Ce chapitre a été écrit dans le cadre du défi Facebook ''Sur Votre 31'' :

- Invite : ''Cheveux''

- Nombre de mots : De 100 à 1000 mots.

Tout l'univers de Game of Thrones appartient à GRR Martin, DB & DW.

Bonne lecture !


Jaime avait toujours adoré les cheveux de Cersei.

Ses longs cheveux dorés.

Il pouvait encore se rappeler comment, enfants, il passait des heures à les coiffer, à glisser sa main dedans et à les sentir entre ses doigts.

Quand ils avaient grandi, leur père les avait sévèrement disputés, parce que Jaime préférait de loin l'or des cheveux de Cersei plutôt que l'or des comptes de Castral Roc. Comme quoi le fils aîné d'une famille aussi éminente, aussi grande que les Lannister se devait d'apprendre le combat à l'épée, l'équitation, la stratégie et la comptabilité, plutôt que de ''jouer à la poupée'' avec sa sœur.

Cela ne l'avait jamais empêché de continuer. Il avait chéri ces moments passés avec Cersei, quand ils réussissaient à échapper à leurs leçons, dans les jardins de Castral Roc, à glisser les fleurs qu'il cueillait dans sa chevelure.

Quand elle avait épousé Robert, et qu'elle était devenue reine, elle n'avait quasiment jamais porté sa couronne, qui, assortie à celle de son mari, représentait des bois de cerf.

Elle n'en avait pas besoin. Ses cheveux étaient sa couronne, une couronne d'or, une couronne Lannister. Pas une couronne de biche. Quand on possédait une crinière de lionne, on ne pouvait se permettre de passer pour une vulgaire proie. Et c'est ce que Cersei était. Une lionne.

Jaime se souvenait de la manière dont, quand ils se retrouvaient tous les deux, il caressait ses cheveux aussi dorés que le Soleil lui-même, les chassant doucement de son visage de porcelaine. De la manière dont il enfouissait ses mains et son visage dedans au moment suprême, au moment où ils ne formaient plus qu'un de toutes les manières possibles et imaginables.

Il ne pouvait décrire l'émotion que lui avait procurée la naissance de Joffrey, Myrcella et Tommen, avec leurs grands yeux verts et leurs boucles d'or. Même s'il n'aurait jamais pu les revendiquer comme ses enfants, peu de choses avaient jamais provoqué une telle joie, un tel amour dans son cœur. Sauf Cersei.

Il n'avait pensé qu'à elle, quand il avait été prisonnier des Stark. Pendant plus d'un an, il n'avait pensé qu'à sa sœur aux yeux d'émeraude et aux cheveux d'or. A sa sœur, et à tous les moyens possibles et imaginables qui auraient pu lui permettre de retourner auprès d'elle, là où il devait être.

Puis, quand il était revenu, tout avait semblé s'effondrer.

Joffrey mourut à son mariage. Et jamais il n'avait vu Cersei aussi triste. Jamais il n'avait vu ses yeux perdre son éclat comme à ce moment-là. Elle ne s'occupait plus d'elle-même, comme si elle aurait préféré se laisser mourir. Ses cheveux étaient ternes, et tout emmêlés. Ils n'avaient plus leurs reflets dorés, pas plus que ses yeux ne brûlaient avec leur lueur habituelle de feu grégeois.

Leur frère fut accusé du meurtre, et défendu par Oberyn Martell, qui perdit la vie dans son combat contre la Montagne.

La compagne d'Oberyn, Ellaria Sand, essaya de soulever Dorne contre la couronne, et Jaime alla y chercher Myrcella, qui avait été envoyée là-bas pour être mariée au prince Trystane.

La dernière fois qu'il l'avait vue, sa fille n'était encore qu'une enfant. Mais quand il la revit, avec ses longues boucles dorées, un portrait craché de Cersei au même âge, il ne put que constater la beauté qu'elle était devenue.

Et pourtant, ces yeux émeraude-là aussi perdirent de leur éclat, au moment où la vie lui échappa en même temps que le sang inonda son nez, coulant sur son visage et dans ses cheveux.

Sang et cheveux. Ecarlate et or. Ecarlate et or Lannister.

Quand il revint à Port-Réal avec le cadavre de sa fille, il fut absolument horrifié de voir que la couronne de gloire de Cersei lui avait été arrachée.

Ses cheveux avaient été massacrés par les moineaux, en même temps que sa dignité. Il ne restait presque plus rien de son opulente cascade blonde, seulement de courtes mèches.

Cela avait été assez ironique, quand on voyait où en était les Lannister de Castral Roc.

Leur frère avait fui à Essos. Leur père était mort. Deux de leurs enfants étaient morts, et le troisième tombait un peu plus aux mains du Grand Moineau et des Tyrell.

Les Tyrell. Leur rose était peut-être d'or comme l'était le lion des Lannister, mais jamais ils ne seraient égaux.

Et ça, Cersei s'était chargée de le leur faire comprendre. Elle avait anéanti leur maison aussi cruellement que leur père avait anéantie celle des Reyne de Castamere. Leurs espoirs d'une génération future avaient été détruits quand Mace, Margaery et Loras avaient péri.

Le lion d'or avait repris de manière aussi violente qu'inattendue le dessus sur la rose d'or.

Et la lionne à la crinière d'or avait pris le Trône de Fer.

Mais une autre reine, aux cheveux d'argent, était arrivée à Westeros.

Et cela avait été le début de la fin.

Maintenant que Port-Réal était en feu, et que la reine aux cheveux d'argent était sur le point d'avoir sa victoire sur la reine aux cheveux d'or, Jaime ne pouvait que penser à quel point il aurait enduré n'importe quoi pour elle.

Elle. La seule personne qui avait jamais réellement compté pour lui, mis à part ses enfants.

Il avait pensé qu'après la Longue Nuit, Winterfell et le Nord auraient peut-être pu être sa maison. Brienne aurait peut-être pu être sa maison.

Il avait tort.

Il avait tort, et il le comprit au moment même où il la vit, seule, au milieu du patio avec la carte de Westeros. Elle se tenait à l'endroit précis de Castral Roc.

Une lionne d'or, une lionne Lannister.

Castral Roc, fief des Lannister.

Lannister, les implacables seigneurs des Terres de l'Ouest.

L'Ouest, la richesse, l'opulence, l'or.

L'or, l'or du Soleil, l'or du lion, l'or de ses cheveux.

Et ce fut quand elle fut dans ses bras et qu'il enfouit son visage dans ses cheveux dorés qu'il comprit. C'était là, sa maison. Ça avait toujours été là. L'or avait été sa vie. Il serait sa mort aussi.


Merci d'avoir lu! Prenez le temps de laisser un petit commentaire, c'est toujours un plaisir :)