soirée avec Iida-kun. Je ne me souviens pas exactement quand je suis retourné dans ma chambre, mais je pense que c'était après 22 heures. J'étais sur mon téléphone – hum, sur internet sur mon téléphone – jusqu'à ce que je me couche. »
Le stylo courant sur le papier était le seul bruit dans la pièce.
« Avant vendredi, est-ce que tu avais déjà entendu parler ou rencontré un homme du nom de Maki Taigen ? »
Izuku fronça les sourcils. « Non. »
« Et le nom 'Hypothèse' ? »
Izuku secoua la tête.
L'inspecteur sortit une photo de son bloc-notes et la lui donna. Le bout des doigts d'Izuku frôla à peine les coins rigides qu'il recula brusquement, le carré fragile touchant ses cuisses avant de tomber au sol. Des yeux perçants derrière des lunettes épaisses, une expression enthousiaste, un sourire fou. L'homme qui l'avait déshabillé, mit de force dans un aquarium glorifié, et avait fait de Kacchan et de lui-même des expériences de laboratoire. Un homme mort. Le cœur d'Izuku battait de façon erratique heureusement, plus personne d'autre que lui ne pouvait l'entendre.
« Désolé. » Tsukauchi s'excusa rapidement, se baissant pour ramasser la photo. « Je ne voulais pas te surprendre. Mais tu ne l'avais jamais rencontré avant ? »
« Jamais » chuchota Izuku, sa voix petite et comprimée.
L'homme hocha la tête, son visage sombre. « Est-ce qu'un des membres de la Ligue a essayé de prendre contact avec toi depuis la dernière fois où nous nous sommes parlés ? »
Izuku continua de secouer la tête, sentant de chaudes larmes se former aux coins de ses yeux. Il n'était pas du tout utile.
« OK » acquiesça Tsukauchi, rangeant son stylo dans son bloc-notes et se relevant. « Ce sera tout. Encore désolé. Je sais combien c'est pénible, j'apprécie beaucoup que tu ais répondu à mes questions. »
All Might s'était tordu les mains durant tout l'échange. Il s'avança, plaçant une main hésitante sur les boucles d'Izuku. Le cou d'Izuku se comprima sous son poids, mais il se pencha tout de même vers le touché, se sentant entièrement vidé. A cause de trois, quatre questions.
« Je vais y aller » dit rapidement Tsukauchi alors qu'il remettait son chapeau. « Merci encore. »
Izuku ne dit rien, hochant la tête en guise d'au revoir, ne faisant pas confiance à sa gorge lourde pour parler. Les larmes coulèrent sur le lit d'hôpital.
All Might resta longtemps avec lui après que l'inspecteur soit partit.
Les heures de visites étaient terminées depuis longtemps quand Izuku reçu son dernier visiteur.
« Oi, tu devrais être en train de dormir. »
Izuku changea sa position à genoux au pied du lit, où il fouillait parmi les cadeaux et les jouets juste pour donner quelque chose sur lequel se concentrer à son cerveau préoccupé. Quelque chose d'autre que les quatre derniers jours, quelque chose d'autre que le garçon sur le pas de sa porte.
« Toi aussi, Kacchan » Izuku balança ses jambes par-dessus le bord du lit. « Ou alors tu venais simplement me regarder dormir ? »
Reniflant, Kacchan fit rouler sa perfusion dans le noir, laissant la porte apporter la luminosité et le bruit du couloir. Il s'approcha, s'appuyant plus sur la barre en métal qu'il était probablement supposé le faire – jusqu'à ce qu'il se tienne devant Izuku, seuls les contours de son corps étaient illuminés par les faibles lumières de l'hôpital.
Et ils étaient enfin, enfin seuls.
Le cœur d'Izuku se logea dans sa gorge. Il était rarement à court de choses à dire, même si c'était incohérent, mais pour le moment il ne trouvait rien. Et maintenant ?
