❝ 𝐏𝐀𝐑𝐓𝐈𝐄 𝟐 ❞
𝐽𝑎𝑚𝑒𝑠 𝑃𝑜𝑡𝑡𝑒𝑟
❝ 𝑀𝑎𝑖𝑠 𝑙𝑎 𝑣𝑖𝑒 𝑠𝑒́𝑝𝑎𝑟𝑒 𝑐𝑒𝑢𝑥 𝑞𝑢𝑖 𝑠'𝑎𝑖𝑚𝑒𝑛𝑡... ❞
– 𝐽𝑎𝑐𝑞𝑢𝑒𝑠 𝑃𝑟𝑒́𝑣𝑒𝑟𝑡
31 Octobre 1981- Godric's Hollow - 23h04
Toutes les grandes histoires n'ont pas de fins heureuses. Cette phrase que m'a un jour dite mon père résonne étrangement dans ma tête alors que j'agite distraitement ma baguette animant de petites créatures colorées qui dansent gaiement autour de la tête d'un Harry émerveillé.
Depuis le canapé, Lily, l'amour de ma vie, la mère de mon fils, sourit paisiblement, sa bièreaubeurre entre les mains. Une seule vie d'homme ne sera pas suffisante pour l'aimer comme elle le mérite. Je sais à quel point notre situation, l'enfermement et la crainte, pèse sur ses épaules, mais je suis toujours époustouflé par sa force et par la détermination qu'elle met à faire comme si nous avions choisi tout cela et non pas comme si nous y avions été forcés. Vivre caché, avec la crainte permanente et dévorante d'être retrouvés, savoir que notre seule existence met en danger ceux que nous aimons.
Lily gère tout cela comme une héroïne, fière et forte. Et moi, je ne peux que l'admirer et chaque jour, tomber un peu plus amoureux d'elle.
J'aime à croire que tout ceci aura une fin heureuse, que nous vaincrons et qu'enfin Harry vivra dans un monde en paix comme n'importe quel enfant de son âge et non comme l'objet d'une prophétie farfelu. Je veux croire en l'existence d'un monde ou mon fils grandira heureux entouré de ses frères et sœurs. Un endroit où il sera libre d'être qui il veut. Mon regard croise celui pétillant de Lily et je sais que nous pensons exactement la même chose, j'esquisse un sourire charmeur qui la fait soupirer comme lorsque nous étions à Poudlard.
Alors que son regard ce rapport sur Harry, qui n'a pas cessé de s'amuser avec les jouets que j'agite toujours magiquement autour de lui, mon regard se porte sur la cheminée et sur les dizaines de cadres qui y sont entreposés, menaçants parfois de s'effondrer. Tous les souvenirs d'une vie, de notre vie. Des photos de Lily et moi le jour de notre mariage, Harry sur son mini balai, offert par Sirius, des clichés des Maraudeurs, mes meilleurs amis.
Mon sourire se fane un peu, ce soir, Remus participe à une opération importante et dangereuse dans le Nord du pays. Je suis terriblement inquiet, mais je ne peux me sortir de l'esprit les suppositions de Sirius qui désignent toutes Remus comme étant le traître infiltré dans l'Ordre. Je ne peux pas le croire évidemment, mais je ne peux pas non plus prendre le risque de mettre Lily et Harry en danger. Je m'inquiète aussi pour Sirius, que tous pensent être notre gardien du secret. S'il lui arrivait quelque chose alors qu'il essaie de nous protéger, par ma faute, je ne m'en remettrais pas, jamais. Et enfin Peter à qui j'ai déjà tant demandé, mais qui ne rechigne jamais peu importe le danger.
Dérivant sur les cadres, mon regard accroche ceux d'autres visages. Cette tradition avait commencé après le meurtre des McKinnon, alors que nous nous étions tous réunis à la maison. Lily, encore agitée de sanglots, avait déposé la photo d'une Marlène souriante, entourée de ses parents au comble du bonheur le jour de notre remise des diplômes. Depuis ce jour, d'autres photos sont venues orner la cheminée, pour nous rappeler ses êtres chers que nous avons perdu dans la lutte pour le bien, Marlène, Edgar, Dorcas, Mary, Fabien et Gideon, Emmeline et bien d'autres.
La main de Lily enserre mon épaule alors qu'elle vient me rejoindre devant la cheminée et se saisit d'Harry qui a commencé à pleurer sans que je ne m'en aperçoive. Ces photos ne sont pas là pour que l'on se morfonde, mais pour que nous n'oublions pas pourquoi nous nous battons, pour ne pas oublier que nous ne sommes pas seuls et que chacun d'entre nous a le droit à une fin heureuse.
J'embrasse la femme de ma vie sous les yeux écarquillés à l'excès de mon fils, pour la remercier. Car même sans une parole, elle lit dans mon esprit comme dans un livre ouvert.
Dehors, le vent souffle, mais assit près de la cheminée, Lily tout contre moi et les petites mains potelées de Harry fourrageant sans douceur dans mes cheveux déjà emmêlés, j'ai l'impression que le temps s'arrête pour nous, dans un instant de grâce.
