Chers lecteurs,
Déjà, d'une, c'est trop bien ! Vous me faites rire. J'adore vous lire. Vraiment. Ce ne sont pas des paroles en l'air. Et oui. Je ponctue mes phrases à outrance pour donner un aspect solennel à la chose. Mais merci. Vraiment.
Ensuite : je ne sais pas vous, mais moi le confinement, hein, voilà quoi. J'espère que mon éloquence vous aura marqués.
Portez-vous bien, préparez-vous bien pour la chasse aux œufs, on se retrouve lundi (un jour férié ! Chouette, on va pouvoir rester chez nous !),
Al
PS : réponse à Katymyny : merci pour tes longs commentaires (j'ai vu tu t'es lâchée aussi sur le testament de voldy, ça fait plizir de même !) et tes compliments ! à mon avis la parano de maugrey ne s'arrangera pas s'il commence à prendre autre chose que son alcool à la goyave (j'adore ce mot, je le trouve poétique à entendre et à écrire, tout le charme est dans l'y) je ne sais pas siffloter et lever les yeux au ciel en même temps. crâneuse.
« Déclinez vos nom, prénom, maison, âge.
- Diggory, vous connaissez sûrement mon père, Amos Diggory, il travaille au Ministère, Cedric, vous savez j'étudie le droit sorcier, et je sais que vous n'avez pas le droit de m'interroger sans mandat, Poufsouffle, bien que je n'y sois plus depuis deux ans, mais Poufsouffle choisi, Poufsouffle à vie, 19 ans, c'est-à-dire que je suis majeur, donc j'ai toute latitude pour vous lancer un sort si vous me menacez. Que faites-vous dans ma chambre ? »
Le jeune homme était beau garçon, Maugrey devait le reconnaître.
« C'est moi qui pose les questions, beau gosse, maugréa-t-il. T'es souvent à Poudlard ?
- Non, pas plus que ça. »
Mensonge. Mensonge à plein nez.
Maugrey haussa le ton :
« Ah bon ? Et Dormeur qui te sert de copine ? Et cet escogriffe qui te fournit en herba Racouda ? Et la Bibine qui continue à t'entraîner ? Tu te fous de moi ? »
Diggory ferma les yeux et son visage prit une expression douloureuse.
« Comment vous savez pour l'herba Racouda ?
- J'ai mes sources.
- C'est trop la honte. »
Le silence se fit. Maugrey attendit. Il sentait que l'ex-Poufsouffle était comme les goyaves qu'il glissait dans son requinquant : presque mûr.
Et, comme prévu, l'autre reprit dans un murmure :
« Vous savez d'où vient l'expression se chier dessus de peur ? »
Maugrey ne put retenir un violent sursaut. Un tel mot, dans la bouche d'un Poufsouffle si propre sur lui ?
Ex-Poufsouffle. C'était peut-être là la différence.
Diggory avait remarqué sa surprise et continuait :
« De la peur. Cette nuit-là, dans le cimetière, cette nuit où Peter Pettigrow a mal visé, parce qu'il a toujours été nul en sortilèges, je n'ai eu la vie sauve que parce que le putain de bras droit de Vous-savez-qui est pas foutu de lancer un Avada correctement. Depuis, je chie dans mon froc toutes les nuits.
- J'ai pas envie de savoir, coupa Maugrey – légèrement écœuré d'entendre des mots pareils dans la bouche d'un playboy.
- C'est vous qui avez posé la question, ayez le courage d'écouter la réponse, répliqua Diggory, piqué au vif. J'ai eu si peur cette nuit-là que, chaque nuit, dans mes cauchemars, je revis ce moment-là, ce moment où j'ai failli mourir. Alors oui, je consomme de l'herba Racouda pour pallier mon incontinence. C'est efficace. Je n'ai pas le choix. Et c'est plus glamour que de porter des couches. »
Imaginer ce beau gosse de Diggory porter des couches était déconcertant, en effet.
« Miss Chang connaît cette facette de vous ?
- Bien sûr que oui, cracha Diggory. Elle accepte tout de moi. »
Encore cette odeur de mensonge.
« Vraiment ? Et vous ne pensez pas qu'elle ait pu un jour avoir une attirance pour quelqu'un d'autre ? C'est bien pour ça que vous êtes resté dans le coin, non ? Vous craigniez un concurrent à Poudlard ?
- Cho n'aime pas les gamins.
- Je ne pensais pas à un élève. »
Les paupières de Diggory s'étrécirent. Maugrey sut qu'il avait tapé juste. Il se leva et revint à l'armoire de la cuisine. Il trifouilla dans les placards, à la recherche de thé. Il vit un pot en verre sur lequel était inscrit : Herba Racouda.