« Je peux m'asseoir ? Je tiens plus debout putain. »
« Oh ! » Izuku failli sauter du lit. « Bien sûr ! »
Mais au lieu de s'installer sur la chaise, Kacchan se hissa sur le lit d'Izuku, se baissant et réarrangeant leur perfusions.
« Hum. Est-ce que tu as le droit de te déplacer comme ça ? »
« Nope. »
« Ah. » Izuku jouait avec la sangle de son écharpe.
« Deku. Regarde-moi. »
Se tournant, Izuku se retrouva piégé. Piégé par ces yeux rouges brûlants, même dans la faible lumière. Piégé par ce tout aveuglant qu'était Kacchan. Y avait-il un futur où il pouvait le garder à ses côtés ?
« Qu'est-ce que t'as ? Tu me regardes bizarrement depuis qu'on est sortis. »
Izuku passa sa langue sur ses lèvres sèches. Il n'avait jamais été bon pour cacher quoi que ce soit à Kacchan ; autant en finir.
Il prit une profonde inspiration.
« D-Désolé, je– C'est juste, je suis encore un peu sous le choc, et, en fait– je sais qu'il y a, hum, la vidéo, mais– m-mais, je dirai rien, et je pense pas qu'Aizawa-sensei dira quelque chose non plus, alors, alors. Si tu veux qu'on oublie tout » déglutit Izuku, les mots lui faisant physiquement mal, alors qu'ils se déversaient de ses lèvres comme du verre brisé. « C'est– enfin, je comprendrai. »
« Ben je veux pas putain » grogna Kacchan, prenant le bras gauche d'Izuku et le tirant à travers le lit, jusqu'à ce que leur nez se touchent presque. Izuku laissa un couinement s'échapper. « C'est quoi ce bordel, Deku ? T'es en train de me dire que toute cette merde voulait rien dire ? »
« Non ! » protesta Izuku, arquant sa colonne vertébrale pour éviter de tomber sur Kacchan. Sans l'aide de ses bras, il ne pouvait rien faire. « Bien sûr que non ! Je pensais pas que tu– Pardon ! Pardon ! »
« Est-ce que tu pourrais arrêter ça ? Putain ! » Kacchan le secoua, ses yeux intenses perçant des trous à travers son crâne. « Je peux même pas m'excuser sans que tu fasses pareil ! Deku » gronda-t-il, sa voix baissant de plusieurs octaves, son expression, douloureuse. « Deku, je sais pas comment dire cette merde, mais tout ce qui comptait pour moi là-bas c'était de te garder avec moi. Je peux pas laisser ça derrière. Je– Je veux pas. »
« Oh » souffla Izuku, sentant une humidité familière sur ses joues. Il se sentait étourdit, abasourdit, comblé. Son pauvre cœur surmené était sur le point de sortir de sa poitrine. Kacchan était si près, et... Et il voulait qu'il le soit. Izuku trembla alors qu'il murmura. « E-Et maintenant ? »
« J'en sais foutrement rien » dit Kacchan avec un soupçon de rire. « Je pourrai te casser les dents avec les miennes encore une fois. »
Izuku sentit son visage chauffer sous les larmes. « Ce– C'était pas si mal ! »
« Ouais ? » La voix de Kacchan était grave et rauque.
« O-Ouais. » Celle d'Izuku était à peine audible.
Les yeux rouges se baissèrent.
« On pourrait essayer encore une fois, du coup. »
Les mots entre leurs lèvres n'avaient pratiquement aucune distance à parcourir. Sans laisser place au doute, Izuku la combla, appuyant sa bouche contre celle qui l'attendait. C'était seulement leur deuxième baiser (troisième, si on comptait le bouche-à-bouche), donc c'était encore nouveau et inconnu mais celui-ci était bien plus lent, doux. Ils avaient tout leur temps.
