Salut! Voici un petit OS avec Link et Zelda sur fond léger de Cyrano de Bergerac, vous verrez pourquoi.
La licence The Legend of Zelda appartient à Nintendo, je ne possède rien.
Bonne lecture!
Une nouvelle journée se termine au château d'Hyrule. Une de plus et je ne lui ai toujours rien dit. Le ferai-je un jour ? Sûrement que non, je n'en ai pas le droit. Son serviteur, son chevalier, voilà tout ce que je peux être pour elle, tout ce que je suis sensé représenter. Je ne m'en plains pas, loin de là. Qui d'autre pourrait se targuer d'approcher de si près une telle beauté ? Si auparavant j'étais sans doute invisible à ses yeux, noyé au milieu des autres soldats de l'armée royale, ce n'est plus le cas aujourd'hui. Devenu son chevalier servant après que mes exploits et mon talent furent reconnus, je me tiens désormais plus près d'elle que quiconque ne le sera jamais.
J'ai appris à la connaitre autrement qu'à travers ses apparitions publiques, enchâssée dans son rôle de princesse héritière du trône. Si au début notre relation fut compliquée pour des raisons qui m'échappaient encore, le temps avançant nous a permis de mieux nous comprendre, de nous apprendre. A présent, je sais pourquoi son regard était si chargé de tristesse et de colère mêlées quand avant il se posait sur moi. Ombre silencieuse veillant discrètement sur elle, je sais maintenant le poids incommensurable qui repose sur ses frêles épaules.
Notre monarque son père n'est pas tendre avec elle bien qu'il ne manque pas d'affection pour sa fille unique. Mais le retour du Fléau étant imminent nous presse tous et lui en particulier. Si encore notre souverain avait toujours sa chère épouse auprès de lui, nul doute qu'elle saurait le tempérer et guider Zelda dans la quête du pouvoir que possèdent toutes les prêtresses royales en général. Hélas, notre reine bien aimée décéda bien des années plus tôt et bien avant que je n'intègre même la garde d'Hyrule.
Aujourd'hui encore, revenant de la Source du Courage qui n'est pas parvenue à éveiller le pouvoir du sceau, le Roi n'est guère clément envers la princesse, la fustigeant de ne pas suffisamment s'investir. Il lui reproche de passer bien trop de temps sur l'étude des anciennes reliques Sheikah que nous avons exhumées. Je comprends l'inquiétude de notre dirigeant mais déplore qu'il fasse si peu preuve de compassion envers sa fille qui pourtant ne ménage pas ses efforts autant dans ses études scientifiques que dans ses méditations quotidiennes.
Je me souviens de son regard en ressortant des eaux glaciales. Triste, abattu et tourmenté, il était évident qu'elle se reprochait son énième échec tout autant. J'étais impuissant, ne pouvant que lui tendre un linge pour se sécher et se réchauffer. Ma pauvre princesse, si seulement je pouvais soulager sa tristesse… Silencieux pour des raisons qui me sont propres, je fais tout ce que je peux pour l'assister au mieux mais j'ai cette sensation que je pourrais faire plus sans savoir comment. La solution me fut donnée un soir où je ne m'y attendais pas.
Si mon silence repose sur le fait de ne vouloir décevoir personne, et sur ce point nous nous ressemblons énormément sans qu'elle ne le sache, il y a aussi une autre raison. Mon père me le disait déjà lorsque j'étais plus jeune, de bien prendre garde à ne révéler ce secret à personne. Les gens parlent et le confier à quelqu'un reviendrait à répandre malgré moi ce tabou. Alors, pour ne pas risquer d'être interrogé, mieux valait garder le silence en tout temps.
J'ai fait cette découverte alors que j'avais aux alentours de dix ans. Un soir, je m'étais sauvé de chez moi car mon père était furieux que je ne réussisse pas à réaliser une passe d'arme qu'il tentait depuis plusieurs semaines de m'enseigner. Si tous les autres soldats croient que j'ai toujours été doué à manier une épée cela n'est pas tout à fait vrai. C'est à force d'un entrainement acharné que je suis si habile aux armes.
Quittant les quartiers où nous résidions je m'aventurais dans la forêt non loin de là jusqu'à me perdre car dans la nuit le sentier se confondait avec les fourrés. J'étais perdu, je commençais à avoir froid lorsque soudain des monstres squelettiques apparurent de nulle part. Des Stals, ces êtres infâmes ne sortant qu'à la faveur de l'obscurité lorsque le soleil ne réside plus dans les cieux. A l'époque j'ignorais qu'il ne s'agissait que de faibles créatures et surtout, je n'étais pas armé.
Pourtant, mon premier réflexe ne fut pas de fuir car j'imaginais la honte que ce serait de raconter à mon père que je m'étais enfui au lieu d'affronter le danger. Ce fut une erreur fatale puisque les monstres m'encerclèrent sans la moindre pitié bien que je fusse un enfant, et abattirent sur moi leurs armes archaïques faites de branches de bois grossières. Me préparant à encaisser l'attaque que je savais inévitable, une sombre aura m'auréola soudainement tandis que je poussais un hurlement déchirant la nuit.
