Un début diesel, pour cette histoire... Dans deux ou trois chapitres, on quittera enfin Poudlard, pour des aventures un peu plus variées. Moi qui suis plutôt impatiente, je m'impatiente un peu moi-même !
Merci à tou·te·s pour vos reviews. Même si l'histoire est écrite, c'est agréable d'avoir des retours. Belle lecture.
Chapitre 6 - J'ai survécu
- Il est hors de question que je reste ici encore une minute supplémentaire, Mrs Pomfresh. Je peux assurément gérer mes souvenirs moi-même, je n'ai pas besoin que vous me chapeautiez.
La voix basse et tranchante de Rogue venait de sortir Hermione du sommeil. A nouveau, elle se retrouvait à moitié éveillée, tendant l'oreille pour capter les détails d'une conversation à laquelle elle n'était pas conviée. Des bruissements d'étoffes lui parvenaient. Elle se pencha vers la table de chevet installée à cheval entre les deux lits pour tenter d'apercevoir, comme au travers du périscope d'un sous-marin, un reflet dans le petit miroir ovale qui y était posé. Rogue était de dos et se débattait pour passer un gilet par dessus sa chemise ivoire. Il laissa sourdre une plainte étouffée, sans cesser ses mouvements nerveux. Les bras de l'infirmière s'agitaient face à lui, ses mains se levaient au ciel.
- Vous n'êtes pas rétabli, Severus, nous ne savons pas pourquoi votre mémoire... votre mémoire fuit, déborde, ni comment vous avez survécu à tant de dizaines de minutes en ayant si peu de sang dans les veines.
- J'ai survécu, cela ne vous suffit-il pas ? Cela fait des jours que vous remplissez vos placards de ma mémoire comme on trait une vache. A présent, j'exige que vous me remettiez la totalité de ce qui a pu s'échapper de mon cerveau. Cela ne vous regarde pas plus qu'une ou un autre.
Le ton était abrupt. La voix, cinglante. De toute évidence, il paraissait en pleine possession de ses moyens : l'intonation cassante et les accents caustiques de ses déclarations en constituaient les preuves formelles et irréfutables.
- Je... ils ont été mis en sécurité dans le... A l'hôpital Sainte-Mangouste.
Les affirmations de l'infirmière, quant à elles, ne trompaient personne : il était clair qu'elle bluffait et Hermione serra les dents en espérant que son excuse serait reçue par Rogue. Sans même voir son visage, elle était certaine qu'à cet instant, ses yeux se plissaient, sceptiques, et que son regard se faisait inquisiteur et ironique.
- Qu'en ferez-vous, Poppy ? Allez-vous programmer une petite soirée visionnage, en vous goinfrant de chocoballes, comme un Moldu se bourre de pop-corn devant un mauvais match de football ou un sordide feuilleton ?
Hermione se souvint de la mention de père moldu de Rogue tout en se faisant la remarque que lui-même avait peut-être été dans la situation qui semblait le répugner au plus haut point.
- Je ne vous permets pas ! couina Mrs Pomfresh, offusquée. Puisque... Partez ! Sortez d'ici !
- Nous n'en resterons pas là, menaça Rogue.
Les claquements sourds de ses talons alertèrent Hermione qui, une fois de plus, se tassa contre ses oreillers, bouche entrouverte, paupières closes, pour feindre un sommeil profond. Les pas cessèrent devant son lit. Rogue semblait s'être brutalement arrêté.
- Que fait Granger ici ? questionna-t-il d'une voix inquisitrice qui laissait poindre le trouble.
Un long et lourd silence emplit la pièce toute entière. Mrs Pomfresh ne donnait aucune réponse à un Rogue qui n'ajoutait rien. Hermione aurait juré qu'avec un peu d'attention, on aurait pu voir le drap se soulever en rythme là où son cœur palpitait à tout rompre. Elle aurait pu se risquer à entrouvrir les paupières, mais elle ne voulait surtout pas être surprise.
- Vous ne vous souvenez pas de...
- Assez, l'interrompit-il, rempli d'une frustration dépitée.
Avec un froissement d'étoffes et dans un silence écrasant, Rogue s'élança dans le couloir en direction de la sortie.
- Ah, Severus.
La voix de Minerva McGonagall s'était élevée, telle un miaulement à demi silencieux. Le cliquetis métallique de la porte indiqua à Hermione qu'elle était entrée au moment même où Rogue aurait souhaité décamper. Pas de chance.
- Il faut absolument que je vous voie, martela la Directrice.
- Il le faut absolument, mais faut-il que ce soit immédiatement ? louvoya Rogue.
- C'est nécessaire.
Un soupir contraint parvint aux oreilles d'Hermione, qui se tendait toute entière pour ne pas perdre une bribe de la conversation qui allait avoir lieu. Elle retenait presque son souffle tant elle craignait qu'un mot n'échappe à sa vigilance.
- Granger pourrait nous entendre, grinça Rogue.
- Miss Granger dort. Elle vous a sauvé la vie au péril de la sienne. Ce n'est sincèrement pas une personne de laquelle nous devons nous méfier, trancha McGonagall.
Un silence à couper au couteau s'installa de nouveau dans l'infirmerie.
- Elle m'a... Je crains de ne pas saisir Minerva.
Hermione imaginait sans problème Rogue se raidir, prêt à protester.
- Peu importe, Severus, vous êtes bien vivant, elle également. Donc : Mr Potter m'a fait un résumé quasi exhaustif de leur année d'errance. Les Horcruxes...
- Les Horcruxes ? s'effara-t-il.