Le craquement d'un sortilège contre les protections de la maison me fait bondir sur mes pieds, les sens en alertes. Je me précipite vers la porte, le cœur battant, nul ne connaît notre adresse grâce au Fidelitas, mais, et s'ils avaient trouvés Peter. Mon sang ne fait qu'un tour, si les mangemorts sont là, c'est qu'ils ont compris que Sirius n'est pas notre gardien puis retrouvés Peter. Oh non, par pitié, faite qu'ils n'aient rien.
Je ne sais pas vraiment à quoi m'attendre mais, quand je le vois, Lui, baguette pointée sur la porte près à abattre cette maison brique par brique pour tuer mon fils, je sais que nous sommes perdus. Mais je ne peux pas le laisser faire. Je vais mourir, je ne le sais que trop bien, mais si en faisant barrage, j'arrive à laisser suffisamment de temps à Lily alors peut-être, peut-être qu'elle pourra se sauver et qu'elle et Harry pourront vivre.
Déterminé à protéger ma famille, je me tourne vers Lily toujours dans le salon, assise avec Harry et qui me regarde avec de grands yeux terrifiés. Je lui crie que c'est Lui, qu'il est là pour Harry et qu'elle doit fuir, que je vais le retenir aussi longtemps que je le pourrais. J'aimerais lui dire de ne pas s'inquiéter, que je l'aime et que tout ira bien, mais je n'ai jamais su mentir à Lily. Alors je ne dis rien et je la regarde simplement monter les escaliers quatre à quatre, Harry dans les bras et se retourner pour me laisser le temps d'imprimer une dernière fois leurs visages dans ma mémoire.
Finalement, je me tourne vers la porte, prêt à tout pour leur donner le temps de fuir. Désireux d'en découdre, je cherche ma baguette sans pour autant la trouver dans son étui. Alors que la porte cède et s'effondre à mes pieds, la terrifiante réalité s'impose à moi, en me levant il y a quelques minutes, j'ai négligemment laissé ma baguette dans le salon, près d'Harry.
Un sourire ironique étire les coins de mes lèvres alors que je m'apprête à faire face au plus grand mage noir de tous les temps sans baguette. Et je reste là, incapable de faire barrière autrement qu'avec mon corps, pauvre type impuissant. Responsable du sacrifice de mes amis, essayant vainement de protéger ma famille d'une mort qui ne tardera sans doute pas à me frapper, je suis terrifié.
Il passe le seuil se demandant sans doute pourquoi je n'attaque pas. Nous nous dévisageons un bref instant, suffisamment longtemps pour que je vois la noirceur infinie qui peuple son âme. Il lève sa baguette et je me demande ce que cela fait de mourir. Est-ce douloureux ? Qui a-t-il après ? Peut-être que j'y retrouverais Peter, mes parents, tous ceux qui se sont sacrifiés pour cette fin heureuse que je n'ai fait qu'effleurer du doigt.
Je pense à Sirius, j'aimerais croire qu'il s'en remettra, j'aimerais vraiment y croire. Je pense aussi à Remus, tout seul là-bas dans le Nord, j'aimerais qu'il ait une belle vie, que tout aille bien pour lui. Je pense à Harry, mon fils, la meilleure partie de moi, j'aurais tellement aimé qu'il en soit autrement, pardonne moi d'avoir échoué à te donner un monde en paix, pardonne-moi de ne pouvoir être à tes côtés pour voir l'homme magnifique que tu deviendras. Et je pense à Lily, l'unique amour de ma vie, j'aurais tellement aimé vieillir avec toi, voir tes cheveux roux se teinter de blanc et t'offrir cette fin heureuse dont tu as rêvé toute ta vie.
J'ai peur. J'ai si peur. Ça n'a rien d'héroïque, la mort. L'éclair vert jailli, j'aimerais m'en détourner. Adieu la joie. Adieu l'amour. Adieu la vie.
❝ 𝐽𝑒 𝑡'𝑎𝑖𝑚𝑒 𝑑𝑎𝑛𝑠 𝑙𝑒 𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠. 𝐽𝑒 𝑡'𝑎𝑖𝑚𝑒𝑟𝑎𝑖 𝑗𝑢𝑠𝑞𝑢'𝑎𝑢 𝑏𝑜𝑢𝑡 𝑑𝑢 𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠. 𝐸𝑡 𝑞𝑢𝑎𝑛𝑑 𝑙𝑒 𝑡𝑒𝑚𝑝𝑠 𝑠𝑒𝑟𝑎 𝑒́𝑐𝑜𝑢𝑙𝑒́, 𝑎𝑙𝑜𝑟𝑠, 𝑗𝑒 𝑡'𝑎𝑢𝑟𝑎𝑖 𝑎𝑖𝑚𝑒́𝑒. 𝐸𝑡 𝑟𝑖𝑒𝑛 𝑑𝑒 𝑐𝑒𝑡 𝑎𝑚𝑜𝑢𝑟, 𝑐𝑜𝑚𝑚𝑒 𝑟𝑖𝑒𝑛 𝑑𝑒 𝑐𝑒 𝑞𝑢𝑖 𝑎 𝑒́𝑡𝑒́, 𝑛𝑒 𝑝𝑜𝑢𝑟𝑟𝑎 𝑗𝑎𝑚𝑎𝑖𝑠 𝑒̂𝑡𝑟𝑒 𝑒𝑓𝑓𝑎𝑐𝑒́. ❞
– 𝐽𝑒𝑎𝑛 𝑑'𝑂𝑟𝑚𝑒𝑠𝑠𝑜𝑛
