Chers lecteurs,
Vous avez tous, à un moment ou à un autre, ressenti le besoin de tuer la ou les personnes avec qui vous êtes confiné.
Figurez-vous qu'à Poudlard, le même problème se pose.
Et quelqu'un n'a pas hésité. Mais qui ?
Portez-vous bien,
Al
Maugrey Fol Œil ronchonnait pour une bonne raison. Non mais ! Depuis le début du confinement, il ne sortait plus guère de chez lui. Il buvait son alcool frelaté de goyave et de prune dirigeable dans son coin et n'éprouvait pas du tout, comme d'autres, le besoin de sortir dans la rue acheter des denrées fraîches. À l'époque où il était Auror à plein temps, il avait tenu des planques avec rien dans le bide, et il avait survécu ! C'était pas un petit virus de merde qui allait avoir raison de lui !
Avec le confinement général de toute la Grande-Bretagne, même les Mangemorts étaient confinés. Vu le grand âge de Lord Voldemort, ce dernier ne sortait plus.
En gros, l'Angleterre vivait ses plus belles heures depuis le retour du Seigneur des ténèbres. Comme les méchants ne sortaient plus, de peur d'attraper le virus et de le refiler à leur maître, et que les gentils ne sortaient plus, puisqu'ils obéissaient aux ordres de Scrimgeour, il ne se passait plus rien qui nécessite l'intervention d'un Auror confirmé : Maugrey était donc au chômage technique depuis trois semaines. Et il n'allait pas s'en plaindre. C'était un plaisir de regarder ses citrouilles pousser.
Et là, voilà qu'on l'appelait, lui, pour une enquête de la plus haute importance.
Voilà qu'il retournait à Poudlard.
Son vieil ami Albus Dumbledore avait besoin de ses services pour résoudre une affaire compliquée.
Un meurtre.
Maugrey maudissait les meurtriers qui se sentaient obligés de continuer à travailler en cette période. On avait juste à laisser faire ce virus, Merlin !
Il prépara une petite valise, y glissa sa réserve d'alcool, y ajouta deux chocogrenouilles (sait-on jamais, on pourrait croiser un Détraqueur) et ferma sa porte à clef.
Poudlard l'attendait.
Il revêtit son masque et transplana à Pré-au-lard.
OoO
« Dobby l'a trouvé ici. Dobby n'a rien touché. »
Maugrey remercia Dobby d'un signe de tête.
Severus Rogue, ou, pour être plus précis, le cadavre de Severus Rogue se trouvait dans son fauteuil moelleux qui trônait devant la cheminée aux cendres encore fumantes. Maugrey fixa la distance entre le fauteuil et la cheminée.
« Le petit qui fait de la photo, il est là ? Je peux le voir ?
- Bien sûr que oui, répondit Filius Flitwick. Dobby, pourriez-vous aller chercher Colin Crivey dans le dortoir des Gryffondor ?
- Dobby y va de ce pas, Monsieur. »
Dans un plop sonore, l'elfe disparut. Maugrey essayait de paraître professionnel, mais la vue d'un de ses plus vieux ennemis mort avait une légère tendance à le réjouir. Il l'avait toujours soupçonné de jouer double jeu et de vouloir doubler l'Ordre du Phénix. Il avait cherché pendant longtemps à convaincre Albus de se débarrasser de lui. Mais le vieux directeur avait toujours refusé de voir l'évidence. Il l'avait même protégé à la première chute de Lord Voldemort !
Et voilà, justice était faite. Severus Rogue était mort.
« Le confinement se passe bien, à Poudlard ? »
Maugrey avait besoin de meubler en attendant le photographe. Il ne voulait toucher à rien avant que l'autre Gryffondor ait pris des photographies de la scène de crime.
« Vous savez, c'est un peu difficile, répondit Flitwick. Nos élèves sont des adolescents qui peuvent avoir du mal à rester en place. Le fait de les enfermer dans Poudlard, sans possibilité de quitter leur dortoir, est assez dur à vivre. »
Maugrey ricana : il avait toujours détesté former des nunuches adolescents qui sortaient à peine de l'école, leurs ASPIC tout fraîchement décrochés en poche. Alors, les avoir avant leurs ASPIC…
« Des personnes auraient pu en vouloir particulièrement à Severus Rogue ? »
En posant sa question, Maugrey se rendit compte de son absurdité : bien entendu, il y avait forcément des personnes qui lui en voudraient. Lui-même, si on lui proposait de se débarrasser du maître des potions, aurait du mal à refuser.
« Oh, vous savez, les habituels. Hier, il a retiré cinquante points à Gryffondor parce que Londubat a fait exploser son chaudron. C'était un peu trop cher payé, je trouve. Mais bon, je n'ai rien à dire. »
Maugrey maugréa : en effet, ce n'était pas un motif valable pour le tuer. Mais pour l'instant, n'ayant aucune autre piste sous la main, il se contenterait d'interroger le fils Londubat.
Il observa le salon privé de Rogue. Des livres épars par terre avaient perdu leurs feuilles. Maugrey se baissa et ramassa un épais volume. Potions et contre-potions. Encore les lectures favorites de Rogue, apparemment.
Près du fauteuil de la victime, une théière remplie de thé froid trônait. Les murs lambrissés cachaient une porte qui menait à la chambre de Rogue.
Une voix l'interrompit dans son inspection.
« Bonjour Monsieur. »
Il se tourna vers le nouveau-venu, même s'il l'avait parfaitement vu à travers son œil bleu.
Colin Crivey, l'appareil au cou, le regardait avec un air tranquille.
« Tu peux me prendre des photos de tout ça ? »
Crivey acquiesça et se mit au travail, apparemment pas gêné par le cadavre. En même temps, pour un Gryffondor, c'était plutôt normal. Il était de tradition millénaire de détester les Serpentard. Alors le cadavre de leur chef de maison…
Maugrey visita le reste de la pièce en attendant que Crivey ait fini de prendre les photos.
En passant devant une armoire entrouverte, son œil magique remarqua quelque chose qu'il ne s'attendait pas à voir.
Il s'approcha et ouvrit la porte d'un coup sec.
« Ah !
- Jeune fille, il va falloir expliquer votre présence dans le placard d'un mort. »
Une jeune fille vêtue d'une robe à l'écusson bleu le regardait avec de grands yeux effrayés. Derrière lui, Filius Flitwick piailla :
« Miss Chang ! Que faites-vous dans le placard de Mr Rogue ? »
