De sang, d'encre et d'eau

Introduction

Le Commissaire Laurence se gara devant le commissariat, de bonne humeur. Il avait été appelé plus tôt dans la matinée car le cadavre d'un notable venait d'être découvert dans une des plus grande papetterie de la région et il sentait que l'enquête pouvait être très intéressante. C'était parfait, cela faisait un moment qu'il s'ennuyait ferme et un peu d'exercice lui ferait le plus grand bien.

Et puis, c'était un jour un peu spécial. Aujourd'hui, c'était l'annivrsaire d'une secrétaire tout à fait particulière.

Il prit une petite boîte emballée sur le siège passager, sortit de sa voiture en fredonnant et claqua la portière.

Malheureusement pour lui, il fut immédiatement repéré par la propriétaire du petit scooter clair garé plus loin.

« Salut, Laurence ! Alors, quoi de neuf chez les flics ? » Le pas énergique, la jeune reporter l'accosta avant qu'il ait pu entrer dans le bâtiment.

Remarquable, songea-t-il. A croire que la jeune fille possédait un radar...

Il croisa les bras, la toisant de toute sa taille.

« Rien, Avril. Vous pouvez retourner chez vous, vous ne trouverez rien à vous mettre sous la dent aujourd'hui.

-Vous êtes pas cool, hein ! »

Il se pencha légèrement vers elle, retenant le sourire narquois qui menaçait de lui échapper.

« Non, Avril, je ne suis pas 'cool', comme vous dites. Je suis commissaire et j'ai du travail. »

Il allait la planter là, mais c'était sans compter sur la tenacité de la jeune femme.

« Oh, allez, quoi, filez-moi un tuyau et je promet de rien dire sur le sourire stupide que vous aviez y'a pas deux minutes. Vous avez forcément un truc, y'a qu'un macabé pour vous donner le sourire. »

Il s'arrêta net et planta son regard dans celui de la rousse. Un point pour elle... Pas qu'elle eut besoin de le savoir. Il plissa les yeux, et pointa un doigt menaçant.

« Un mot, Avril, un seul, et je vous baillonne avant de vous enfermer dans une cellule jusqu'à ma retraite ! »

Elle lui offrit un sourire insolant et lui emboîta le pas, ravie.

Il entra dans son bureau sans se préoccuper de l'agent Carmouille qui venait de l'appeler. Le fauteuil de Marlène était vide, il posa donc la boîte sur son propre bureau, et s'installa. Alice fit de même sans attendre l'invitation qui, de toute façon, ne serait pas venu.

« Alors, notre macabé, c'est qui ?

-Décidément, vous vous surestimez, Avril. Il n'y a pas de « notre macabé » et il n'y en aura jamais.

-Dites, c'est moi qui vous ai mis sur la piste de la vieille bique, la dernière fois, hein ! Sans moi, vous chercheriez encore !

-J'en doute. »

On tembourina brutalement à la porte et Alice vit le commissaire serrer les poings pour se contenir. « Entrez ! »

Carmouille obéit et se planta au milieu de la pièce, droite comme la justice.

« Le Commissaire-divisionnaire Tricard m'envoit vous signaler que les hommes que vous avez demandé pour fouiller la papetterie sont prêts ! Ils attendent votre aval pour partir, Monsieur ! »

Alice se mordit la lèvre pour ne pas rire. Elle pouvait presque entendre les dents du commissaire grincer. Elle se leva, contourna Carmouille et fit un signe à Laurence.

« Bon, ben j'y vais, hein. Je vais les suivre, ça ira plus vite que de vous tirer les vers du nez. »

La porte se referma et Laurence expira lentement. Sa bonne humeur du matin n'était plus qu'un vague souvenir. Il effleura la boîte aux décors floraux de l'index comme si ce geste anodin pouvait le ramener à l'instant où il avait choisi l'étoffe, puis se renfrogna. Il avait du pain sur la planche.

De toute façon, il était toujours plus productif quand sa mauvaise humeur dictait les interrogatoires.

Et en parlant de mauvaise humeur...

« Mais bon Dieu ! Qu'est-ce que vous faites encore là ? » Aboya-t-il. « Allez rejoindre le fourgon ! »

Vexée, Carmouille salua, claqua ses talons et sortit comme elle était venue, non sans jeter un regard dédégnieux derrière elle.

A suivre...