« Et encore » dit doucement Kacchan, s'éloignant un instant avant de fusionner leurs lèvres ensemble à nouveau.
Kacchan était si chaud. Si incroyablement chaud et il avait un goût de caramel et de sel. Leurs mains se cherchèrent avant de se trouver, agrippant leur blouses d'hôpital et leur visage et leurs cheveux, incertaines et maladroites, mais ayant besoin, cherchant, voulant.
« Et encore. Je vais être le meilleur pour ça aussi. »
Izuku avait presque perdu la vie, presque perdu Kacchan – ce qui était presque la même chose. C'était horrifiant et merveilleux et écrasant ; il réalisa soudainement que le goût du sel venait de lui, les larmes n'étaient plus retenues et coulaient à flot.
« Pleurnichard » souffla Kacchan, sa voix épaisse et brut et ses yeux humides. Ses mains rugueuses tenaient le visage d'Izuku, ses pouces essuyant en vain le torrent.
« Je– Je suis content, Kacchan » chuchota Izuku. « C'est tellement. C'est trop. »
Son expression s'adoucissant, Kacchan tira pas si gentiment que ça la masse de boucles vertes jusque sous son menton, bras croisés sur la nuque d'Izuku. « Je sais » gronda-t-il.
Izuku ravala un sanglot, essayant de se recomposer alors que l'odeur de sucre brûlé se drapait sur lui comme une couverture. « Ce qui s'est passé était horrible, mais ça, c'est une bonne chose. Pas vrai ? Est-ce que– Est-ce que c'est arrivé parce que – »
« Non » aboya Kacchan, ses bras tendus. « C'est malgré ça. Pas à cause de ça. »
« OK » dit Izuku, tremblant. Il s'accrocha à la blouse d'hôpital de Kacchan, le matériel fin se froissant dans son poing. « OK. »
OK.
Kacchan éloigna Izuku de ses bras, le tenant à nouveau fermement avec des mains chaudes sur des joues mouillées. Ses yeux oscillaient. « Oi, est-ce qu'il t'as... fait quelque chose ? »
« Huh ? »
« L'autre tête de cul. Le scientifique à la con, j'en n'ai rien à foutre de comment il s'appelait. Quand il t'as mit dans la cuve, est-ce qu'il... a tenté de te faire quelque chose ? »
La bouche d'Izuku forma un Oh silencieux.
« T'es pas obligé de me le dire, j'étais juste... tout seul avec mes pensées et– je le tuerai si c'était pas déjà fait s'il– »
« Non, non » l'interrompit Izuku, essayant de secouer la tête entre les mains de Kacchan. « Je veux dire, je m-me souviens pas vraiment ; je sais qu'il m'a déshabillé et rhabillé, mais. C'était très, heu, clinique. Je pouvais pas le faire tout seul. »
Il baissa sa voix et son regard. Demain, à la lumière du jour, il serait peut être difficile d'en parler, mais maintenant, dans le noir, dans les mains de Kacchan, Izuku partagea ses peurs avec la seule personne capable de les comprendre. « Le pire c'était le r-remplissage. Je pouvais pas bouger, les branchements avaient sûrement du couper mes fonctions motrices, et même avec le masque respiratoire je pensais que j'étais en train d'attendre de me noyer à nouveau. Mais en bien, bien pire cette fois, puisque tu n'étais pas là. »
Le bout de ses doigts étaient appuyés contre les côtés du crâne d'Izuku. « Ce mec craignait, putain » siffla Kacchan.
« Il craignait vraiment » dit Izuku avec un rire sans joie.
