La fête battait son plein, tout le monde riait. Mais Martine, elle, n'avait pas le cœur à la fête, trop occupée à éviter le regard de Rico en face.
⁃Je vais chercher de quoi remplir nos verres! Dit-elle joyeusement.
⁃Vas-y et prends des chips s'te plaît! Répondit Julie.
⁃Oui et la bouteille de coca pour Simon il arrive pas à boire son whisky... dit Claire en le regardant rougir, amusée.
Elle se leva et se dirigea vers la cuisine. Un moment après, Rico se leva également.
⁃Je vais pisser, dit-il.
⁃Élégant ça Rico! Rigola Julie, suivie de Claire.
Il ne répondit pas, déjà parti. Il rejoignit Martine à la cuisine après avoir vérifié que les autres étaient bien occupés au salon. Lorsqu'elle le vit, elle se figea. C'était toujours pareil, toujours aussi intense. Elle n'arrivait pas à la regarder dans les yeux. Pas après ce qu'il s'était passé la semaine dernière. ~~~
~~~ « - Tu crois vraiment que Sebastien va aimer ce... truc rouge? Demandait Claire à ses amies.
⁃Mais oui! Et puis tu ressembles à un petit coquelicot! Disait Julie en riant.
⁃Fané alors... répondait Claire, dépitée.
Elle regardait Martine qui lui avait prêté une robe trop courte. Les trois amies partirent d'un fou rire pendant de longues minutes, ce qui les détendirent un peu. En effet, c'était la première fois qu'elle allaient en boîte de nuit, et même si pas mal d'amis de la classe les accompagnaient, c'était une première.
⁃Je viens vous souhaiter une bonne soirée, les filles, dit la mère de Martine en passant sa tête dans l'entre bâillement de la porte.
⁃Merci maman, on sera prudentes, ne t'en fais pas.
⁃Je sais ma chérie, je te fais confiance. Allez, je retourne travailler.
⁃À demain Maman, dit Martine en l'embrassant.
Une fois sa mère partie, Martine prit ses affaires, se regarda une dernière fois dans la glace, et les filles partirent rejoindre les autres devant la salle.
⁃Salut les filles! Lança Sebastien en les voyant arriver.
⁃Coucou Sebastien, dit claire en rougissant.
⁃Wow tu es très belle! Dit-il en regardant la robe de Claire.
Elle regarda Julie et Martine avec des yeux plein d'étoiles.
⁃Où sont Jeremy, Rico et Simon? Demanda Martine
⁃Dedans, ils sont au bar. J'étais venu vous attendre puisque Claire m'avait dit que vous arrivez.
Il regarda Claire tendrement et elle lui rendit son sourire.
⁃Bon on y va là? S'impatienta Julie
Martine pouffa et ils entrèrent dans la boîte. Il faisait très sombre et la musique couvrait les voix, si bien qu'il fallut suivre Sebastien qui faisait tant bien que mal des signes pour ne pas se perdre dans la masse de personnes qui dansaient. Ils arrivèrent enfin au bar, et Simon courut et serra Martine dans ses bras. Elle lui rendit son étreinte bien qu'avec un peu moins de conviction, et lui demanda à l'oreille le plus fort possible si ça allait. Une fois qu'ils eurent un peu discuté (majoritairement par signes et sourires de Simon), Rico demanda à tout le monde ce qu'ils voulaient boire à l'oreille. Une fois à la hauteur de Martine, il eut un mouvement d'hésitation, puis se pencha vers elle. Elle se raidit, sentit son parfum, si proche d'elle. Son cœur cognait très fort dans sa poitrine. Elle le voyait s'approcher d'elle doucement, comme si le temps s'étirait. Heureusement qu'il faisait noir, sinon tout le monde aurait remarqué ses joues écarlates.
⁃Tu veux boire quoi? A-t-il demandé
⁃Euh... bah... n'importe, a-t-elle mimé en haussant les épaules.
Il mima un ok avec ses doigts et repartit au bar commander. Simon la prit par la main pour l'emmener danser. Alors qu'elle se tenait contre lui, elle jeta un coup d'œil à rico, déjà occupé à flirter avec deux jolies filles au bar. Quel dom Juan, pensait-elle. Malgré ses tentatives de penser que c'était l'amusement de voir Rico si bien occupé, elle ressentait comme une pointe dans son cœur. Quelque chose qui la poussait à détester ces deux filles trop jolies et trop proches de lui. Elle repoussa ce sentiment au fond, bien au fond de sa tête et se concentra sur Simon, toujours aussi émerveillé de danser avec elle. Lui était gentil, attentionné, toujours là. Après quelques danses, elle retourna au bar pour se désaltérer.
