Cette fic est écrite pour un jeu du FoF, il fallait la rédiger sur les thèmes "Jeunesse" et "Boucle" en deux heures. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un MP
Tout était partie de "et si la Batmobile était plus qu'une simple voiture" ? Et après... cette histoire fut hors de contrôle XD
Bonne lecture ;)
Bruce n'avait jamais vu à quoi ressemblait la cave du manoir.
Son père lui disait que c'était rempli de bouteilles de vins et de toiles d'araignées, qu'il y faisait sombre, froid et humide, donc pas un endroit très amusant. Sa mère lui racontait, avec dans ses yeux cette lueur typique des mystères enfouis, que la cave renfermait le passé de la famille Wayne, et que son héritage se cachait entre ses murs.
Bruce n'était pas idiot. Il savait qu'elle ne parlait pas de fantômes, mais de quelque chose de plus important, de plus précieux. Cependant, il n'osait pas demander. Si ses parents ne révélaient rien, c'était pour une bonne raison, non ?
Il ruminait ces pensées tandis qu'il lisait sur le tapis moelleux du grand salon. Enfin, il ne lisait plus ; il avait abandonné son livre et fixait désormais le plafond, étalé comme une étoile de mer. Thomas Wayne cousait sur un canevas et Martha Wayne relisait le courrier de l'entreprise. L'atmosphère était conviviale, et si paisible que Bruce aurait presque pu s'endormir tranquillement.
- Qu'est-ce qu'il y a dans la cave ? dit-il soudain de but en blanc.
Ses parents relevèrent la tête, et leur expression était si sérieuse que Bruce faillit prendre peur. Thomas et Martha s'échangèrent un regard lourd de sens, puis ils soupirèrent, le genre de soupir que l'on pousse lorsqu'on sait qu'on ne peut plus retarder l'échéance.
Martha posa alors le courrier et tendit les bras vers son fils, pour l'inviter à s'asseoir. Il s'installa timidement sur ses genoux, mais se détendit immédiatement lorsqu'elle caressa tendrement sa nuque et le serra doucement entre ses bras.
- Tu as le droit d'être curieux. Tu as le droit de savoir, commença-t-elle. C'est le propre de l'homme de se questionner.
- Mais, Bruce, continua son père, il y a certains secrets qui doivent rester cachés. Tu sais pourquoi ?
- Hum… parce que les révéler peut être dangereux ? hasarda-t-il.
- Oui, c'est ça, dit Thomas en souriant. La cave contient beaucoup de secrets. Tu es jeune et tu as des questions. C'est une bonne chose. Moi aussi, dans ma jeunesse, il y avait tellement de vérités que je voulais connaître.
- Nous pouvons te montrer ce que notre famille a protégé au fil des générations, ajouta Martha. Mais tu dois nous promettre, Bruce, tu dois nous promettre de ne jamais, jamais dévoiler ce que tu vas voir, ou nous serons tous en danger. Si tu ne te sens pas prêt pour ça, tu as le droit de dire non et nous pourrons oublier toute cette histoire. C'est à toi de choisir.
Bruce aurait dû suffoquer sous le poids de la responsabilité. Ses épaules d'une dizaine d'années auraient dû ployer sous les implications d'une telle décision. Mais il n'y avait rien sinon une requête enfantine dans ses yeux.
- Je veux savoir.
Bruce découvrit très rapidement que ce n'était pas la cave en elle-même qui était importante, mais ce qu'elle masquait. Derrière une rangée de bouteilles factices se trouvait une lourde porte, dont les gonds grincèrent à peine lorsqu'elle s'ouvrit pour dévoiler un escalier qui s'enfonçait dans les entrailles de la maison.
Martha descendit la première, suivie de son mari qui tenait son fils par la main. Pendant un temps seuls leurs pas résonnèrent le long des marches, leur chemin uniquement éclairé par la lampe-torche que tenait sa mère. Puis un ruissellement se fit entendre et, enfin, l'escalier toucha le sol.
Le souffle de Bruce se coupa lorsqu'ils débouchèrent dans une immense caverne, dont les voûtes s'étendaient si haut qu'elles se perdaient dans la pénombre. Une source filtrait entre les rochers et s'écoulait paresseusement entre les fissures. Quelques lampes éclairaient tant bien que mal le lieu aussi imposant qu'une cathédrale de pierre et de calcaire.
Et au milieu de tout cela se trouvait la voiture préférée de ses parents, qui se fondait quasiment dans le décor avec sa peinture noire.
Bruce fronça les sourcils. Qu'est-ce que la voiture faisait là ? Il savait qu'elle avait été transmise par ses grands-parents et qu'elle était précieuse, mais il ne comprenait pas comment elle avait pu atterrir ici.
