Petit one shot pour l'anniversaire d'Alois ! Trad anglaise disponible, merci à mon amie Léa pour son proofread ! Au cas où ça serait confus, Alois normalement vit avec Ciel.


Posant sa valise à côté de son lit, il caressa le drap mauve comme s'il rentrait dans cette chambre pour la première fois, ce qui fut tout juste son impression. C'est ce jour qui a encore des relents d'Halloween, fêté par tout le monde qu'on ne le connaisse ou pas, un jour qui longtemps ne lui avait pas vraiment appartenu.

La sensation du retrouvé n'était même pas là pour l'accueillir. Ça faisait un moment qu'il n'avait pas pénétré dans cette chambre, au point qu'y retourner lui donnait une impression étrange. Comme si tout était en papier mâché et allait s'effriter sous son toucher. Il est déjà vrai qu'elle ressemblait à une maison de poupée. Toute mauve, rangée et silencieuse contrairement à l'état dans laquelle il l'avait laissé en emménageant avec son copain.

« Est-ce que je vais bien ou est-ce que je suis vide ? »

Son portable vibre. Encore et encore. Notifications défilantes.

Il devrait être heureux. Tout était chaotique il y a peu.

Il est fatigué. Ses talons brûlent. Il a faim.

Claude venait de changer les fleurs, il pensa, s'asseyant sur son lit, face au bouquet de jacinthes des bois posé sur sa table de nuit. De vagues souvenirs flottent au bord de sa conscience comme à la surface d'un lac, passant sans rester, en désordre et simultanément.

16 ans, ses amis de l'internat le surprennent après la danse. Il pleurait 30 minutes avant. Aucune idée de pourquoi.

20 ans, il prend un selfie avec Ciel et Luka. Il les aime. Si fort.

14 ans. il gratte le glaçage du gâteau rose en boudant. Claude lui a dit quelque chose dont il ne se souvient plus et pose des fraises sur la table.

Les années avant ça restent à leur place, coulés. Et tant mieux.

« À quoi ils pensaient ? À… À quoi je pensais ?»

Le blond s'allongea sur le dos fixant le ciel violacé de la pièce. Il se souvenait encore des quatre murs quand ils étaient encore blancs, que Claude lui avait dit lui avait dit d'en faire ce qu'il désirait alors qu'ils emménageaient. Son frère, puis ses amis au fur et à mesure qu'il s'en faisait, lui répétait la même chose : « Oh c'est toi, c'est tellement toi ! ». Le jeune homme n'était pas certain de ce qu'ils

entendaient par là. Sans doute un compliment sans en être sûr. Alois détestait devoir assumer les pensées des autres mais l'idée de rester dans l'incertitude lui était insupportable.

Son téléphone vibre. Vibre. Vibre.

Il jette son téléphone de l'autre côté du lit. Violemment.

Fermez là. Vous sortez d'où tous ?

Il ignore pourquoi on pense à lui. Pourquoi maintenant. Mais non non, il devrait être content. Il devrait, il devrait.

Se redressant sur ses coudes il prit une des fleurs du vase, passant ses doigts sur sa tige humide avant de longuement l'effiler par le bout, terminant par déchirer chaque pétale comme du papier. Donc on n'a rien, puis un jour tout se passe bien et on doit… faire avec ? Sa chambre a gardé la solitude qu'il a supporté pendant des années et en est maintenant seule témoin.

Alois pensa prendre Claude à part pour lui parler puis se résigna vite. L'homme n'était pas l'épaule la plus chaude, le blond avait appris sa leçon à ce sujet en en oubliant des pans entiers à des moments de faiblesse. Mais voilà, il ne lui avait jamais vraiment exprimé d'affection. Quand il s'était ouvert à ce sujet, l'homme lui avait juste répondu qu'il pensait trop, inutilement.

Qu'il ne le comprenait pas.

Dommage, leurs derniers au revoir avaient été glacials de toute façon. Longue histoire. Comme tout avec lui. Mais sa chambre était si jolie, si conservée. Ça doit être une preuve de quelque chose qui lui serait passé au-dessus de la tête s'il n'était pas habitué aux miettes d'amour.

Ciel arrive dans l'encadrement de la porte, trainant deux valises derrière lui.

« Tu avais autant d'affaires avant de partir ou tu t'es amusé à faire du shopping non-stop ? »

Le silence en réponse le frappa immédiatement. Une paire d'yeux s'était tournée vers lui avec tout l'effort du monde. Ciel vient s'asseoir à ses côtés. Alois se laissa glisser vers lui avant de poser délicatement sa tête sur les genoux de son amant.

« Qu'est-ce qu'il y a ? »

Un sanglot se coince dans sa gorge.

« Rien, tu m'as manqué… » Et vraiment, il lui a manqué.

Ciel se tait. Place une mèche de cheveu derrière son oreille. Le blond lui semblait à la fois vidé et débordé. Ce dont il avait l'habitude mais il ne l'avait pas vu depuis un moment. Il sait qu'il y a bien entendu tellement plus mais préfère ne pas forcer. Après quelques minutes de silence, le brun tente.

« Ah. Claude a remis des fleurs. »

Des larmes commencent à couler et Alois sourit au ridicule de tout ça.

« C'est stupide… C'est vraiment stupide… »

Il devrait être heureux. Il l'est un peu, mais pas que. Dans sa maison de poupée où la seule berceuse vient de l'intérieur, pleines de fissures. Vieilles. Nécrosées. D'os brisés. De toiles.

Dans les bras de l'homme avec qui il traversait tout depuis qu'ils étaient garçons, amis.

Tout est si doux. Il hésite à y prendre goût.

Tout est si loin.


Merci d'avoir lu, n'hésitez pas à commenter !