Ce chapitre a été écrit dans le cadre du défi Facebook ''Sur Votre 31'' :
- Invite : ''Belle''
- Nombre de mots : De 100 à 1000 mots.
Tout l'univers de Game of Thrones appartient à GRR Martin, DB & DW.
Bonne lecture !
Contexte : Pendant l'épisode 10 de la saison 5, ''La Miséricorde de la Mère''
(Les lignes en italique simple sont des paroles de la chanson de Patricia Kaas, ''Il me dit que je suis belle'')
''Putain !''
''Salope !''
''Traînée !''
''Honte !''
''Saloperie !''
''Catin !''
La foule se faisait de plus en plus dense, et les cris semblaient de décupler au fur et à mesure que Cersei s'éloignait du Septuaire, cernée de toutes parts par les moineaux, par les septas, par le peuple.
Infamie. Infamie. Infamie.
Les insultes fusaient, les gens qui étaient venus par milliers voire l'humiliation publique de la Reine Mère s'en prenaient désormais à son physique, la dénigrant, la dégradant, regardez-la, j'ai moitié moins de bide que cette catin de reine, regardez ses seins, comme ils tombent, les miens sont plus fermes, regardez sa peau, elle est toute marquée, regardez-la, la plus belle femme des Sept Couronnes, ah ça oui, c'est bien la plus belle, la plus belle pute, la plus belle catin que ces foutues Couronnes aient jamais vues.
Les gens hurlaient, crachaient combien elle était laide, les femmes lui criaient de les regarder, de voir combien elles étaient plus belles qu'elle.
Mais Cersei les ignorait. Cersei ne les écoutait pas. Cersei ne les entendait pas.
La seule voix qu'elle entendait, c'était celle de son jumeau, quand il lui murmurait des paroles douces quand ils s'unissaient, quand il l'adorait.
Il me dit que je suis belle.
''C'est toi la plus belle, Cersei, c'est toi, toi, toi, ç'a toujours été toi, ça sera toujours toi, la plus belle femme du monde.''
''Putain !''
''Salope !''
''Enfoirée !''
Les cris de la foule en délire ne pouvaient l'atteindre, pas tant que c'était sa voix, la voix de Jaime, la voix de son Jaime, la seule voix qu'elle entendait, la seule voix qu'elle écoutait, ses murmures résonnant dans sa tête mille fois plus fort que les hurlements des gens du peuple.
Il parle comme on caresse, de mots qui n'existent pas, de toujours et de tendresse, et je n'entends que sa voix.
''C'est toi la plus belle, mon amour, tu es la seule, tu es la seule pour moi, je suis à toi, je suis à toi et tu es à moi, c'est comme ça depuis toujours, et ça sera toujours comme ça, toujours. Avant le berceau, et après la tombe. Tu seras toujours la seule, tu seras toujours la plus belle à mes yeux.''
Les hommes et les femmes déchaînés qui l'entouraient avaient commencé à lui jeter des projectiles de différentes natures, des projectiles dont Cersei ne voulait surtout pas connaître la provenance.
Elle se répétait les douces paroles de Jaime à elle-même, comme un mantra, comme une formule magique, comme si cela aurait pu faire taire tout le monde autour d'elle, pour que seule la voix de Jaime continue de se faire entendre.
Mais les invectives de la foule se faisaient de plus en plus entendre, à mesure que Cersei avançait dans les ruelles sombres de Culpucier, à mesure qu'il y avait de plus en plus de personnes autour d'elle qui lui crachaient leur venin au visage, au sens propre comme au sens figuré.
Des mensonges et des bêtises, qu'un enfant ne croirait pas, mais pauvre de moi j'y crois.
''C'est toi la plus belle. Toi, toi, toi.''
Cersei sentit un liquide froid à l'odeur pestilentielle et âcre lui couler le long de la colonne vertébrale, et ne pu réprimer un frisson.
Et si, après tout, c'était les gens qui avaient raison ?
Et si elle était laide ?
Elle avait vieilli, elle en avait bien conscience. Elle n'avait plus rien de la jeune fille de dix-neuf ans qui avait épousé le roi, elle n'avait plus rien de la jeune reine, de la Lumière de l'Ouest, de la reine d'or.
Son bas-ventre était désormais marqué de profondes rayures écarlates et blanches, signe de ses grossesses, là où la peau s'était tendue, puis distendue.
Ses seins tombaient un peu, signe de l'âge qu'elle commençait à prendre, plus aussi fermes qu'auparavant.
Elle n'avait plus ses longs cheveux dorés, sa crinière de lionne, sa couronne de gloire.
Ils avaient été massacrés, arrachée la crinière, écrasée la couronne.
Le peuple avait raison.
Elle était désormais maculée de crasse et de sang.
Elle garda la tête dans l'espoir de voir Jaime apparaître, de le voir arriver, de le voir venir au grand galop pour la tirer de cet enfer, pour la tirer des sept enfers où elle avait atterri.
Il me dit que je suis belle, je le vois courir vers moi, ses mains me frôlent et m'entraînent, plus de trahison, de peine.
Mais Jaime n'était pas là. Jaime était à Dorne, pour y récupérer Myrcella. Pour récupérer leur fille.
Jaime n'était pas là, et Jaime ne vint pas.
Cersei glissa, et elle sentit un liquide poisseux couler d'une partie de son corps, elle aurait été incapable de dire laquelle.
Elle chuta à genoux, ses larmes de diamant s'échappant désormais librement de ses yeux d'émeraude.
Une douleur emplit tout son être, une douleur dont elle n'aurait pas pu dire identifier la provenance.
De l'humiliation, de la haine, de son corps sanguinolent, sali, dénigré, injurié, insulté.
Mais alors que tout devenait trouble autour d'elle, que les voix, les cris, les gens se confondaient à cause des pleurs qui brûlaient ses yeux, à cause de la douleur sourde qui martelait sa tête, une seule voix continua de résonner distinctement.
Il me dit que je suis reine, pauvre de moi j'y crois.
''Tu es ma reine, Cersei, ma reine à moi, tu es à moi, tu es à moi et je suis à toi, ma belle reine dorée.''
Alors, Cersei se releva, et continua à avancer, malgré les injures, malgré les insultes, malgré la haine.
C'était elle, la reine. C'était elle, et un jour, elle leur ferait payer.
Un Lannister paie toujours ses dettes.
Et la voix de Jaime continua de résonner dans sa tête comme s'il était juste à côté, à lui murmurer à l'oreille, un murmure plus fort que mille cris.
Il me dit que je suis belle, et pauvre de moi j'y crois.
''C'est toi la plus belle. Toi, toi, toi. C'est toi.''
Et pauvre de moi j'y crois.
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