Enroulant les doigts de sa main gauche autour de l'avant-bras de Kacchan, ses yeux se fermèrent alors qu'il appuya encore plus son visage dans la grande main droite de Kacchan. Son héritage, son Alter, son arme mortelle. Capable de destruction, et d'enlever délicatement les boucles d'un front fiévreux. « Merci, au fait. Je sais que tu ne veux pas que je m'excuse, mais je suis désolé que tu ais eu à le faire. »
« Pas moi. »
Izuku ouvrit les yeux. Kacchan traça une ligne le long de la mâchoire d'Izuku avec les doigts de sa main gauche, se déplaçant jusqu'à son cou, appuyant légèrement sur son pouls. « Ça, c'était plus important. »
« Kacchan, ne– »
« La ferme. »
Izuku se tût.
« Je suis pas désolé de l'avoir tué. Peut être que ça va me perturber, j'en sais rien. Aizawa a dit qu'ils avaient des thérapeutes et tout. Parfait. On s'en fous. Mais je suis pas le premier héro à tuer un vilain, et je le referai. Je le referai, si c'est toi ou lui. »
« Kacchan » réussi à sortir Izuku, secouant la tête. « Non– Tu devrais pas– »
« Est-ce que tu tuerais pour moi ? »
Le cœur d'Izuku s'arrêta. « Sans hésitation » dit-il silencieusement.
« Alors on est tous les deux foutus. » Un coin de la bouche de Kacchan se releva dans un sourire en coin. Même dans une blouse d'hôpital, dans le noir, il était incroyablement beau.
Avec un rire mouillé qui se transforma en un bâillement, Izuku se frotta le visage. « J'imagine. Mais je pense pas que ce soit nouveau. »
Kacchan ricana. Il fit passer la perfusion d'Izuku par-dessus sa tête et glissa hors du lit, balançant son poids sur le support en métal qui l'attendait, avec un claquement. Avant qu'il ne s'en aille, il se pencha, déposant un dernier baiser léger sur les lèvres d'Izuku. « Bonne nuit nerd. »
Izuku le regarda partir jusqu'à ce qu'il soit seul dans l'obscurité. Et pourtant, ce n'était pas son impression.
« Bonne nuit, Kacchan. »
Epilogue
Les choses ne retournèrent pas à la normale, parce qu'Izuku était Katsuki n'avaient jamais été normaux, et leur nouveau normal en était bien loin.
Mais ils s'installèrent éventuellement dans quelque chose 'd'assez familier'.
Les cours reprirent après une courte pause, et les deux garçons y retournèrent sans trop de difficulté. Les 'thérapeutes et tout' commencèrent une semaine après.
A la surface, rien n'avait changé. Ils se battaient toujours pendant les entraînements au combat, criant des obscénités et des insultes. Ils ne s'asseyaient pas à la même table au déjeuner. Ils avaient des amis différents. Katsuki embêtait toujours Izuku et Izuku répondait toujours.
Mais les choses étaient différentes si on savait où regarder. Katsuki avait arrêté de crier Crève à tous les objets inanimés. Le brassard de compression d'Izuku allait maintenant jusqu'à son poignet. Et ils passaient pratiquement chaque minute hors des cours ensemble.
« T'es sûr d'être prêt ? »
Izuku hocha la tête, mâchoire serrée et lèvres fermement appuyées l'une contre l'autre. Il hocha la tête une deuxième fois.
« Oi » dit doucement Kacchan, plaçant sa main chaude sur la taille nue d'Izuku. « On n'est pas obligés de faire ça aujourd'hui. Dis moi et on arrête. »
« Non, on peux le faire. On doit le faire. Je suis prêt. » Izuku leva le regard vers les yeux rouges brûlants. Il tremblait un peu mais il déglutit, déterminé. « En plus, je te dois une course. »
« Midoriya-chan ! Bakugou-chan ! »
Asui agitait une main aux longs doigts depuis sa position au centre de la piscine. Elle n'avait pas besoin d'être là, mais sa présence rassurante contribuait néanmoins à le mettre à l'aise.