⁃Alors avec Simon ça a l'air de bien se passer? Lui cria Julie dans l'oreille.
⁃Bah oui ça va, lui sourit Martine en retour.
Elle regarda autour mais ne vit que Jeremy qui buvait dans son coin.
⁃Ils sont où les autres? Demanda-t-elle à Julie.
⁃Sebastien danse avec Claire! Lui montra Julie
Ils se tenaient la main et l'un contre l'autre, se regardaient amoureusement en dansant.
⁃Trop mignon! S'exclama Martine en souriant.
⁃Oui ils sont trop chou! Répondit Julie en joignant ses mains.
Martine n'osait pas demander à Julie où était rico, alors elle scruta tant bien que mal la foule déchaînée au rythme de la musique. Elle se demandait bien où il était passé, quand elle l'aperçut soudain. Il dansait serré contre une des deux filles du bar. Il avait posé une main sur le bas de son dos et l'autre sur sa nuque. Leur visages n'étaient qu'à quelques centimètres et leurs corps n'en formaient plus qu'un. Martine eut beau mettre toutes les barrières du monde devant ses yeux, ce spectacle la mettait en pièces. Oh comme elle aurait voulu pouvoir arracher cette peste des bras de rico... Mais c'était impossible et elle était là, impuissante et réduite à souffrir en le regardant s'amuser avec une autre. Lorsqu'elle vit leurs lèvres se rapprocher de plus en plus, elle ne put le supporter, c'était trop. Elle ne savait pas si c'était l'alcool, qui commençait à lui faire sérieusement tourner la tête, ou autre chose, mais elle marcha vers eux d'un pas décidé. Elle tapota sur l'épaule de la fille, mais elle ne lui prêta pas attention. Elle tira alors sur la manche de rico. Il tourna la tête et sourit. Elle lui fit signe de se baisser et lui dit à l'oreille :
⁃On peut danser deux minutes ? Je voudrais juste te dire un truc
Il la regarda un moment, intrigué, et fit signe à la fille de partir. Elle pesta contre Martine et fit un bisou à rico avant de partir en se déhanchant. Martine se plaça devant Rico, attendant la suite. Il tendit la main, hésitant, et saisit sa taille. Elle enlaça son cou et ils commencèrent à danser. Ce simple contact suffit à la replonger dans un état tellement intense qu'elle sentait ses jambes faiblir. Lorsque la musique changea pour quelque chose de plus romantique, elle le serra plus fort et espéra qu'il ne sentirait pas son cœur battant à la chamade. Lorsque ses mains se placèrent doucement dans son dos, ce fut trop d'émotion pour elle. Elle sentit ses jambes la lâcher et flancha. Sa tête tournait à cause des verres.
⁃Ça va? Cria-t-il.
⁃Je.. je me sens bizarre
Il la souleva et la porta jusqu'aux toilettes. Une fois au calme, il la déposa sur le sol et mouilla un mouchoir. Il tamponnait son visage avec et la maintenait assise.
⁃Ça va mieux Tartine? Demanda-t-il après un moment.
⁃Oui... désolée j'ai du un peu trop boire.
⁃C'est pas grave mais tu tiens vraiment rien, se moqua-t-il.
⁃Oui ben excuse moi de ne pas être aussi cool que les filles du bar... répondit-elle, contrariée.
Il ricana et se leva. D'un coup, son expression changea.
⁃Je vais chercher Saumon pour qu'il te fasse du bouche à bouche, lui dit-il sèchement.
⁃Non rico!! J'ai pas envie qu'il s'inquiète... répondit-elle paniquée.
⁃Pourquoi? C'est son rôle non?
⁃Peut-être... mais je ne veux pas.
⁃Pourtant ça avait pas l'air de te déranger tout à l'heure sur la piste... belle démonstration.
Martine baissa les yeux et ne dit rien. Comment pouvait-il comprendre ce qu'elle ressentait alors qu'elle voulait à tout prix l'éloigner? Il s'assit à côté d'elle en soupirant.
⁃Tu te sens mieux? Demanda-t-il.
