Chapitre 3_Un air de défi
Ron se servait pour la troisième fois une quantité astronomique de purée sous l'oeil écoeuré de Harry. Il se détourna du rouquin avec une grimace dégouté vers les autres gryffondor occupés à manger et senti une nouvelle vague de colère monter en lui en voyant certains élèves chuchoter en le regardant. Pfff...presque un mois qu'il était revenu à Poudlard et les rumeurs à son propos allaient toujours de bon train, d'autant plus puisqu'il s'opposait fréquemment à Ombrage. Dans un soupire d'exaspération, Harry leva la tête vers le plafond magique de la grande salle qui affichait un temps aussi morose que son humeur. Défense contre les force du mal, divination, les rumeurs...quoi de mieux pour passer une bonne journée après une nuit agitée ?
Il sortit de sa contemplation presque rêveuse du plafond un peu plus calme en sursautant. Hermione venait d'arriver et son humeur semblait encore plus massacrante que la sienne—et c'était dire—, elle se laissa choir à la gauche d'un Ron imperturbable en balançant presque son sac au sol, grommelant tout du long sur un sujet qui échappait encore à Harry puisque la voix de la jeune fille restait indistincte. Il analysa le visage de son amie avec un soupçon d'inquiétude, il n'était visiblement pas le seul à passer des mauvaises nuits. Le visage de Hermione était marqué par les profondes poches violettes qu'elle avait sous les yeux, des cernes qui pouvaient rivaliser avec celles de Lupin, une barre soucieuse était apparue sur son front, témoignant de son stress et ses yeux lançaient des éclaires. Harry n'avait vu que rarement un agacement aussi expressif chez la brune, et de fatigue aussi.
Le drame qu'avait vécu son amie n'était un secret pour personne, un article dans la Gazette du Sorcier—ce torchon—avait même annoncé le tragique événement. Harry était loin d'être stupide, après tout il était sûrement le plus apte à comprendre, lui-même avait perdu ses parents dans une situation similaire. La partie égoïste et continuellement en colère qui vivait en lui se disait, qu'au moins, Hermione avait quelques souvenirs heureux de ses parents auxquels se raccrocher, ce qu'il jalousait honteusement. Cependant, une autre part de lui-même, plus grande, le vrai lui, se faisait réellement du soucis pour sa meilleure amie. Que Hermione refuse de parler à qui que se soit de sa peine ou à l'exprimer, c'était une chose, qu'elle mette sa santé en danger et refuse d'aller voir Pomfresh en était une autre. S'il était souvent occupé à pester, trouvant toujours prétexte à s'énerver, Harry avait pourtant bien remarqué que Hermione ne mangeait que peu à l'heure des repas et redoublait d'effort au travail, il l'avait déjà vu plus d'une fois chancelante en fin de journée, après avoir fait ses rondes. Evidemment, il avait tenté de lui en parler, et plus d'une fois. Evidemment, Hermione s'était emportée en lui disant de se mêler de ses affaires. Il se demandait bien ce qui avait rendue aussi furax son amie aujourd'hui mais s'en garda de lui demander, se doutant du ton de sa réponse.
Ron releva enfin la tête de son assiette, la bouche pleine et regarda successivement l'expression soucieuse de Harry puis le visage énervé de Hermione. Harry se retient de se frapper le front de consternation en comprenant que c'est vers cette dernière que le rouquin avait décidé de porter toute son attention. Après cette matinée de dingue, la fin du repas promettaient d'être elle aussi explosive...
- Tu as croisé un troll dans les toilettes ? demanda-t-il avec ce qu'il voulait être une pointe de malice en faisant référence à leur première année, ce que Hermione prit elle pour une plaisanterie de mauvais gout.
La brune le toisa avec un sourire forcé et mauvais qui n'annonçait rien de bon, Harry se ratatina sur lui-même alors que Ron continuait à manger tranquillement en la regardant, insouciant de la tempête qui se préparait.
- Presque, répliqua-t-elle d'une voix doucereuse rappelant celle de Rogue, un maudit crapaud rose !
Harry se détendit un peu en comprenant que Hermione n'allait pas passer ses nerfs sur eux et grimaça en écoutant ce qui était arrivé à son amie. Hermione sentait encore son sang bouillir et énonça d'une voix vibrante de haine comment elle avait trouvé Crabe et Goyle entrain s'en prendre, une fois de plus, à quelques premières années apeurées. En tant que préfète, elle était intervenue tout naturellement pour leur enlever quelques points voire pour leur coller une retenue mais malheureusement pour elle, Ombrage était passée par là et c'était elle qui avait hérité de la retenue, pas les deux serpentards.