La voix de Diggory s'éleva dans son dos :
« Cho ne m'a jamais trompé. Elle a des fantasmes, on en a parlé, notamment sur cet acteur moldu, Alan Rickman, qu'elle trouve sexy et charmant. Mais ça reste de l'ordre du fantasme. »
Pas étonnant que la demoiselle se soit trouvé d'autres hommes sur qui rêver. Chang devait être légèrement déçue par la déchéance de son amoureux. Vu le sex appeal de Cedric Diggory,ancien champion du Tournoi des trois sorciers, pardon, quatre sorciers, elle avait dû avoir du mal à le décrocher. Elle était maintenant coincée avec lui, sans pouvoir le larguer une fois traumatisé, parce qu'elle serait passée pour une moins que rien.
« Alan Rickman… Vous auriez des photos à me montrer, de cet… ce monsieur ?
- Pas besoin de photo. C'est le portrait craché de Rogue. »
Ah ben tiens ! Le voilà, le lien ! Chang avait des vues sur Rogue ! Elle aurait pu profiter des couloirs vides pour cause de confinement pour aller discuter de vive voix, en tête à tête, avec l'objet de ses fantasmes.
Les femmes sont tordues, je vous le dis.
« Jeune homme, je crois que j'en ai fini avec mes questions. Je me dois de vous le demander, même si vous ne me semblez pas impliqué dans l'affaire qui nous concerne, vous respectez bien le confinement ? Vous n'êtes pas allé à Poudlard ?
- La dernière fois que j'y suis allé, c'était il y a trois semaines. Avant le confinement.
- Et pour les herbes que vous achetez à Londubat ?
- Livraison par hibou. Très pratique. »
Pas bête.
« Vous faites de même avec Chang ? Je suppose que vous ne pouvez pas vous envoyer vous-même par hibou. »
Diggory grimaça. Maugrey attendit de nouveau, certain qu'il allait avouer. Et, en effet, quelques instants plus tard, l'air penaud :
« Bon, je sais que c'est pas bien, mais avec Cho, nous avions l'habitude de nous voir.
- Pendant le confinement ?
- Je la retrouvais sous le saule cogneur. Il suffit de presser une racine pour qu'il ne nous agresse pas. »
Ce fut au tour de Maugrey de grimacer, et avec lui, c'était tout de suite beaucoup plus effrayant :
« Vous bravez le confinement pour une amourette de collège ? Vous savez que vous risquez de répandre le virus ?
- Mais on a arrêté, hein ?, s'exclama Diggory. Elle m'a dit qu'il fallait obéir, qu'on risquait de se faire attraper ! Ça fait bien trois jours que je ne l'ai pas vue ! Je suis resté chez moi, parole ! »
Beau Gosse semblait sincère. Ses yeux étaient presque larmoyants.
« Je vous crois. »
Maugrey se leva, Diggory l'imita.
« Nous en avons fini.
- Je vous raccompagne. » répondit Beau gosse, affable.
Il le guida jusqu'à l'entrée. Et au moment de fermer la porte, Maugrey la vit. La veste de Cedric Diggory.
« Excusez-moi, le professeur Bibine m'a dit que vous étiez le possesseur d'un magnifique Nimbus de collection. J'ai toujours été fan de balai. Je peux le voir ?
- Bien entendu, je vais vous le chercher. »
Diggory disparut dans un plop et réapparut, le balai entre les mains. Maugrey le saisit et l'examina avidement en comparant les brins du balai, la maniabilité, l'assise.
Puis il quitta l'appartement de Diggory à Pré-au-Lard, convaincu de deux choses.
Première chose : Cedric Diggory était très bon menteur. Parce qu'il était bien sorti la veille, contrairement à ce qu'il avait affirmé. Sa veste était humide, son balai à peine sec. Diggory était sorti faire un tour à balai, pendant la nuit, sûrement entre trois heures et cinq heures du matin, et s'était pris l'orage sur la figure.
Deuxième chose : le pot d'herba était presque vide, alors que Diggory avait refait le plein quatre jours avant. Maugrey était donc certain que l'herba Racouda qui infusait dans la théière de Rogue provenait de la réserve de Diggory.
OoO
« Ma chère Pomfresh, ça se complique.
- Dites-moi, Alastor, je vous avoue que ça me change les idées. Depuis le confinement, j'ai beaucoup moins de blessés à soigner.
- Vous en aviez régulièrement ?
- Entre les blessures de Quidditch et les victimes des croche-pattes réguliers de Drago Malefoy, je ne m'ennuyais pas. Vous êtes une bonne source de distraction. »
Maugrey ricana à cette mention malefoyenne. Les Mangemorts ne font pas des Aurors, comme dit l'adage populaire. Il s'allongea plus confortablement sur le lit et se mit à faire le point :
« Rogue est mort. Mes deux suspects sont deux Serdaigle, l'une allumée par le manque de sommeil, l'autre naturellement. Mais y a des trucs me chiffonnent.
- Dites voir.