Il fit un geste vague en direction de la caverne.
- C'est ça, le secret ?
- Pas ça, le corrigea son père, mais qui.
Une voix inconnue, rauque et chaleureuse, résonna alors, le faisant sursauter.
- Salut, p'tit gars !
Bruce s'accrocha au bras de son père et regarda frénétiquement autour de lui. Qui avait parlé ?
- N'aie pas peur, le rassura sa mère. Il fait partie de la famille.
Elle se tourna vers la voiture.
- Tu peux te montrer.
À la grande surprise de l'enfant, le véhicule se plia, se déforma, se tordit, s'ouvrit et changea de forme, jusqu'à ce que, à la place d'une voiture, ce fut un géant de métal qui se retrouva assis là. Il lança un regard tendre en direction du garçon qui l'observait bouche bée.
Le géant resta immobile. Il ne voulait pas effrayer l'enfant. C'était déjà arrivé, autrefois. Mais Bruce ne cria pas, tandis que son père lâchait sa main. Il ne tenta pas non plus de s'enfuir. Sa bouche s'était refermée et ses yeux brillaient, perçants, intelligents et émerveillés.
Bruce fit un pas en avant. Puis il en fit un autre, et un autre, et encore un autre, jusqu'à ce qu'il se tienne en face du titan.
- Bonjour, salua-t-il timidement.
Le géant sourit et tendit une main, la paume ouverte et tendue vers le ciel. Bruce hésita à peine avant de le toucher. Il fut étonné de sentir de la chaleur émaner du métal, qui était doux et pulsait comme s'il y avait du sang en-dessous.
Le titan enroula délicatement ses doigts autour de la petite main et la secoua légèrement, comme si le garçon était fait de verre.
- Je-Je m'appelle Bruce, bafouilla brusquement l'enfant, qui se rendit compte qu'il était resté silencieux pendant un bon moment.
Le géant hocha la tête.
- Je sais. Le p'tit dernier des Wayne. Tes parents parlent beaucoup de toi. T'es aussi mignon que ta mère.
- Flatteur, gloussa la concernée avec amusement.
- C'est pas de la flatterie si c'est vrai, rétorqua le titan avec un sourire en coin.
Puis ses yeux — couverts par une bande de verre orangée qui faisait penser à des lunettes d'aviateur — se tournèrent de nouveau vers l'enfant.
- Ravi de te rencontrer, Bruce.
Un doigt immense caressa le dos de sa main. Bruce comprit alors à quel point cette personne pouvait être forte et tendre à la fois.
- Je m'appelle Trailbreaker.
Trailbreaker (ou "Teebs", comme le surnommaient affectueusement les parents de Bruce) était au service de la famille Wayne depuis plus d'un siècle. Ils l'avaient caché aux yeux du monde qui aurait pu le démonter et le vivisecter sans la moindre hésitation. En retour, il les avait protégés des tumultes de l'Histoire. Gardiens réciproques, Trailbreaker était loyal envers la famille qui l'avait recueilli, alors qu'il était seul et perdu sur une planète inconnue.
Il expliqua à Bruce qu'il faisait partie d'une espèce robotique qui venait d'une planète très, très lointaine, Cybertron. Son monde était déchiré par une guerre sanguinaire entre deux factions, les Autobots et les Decepticons. Il n'aimait pas parler de cette partie de son passé, et préférait raconter les péripéties rocambolesques qu'il avait vécu avec les Terriens, les cavalcades aux quatres coins du continent, les autorités qu'il avait bernées, les personnes qu'il avait aidées. Sa longue histoire se résumait à celle, courte, de cette planète.
Mais Bruce était curieux. Trailbreaker était la personne la plus cool qu'il ait jamais rencontré, et il aurait aimé en savoir plus sur le géant qui devint petit à petit son ami.
- Si tu viens de l'espace, demanda Bruce un soir, comment tu es arrivé ici ? Est-ce que ça veut dire qu'il pourrait y avoir d'autres gens comme toi, quelque part ?
Ils étaient sortis dans le jardin pour observer les étoiles. Le temps était clair, sans nuages et sans lune, parfait pour utiliser le télescope que Bruce tenait entre ses mains. Trailbreaker était allongé sur le dos, les bras repliés derrière sa tête, et servait de radiateur pour l'enfant installé sur son ventre.
Dans cette position, Bruce put ainsi facilement sentir son ami se figer. Puis Trailbreaker poussa un long soupir, comme un train qui sifflait en entrant en gare, éreinté après un long voyage.
Ils demandaient toujours. Ils demandaient toujours la même chose. Ce n'était pas un problème, ils avaient le droit de savoir. L'histoire se répétait en boucle, mais ça ne le dérangeait pas. C'était simplement… humain.