- Donc Ombrage te colle parce que tu remplies tes fonctions ? Elle est encore plus barge que je ne le croyais ! couina Ron entre de bouchée de tarte à la mélasse.
Harry qui était resté silencieux depuis l'arrivée de son amie prit finalement la parole à son tour avec un regard désolé.
- Ses heures de retenue sont de véritables heures de torture, fit-il en agitant tristement sa propre main scarifiée par les plumes magiques qu'utilisait leur nouveau professeur. Et quand est-ce que tu dois y aller ?
- Demain soir, à 20:00, répondit tristement la jeune fille.
- Au moins, on sait maintenant qu'elle préfère les serpents. Je suis sûr que c'était sa maison ! affirma Ron en enfournant sa fourchette dans sa bouche.
- Ou qu'elle pénalise dès qu'elle le peut ceux qui me soutienne, compléta amèrement le survivant.
- Ou qu'elle n'apprécie pas les sorciers ayant une certaine origine... Par Merlin, Ron, est-ce que tu vas finir par arrêter de manger ? finit-elle un peu moins agacée, comme si cette question faisait partie intégrante de la conversation.
Ron s'apprêtait à répondre, outré, quand Hermione se releva précipitamment.
- C'est pas vrai ! murmura-t-elle comme pour elle-même.
La rouge et or s'élança le dos droit, son insigne de préfète parfaitement épinglée sur sa robe de sorcière, vers les deux septièmes années qui sortaient tranquillement de la grande salle, entourés—une fois de plus—d'élèves plus jeunes.
- Fred, George ! s'écria-t-elle en les rattrapant.
—•—
- Par ici jeunes gens ! Je vous invite à suivre mon cher associé !
- Croyez-moi, vous n'allez pas le regretter !
Fred fit un clin d'oeil complice à son jumeau que quelques courageux premières années suivaient, de parfait nouveaux cobayes qu'ils allaient rémunérer pour tester la toute dernière recette de leurs Nougats Néansang. Si les résultats obtenus étaient ceux qu'ils espéraient, ils devraient bientôt pouvoir vendre leurs premières boite à flemme ! A cette idée, le coeur de Fred se gonfla de fierté mêlé à un peu de bonheur, ils étaient sur le point de réussir ! Bientôt ils quitteraient Poudlard et leur rêve allait enfin prendre vie !
- Fred, George !
Fred sursauta et fronça les sourcils, il échangea un regard avec sa moitié. Ca n'annonçait rien de bon quand leur toute nouvelle préfète utilisait ce ton avec eux, ce qui était à son goût beaucoup trop fréquent ces derniers temps. George afficha une expression assez las, Fred savait qu'il avait beau être indulgent avec Hermione, son frère avait de plus en plus de mal avec le caractère de son amie.
- Pars devant et prends des notes pour moi, Feorge, lui dit-il avec un hochement de tête entendu.
- Evidemment, Gred.
Son frère lui fit un clin d'oeil en guise de remerciement et parti avec leurs nouveaux cobayes vers leur salle commune alors que Hermione arrivait à leur niveau. Il se retourna pour faire face à la jeune fille. Hermione le toisa avec air irrité et fit un pas vers la gauche pour le dépasser et stopper le petit groupe de gryffondors qui était déjà parti, Fred l'imita ce qui eu le don de l'agacer un peu plus. Le garçon ce contenta d'afficher un sourire narquois, cette situation l'amusait beaucoup. Voyant qu'elle ne pouvait pas l'éviter, la préfète comprit qu'elle ne pourrait pas aller aider les premières années sans passer par la case "faire la morale à Fred" ce qui, elle savait très bien, ne servirait à rien.
- Fred, salua-t-elle d'une voix aussi froide que tranchante.
- Her-mignonne, répondit Fred avec un sourire charmeur, tu es sur mon chemin, la taquina-t-il conscient d'attiser la colère chez elle.
- Il me semble, que c'est toi qui est sur le mien. Laisse-moi passer, Fred.
Le ton était donné, Hermione n'était pas d'humeur et le fait qu'ils soient amis n'allait nullement pencher en sa faveur, elle ne comptait pas céder aux jumeaux. Là où n'importe quelle personne qui connaissait un temps soit peu Hermione se serait retiré, conscient qu'énerver la jeune fille était aussi redoutable que Ginny, Fred ne reculait nullement, voyant au contraire un nouveau défi à relever. Son sourire s'accentua donc un peu plus, reprenant des airs charmeurs et un timbre cérémonieux.