- D'abord, même si la culpabilité de Lovegood est avérée, puisqu'elle a reconnu elle-même ses actes, il y a un problème de déplacement de cadavre : elle l'a tué dans son lit, or on l'a retrouvé dans son fauteuil. Elle ne peut pas avoir menti, l'inscription d'exorcisme se trouve bien dans la chambre. Ce qui m'amène au deuxième problème : les autres personnes que j'ai pu interroger me cachent des choses, elles aussi. Londubat et Diggory m'ont menti, et alors que je ne les aurais jamais suspectés, voilà qu'ils me tentent. »
Pomfresh ricana :
« Vous êtes dans une école de magie. Tout le monde a toujours quelque chose à cacher. »
Elle lui lança un sac.
« Qu'est-ce que c'est ?
- Les effets personnels de Rogue. Enfin, les trucs qu'on a retrouvés sur son corps. Les vêtements sont entre les mains de Winky pour qu'elle les recouse avant de vous les repasser.
- Les recouse ?
- Je les ai découpés pour voir le corps dans son ensemble. »
Après tout, Pomfresh connaissait son métier, bien qu'il consiste normalement en soins et non pas en médecine légiste.
Maugrey ouvrit le sac. Il contenait pêle-mêle un couteau-suisse sorcier, un sachet de bonbons au citron aux trois quarts vide, un portefeuille contenant un peu de monnaie, un passeport moldu et une photo d'un enfant blond et pâlichon avec ses parents, Lucius et Narcissa Malefoy, que Maugrey connaissait bien pour avoir essayé maintes fois de les coincer derrière les barreaux.
« Engeance de pourriture… Les Mangemorts sont amis entre eux, à ce que je vois. »
Mais, après tout, s'il y avait bien quelqu'un qui devait en connaître un peu sur Severus Rogue, ça devait être ce blondinet de pacotille. S'il se retrouvait dans son portefeuille, c'est peut-être qu'il était plus proche que prévu du sombre et mystérieux maître des potions.
« Et le petit Malefoy, c'est quoi, comme genre ?
- Du genre sérieux, répondit Pomfresh en ôtant ses gants en latex. Bosseur, loyal, fidèle.
- Le gendre idéal, en somme.
- Il est aussi extrêmement raciste et abominablement misogyne. J'ai vu Miss Parkinson lui mettre une gifle à la moldue pour une parole qu'elle jugeait déplacée. Les professeurs lui ont bien entendu donné raison.
- À Malefoy ?, demanda Maugrey – après tout, la violence physique était sévèrement réprimandée.
- À Miss Parkinson, répondit Poomfresh – la violence verbale devait l'être plus.
- Ça va pas être facile de trouver une femme dans ces conditions-là, gloussa-t-il. D'habitude, dans ces milieux-là, on a au moins la décence de taire les réflexions sexistes tant qu'on a pas trouvé fourreau à sa baguette.
- Je ne crois pas que ce soit ce qu'il recherche. »
Maugrey haussa un sourcil. Devait-il comprendre ce que Pomfresh essayait de lui faire comprendre ?
D'un autre côté, qu'en avait-il à faire des amours adolescentes de Malefoy ?
Il avait suffisamment à faire : un cadavre sur les bras, et son enquête n'avançait pas.
« Et les habits de Rogue ? Vous savez quand je pourrai les récupérer ?
- Pas du tout, mais là, je pense qu'il y a plus urgent ! » nota Pomfresh, sa voix couverte par un grondement de mauvais augure.
Il jeta un coup d'œil à sa montre : treize heures et quart ! Pas étonnant qu'il ait faim !
« Bon. Je commence à avoir la dalle, moi.
- À cause du confinement, l'accès à la Grande salle est interdit. Les repas sont servis dans les dortoirs.
- Dommage. »
Voir tous les coupables potentiels dans une même salle aurait arrangé ses affaires, mais bon, on ne pouvait pas décider du destin.
« Un elfe est passé quand vous étiez chez Diggory pour vous dire qu'Albus vous invite à déjeuner. Tant que vous gardez une distance de sécurité d'un mètre avec lui, je ne m'oppose pas à ce que vous le voyiez. »
Maugrey soupira, soulagé. Il était acquis qu'on mangeait très bien dans le bureau du directeur.
« Et surtout, lavez-vous bien les mains. »
Maugrey acquiesça, rafla le sac contenant les affaires de Rogue. Pour faire patienter son estomac, il goba un bonbon au citron dans le sac et quitta l'infirmerie en promettant à Pomfresh de revenir pour prendre un Irish coffee avec elle.
C'est en sentant l'acidité du bonbon fondant sous sa langue qu'il y repensa.
Lovegood. Elle lui avait dit que le directeur n'avait pas pris de bonbon au citron ce matin-là. Or Rogue possédait des bonbons au citron.
Finalement, l'invitation dans le bureau d'Albus Dumbledore tombait à point.
