Ce chapitre a été écrit dans le cadre du défi Facebook ''Sur Votre 31'' :
- Invite : ''Pouvoir''
- Nombre de mots : De 100 à 1000 mots.

Tout l'univers de Game of Thrones appartient à GRR Martin, DB & DW.

Bonne lecture !


Jaime ne pouvait pas décrire le sentiment qui l'habitait alors qu'il se tenait face au tas de cendres encore fumantes qui remplaçait désormais le Grand Septuaire de Baelor.

Comme il ne pouvait pas décrire le sentiment qui l'habitait quand il vit Cersei, hiératique, se diriger vers le Trône de Fer, et monter les marches qui y menaient d'un air résigné.

S'il était quelqu'un d'anodin parmi la foule qui était venu voir le sacrement de la nouvelle souveraine, il penserait que la seule lueur qui habite ses yeux de la même couleur que le feu qui a ravagé le Grand Septuaire est la soif de pouvoir.

Mais il n'est pas quelqu'un d'anodin dans la foule. Et il sait que ce n'est pas la soif de pouvoir qui ravage ses yeux voilés.

C'est l'ombre noire de la tristesse. Du malheur. De la souffrance.

Et c'est quand, pendant un bref instant, l'espace de seulement quelques secondes, il croise son regard, qu'il comprend qu'il est arrivé quelque chose.

Quelque chose qui a un rapport avec Tommen.

Leur dernier petit lionceau.

Sinon, pourquoi Cersei se verrait-elle couronnée ?

Instinctivement, il sait que Baelor, les ruines et la fumée, la douleur dans les yeux de sa moitié et la couronne sur sa tête, leur dernier bébé, tout est lié.


Alors que le soleil était déjà couché depuis longtemps, Jaime entra dans les appartements de Cersei.

Il mit du temps à discerner sa silhouette qui se tenait à la fenêtre, noire contre le ciel noir.

Noir c'est noir. Comme le désespoir.

Elle contemplait la colline de Visenya, qui se fondait dans l'obscurité, debout au même endroit que lorsqu'elle avait contemplé sa vengeance et la mort y éclater, sa couronne abandonnée un peu plus loin.

Quand elle ne savait pas que la bouffée de chaleur qu'elle avait sentit monter en elle, le feu de la victoire et l'air libérateur du pouvoir qu'elle venait de s'approprier définitivement sur les Tyrell et les moineaux, n'allaient bientôt devenir que deuil et malheur.

Cela, elle l'avait su quand Qyburn avait retiré le linceul qui couvrait le corps de Tommen.

Quand elle avait compris que le pouvoir avait tué tout ses petits lionceaux.

Le pouvoir qu'elle avait tant voulu quand elle ne pouvait pas l'avoir, et qu'elle avait quand elle ne le voulait plus.

Car à quoi bon avoir du pouvoir si on ne peut protéger ceux que l'on aime ?

Joffrey était mort parce qu'en étant devenu roi, il avait goûté au pouvoir, cette chose étrange qu'on ne pouvait que vouloir toujours plus au fur et à mesure qu'on en acquérait. Et il s'était fait à l'idée qu'avoir du pouvoir devait être associé à la violence. Cela avait été sa fin.

Myrcella était morte à cause de l'interminable jeu de pouvoir que tous les grands de ce monde se livraient, et qui faisait que certaines des familles les plus importantes se vouaient une haine sans limites, pour des rancunes passées ou de vieilles blessure jamais guéries.

Et maintenant, Tommen.

Tommen était mort à cause d'elle, et d'un pouvoir qu'il n'avait jamais voulu.

Jamais elle n'aurait pensé qu'en faisant exploser le Grand Septuaire de Baelor, Tommen se suiciderait.

Elle aurait dû le savoir. Elle aurait dû se douter que l'amour de Tommen pour Margaery le pousserait à faire une chose pareille en se rendant compte de ce qui s'était passé. Elle aurait dû être avec lui.

Si elle l'avait été, jamais il ne serait mort.

En entendant Jaime entrer, Cersei se rendit compte qu'elle avait échoué tout autant avec lui qu'avec Tommen.

Elle avait tué son fils autant qu'elle avait tué le sien.

Et quand elle sentit la présence de Jaime juste dans son dos et son souffle dans son cou, et que ses yeux s'emplirent de larmes, elle ne put s'empêcher de dire tout haut ce qu'elle pensait tout bas :

''C'est ma faute...''

C'était horrible de dire cela. C'était horrible, parce que le dire ne faisait que le rendre plus réel, plus vrai.

Mais elle le répéta quand même, les larmes aussi salées que la mer coulant doucement sur ses joues et sa voix se brisant comme les vagues se brisent quand elles viennent frapper les rochers.

''C'est ma faute...''

Jaime ne dit rien, se contentant d'enrouler ses bras autour de sa taille et de poser son menton sur son épaule, pour qu'ils puissent être joue contre joue, les larmes roulant sur celle de Cersei humidifiant celle de Jaime.

''Ils disent tous que je suis un monstre... ils ont tous raison...''

A ces mots, Jaime se redressa, et, attrapant Cersei par les épaules, la força à se retourner.

Même dans ce sens, elle baissait la tête, ne voulant pas croiser son regard, se sentant horriblement coupable, un sentiment de vide qu'elle savait d'ores et déjà qu'elle ne pourrait jamais combler.

Infamie.

Infamie.

Infamie.

Jaime lui attrapa le visage avec ses deux mains pour l'obliger à le regarder :

''Cersei, écoute-moi bien... Regarde-moi... Tu n'es pas un monstre... Je t'interdis de le dire. Je t'interdis même de le penser.''

''J'ai tué ton fils. J'ai tué mon fils. J'ai tué notre fils...''

''Non. Non, tu ne l'as pas tué. Ce n'est pas toi qui l'as tué, ma douce. Ce n'est pas toi. Ce n'est pas toi, mon amour.''

''Si, c'est moi... C'est à cause de moi qu'il est mort... C'est de ma faute... J'aurais dû être avec lui... C'est entièrement ma faute...''

Voyant que rien de ce qu'il pourrait dire n'apaiserait son chagrin, Jaime embrassa le front de Cersei, et la serra contre lui, lui permettant de s'accrocher à lui et d'enfouir son visage dans sa poitrine, ses larmes chaudes mouillant le cuir de sa veste.

Dans un sens, il était heureux de voir qu'elle l'aimait toujours assez pour se sentir en sûreté, pour se sentir en sécurité, quand elle se blottissait contre lui, le laissant enrouler ses bras autour d'elle comme si cela aurait pu permettre de l'éloigner et de la protéger de toutes les horreurs du monde. Des affres du pouvoir.


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