Je n'ai pas plus de souvenirs, c'est mon père qui me raconta que s'apercevant de ma disparition il se lança à ma recherche. Lorsqu'il me retrouva, au milieu d'un tas d'os remuants de Stals que j'avais vaincus, ce ne fut pas un jeune garçonnet qu'il vit mais un loup noir et blanc aux yeux céruléens et aux crocs découverts. Heureusement, malgré ma transformation inattendue, je fus capable sous cette forme de le reconnaitre quand même. Mais cette métamorphose était apparemment très fatigante puisque je perdis connaissance après cela, retrouvant par la même forme humaine.
Père me dit de ne jamais en parler à quiconque de peur que je sois associé aux terribles monstres qui étaient crains par tous dans le Royaume d'Hyrule. A la suite de ces événements, nous n'en avons plus jamais reparlé. Je me contentais, lors de certaines nuits où l'appel de la bête qui vit en moi se faisait trop fort, de m'éclipser pour passer la soirée à courir dans les bois les plus reculés. Personne, jamais, ne découvrit ni ne devait découvrir cet obscur secret. Lors de recherches que je menais discrètement sur mon temps libre, je lus un jour qu'un Héros de l'ancien temps pouvait lui aussi revêtir cette forme lupine, celle de la Bête aux yeux azurs. Bénédiction ou malédiction, je choisis de taire même au monarque d'Hyrule cette information.
Hormis mon père, nulle autre personne ne me vit sous cette apparence. Sauf une seule exception : la princesse Zelda. C'était un soir où nous campions dans la plaine alors que nous devions nous rendre au village Piaf pour une visite officielle. A ce moment-là mes rapports avec la future souveraine n'étaient pas encore très bons, voir même plutôt tendus. Elle somnolait près du feu lorsque le loup manifesta son envie de sortir. Que faire ? Je ne pouvais risquer qu'elle ne me voie ni même de la laisser seule. J'étais déchiré car la bête voulait sortir et si je l'en empêchais, car j'avais déjà essayé, je savais que la prochaine transformation serait douloureuse bien que je ne sache pourquoi.
Me souvenant que nous avions croisé un bois en venant, je quittais silencieusement la blonde endormie pour m'y rendre et m'y changer. Bien que le loup prenne ma place, je demeurais conscient en revêtant sa fourrure sombre et rayée de blanc. Soucieux, je revins alors sans un bruit près de notre campement pour vérifier que la princesse se portait bien. Elle dormait encore et je veillais sur elle, gardien animal perçant les ténèbres nous entourant jusqu'à repérer ces fameux cavaliers Stals chevauchant leurs Staldestriers pour sillonner la plaine. Lâchant un grognement qui réveilla en sursaut Zelda, je me précipitais sur eux pour les intercepter avant qu'ils n'atteignent notre campement.
Mais pour un premier combat sous forme canine, ce ne fut pas une franche réussite. Apprivoiser ce nouveau corps, qui jusqu'à cet instant ne m'avait servi que pour courir et peut-être vaguement chasser quelque gibier forestier, n'était pas inné et me battre avec était une toute autre histoire. Je triomphais pourtant de ces monstres aux yeux rouge brillant avant de m'effondrer sur le flanc, épuisé et blessé aux côtes. Je sentis alors quelqu'un approcher et dans un réflexe purement animal je grognais un avertissement.
—Chut… Ne t'inquiète pas, je ne te ferais aucun mal.
C'était la princesse qui depuis le campement avait dû assister à toute la scène. Elle portait alors sur moi un regard qu'elle n'avait jamais eu lorsque c'était sous forme humaine que je me tenais à ses côtés. De même, sa voix n'avait été plus douce qu'alors que j'arborais les traits du loup. Elle s'approcha un peu plus et, hypnotisé par ses yeux émeraudes qui ne me quittaient plus, je la laissais faire. Elle me soigna grâce à des cataplasmes de plantes trouvées dans la plaine et je repartis ensuite pour m'enfoncer dans la nuit sous ses iris brillantes qui suivirent mon chemin jusqu'à ce que je disparaisse.
—Tu es en retard ! Que faisais-tu ? Revali sera mécontent si nous n'arrivons pas à l'heure prévue au village Piaf.
Voilà toutes les paroles que je reçu lorsque le lendemain je la rejoignis après avoir pris soin de masquer sous ma tunique ma blessure de la veille. Elle ne parla pas de ce qui s'était passé avec le loup, pas plus qu'elle ne m'interrogea sur mon absence nocturne. Avait-elle compris que la Bête aux yeux azurs et moi-même ne faisions qu'un ? Je ne le sus jamais car je n'osais pas la questionner non plus.