- Il me semblait bien que Dumbledore avait compartimenté efficacement les informations qu'il distillait à ses alliés, soupira McGonagall. Mr Potter, Mr Weasley et Miss Granger ont passé l'année précédente à traquer des objets dans chacun desquels Voldemort avait placé une infime partie de son âme. Un rite de magie noire que vous connaissez sans doute...
- Je ne le connais pas, objecta-t-il vivement, dents serrées.
Hermione entrebâilla une paupière devenue lourde tant elle avait forcé pour la garder fermée. Elle apercevait à peine Rogue, qui se tenait appuyé contre le jambage séparant deux hautes baies, son profil éclairé par la faible lueur de l'aube naissante, les bras croisés sur sa poitrine, le regard animé d'un éclair révolté. Etait-ce par son sang ? Par le laisser aller de ses souvenirs ? Il lui sembla, à nouveau, bien moins have et marqué qu'auparavant.
- Grâce à votre aide, grâce à l'épée de Godric Gryffondor...
- Vous avez donc, vous aussi, analysé au compte fil les souvenirs que j'avais expressément confiés à Mr Potter ?
McGonagall éluda la question.
- Grâce à l'épée de Gryffondor, ils ont détruit la plupart des fragments de Voldemort, que Potter a pu achever.
- Potter est venu à bout de Voldemort ?
Sa voix s'était faite légèrement plus aigue, laissant de côté sa vigilance et la discrétion dont il semblait vouloir faire preuve.
- Par Merlin, Severus, oui.
- Une nouvelle réjouissante.
Rogue s'était tourné vers le parc, les paumes sur les yeux, les doigts pliés à la naissance de ses cheveux jais. Il rabaissa rapidement ses mains, sûrement rappelé à l'ordre par un pic de douleur lancinant et son éternelle volonté d'impassibilité. Dans un mouvement erratique, il se saisit bruyamment de la chaise en bois postée près de l'entrée de l'office de Mrs Pomfresh et s'y écroula, le regard flottant. Hermione, qui avait un instant refermé les yeux par réflexe, les entrouvrit de nouveau. L'expression de Rogue était résolument vide d'émoi. Minerva McGonagall reprit.
- En revanche, une succession malheureuse d'évènements ont fait de Potter le maître de la Baguette de Sureau.
- Ne me dites pas que vous croyez à ces inepties.
- Albus et... Vous-Savez-Qui... Y croyaient, eux. Potter a confirmé la réalité de la légende. Albus en était le propriétaire. Lui, tout autant que Voldemort, ont souhaité que vous lui succédiez en le tuant. Cela n'a pas été le cas, car Malefoy l'a désarmé en premier, au sommet de la tour d'astronomie, l'année dernière. Potter ayant à son tour vaincu Malefoy...
- Je comprends.
Rogue avait agité sa main gauche dans un mouvement ample, espérant que McGonagall mettrait fin à son explication.
- Nous ne pouvons pas à nouveau faire reposer sur les épaules de Potter le soin de venir à bout de cet objet maléfique. Nous ne pouvons pas non plus la laisser traîner à jamais dans le tombeau d'Albus, elle n'y restera pas plus d'un mois, et l'école ne pourra pas souffrir de nouvelles attaques. Il faut la détruire, Severus, ou la faire disparaître.
- Je refuse d'être à nouveau livré en pâture à la déchéance pour protéger...
- Dans ce cas, je le ferai, trancha-t-elle.
- Ne soyez pas...
- J'ai besoin que vous repreniez votre poste à la direction de Poudlard.
- Cinquante points de plus pour Gryffondor pour votre maîtrise absolue du chantage, ironisa-t-il. Albus Dumbledore vous a-t-il à ce point corrompue que vous non plus ne puissiez accepter que je participe aux décisions qui me concernent ?
La voix de Rogue s'était de nouveau parée d'un ton mielleux et accusateur. Hermione ne pouvait apercevoir le professeur McGonagall, mais il était certain que ce silence signifiait son raidissement et le pincement de ses lèvres fines.
- Bellatrix Lestrange est-elle morte ? questionna Rogue d'une voix traînante.
- Elle est... oui, évidemment. Molly Weasley l'a tuée.
- Quels autres Mangemorts n'ont pas survécu ?
- Dans l'enceinte de Poudlard, nous avons retrouvé les corps de Travers et Scabior.
- Scabior n'était pas un Mangemort... Malefoy ?
- Lucius et Narcissa Malefoy se sont rendus. Ils seront entendus par le ministère.
- Yaxley ?
- Nous n'avons aucune trace de lui.
- Rodolphus Lestrange ?
- Personne ne l'a retrouvé. Nous pensons qu'il a pris la fuite avant l'affrontement de la Grande Salle.
- Thorfinn Rowle ? Euphémia Rowle ? Rabastan Lestrange ?
- Rien, non plus, soupira McGonagall.
Rogue entra dans un mutisme qui dura plusieurs minutes, le visage tourné vers Hermione qui, convaincue qu'il ne pouvait pas remarquer ses yeux entrouverts, ne cessa pas de l'observer. Que pouvait-il bien encore se tramer derrière ce regard cloîtré ?
- Je quitterai Poudlard au plus tôt. Si Granger est autorisée à sortir de l'infirmerie dans la journée, j'aimerais la voir dans mon bureau. De même que Potter, j'imagine qu'il rappliquera bientôt ici.
Il s'efforça de se remettre sur pieds sans grimacer et fit volte face vers la porte, après un dernier regard lancé sur Hermione et par lequel elle aurait juré qu'il n'avait pas été dupe quant à son sommeil mimé. Fatiguée des faux semblants, elle gesticula bruyamment pour se signaler.