⁃Oui c'est bon, répondit-elle, on peut y retourner.
Elle tourna la tête vers lui pour lui sourire. Mais au moment où il la regarda aussi, impossible pour elle de se lever et repartir dans cette salle où il était loin, bien trop loin d'elle. Ses yeux verts la transperçaient et elle ne pouvait plus bouger. Son regard dériva vers sa bouche, cette bouche interdite qu'elle aurait tant voulu embrasser... Non, c'est impossible et pourtant... Sa main se leva timidement et frôla son épaule, puis son cou et enfin sa joue. Elle fut soudain remplie de frissons, et vit le visage de rico près, très près du sien. Elle sentait son souffle sur sa bouche. Il aurait fallu lutter, partir et oublier cette faiblesse qui commençait à avoir raison d'elle. Elle sentait toutes les barrières qu'elle avait érigées s'effondrer les unes après les autres. Rico posa son autre main sur son dos, et s'approcha encore.
⁃C'est une mauvaise idée, souffla-t-elle.
⁃Peu importe, répondit-iI avant de franchir la dernière limite.
Martine ferma les yeux pour oublier tout autour d'eux. Son cœur éclatait dans sa poitrine et une explosion de sentiments naissait en elle. Le temps semblait infini et une bulle se créer autour d'eux. La passion les dévorait, et l'intensité de cet instant les déchirait. Martine ne pouvait plus revenir en arrière et laissa complètement son cœur la guider. Elle passa sa main dans les cheveux de Rico et se serrait contre lui comme pour ne plus jamais le lâcher. Soudain la porte des toilettes s'ouvrit et Martine eut juste le temps de se jeter derrière Rico.
⁃Tu fais quoi bébé? On t'attend depuis une demi heure au baaaar!!
C'était la fille avec laquelle rico dansait, pensa Martine. La fille aperçut une ombre derrière Rico, qui était ébouriffé, essoufflé et surtout très suspect.
⁃J'arrive j'arrive deux minutes! J'ai pas le droit de pisser? Râla Rico.
⁃Oooo mais tu étais en train de... rigola-t-elle en tentant de voir derrière lui.
⁃Mais non pas du tout! Répondit-il vivement en lui prenant la main. Allez viens je n'en ai pas fini avec toi ma jolie!
Ils repartirent rapidement vers la salle, sans un regard en arrière.
Martine restait là, ahurie, sur le sol. Mais que venait-il de se passer... quelle folie les avait emportés? Elle se leva et se regarda dans le miroir, complètement déboussolée. Elle était rouge et décoiffée. Elle toucha sa joue, où il avait posé sa main... ses lèvres, qu'il avait embrassé avec tant de passion... Elle entendit soudain la voix de Simon qui l'appelait, puis les autres à tour de rôle et redescendit sur terre. Non, tout cela était une erreur. Il fallait oublier ça et vite, il ne s'était rien passé. Rien rien rien rien, se répétait-elle. Elle tenta de remettre de l'ordre dans ses cheveux et s'arrosa le visage, pour effacer les traces du crime. Elle prit une grande inspiration, comme si ça pouvait tout contenir et faire oublier ce moment d'égarement, perdu là au milieu de nulle part. Il ne signifiait rien. Elle cacha ses sentiments au fond de son âme et refoula ses larmes, marcha jusqu'à la porte et tenta de laisser dans cette pièce ce qui ne devait plus jamais se reproduire.
~~~ « - Alors tu... tu sors avec cette fille là, Maëlle? Demanda maladroitement Martine après avoir laissé plané un long silence.
⁃C'est Naelle, mais oui en quelque sorte, répondit Rico tout aussi embarrassé.
La jeune fille sentit son cœur se briser dans sa poitrine. Elle ignorait encore pourquoi elle avait posé cette question dont la réponse allait forcément la faire souffrir. Elle essayait en fait de se détacher de ses propres sentiments qui ne pouvaient avoir libre court sans causer de dommages.
⁃Ah... bah... super, souffla-t-elle, feintant un sourire pourtant bien fade.
Ce que Rico ne loupa pas.
⁃Hé je te signale que je fais ce que je veux, pas la peine de t'imaginer des trucs par rapport à la semaine dernière Tartine! Dit-il sèchement.
⁃Je sais je ne m'imagine rien Rico, et à propos... J'aimerai qu'on n'en reparle jamais plus... je ne sais pas ce qui m'a pris... je... j'avais trop bu je crois... balbutia Martine en rougissant.