« On arrive, Asu– Tsuyu-chan ! »
Kacchan serra la hanche d'Izuku avant de sauter dans l'eau avec grâce et presque sans aucune éclaboussure. Izuku s'assit sur le bord de la piscine. Avec une grande inspiration et un coup d'œil aux sourcils froncés de Kacchan, il plongea ses pieds dedans, l'eau caressant le haut de ses chevilles. C'était froid et déplaisant même sous le soleil de l'après-midi et ça le terrifiait. Izuku ferma les yeux.
« Hey » Kacchan attrapa le genou d'Izuku. « Restes avec moi. »
« Ça va » souffla Izuku. « C'est la partie facile. » Il se tourna et s'abaissa dans l'eau, son estomac se tordant alors que le liquide oppressant l'avalait tout entier. L'eau arrivait à ses épaules et Izuku commença à respirer de plus en plus fort jusqu'à ce que son biceps soit saisit fermement.
« Ça va toujours ? Tu veux que je te jette hors de la piscine ? »
Izuku rit, et cela fit fondre un peu de l'anxiété qui se refermait sur lui.
« Tu peux le faire, Deku » dit doucement Kacchan, avec une voix qui était réservée à Izuku. « T'es génial. »
« Arrêtes » marmonna Izuku, tournant son visage rougissant sur le côté.
Kacchan se rapprocha en flottant. Sa peau mouillée touchant celle d'Izuku, toujours chaude même dans l'eau froide. « Maintenant tu sais ce que je ressens. Habitues-toi le nerd. »
Les bras d'Izuku vinrent s'enrouler autour de son visage automatiquement, lui faisant lâcher le bord de la piscine.
Il glissa sous l'eau.
La première chose qu'il remarqua fut le silence, puis la pression écrasante. Froide et sombre et épaisse et brillante et suffocante. La panique sous son sternum augmenta, mais avant de pouvoir se déployer complètement, les mains de Kacchan sur ses coudes le ramenèrent à la réalité et oh, c'était juste de l'eau.
C'est juste de l'eau.
Remontant à la surface dans une éclaboussure, Izuku s'accrocha à Kacchan, frissonnant, tremblant, souriant.
« Oi, oi, ça va ? »
« Oui ! » Izuku jeta ses bras autour du cou de Kacchan, envoyant voler des gouttes d'eau, capturant sa bouche avec la sienne. L'eau lui paraissait encore étrange et malfaisante mais c'était juste de l'eau et qu'était de l'eau quand Izuku avait Kacchan ? Kacchan dont les lèvres chaudes répondirent aux siennes, dont les doigts chauds s'enfoncèrent dans les cheveux humides d'Izuku, dont le corps chaud pressa Izuku dans le béton lisse.
« Vous avez toujours besoin de moi pour ça, kero ? »
« Désolé ! Désolé, Tsuyu-chan » rigola Izuku, s'écartant de Kacchan et nageant jusqu'à sa ligne, sa peur réduite à un faible bourdonnement. Toujours là, mais gérable. « Je suis prêt maintenant. »
« Ouais ? » Kacchan haussa un sourcil vers Izuku, se reculant jusqu'à sa place. Il sourit. « Prêt à mordre la poussière, Deku ? »
Izuku sourit doucement. « Si tu es prêt à ravaler ces paroles, Kacchan. »
Asui leva un drapeau trempé hors de l'eau. « A vos marques ! »
Le sourire de Kacchan s'agrandit, sauvage et plein de dents.
« Prêts ! »
La bouche d'Izuku s'étira dans une ligne déterminée.
Le drapeau s'abaissa. « Partez ! »
Et ils s'élancèrent.
Ensemble.
Note : Et voilà ! N'hésitez pas à me dire ce que vous en avez pensé ! Même si ça fait six mois où un an que cette fic est finie je lirai toujours les reviews ! :)
Si vous avez aimé cette fanfic, je compte traduire dans les prochaines semaines, un OS de cinabee qui est dans le même style :) Merci beaucoup, beaucoup d'avoir lu et à bientôt !