- Peut-être, fit Trailbreaker hochant la tête.
- Où sont-ils dans ce cas ? Pourquoi vous n'êtes pas plus nombreux ?
- Chais pas. J'suis tout seul, petit. J'me suis écrasé ici à cause d'un accident, mauvais endroit, mauvais moment, c'est tout. J'avais pas moyen de contacter mes camarades. J'en ai toujours pas, avec les Decepticons qui rôdent pas loin. Et mes frères d'armes… Y savent pas que chuis là. Y doivent penser que j'suis mort. Et puis, chuis qu'un soldat. Pourquoi y devraient s'en faire pour moi ? Y vont pas envoyer toute une équipe de recherche rien que pour un crétin qui s'est retrouvé séparé de son équipage parce qu'il était bourré. Y a une guerre là-dehors ; ils ont pas le temps de s'occuper d'un traînard. Alors chuis coincé ici. Et tu sais quoi ? Quoi qu'il en soit, j'suis bien content que ce soit ta famille qui m'ait trouvé.
Il ponctua ses mots en ébouriffant les cheveux de Bruce. Le garçon protesta à peine. Il était attristé par cette confession. Alors il se leva, remonta le corps du géant avant de se blottir au creux de son cou.
- Je ferai en sorte que tu ne sois jamais seul, alors. C'est promis.
La promesse d'un enfant était toujours sincère et touchante. Même si elle n'était pas faite pour durer. Trailbreaker sourit et couvrit Bruce de sa main pour le protéger de la fraîcheur de la nuit.
Quand Trailbreaker se remémorait cette soirée, il avait l'impression qu'elle s'était déroulée dans une autre vie. C'était comme si le destin, la fatalité, ou un dieu sadique, avait jeté un voile sur ces moments pour les rendre troubles et distants. Le Bruce de ces souvenirs était mort le jour où ses parents s'étaient vidés de leur sang sur le bitume. L'enfant avait disparu et n'avait laissé qu'une coquille vide, dévorée par le deuil.
Même après tant d'années, Trailbreaker pensait toujours que c'était de sa faute. La culpabilité n'était jamais partie. Parce qu'il avait failli à sa mission, parce qu'il avait échoué à protéger sa famille. Les noms inscrits dans le caveau familial avaient été gravés au fer rouge dans sa carte-mère.
Il aurait aimé pouvoir noyer son chagrin dans l'alcool, mais cette denrée ne se trouvait pas sur cette planète. Il aurait préféré être ivre mort, plutôt que d'être dévoré par les regrets au point de hurler de douleur durant ses insomnies. Les Cybertroniens n'étaient pas capables de pleurer.
Bruce avait depuis longtemps séché ses larmes. L'enfant était devenu homme, puis l'homme était devenu ombre. Une ombre qui rôdait la nuit, qui bondissait sur les fruits pourris de Gotham et qui semait la peur dans les esprits, bons comme mauvais.
Trailbreaker l'avait suivi dans sa croisade sans protester. C'était une guerre comme une autre, et le soldat en lui se retrouvait en terrain familier. Et au moins, sur le front, il pouvait veiller plus facilement sur le dernier des Wayne.
Un titan gardien d'une chauve-souris. Il avait accepté ce rôle sans broncher.
Le nom que lui avait donné l'opinion publique… pas vraiment.
La "Batmobile". Bah.
Quand il s'en plaignait, cela arrachait un léger sourire à son protégé. Au moins cela prouvait qu'il restait une trace du Bruce d'autrefois, qui l'avait observé avec des étoiles pleins les yeux et avec le cœur débordant d'enthousiasme.
Trailbreaker était en train de ruminer cela lorsque des bruits de pas le tirèrent de ses pensées. Quelqu'un toqua légèrement à sa portière.
En voyant les yeux cernés de Bruce et la couverture enroulée autour de ses épaules, Trailbreaker n'eut pas besoin d'explication. Il réarrangea sa banquette arrière pour que son protégé s'installe plus confortablement, puis il laissa Bruce se faufiler à l'intérieur.
Trailbreaker savait que sa couchette ne valait pas les lits moelleux dispersées un peu partout dans le manoir, mais Bruce s'en fichait. Parfois l'homme était assailli par les cauchemars, le deuil et la douleur, et seule la chaleur familière de Trailbreaker pouvait chasser cette boucle infernale, au moins temporairement. Il dormait plus paisiblement quand il savait qu'un membre de sa famille était à ses côtés.
Ce rituel, cet accord taciturne, allégeait un peu leur solitude.
- Bonne nuit, Bruce, murmura le robot.
- Bonne nuit, Teebs.
Ils dormirent comme des souches.