Rico fronça les sourcils.
⁃Je ne suis pas à ta disposition quand tu as besoin d'embrasser quelqu'un. Il y a Saumon pour ça.
⁃Ce... ça n'a rien à voir! Je voulais juste... enfin c'est..
⁃Tu verras, tu finiras par sortir avec. Vous êtes faits l'un pour l'autre. Ça crève les yeux.
Martine baissa les yeux, ne sachant pas que dire. De cette manière, peut-être arriverait-elle à éloigner Rico suffisamment pour ne plus avoir envie de ses bras à chaque instant...?
Il attendit quelques secondes puis son regard se fit sévère sur sa jeune amie. Il serra la mâchoire et sortit de la cuisine en laissant Martine qui sentait les larmes monter. Lorsqu'elle fut seule, elle laissa son libre court à son chagrin et pleura un bon moment sur fond des cris joyeux de ses amis.
Après de longues minutes assise sur le carrelage, elle se sentit mieux et se servit un grand verre d'eau fraîche avant de saisir une bouteille de whisky et un paquet de chips. Elle retourna au salon, où l'attendaient les autres, trop embrouillés par l'alcool pour remarquer ses yeux rouges.
« - Baaaaaaaah alors t'étais où? Demanda Julie en manquant de trébucher sur le pied de Claire.
⁃Aaaaaaaiiiieeeeeuuu! Protesta cette dernière.
⁃Désoléééée!
Elles partirent d'un éclat de rire en tombant dans les bras l'une de l'autre. Martine sourit faiblement en voyant ses amies si joyeuses. Simon se précipita vers elle.
⁃Ça va Martine? Demanda-t-il?
On entendait à sa voix que lui aussi n'était plus très sobre.
⁃Oui ça va Simon, merci.
⁃Au fait je voulais te dire quelque chose c'est super super super important!
⁃Ah bon? Euh eh bien je t'écoute.
Simon saisit Martine par les épaules. Il piqua un fard, tremblait mais se lança.
⁃Je... depuis toujours, depuis que je t'ai vue, j'ai su que tu étais la fille idéale pour... euh pour moi, celle avec qui je voudrais me coucher le soir, et... bah euh aussi me lever le matin... celle avec qui je... je voudrais construire... euh plein de choses. Je voulais te dire que je... je...
Il s'interrompit en voyant que Julie avait coupé la musique et en avait mis une autre très romantique. Tout le monde avait cessé de parler et l'écoutait à présent. Il déglutit avec peine et continua faiblement.
⁃Je... t'aime... euh très fort Martine...
Martine regarda Simon, qui venait de lui avouer ce qu'il ressentait depuis toujours. En réalité, elle le savait mais leur amitié fonctionnant jusqu'à maintenant, elle avait fait comme si elle ne s'en doutait pas. Avant de donner réponse à Simon, elle jeta un dernier regard à celui qu'elle cherchait à tout prix à oublier. Rico lui fit un large sourire moqueur comme pour dire « je te l'avais dit ». Elle ne vit que ça, et dans sa déception, détourna les yeux. Elle les planta dans ceux de Simon, lui sourit et attrapa ses mains moites de stress. Son regard s'illumina et il serra ses mains tendrement. Il pencha doucement sa tête vers celle de la jeune fille. Elle hésita une dernière fois, puis dans un élan désespéré elle joint sa bouche à la sienne, dans un baiser au goût amer. Elle ne ressentait rien, sauf l'étrange de la situation qu'était d'embrasser son meilleur ami. Elle pensait à toutes ces choses qui s'étaient produites la semaine dernière et qui n'avaient pas lieu maintenant. Elle pensait si bien qu'elle ne vit pas Rico serrer les poings si fort qu'il fut obliger de sortir en trombe pour laisser exploser sa colère dans le jardin.
Un peu plus tard, ce fut l'heure d'aller se coucher, et alors que Claire et Sebastien allaient dans une des chambres en se tenant main, Martine suivit Julie vers le canapé. Une main vint saisir la sienne. Trop doucement, trop Simon à son goût.
⁃Euh... Martine... je me demandais... tu ne voudrais pas dormir avec moi du coup? Demanda timidement Simon.
⁃Si bien sûr, répondit-elle machinalement.