Quoiqu'il en soit, après cet épisode, étrangement, nos rapports s'apaisèrent et je profitais de cette forme lupine qu'elle connaissait sans savoir que c'était moi pour lui rendre visite quelques fois. La nuit bien souvent elle restait à son balcon, rêvant en regardant le ciel sombre en étant remplie de tristesse et de mélancolie. Je l'observais alors depuis les buissons au bas de sa tour et décidais de chanter dans la nuit pour elle. Doucement, j'hurlais à l'astre sélénite brillant nous éclairant dans le firmament nocturne et attirait son attention, la détournant de ses tourments. Même si ce n'était que passager j'étais heureux qu'elle sourit un peu et que cela lui fasse penser à autre chose.
Après cette nuit-là, c'est elle qui me retrouva dans la petite forêt bordant le château d'Hyrule car c'était plus prudent pour moi. Il ne fallait pas que je sois découvert au risque d'être agressé et chassé par les gardes royaux.
—Chante pour moi mon ami, ta voix est si belle quand elle résonne dans la nuit.
Et soir après soir je lui offrais donc cette mélopée qu'elle aimait tant. Moi qui ne parlais jamais lorsque j'étais Link, quand j'étais le loup ma voix résonnait bien plus dans la fraicheur de la forêt. Et, je l'avoue humblement, ces moments que je volais auprès de la princesse sans qu'elle ne me reconnaisse emplissaient mon cœur d'une douce chaleur que je ne me permettais que lors de ces fugaces instants.
Ce soir, je sais que Zelda sera particulièrement touchée, son père ne l'a pas épargnée. Bientôt nous nous rendrons à la dernière Source que nous n'avons pas encore visitée, celle de la montagne de Lanelle, celle de la Sagesse. Si elle échoue encore à réveiller son pouvoir, je n'ose imaginer ce qu'il adviendra. Le Fléau se renforce de jours en jours, sa résurrection approche, nous le sentons tous. Même le loup, que j'arbore sa fourrure ou non, est tendu depuis quelques temps.
À pas silencieux, j'arrive aux abords des bois abritant habituellement nos rendez-vous secrets. Elle est déjà là, un feu éclairant son visage alors qu'elle semble perdue dans ses pensées. J'approche derrière elle jusqu'à ce que ma truffe sûrement froide se colle dans sa nuque. Je sais à quel point elle déteste que je fasse cela bien que ce geste ne manque pas de déclencher ses rires et ses reproches mêlés.
—Oh ! C'est toi. Cela t'amuse de me faire ce coup à chaque fois n'est-ce pas ?
Je lui réponds en un sourire typiquement lupin, la langue tirée pendant sur le côté. Elle me sourit aussi et m'invite d'un mouvement du poignet à venir prêt des flammes qui repoussent la froidure et les ténèbres. Finalement, hormis lorsque je chante pour elle, je suis tout autant muet qu'en temps normal. Ce qui diffère en revanche c'est qu'elle se confie bien plus à moi.
—Père m'a encore sermonné aujourd'hui… Je voudrais tellement pouvoir lui faire comprendre, qu'il voit que je ne ménage pas mes efforts bien que cela demeure vain pour le moment. Je suis si fatiguée de tout ceci…
Ses traits sont de nouveaux froissés, le chagrin les envahissant comme chaque soir qu'elle se laisse un peu aller devant mon homologue à fourrure. Je voudrais tellement être en mesure de l'aider mais je suis impuissant, même sous cette forme. Couinant légèrement, j'approche ma tête pour la frotter à son épaule. Elle sent si bon, son parfum me fait bien plus tourner la tête que lorsque je suis humain. Une odeur fleurie et sucrée, délicate comme elle l'est. Levant une main, elle me caresse doucement.
—Veux-tu encore chanter ce soir ? La lune est pleine, elle et moi saurons parfaitement jouer les publics pour t'écouter.
Me relevant, je plonge dans ses deux émeraudes quelques secondes car j'ai cru y voir briller une lueur inconnue jusque maintenant. J'ai dû rêver car elle ne fait que me sourire comme à chaque fois dans l'attente de ma voix. Tournant ensuite la gueule vers le ciel, j'inspire fort et relâche mon souffle accompagné de note hautes et claires. Je veux lui offrir un récital, mon plus beau chant pour lui remonter le moral. Alors je hurle de tout mon cœur, tendant vers elle mon âme. Je veux la toucher, la détourner de toutes ces pensées qui l'accablent. Que ce langage, cette mélodie, lui exprime ce que je pense et ressent quand je reste pourtant muet.
Mon ode achevée, je pose à nouveau les yeux sur elle pour voir quelques larmes s'échapper et rouler sur ses joues. Elle est bouleversée mais pas comme tout à l'heure quand elle me racontait ses malheurs. Cette fois c'est elle qui s'approche de moi. Assis, je suis un peu plus grand qu'elle quand elle m'entoure de ses bras au niveau de l'encolure. Elle me murmure alors quelques mots, pas grand-chose, mais cela me chavire tellement.
—Merci…Link.
Ainsi elle savait la vérité, que le loup qui lui souffle ces harmonies musicales et moi sommes en fin de compte la même personne…
