Ce chapitre a été écrit dans le cadre du défi Facebook ''Sur Votre 31'' :
- Invite : ''Lune''
- Nombre de mots : De 100 à 1000 mots.

Tout l'univers de Game of Thrones appartient à GRR Martin, DB & DW.

Bonne lecture !


Le sable crissa sous les bottes de Jaime quand il arriva enfin sur la plage plongée dans la pénombre, seulement éclairée par la faible lueur d'argent de la lune qui se reflétait sur les eaux noires de la Baie de la Néra.

Il s'assit à même le sol, puis ferma les yeux.

Comme ça, il pouvait presque prétendre qu'elle était ici, juste à côté de lui, avec lui.

Il pouvait presque percevoir la douce odeur d'huile de lavande, son odeur à elle, dans l'air chargé de poussière, de cendres et d'âmes.

Jaime ne voulait pas croire que Cersei n'était pas là.

Il ne voulait pas croire que Cersei n'était plus là.

Il l'avait vue, pourtant.

Il l'avait vue quand il l'avait enfin trouvée, après avoir couru aux quatre coins du château pendant ce qui lui avait semblé être des heures et des heures, avec une seule idée en tête : la sauver.

Les sauver, elle et leur bébé.

Le monde s'effondrait autour de lui, mais la seule chose qui comptait réellement à ses yeux, c'était que Cersei soit en vie.

Et en vie, elle l'était.

Elle était encore vivante quand il avait enfin réussi à la trouver.

Mais pas pour très longtemps.

Elle tenait contre elle le cadavre sanguinolant d'un nouveau-né, allongée sur les dalles de pierre froide, sa robe cramoisie dissimulant presque qu'elle baignait dans une mare de son propre sang.

Il avait couru plus vite qu'il ne l'avait jamais fait, pour parcourir les quelques mètres qui les séparaient encore.

Elle avait déjà tout d'un cadavre : sa peau diaphane était glacée, comme si tout le sang qui circulait dans ses veines avait fini sur le sol, elle était immobile, n'ayant plus la force de bouger et sa respiration était haletante, laborieuse, et quasiment imperceptible.

Mais, quand il l'avait prise dans ses bras pour la serrer contre lui, dans l'espoir déraisonné qu'il n'était pas trop tard, qu'il pouvait encore la sauver, qu'elle irait mieux, qu'elle guérirait, malgré cette petite voix qui lui disait au plus profond de son être qu'il était déjà trop tard.

Bien sûr que non, il n'était pas trop tard. C'était impossible. Elle ne pouvait pas mourir sans lui.

Nous quitterons ce monde ensemble, comme ensemble nous sommes nés.

Nous avons toujours été ensemble. Nous resterons ensemble pour toujours.

Et, comme un signe de son ultime combat contre la mort, Cersei avait ouvert les yeux, une toute dernière petite flamme brûlant dans ces océans de feu grégeois dans lesquels Jaime aimait tant se perdre, et avait murmuré :

''Jaime…''

En entendant sa voix, aussi basse que si elle était déjà loin, Jaime sentit quelques larmes couler silencieusement sur ses joues, lui qui ne pleurait jamais, lui caressant tendrement les cheveux :

''Oui, ma Cersei, c'est moi… Je suis là, je suis revenu…''

''Ne pars pas… Ne me quitte pas…''

Mais, quand il voulut lui répondre que non, il ne partirait pas, nulle part, pas sans elle, que plus jamais il ne la quitterait, ce fut elle qui le quitta.

Elle lâcha son dernier soupir, bercée contre sa poitrine.

Et Jaime, lui, éclata en sanglots, comme il ne l'avait pas fait depuis qu'il était tout petit, depuis qu'il promettait à Cersei de se marier avec elle, depuis qu'il l'embrassait à l'abri des regards, mais qu'ils ne savaient pas encore que c'était mal.

Il enfouit son visage dans ses cheveux dorés ternis par la poussière, ses cheveux couleur de soleil, le soleil qu'elle avait été pour lui, et le soleil qu'elle aurait pu être pour le monde, si le monde l'avait mérité.

Il pouvait se rappeler de la manière dont elle rayonnait, de la manière dont elle pouvait illuminer la pièce la plus sombre quand elle riait, du rire que lui seul pouvait lui arracher, un rire presque innocent, comme avant, si toutefois ils l'avaient été un jour.

Elle était le soleil de sa vie, et elle seule lui avait permis de tenir, de s'accrocher dans les moments les plus sombres.

Mais, quand Jaime rouvrit les yeux, il était seul, dans les ténèbres, sans Cersei pour l'éclairer, pour le guider, pour le forcer à continuer.

C'était Tyrion qui était venu l'arracher au cadavre de sa jumelle, des larmes dans les yeux pour la sœur qu'il aurait tant voulu aimer, alors qu'il aurait préféré rester avec elle, mourir auprès d'elle, pour pouvoir la rejoindre là où elle était partie trop vite.

Viens, Jaime… On ne peut plus rien pour elle maintenant… Il faut la laisser partir…

Il l'avait de nouveau quittée, alors qu'il aurait absolument voulu la suivre.

Et maintenant, c'était à la lueur argentée de la lune qu'il pleurait la perte du soleil de sa vie, de son soleil.


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