Il se fendit d'un énorme sourire et l'entraîna délicatement vers la deuxième chambre du haut. Elle le suivit sans conviction, la tête au bord de l'explosion. Une fois devant le lit, ils se dévêtirent sans échanger un mot. Ils se glissèrent dans les draps, et Simon leva un bas et toucha maladroitement l'épaule de Martine. Elle ferma les yeux. Pouvait-elle vraiment aller jusqu'au bout? Comment faire lorsque que c'était de l'amitié, de la pure affection fraternelle qu'elle ressentait pour lui? Lorsqu'il se rapprocha et qu'elle le sentit presque collé à elle, elle sut que c'était définitivement au dessus de ses forces.
⁃Excuse-moi Simon, mais je suis un peu fatiguée. Passe une bonne nuit.
⁃Ah euh... oui oui pas de problème. Bonne nuit Martine, dors bien et euh... fais de beaux rêves... balbutia-t-il, déconcerté, avant de se tourner et de s'endormir de son côté.
Martine, elle, ne parvienait bien évidemment pas à trouver le sommeil. Elle savait qu'elle avait écouté sa raison, mais son cœur s'était éteint, à l'opposé total de sa volonté. Elle laissa couler quelques larmes de résignation, en tentant d'oublier le rêve secret qu'elle s'était forgé après les événements de la semaine passée. Tout était parti en poussière, parce que même impossible, son amour était loin, très loin d'être partagé. Dans un sens ça me facilite la tâche, pensait-elle. Elle ferma les yeux et tenta de trouver le sommeil, mais elle tournait et retournait sur le matelas. Au bout d'une heure, elle décida d'aller chercher un verre d'eau pour marcher un peu. Elle se rhabilla en vitesse et descendit à la cuisine et écoutant les sons provenant de la maison. Tout était calme. Tout le monde doit dormir, se dit-elle. Elle remplit un grand verre d'eau et se dirigea vers la porte fenêtre. Elle observa un moment le jardin et décida d'aller se rafraîchir en s'asseyant dans l'herbe pour observer les étoiles. Elle ouvrit la fenêtre et frissonna en sentant le vent léger sur ses cuisses. Elle marcha jusqu'à la piscine, et vit qu'il y avait quelqu'un assis au bord. Elle crut que c'était Simon.
⁃Je t'ai réveillé en me levant? Excuse-moi, je voulais juste aller boire.
Elle s'assit à côté de lui.
⁃Tu sais, je ne sais pas si on a bien fait de sortir ensemble, lui dit-elle d'un coup. Pour moi tu es comme un frère et je ne veux pas gâcher tout ça. En plus, j'ai quelque chose à t'avouer. Je suis vraiment désolée si ça te fait de la peine, mais j'ai embrassé un garçon la semaine dernière et je crois que mes sentiments amicaux pour toi sont la conséquence malheureuse de ceux que j'essaie de cacher pour ne pas te blesser, parce que je sais que tu...
Elle s'interrompit en jetant un œil vers le garçon assis à côté d'elle. Ce n'était pas pas Simon.
Il tourna la tête vers elle, et Martine vit Rico qui lui dédiait un regard plus brillant que les étoiles au dessus d'eux.
Elle retint sa respiration et mis une main devant sa bouche de surprise.
⁃Rico???!!! Ah euh pardon je croyais que tu... que c'était...
⁃J'ai compris.
Il dirigea sa main vers la sienne et la saisit fermement. Elle regarda son geste, ahurie.
⁃Mais.. mais... qu'est-ce que tu fais? Demanda-t-elle, inquiète.
⁃Ce que j'aurais du faire depuis longtemps avant qu'un nul comme Saumon soit plus courageux que moi.
⁃Mais... attends... de quoi tu parles?!
Elle retira brusquement sa main et se leva, furieuse.
⁃Ce n'est pas parce que Simon a quelque chose que tu n'as pas que tu dois prouver je ne sais pas quoi en lui volant! Je ne suis pas un objet ou un trophée!
Il se leva à son tour, la colère le gagnant à son tour.
⁃Tu dis n'importe quoi! Tu ne peux pas savoir ce que ça me fait quand toi et Simon vous... il baissa les yeux, abattu. J'ai l'impression de rater ma vie et de passer à côté de ce à quoi je tiens, l'unique chose qui m'importe. J'ai un don pour tout foirer.
Elle le regardait sans comprendre. Que cherchait-il?
⁃Si tu veux savoir, avec Simon il ne s'est rien passé, Rico.