- Je crains, jeune demoiselle, que cela soit impossible. Vous n'oseriez me priver de votre aimable présence, roucoula-t-il en lui attrapant la main pour y déposer un léger baisé.
La gryffondor retira sa main vivement, comme si son contact lui avait brulé la peau, elle adorait rire avec Fred mais l'heure n'était pas à la plaisanterie.
- Si, j'ose. Je n'ai pas envie de jouer, Fred, pousse-toi s'il-te-plait, grogna-t-elle en plissant les yeux.
- Oh tu me tues ! fit-il en se tenant le coeur mimant un grand blessé. Le jeu est partout, Her-mignonne, la vie elle-même est un jeu. Que dirais-tu de jouer avec moi ? ajouta-t-il en s'approchant un peu trop près, la draguant délibérément.
Oui, Fred voulait jouer avec elle, l'énerver, la taquiner. Les relations qu'ils entretenaient tous les trois avec elle et son frère, s'étaient légèrement refroidies depuis qu'ils étaient de retour à Poudlard, voire carrément devenues glaciales par moment, notamment à cause des sautes d'humeur récurantes de la jeune fille dont ils étaient régulièrement les cibles, George et lui. Ces réprimandes régulières agaçaient son jumeau et si George lui répondait au début par la blague, l'envie ni était plus et il préférait éviter le conflit se doutant des causes de la mauvaise humeur de leur amie. Son frère se doutait bien qu'une dispute n'arrangerait rien entre eux. Oui, Fred, voyait dans les sermons de Hermione une sorte de défi, le défi de ne pas se faire prendre, celui de la décontenancer au point qu'elle en oublie pourquoi elle était venue le voir au départ. Il adorait la faire sortir de ses gonds et la voir se mettre dans tous ses états, il riait de la voir tomber dans le panneau presque à chaque fois. Sa réaction quand elle comprenait son petit manège était à chaque fois tordante et ils se réconciliaient toujours. C'était un jeu, son jeu, leur jeu mais elle ne semblait pas l'avoir vraiment comprit, comme si elle croyait qu'il ne comprenait rien, trop immature pour cela. Mais immature, il ne l'était pas vraiment en réalité et s'il adorait jouer à ce petit jeu avec elle, c'était aussi parce qu'il savait comment Hermione se détournait de ses démons intérieurs à ce moment-là, trop obnubilée par le règlement qu'il venait d'enfreindre pour penser à autre chose
Hermione recula vivement en rougissant, les yeux légèrement agrandis par la surprise, ce qui accentua le sourire du rouquin. Elle marchait à chaque fois ! Elle se reprit néanmoins rapidement, les joues toujours aussi colorées mais cette fois de colère, la mâchoire crispée.
- Si tu veux jouer, Weasley, joues tout seul avec tes stupides inventions, cracha-t-elle glaciale. Et laisses un peu les premières années, ce ne sont pas des rats de laboratoire mais des élèves, rajouta-t-elle vivement alors qu'elle le contournait pour rejoindre la salle commune et arrêter ce qu'elle pensait être un massacre.
Il n'était pas vraiment dans les habitudes de Fred de se mettre en colère, enfin, pas en public, le rouquin préférait laisser sa facétie répondre pour lui, qui ne connaissait pas les fameuses farces des jumeaux Weasley ? Et leurs plaisanteries ? Non, il n'était pas dans les habitudes de Fred de s'énerver, railler son adversaire et le tourner en dérision pour se venger était bien plus intéressant, alors pourquoi ressentait-il de la colère ? Il sentait ce quelque chose de désagréable, qui le rendait triste, ça ressemblait...à de la déception ? Oui, indéniablement, il était aussi énervé par ce que venait de dire Hermione que déçu par la brune et il avait envie de répliquer, de lui faire mal sans vraiment savoir l'expliquer. Pourquoi serait-il déçu par la rouge et or, c'était son genre de les reprendre, qu'est-ce qui était différent cette fois ?
Il ne laissa rien paraitre de son trouble et le repoussa bien vite, la colère surpassant tout le reste, ses oreilles se colorèrent d'un rouge vif, signe distinctif et familial d'agacement chez les Weasley et retenu Hermione par le bras, d'une pression assez forte.
- Saches, Granger, que les premières années ne sont pas en danger avec nous, on ne va pas les empoisonner ! cingla le rouquin en insistant sur son nom de famille. Et si tu trouves nos inventions stupides c'est sûrement parce que tu es aussi coincée que ce vieux crapaud d'Ombrage ! Et puis...mais qu'est-ce qui t'arrives ?! termina-t-il en fixant les yeux inquiets de son amie.
