Chapitre 6_Jamais

Dire que pour une fois Hermione s'était trompée ! Effectivement, l'agitation qui animait les élèves était telle que personne ne faisait vraiment attention à ce qu'il se passait, trop accaparé par leurs discussions, imaginant l'un de leur futur cour clandestin dans les moindres détails ou bien attendant que Harry ait finit de parler pour lui poser une question. Enfaite, pour un club secret, ils ne faisaient pas vraiment dans la discrétion à cet instant, si bien qu'Ombrage elle-même aurait pu s'inviter sans qu'ils ne la remarquent. Oui, l'effervescence et le gout de l'interdit courraient dans les veines de tous les étudiants pour les monopoliser entièrement, enfin, presque tous. Car si l'on regardait d'un peu plus près, il n'était pas difficile de voir que deux élèves dénotaient de l'ambiance presque festive qui résidait pour une fois à la Tête de Sanglier, une jeune fille affreusement mélancolique et le garçon qui la fixait indécis sur ce qu'il devait faire. Hermione ne s'en était pas aperçue, sûrement, une fois de plus, profondément hypnotisée par ses réflexions, que Fred ne l'avait pas quitté du regard, cherchant bêtement comment lui parler pour justifier le comportement qu'il avait adopté depuis la retenue qu'ils avaient eu avec Ombrage. Et quand la jeune fille s'était éclipsée, pensant que personne ne se soucierait de son absence, le rouquin n'avait même pas hésité à la suivre, oubliant ses doutes craignant simplement que son amie ne soit en proie d'un autre malaise de tristesse, ou n'importe quoi d'autre.

Et ainsi elle s'était trompée, complètement trompée. Lui, il l'avait remarqué, lui, il la voyait, la voyait vraiment. Pour Fred, Hermione n'était pas qu'un point dans la foule, un personnage quotidien dans le décor de Poudlard, il se haïssait déjà assez que cela en soit le cas encore l'année dernière. Alors qu'aujourd'hui, c'était différent... Tellement différent qu'il avait parfois l'impression de ne remarquer qu'elle dans une pièce remplie de visages singuliers et c'était comme tout le reste, il ne savait comment se l'expliquer clairement.

Lee et George taquinaient Ginny, il leur faisait assez confiance pour embêter la cadette Weasley dans les règles de l'art, même sans lui, il était donc parti rejoindre la brune à l'extérieure dans l'indifférence totale des autres étudiants. Comme à chaque fois qu'il la voyait dans ces moments-là, Fred sentit quelque chose remuer en lui. Elle semblait hors du temps, presque paisible, terriblement angélique et belle—il fallait le dire—ainsi, son visage relevé vers le ciel, les yeux clos et quelques flocons échoués dans sa chevelure emmêlée, presque en pagaille. Ce n'était plus seulement Hermione dans ces moments-là, la meilleure amie de Ron, la préfète parfaite en toutes circonstances. Non, c'était la petite fée qui était de retour, ou alors un ange, une muse et il commençait à la considérer de plus en plus ainsi même lorsqu'elle était entourée par ses amis.

Il ne voulait que son bien. Il ne voulait que la protéger. Il voulait qu'elle puisse toujours avoir cet air calme sur le visage, la garder dans cet état presque irréel où elle semblait tout oublier mais pour cela il fallait qu'il arrête de faire l'idiot et aille s'excuser. Mais Hermione était intelligente et elle était assez futée pour comprendre que ce n'était pas un hasard s'ils ne se croisaient qu'à peine ses derniers temps alors connaissant son caractère fort, elle n'allait pas se contenter d'accepter poliment ses excuses. Par Merlin il ne savait même pas quoi dire ! Il allait se faire massacrer par une Hermione en furie, c'était obligée !

Bon.

Se calmer.

Inspirer.

Expirer.

Se lancer.

- Hermione ? Je peux te parler ?

C'était sorti d'une traite, sa voix était montée dans des aiguës ridicules qui ne lui ressemblaient guère et il ne donnait pas cher de l'état de son visage à l'heure actuelle, certainement cramoisie...il était tellement mal à l'aise qu'il se giflait mentalement pour se ressaisir, en vain. Ce n'était que Hermione enfin ! Il avait mal agit, avec maladresse, certes, mais il n'avait pas à avoir les mains aussi moites que cela ! Il devait se raisonner ! Il vit la jeune fille baisser la tête avec lenteur et planter ses yeux bruns dans les siens. Il n'y avait aucune trace d'agacement ou d'énervement sur le visage de la jeune fille, pas de colère, juste une profonde lassitude, un air éteint et fatigué ce qui n'était pas pour le rassurer.

- Qu'est-ce que tu veux, Fred ? demanda-t-elle sans conviction, presque comme si elle se moquait éperdument de la présence du garçon à ses côtés.