Il releva la tête, la sonda du regard, perplexe. Il croisa les bras sur sa poitrine.
⁃Me prends pas pour un con, Tartine. Une fille comme toi, ça ne peut pas laisser indifférent, et surtout pas ce mec qui te bave dessus depuis qu'il a appris à dire ton prénom.
⁃Je... Peut-être mais il faut être deux pour ça.
⁃Pourquoi, toi tu n'as pas voulu?
⁃Oui, parce que... j'étais fatiguée.
Rico la regarda en écarquillant les yeux et éclata de rire.
⁃Bah quoi?
⁃C'est tout pourri comme excuse!
⁃Oh oui bah hein! Ça te regarde pas déjà!
Il reprit soudain son sérieux.
⁃J'ai compris, au fait. Je te fais marcher. C'est grâce à ce mec, si cool que tu as embrassé la semaine dernière.
⁃Euh...
⁃C'est bon, je m'en fous si tu sors avec un autre gars. Je répéterai rien à Saumon.
⁃Mais Rico, rit nerveusement Martine, je n'ai embrassé que deux garçons dans ma petite vie.
⁃Ça craint, dit rico machinalement, en faisant quelque pas sans réfléchir au sens de la phrase de la jeune fille.
Lorsqu'il réalisa soudain, il se retourna vers elle, pas certain de ce que ça signifiait.
⁃Oui c'est à cause de toi si je n'aime pas Simon comme il le voudrait, Rico.
⁃Alors tu... ressens quelque chose pour moi?
⁃Disons que je ressens quelque chose de différent pour toi, qui n'existe pas pour lui, dit martine en rougissant.
Rico la regardait sans y croire.
⁃Mais bon, se défendit-elle, toi tu es avec Naelle, alors j'imagine que ça ne sert à rien.
⁃Oui enfin je m'en fous pas mal de cette fille.
⁃Alors pourquoi tu sors avec?
⁃Je sais pas, j'imagine que je voulais combler un truc en moi. Mais c'est idiot parce que c'est comme un puzzle, tu peux pas mettre les pièces comme tu veux sinon ça ne marche pas. Il faut chercher la bonne.
⁃Oui c'est sûr, sinon le puzzle serait fini trop vite et ce ne serait plus drôle.
Il regarda Martine qui était là, en train de lui dire ce qu'il n'aurait jamais cru possible. Il se rapprocha près, tout près d'elle. Leurs visage n'étaient qu'à quelques centimètre à nouveau. Elle approcha ses mains de son visage. Il saisit ses poignets.
⁃Tu sais, Martine, je crois que c'est pas une bonne idée du tout.
⁃Tiens tu m'appelles plus Tartine? Souffla-t-elle, tentant d'échapper à son emprise.
⁃Écoute moi, ma petite. Même si on ressent des trucs pour l'autre, il va falloir que ça s'arrête.
⁃Je sais, chuchota Martine.
⁃Donc, conclut Rico, c'est la dernière fois que je te touche autrement que pour te faire la bise.
Il relâcha sa poigne et s'écarta d'elle, rassemblant toute la volonté du monde pour ne pas s'autoriser le moindre geste tendre. Martine ressentit un froid glacial envahir tout son corps et se rendit compte que son puzzle à elle perdait ses pièces par milliers. Il lui tourna le dos et lui lança une phrase à contrecœur.
⁃Tu devrais rester avec Simon, il prendra soin de toi. Je me ferai violence et puis c'est tout.
Il commença à revenir vers la maison d'un pas lourd, quand il sentit une main lui saisir la manche de sa chemise. Il soupira et tenta de se dégager.
⁃Arrête Martine, lui dit-il, c'est déjà assez dur comme ça.
⁃Je sais mais Rico...
⁃On serait vraiment malheureux ensemble, et pas que nous.
⁃Je serai malheureuse avec ou sans toi!
⁃Stop, sinon...
Soudain une chauve-souris vola un peu trop près de leurs têtes et Martine cria de surprise. Elle lâcha la manche de Rico, fit quelques pas en arrière en se couvrant la tête et arriva au bord de la piscine.
⁃Attention Martine ne recule plus! Il y a la...
Elle n'eut pas le temps de comprendre et bascula en arrière dans le bassin éclairé. Rico plongea immédiatement à son secours et la ramena à la surface en quelques brasses. Une fois qu'elle eut toussé et craché un peu d'eau, elle regarda Rico d'un air dépité.