Trois. C'est le nombre de chose que comprit Fred simultanément. La première, c'était que les grands signes que Hermione lui faisait depuis qu'il avait commencé à parler lui intimaient de se taire.
- Humhum.
La seconde, qu'il venait de critiquer le pire professeur de défense que Poudlard ait jamais eu alors que ledit professeur arrivait juste derrière lui. Ce qui lui expliquait pourquoi Hermione s'inquiétait qu'il continue à parler.
- Mr. Weasley, débuta la professeur de son horrible timbre haut perché, vous serez évidemment des notre demain soir pour une retenue, à 20:00. Vous devez être ravi, il me semble que vous et Miss Granger êtes amis, ajouta-t-elle avec un sourire ironique avant de poursuivre son chemin.
La troisième chose que Fred avait comprit le dérouta un peu plus qu'il ne l'était déjà, si bien que c'est à peine s'il comprit ce que venait de lui dire la professeur. Comme si leur échange précédent n'avait jamais eu lieu, Hermione lui lança un sourire sincèrement désolé avant de disparaître, probablement partie à la rescousse de ses précieux premières années. Un sourire qui lui donna une sensation étrange qu'il n'arrivait pas à définir. Lui, il resta planté devant les portes de la grande salle quelques secondes assimilant ce qu'il venait de se passer et les sentiments qui l'avaient traversé.
Oui, définitivement, il était dérouté. Dérouté car il avait comprit que ce qui l'avait énervé n'avait rien à voir avec le fait qu'on le trouve stupide lui ou ses—sublimes—créations, il ne prêtais plus vraiment attention aux jugements d'autrui. Non, ce qui l'avait énervé, c'est que Hermione puisse penser que ses inventions soient stupides, qu'elle aussi le prenne pour ce garçon immature et débile.
Repoussant la sensation désagréable qu'il éprouvait à cette idée, il partit retrouver son frère en se jurant de ne plus y penser de la journée.
—•—
Severus Rogue avançait le dos droit, seul dans les couloirs sombres du manoir dans lequel se cachait celui-dont-on-ne-doit-pas-prononcer-le-nom. Son Maître l'avait convoqué pour s'entretenir à propos des affaires de Dumbledore. Sous son masque d'impassibilité, le maître des potions affichait un rictus écoeuré à l'idée de se retrouver seul face au mage noir. Il était fou, il l'avait comprit il y a longtemps dans une vie lointaine habitée par ses propres fantômes, mais il était avant tout instable. Qui sait ce qui pouvait se tramer dans l'esprit dément du Seigneur des Ténèbres ? Qui sait sur qui il allait abattre ses foudres si son caractère impulsif était contrarié ? Qui sait quelles horreurs il allait lui confier ce soir ?
Les pas de Rogue se firent plus lents et l'adrénaline se répandit dans ses veines alors qu'il tournait à gauche, à peine quelques mètres le séparait maintenant de la porte et du Lord. Ignorant sa peur, il prit une grande bouffée d'air glacial, prêt à se jeter dans la fosse aux lions, ou dans ce cas-ci, aux serpents...
Les lourdes portes au style ancien s'ouvrirent alors sur un corps trébuchant. L'homme se rattrapa de justesse à la poignée en argent, l'équilibre incertain. Le regard de Rogue se teinta d'interrogation en voyant l'homme cracher un filet de sang sur les dalles sombres au sol. Qu'avait-il fait pour mériter un châtiment de son maître ? Sa curiosité naturelle fut définitivement piquée quand l'homme releva la tête.
Ainsi il était en vie ? Il avait vieillit, ses tempes autrefois grisonnantes avaient fini par blanchir, son visage était déformé par une balafre épaisse mais les traits de la famille y persistaient. Severus l'avait tout de suite reconnu, il n'avait pas eu besoin de lire la haine qu'affichait les pupilles marron du vieillard, si caractéristique, pour le faire. L'homme se redressa, son aura aristocratique l'habitant de nouveau, ayant reprit une totale maitrise de lui-même et parti en boitant péniblement, ne lui adressant qu'un regard méprisant et supérieur en le dépassant. L'espion n'eut pas le temps de s'interroger plus longtemps sur le potentiel retour du vieux parmi les troupes du Lord, le Maître l'appelait déjà.
- Entre Severus, nous avons à faire, entonna une voix sifflante.
Rogue entra, l'esprit de nouveau focalisé sur sa mission et oublia rapidement cet autre fantôme du passé. Ce n'était qu'un mangemort parmi tant d'autre finalement.