Le rouquin sentit instantanément son estomac se nouer. Oui, il avait eu raison d'avoir peur, c'était pire que la colère de Hermione, il n'avait même pas à faire face à son méprit, mais bien à son indifférence la plus totale ! Et cette idée d'être personne pour elle lui vrillait violemment le coeur ! Ils étaient amis, il voulait l'aider mais s'il continuait à agir de la sorte, il allait juste la perdre et finalement ce serait lui, Fred Weasley, qui deviendrait un point dans la foule de Poudlard pour Hermione Granger. Il ne voulait pas de ça, de cet éloignement dont il était le responsable, mais il ne savait pas comment justifier sa conduite des dernières semaines, il ne savait même pas comment s'excuser correctement, ou juste exprimer clairement une raison, car lui-même ne parvenait pas a en trouver une seule de réellement cohérente. C'était officiel, Ron l'avait contaminé, il était devenu un idiot ! Et un idiot en panique !

- Je suis désolé ! s'écria-t-il précipitamment cessant brutalement de réfléchir à tous ce qu'il pourrait lui dire d'autre, si la jeune fille avait décidé de ne plus jamais lui parler cela ne servirait de toutes façons à rien.

Ses iris imploraient pitoyablement Hermione tandis qu'il brulait de savoir si la jeune fille allait lui accorder son pardon dans un silence presque glacial, seulement entrecoupée par le bruit de la foule au loin, dans l'allée principale. Un silence qui s'étira un long moment, laissant monter lentement la pression chez le rouquin.

- Oh, finit par faire la jeune fille après ce qui sembla être une éternité à Fred. Pour quelle raison ? demanda-t-elle en replaçant une mèche folle derrière son oreille gauche.

Fred se retint d'hoqueter de surprise. Comment cela "pour quelle raison ?", il n'allait quand même pas croire qu'elle ne s'était aperçue de rien ! Même George s'en était rendu compte et puis, il le sentait, cet éloignement, la tension qui montait entre eux quand ils finissaient finalement par se croiser au détour d'un couloir ou dans la salle commune. Elle ne pouvait pas ignorer de quoi il parlait, elle ne pouvait qu'en faire exprès, sûrement pour une raison qui échappait encore au rouquin et si c'était le cas, cela signifiait que cette façade n'était que le calme avant la tempête. Il leva finalement un sourcil soupçonneux, il n'avait pas besoin de parler, sa question mouette se lisait sur son visage. La brune le considéra quelques secondes avant de secouer la tête de gauche à droite avec dépit.

- Oui, répondit-elle enfin, pour quelle raison ? Je veux dire, ce n'est pas comme si on était amis, je le sais bien...

Fred regardait la tristesse s'échapper de la jeune fille pour se répandre jusqu'à son propre coeur, se sentant plus misérable que jamais, tout aussi blessé qu'elle l'était par ces simples mots. Et si finalement il s'était trompé, s'ils n'avaient jamais été amis comme il le croyait ? S'ils ne représentaient rien de particulier l'un pour l'autre en réalité ? Il était un idiot en panique et pitoyablement lamentable...

- Oui, continua-t-elle en élevant un peu la voix, et puis, qui se soucie de Hermione Granger ? Ce n'est pas comme si j'étais quelqu'un d'important après tout, une orpheline née moldu comme une autre !

L'abattement que ressentait Fred était croissant à mesure que la brune commençait à s'énerver, débitant des paroles qui le poignardait de plus en plus.

- Ou peut-être que tu es désolé pour moi, car je suis aussi stupide. Une belle petite idiote même ! s'écria-t-elle avec un accent frustré dans la voix. C'est vrai, comment j'ai pu croire que je pouvais compter sur toi plus que sur tous les autres ? Je..., elle se stoppa, baissa la tête en laissant sa voix mourir dans quelques derniers murmures. Je croyais que toi, tu pouvais comprendre... et je n'ai jamais su pourquoi. Je pouvais te parler... j'arrivais à te parler de... de tout ça..., elle releva finalement les yeux vers lui, accaparant son regard encore une fois. Je ne sais pas pourquoi je te faisais confiance, peut-être que tu as juste étais là au bon moment et que tu as dit ce qu'il fallait, mais c'est un fait : je te faisais confiance. Et toi aussi tu es parti. Alors le mieux serait peut-être de tout reprendre comme avant, quand je ne te faisais pas confiance pour autre chose que te comporter comme un crétin. Au revoir, Fred.

Le garçon ne réagit pas, il était incapable de bouger, incapable de parler, de respirer. La voix brisée de la jeune fille n'avait laissé place qu'à un bourdonnement désagréable aux creux de ses oreilles, et la douleur qu'elle lui avait infligé était nouvelle, pire qu'il n'aurait jamais pu envisagé. Ses yeux restaient fixés sur la silhouette de Hermione, lui faisant dos, marchant d'un pas vif certainement pour rentrer à Poudlard. C'était une vision apocalyptique de la voir s'éloigner de lui ainsi, une vision dont il parvenait bien malgré lui à capter les moindres détails, ses cheveux qui rebondissaient au fil de ses pas, sa démarche déterminée, légèrement chancelante... Oui, vraiment, c'était l'apocalypse qui s'invitait en lui quand il la voyait comme ça. Il ne supportait déjà plus la distance dont il était l'entier responsable, alors il était impensable qu'il puisse jouer le rôle de celui qui ne savait rien, qui ne l'avait pas connue.