⁃La honte...
Ils éclatèrent de rire et d'un geste commun se prirent dans les bras dans une sincère étreinte d'affection. Martine serrait Rico si fort dans ses bras, comme si chaque endroit de son corps devait être le plus proche possible du sien. Lui plongeait la tête dans son cou et sentait la douceur de sa peau, qu'il rêvait de pouvoir caresser. Ils restèrent longtemps blottis l'un contre l'autre, comme si la lumière bleutée de la piscine formait un nuage, où ils étaient libre d'être juste ensemble, comme leur cœur le leur demandait sans relâche.
Après un moment Rico chuchota à l'oreille de Martine.
⁃On devrait quand même y aller non? Si on chope la crève ça serait sacrément con.
⁃Euh oui tu as raison, réalisa-t-elle en reprenant ses esprits.
En nageant vers le bord, elle se demandait comment elle avait pu autant en dévoiler à Rico. Elle avait complètement perdu pieds, c'était le cas de le dire. Ils saisirent des serviettes qui traînaient et tentèrent de se sécher.
⁃Ça sert à rien on est trempés et nos habits ne sécheront pas sur nous, remarqua Martine.
⁃Ouais mais j'ai rien d'autre...
⁃Attends... réfléchit-elle. Je crois que Julie a des habits de rechange dans la salle de bain.
⁃Oui d'accord mais pour moi?
⁃Tu ne veux pas mettre de jupe?
⁃Ha ha ha c'est hilarant Tartine.
Elle rit et et lui lança une pichenette au menton. Il arrêta son geste en mordant son doigt.
⁃Hé! Dit-elle en retirant sa main.
⁃Qui s'y frotte s'y pique!
Elle lui tira la langue et eut une idée.
⁃Je vais chercher mon sac dans la chambre, et après on va se changer chez moi. Je dois bien avoir des trucs de Jean pour toi.
⁃Super... ton frangin sait vraiment pas se fringuer... je vais avoir l'air d'un gros naze.
⁃Oui bah après tu retournes chez toi et tu te changes! J'habite à 2min, à moins que tu veuilles traverser toute la ville trempé jusqu'à chez toi...
⁃Non c'est bon merci.
⁃Le problème c'est que c'est déjà presque le matin et j'ai peur de les réveiller si je fais le moindre bruit...
⁃Alors tu fais gaffe et tu récupères vite ton sac, ensuite tu reviens là on passera par dessus le grillage.
⁃Hein?! Mais non c'est super dangereux!
⁃Ho mais rien n'est dangereux pour moi Tartine. Si tu as peur alors tu resteras coincée ici à expliquer pourquoi tu as décider de prendre un bain toute habillée, tant pis pour toi.
⁃Bon bon c'est bon j'ai compris... je reviens attends moi.
Il lui fit un ok avec les doigts et elle rentra en posant délicatement les pieds par terre, veillant à ne pas percuter d'objets. Elle gravit les marches jusqu'à la chambre où dormait son meilleur ami. Elle rentra sur la pointe des pieds et saisit son sac tout doucement. Elle regarda Simon. Comment pourrait-elle lui expliquer que c'était impossible? Non, elle devait continuer à rester avec lui. Il l'aimait, et un jour, elle l'aimerait de la même façon. C'était ainsi que ça devait se passer. Elle lui laissa un rapide mot pour lui dire qu'elle partait aider sa mère au cabinet et qu'il pouvait la rejoindre vers 10h, ce qui lui laisserait le temps de se changer de dormir un peu. Elle referma la porte sans bruit et redescendit doucement l'escalier. Elle vérifia que personne ne venait et vit que Julie dormait toujours sur le canapé, affalée dans une pose digne d'un vieux linge laissé à l'abandon. Elle rit sous cape et sortit par la fenêtre.
⁃Rico? Rico! Chuchota-t-elle le plus fort possible.
⁃Là.
Elle le vit près du grillage, dans un coin du jardin. Le jour commençait à se lever. Il l'aida à grimper et à contrecœur elle escalada tant bien que mal pour sauter de l'autre côté. Il fit plus agilement de même et ils se dirigèrent vers le chemin qui menait à la maison de Martine.
« - C'est super moche, fit observer Rico avec un air sceptique en voyant le t-shirt que lui tendait Martine. On dirait un truc de mon grand-père.
