Cette fic est écrite pour un jeu du FoF (forum francophone), il fallait la rédiger sur le thème "Amphisbène" en une heure. Pour plus de précisions vous pouvez m'envoyer un MP
Bonjour les maux de tête avec ce mot inconnu au bataillon XD
J'aimais bien me rendre chez Swerve's.
La Lost Light était un vaisseau immense où il était facile de se perdre. Le bar était un espace familier et facile à trouver, un cocon où résonnaient les rires, les cliquetis des verres et la musique dénichée aux quatres coins de la galaxie. Quoique, le barman avait une préférence pour la musique et plus généralement la culture terrienne. "Africa" de Toto passait plusieurs fois par jour parce que c'était le morceau préféré de l'équipage. Pour être honnête, je ne m'en lassais pas.
Comme j'étais la seule humaine à bord, Swerve ne se privait pas de me poser des centaines de questions sur ma planète d'origine. Il m'aidait à grimper sur le comptoir, qui aurait pu facilement contenir une vingtaine d'humains sur sa largeur. J'étais ainsi à sa hauteur et je pouvais parler sans risquer de me donner un torticolis tandis qu'il servait les clients et essuyait des verres. C'était difficile d'oublier que j'étais une souris dans un monde de titans ; j'atteignais à peine la cuisse de Swerve, et il était un des plus petits membres de son espèce, un minibot, comme disaient les autres.
("Minibot". Sérieusement, qui avait eu l'idée d'inventer ce mot rien que pour les individus de petite taille ? Le manque d'originalité était tellement flagrant que ce n'en était même pas drôle.)
Enfin bref, pour en revenir à la culture. Swerve adorait les sitcoms et il était hilare quand je l'avais introduit à Brooklyn 99. Comparer le capitaine à Jake Peralta était devenu notre passe-temps favori pendant des semaines, au point que j'avais accidentellement appelé Rodimus "Jake" une fois.
(Ce qui, pour la postérité, l'avait fait hurler de rire au point de rouler par terre).
Mais Swerve n'était pas seulement un moulin à paroles fan de télévision. Comme toute personne, il était plus complexe que cela, mais son manque d'estime le poussait à cacher ses blessures et ses convictions.
J'appris ainsi qu'il était très croyant, un soir où les clients étaient rares et que je l'aidais à ranger du mieux que je pouvais, malgré ma petite taille. Je savais, vaguement, que les Cybertroniens avait un dieu. Swerve m'expliqua qu'ils en avaient cinq. Cinq dieux en qui certains avaient besoin de croire. La guerre qui avait déchiré leur espèce avait ébranlé et détruit trop d'esprits, et certains se raccrochaient à l'espoir d'une vie meilleure ou à la preuve d'un sens dans une existence où la mort pouvait guetter à tout moment.
Des morts, les Cybertroniens en avaient laissé de partout dans la galaxie. Les cadavres s'amoncellaient sur tellement de planètes qu'on ne pouvait plus les compter. Des corps sans vie, laissés à l'abandon et dévorés par la rouille au fil des siècles.
Swerve me parla du Nécrobot : un disciple de Mortilus, le dieu de la mort, qui parcourait méticuleusement les étoiles pour donner une dernière sépulture à ceux qui avaient été oubliés. Un vagabond que nul ne pouvait voir, ni attraper, mais qui honorait les morts sans distinction.
- Au moins vous avez quelqu'un qui prend soin des corps laissés à l'abandon, soupirai-je en laissant retomber ma tête contre son bras. Chez les humains, dans certaines cultures, il n'y pas pire sort que de mourir sans être enterré.
- Pourquoi ? Vous vous décomposez vite, non ?
- Oui, et on tombe alors dans l'oubli. Une tombe offre un nom. Le cadavre peut être également dévoré par des charognards ; c'est un dernier outrage fait au mort.
- Tu m'avais déjà parlé de ça, non ?
- Oui, avec Antigone. La princesse grecque prête à risquer sa vie pour déposer un peu de terre sur le corps de son frère. Il y a tellement de légendes sombres quant au sort des cadavres laissés à l'abandon…
Il y eut une lueur de curiosité morbide dans les yeux du robot et je ne pus m'empêcher de continuer :
- Ma préférée, c'est celle d'Amphisbène. C'est un serpent à deux têtes qui rôde dans le désert de Lybie et dévore les corps sans sépulture.
- Deux têtes ? Ça doit pas être pratique pour savoir où sont l'avant et l'arrière.
Je ricanai.
- Non, d'un point de vue logistique, c'est un vrai cauchemar.
- Les humains ont tellement des histoires bizarres et sans queue ni tête. Ou plutôt sans queue et deux têtes !
Nous éclatâmes de rire face à ce mauvais jeu de mots. Puis Swerve se pencha et passa une main gigantesque dans mes cheveux.
- Tu me racontes une autre légende ?
Je souriai de toutes mes dents.
- Avec plaisir.