Certainement, s'il avait eu un semblant de raison, il aurait comprit pourquoi la jeune fille agissait de la sorte. Il aurait saisit dès lors le danger de se rapprocher de la brune, comment tout allait se compliquer, que cela ne pourrait sûrement pas avoir d'issue heureuse au vue du bazar qui régnait dans son cerveau s'il ne faisait ne serait-ce que de penser à elle, d'autant plus si on rajoutait celui de Hermione. Ce n'était pas possible, ça ne rimait à rien.

Mais il était Fred Weasley, et aujourd'hui, il savait qu'il était entrain de devenir stupide, d'une stupidité affligeante qui ne le serait que plus s'il laissait Hermione partir maintenant. Peut-être qu'il ne parvenait pas encore à l'expliquer mais il sentait ses entrailles se déchirer à chaque nouveau pas de la brune, il sentait que c'était ce qu'il devait faire. C'était une pulsion au plus profond de lui qui lui intimait de courir à sa poursuite et il ne pensa même pas à ne pas l'écouter.

Il était idiot, il voulait Hermione.

Il ne fallut pas beaucoup de temps à Fred pour rattraper la brune, il l'avait rejoint en quelques foulées et lui pressa la main pour l'arrêter. Hermione se retira vivement de sa prise, des larmes humidifiant ses yeux, une expression tourmentée tirant ses traits lorsqu'elle lui fit face.

- Laisse moi, s'il-te-plait... le combattit-elle péniblement ravalant ses sanglots.

Toujours trop impuissant pour parler, le rouquin se contenta de secouer la tête en signe de négation, le regard brulant. Puis, suivant encore une fois son instinct, il se jeta au cou de Hermione pour l'enlacer désespérément et il laissa échapper un soupire de soulagement en sentant enfin les bras de la jeune fille le serrer à son tour. Peut importe tout ce qu'elle avait dit, il savait qu'il subsistait en elle une infime partie qui voulait toujours de lui dans sa vie, une partie qui serait prête à lui pardonner.

- Si tu savais seulement comment je m'en veux, murmura-t-il finalement le nez perdu dans les cheveux bouclés de Hermione.

- Pourquoi ? coassa-t-elle en retour.

Fred se redressa—car il fallait dire qu'il était bien plus grand qu'elle—et s'éloigna pour la contempler, un curieux sentiment au fond de son coeur qui semblait presque être de la joie.

- Je ne pense pas en être bien sûr pour l'instant...enfin je crois..., essaya-t-il d'expliquer se sentant prêt à retomber dans le flot de ses pensées torturées ou alors happé par la vision de la jeune fille sous ses yeux, il ne savait plus trop.

C'était à lui de parler, il le savait, s'il ne trouvait pas les bons mots tout resterait dans cette situation où ils étaient si éloignés l'un de l'autre sans que rien ne change. Tout resterait brisé... Mais que dire, tout avouer ? Son aversion pour la marque qu'il avait vu, le chamboulement en lui quand elle s'approchait de lui...mettre des mots sur l'incompréhensible, l'inexplicable... Ou inventer autre chose, trouver une excuse bidon, une raison extérieure, un prétexte logique ? Aucune de ces deux options ne le satisfaisait réellement et il n'avait pas vraiment le temps d'approfondir la question.

- Il y a cette chose..., balbutia-t-il péniblement, emprisonné par ses yeux puisqu'il y avait complètement sombré... Je ne sais pas encore quel nom ça a ou ce que c'est...mais c'est ce qui fait que je n'arrive pas à voir ça, dit-il en lui attrapant la main, plus doucement cette fois, une grimace naquit lorsque ces doigts effleurèrent la cicatrice disgracieuse.

Hermione ouvrit la bouche, déjà prête à répliquer, ou du moins c'est ce qu'elle croyait mais Fred poursuivit sans même le remarquer. Maintenant qu'il avait commencé à parler, il sentait qu'il devait continuer, faire machine arrière lui paraissait même pas envisageable. La force qui l'avait poussé à rattraper la brune l'habitait toujours.

- Je ne suis pas sûr de pouvoir supporter qu'il t'arrive quelque chose et Merlin, qu'est-ce que ça m'effraye !

Fred baissa la tête, se sentant presque honteux de ce qu'il venait de dire, comprenant lentement la signification de ses mots. L'adrénaline venait de le quitter précipitamment et il venait certainement de se ridiculiser, Hermione ne devait pas avoir comprit grand chose ou alors du peu de ce qu'elle avait comprit elle devait n'avoir envie que de le fuir.

- Alors ne...ne recommence jamais, chuchota-t-elle en s'approchant de nouveau de lui. Promets moi de ne plus m'abandonner...jamais...

Hermione reprit sa place entre ses bras, comme s'ils ne s'étaient même pas séparés. Ils restèrent enlacés longtemps, la bouche de Fred vint trouver sa place dans un baisé sur le front de la brune avec un naturel déconcertant.

- Jamais, répéta-t-il en s'éloignant finalement à regret