⁃Oh oui bon! Je vais pas vider la commode de Jean non plus! C'est le troisième que je te montre!
⁃Ouais bah j'avais raison, c'est assez catastrophique la façon dont ton frère se sape.
⁃Si tu n'es pas content, tant pis pour toi, tu vas attraper un rhume et puis c'est tout.
Martine soupira et jeta le haut de Jean sur la pile d'«habits de vieux». Elle regarda sa montre, il était déjà 7h passées.
⁃Écoute Rico, change toi si tu veux, ou sèche toi un peu au moins. Il faut que j'aille prendre une douche, ne sors pas de ma chambre, au cas où mes parents se réveillent.
⁃Ok Tartine, je vais pioncer un peu.
Elle hocha la tête et sortit de la chambre. Rico enleva ses habits mouillés et les étendit sur le canapé dans la chambre de son amie. Avec un peu de chance, ce sera sec dans une heure ou deux, pensa-t-il. Il alla chercher une couverture dans le placard et se coucha à côté de ses habits. Il était un peu serré et ses jambes tombaient dans le vide, mais c'était mieux que rien. Il ferma les yeux et tenta de se reposer. Mais il savait Martine dans la pièce d'à côté et cela le perturbait même s'il essayait de se convaincre du contraire. Leurs baisers échangés ces dernières semaines lui revenaient en mémoire. Comment avait-il pu se laisser aller à pareille folie? Pour une fille qui ne lui correspondait pas, avec qui il ne pouvait rien partager sous peine de provoquer des tempêtes. Comme il aurait aimé pouvoir faire comme si de rien n'était, comme si les sentiments et la raison s'étaient mis d'accord, si son cœur écoutait son cerveau. Il soupira.
De son côté, Martine pensait aussi à ces moments de tendresse interdits, et pourtant vrais. Il s'intéressait à elle comme à une autre, elle le savait. Et puis, leur histoire vaudrait-elle la peine de créer tant de mal autour d'eux? Certainement que non. Quel intérêt dans tout cela, si la souffrance et les reproches l'emportaient? Comment prouver que les sentiments de Rico étaient sincères, qu'il désire être avec elle et non juste avec une fille? C'était trop de risques, trop d'incertitude, pour peut-être rien au bout. Elle coupa l'eau et sortit de la douche. Elle se regarda dans le miroir et essaya de se voir comme Rico pouvait le faire. Je suis plutôt banale, pensa-t-elle, je suis une amie comme plein d'autres. Il n'y a pas de différence, rien de particulier. Elle se sécha et s'habilla, puis sortit sur la pointe des pieds, en s'assurant du silence de la maison. Elle rejoignit sa chambre et entra silencieusement. Elle vit Rico qui dormait maladroitement sur la banquette. Elle sourit, et se laissa tomber sur son lit, sans voir que son ami n'avait pas fermé l'œil. Celui-ci risqua un regard vers Martine, mais en voulant se tourner discrètement il perdit l'équilibre et bascula au sol.
⁃Outch! Merde...
Elle se releva en sursaut et mis un doigt sur ses lèvres.
⁃Chut! Ça va, tu t'es pas fait mal?
⁃Non non t'inquiète... répondit-il en se massant le dos. C'est un canapé 1/2 place ou quoi? Ou alors c'est pour ton petit frère?
⁃Ha ha mais non, pouffa Martine. C'est juste pas fait pour s'allonger.
⁃Ouais j'ai cru remarquer.
Elle le regarda, hésitante.
⁃Tu... viens si tu veux.
Il se replaça et répondit sans même la regarder.
⁃Non ça certainement pas. Je préfère encore dormir par terre.
Elle se mordit la lèvre de contrariété. Qu'est-ce qui lui avait pris de demander ça? Et puis visiblement il ne voulait pas être près d'elle. Elle se rallongea, penaude. Cette fois, le doute n'était plus permis. Elle sentit soudain une main sur son épaule. Elle ferma les yeux, se concentrant sur le bruit des oiseaux par sa fenêtre pour ne pas être troublée.
⁃Excuse moi, Martine... C'est pas ce que je voulais dire.
Elle ne répondit pas, s'attendant à ce qu'il parte. Au bout d'un moment, il lâcha son épaule et elle souffla de soulagement. Elle sentit du mouvement sur son lit et avant même qu'elle ne réalise, Rico était près d'elle.
