Chapitre 7 - Gemino

- Ah, Miss Granger ! s'exalta McGonagall, s'avançant vers elle, un sourire reconnaissant et radieux figé sur son visage pourtant have.

- Bonjour professeur.

- Je suis heureuse de vous voir enfin éveillée. J'ai rabroué Horace Slughorn quand, sortant du conduit sous le Saule Cogneur, il s'est ridiculement extasié pour venter votre intelligence, votre héroïsme et votre juste place dans la maison Gryffondor. Je ne parviendrai jamais au dixième de son expansion, mais je dois vous avouer que c'est bien la première fois que je retrouve tant de bravoure et de sang froid, chez un élève de Poudlard. Cela ne me surprend pas de votre part.

Elle ponctua sa phase en tapotant le dos de sa main, ses yeux turquoises étincelant d'une émotion mal contenue. Hermione eut un sourire qui mêlait gêne et fierté.

- Merci professeur, répondit-elle, rougissante.

Au même instant, Kreattur, l'elfe de maison des Black, qui officiait à présent dans les cuisines de Poudlard, transplana au centre de la pièce et s'inclina immédiatement, le nez à terre. Il lui présentant un gigantesque plateau de petit déjeuner comprenant haricots, pudding, tarte à la mélasse, oeufs pochés, haggis, lard grillé, toasts frais, toasts roussis, jambon blanc, fromages, marmelades et quelques jus divers qu'Hermione ne reconnut pas.

- Kreattur a tenu à vous apporter votre déjeuner en personne ce matin, Madame. Kreattur a été blessé lui aussi - elle remarqua son œil à peine ouvert tant il restait contusionné - aussi n'a-t-il pas pu se remettre au travail avant aujourd'hui.

- C'est adorable de ta part, Kreattur, mais tu devrais prendre du repos... Je vais demander à... Ah ! Harry !

Harry, suivi de Ron et Ginny, venait d'apparaître derrière le professeur McGonagall.

- Harry, je pense que tu pourrais demander à ce pauvre Kreattur de rester un moment au Square Grimmaurd...

Ginny vint étreindre Hermione pendant que son frère restait en retrait, la saluant d'un geste.

- Kreattur, Hermione a raison. J'ai besoin que quelqu'un soit présent au 12, square Grimmaurd. Surtout, prends soin de toi.

- Bien Monsieur, Monsieur est digne des Black, Monsieur peut refaire appel à moi comme bon lui semble.

Après une nouvelle révérence face contre terre, il se volatilisa.

- Potter, Weasley, vous tombez bien. Il a été décidé d'annuler l'année scolaire précédente, pour des raisons qui me paraissent évidentes. Je voulais donc évoquer avec vous trois - car pour vous, Miss Weasley, ce sera plutôt pour l'an prochain - vos souhaits d'orientation en septième année. Allons-y...

- Si vous le permettez, professeur, je me ferai l'avocat de Mr Weasley ici présent.

Fred avait brutalement surgi à côté de McGonagall qui sursauta avec fracas et manqua de glisser de sa chaise.

- Ah ! Bonté divine, ne refaites plus jamais cela, Weasley !

Une main sur la poitrine, elle expira bruyamment.

- Mrs Pomfresh m'avait prévenue du prolongement de votre scolarité à Poudlard, je compte sur vous pour qu'il se fasse dans le... respect le plus scrupuleux des... règles de l'école.

Elle se racla la gorge, mesurant la stérilité de ses paroles.

- En échange de votre... coopération, j'ai une proposition honnête à vous faire : nous avons besoin d'un commentateur de Quidditch digne de ce nom pour les matches à venir.

Le visage de Fred s'illumina et ses contours devinrent plus précis.

- Voilà une riche idée, professeur ! rugit-il.

- Pas de promotion pour les Farces pour Sorciers Facetieux, le menaça-t-elle, doigt levé.

Fred fit mine d'hésiter.

- Vous pouvez compter sur moi.

- Parlant Quidditch, Mr Potter, reprendrez-vous le poste de capitaine ?

Un vague sourire se dessina sur les lèvres de Harry. Le quidditch, l'insouciance de Poudlard, tout semblait lui avoir échappé durant cette année passée dans l'errance.

- Je ne préfère pas, professeur. Les ASPICs...

Hermione affichait une mine radieuse. Sa pédagogie et son insistance pour pousser les garçons au sérieux avait peut-être définitivement porté ses fruits.

- Les ASPICs demandent beaucoup d'investissement, je ne voudrais surtout pas rater les sélections du bureau des Aurors... Mais peut-être que Ginny...

Les yeux de Ginny étaient ronds comme deux vifs d'Or.

- Enfin, je me disais que...

- D'accord, conclut-elle, mais à condition que tu conserves ton poste d'attrapeur. Je ne veux pas avoir à faire de sélections.

Harry réfléchit un moment et finit par accepter. Joyeusement, le professeur McGonagall griffonna sur son carnet.

- J'espère que tu resteras dans les anneaux, Ron, je n'ai pas envie de devoir gérer une nouvelle candidature de Cormac...

- En fait, je...

Ron était mal à l'aise. Ses mains n'avaient jamais creusé aussi profondément dans ses poches et son visage avait coulé dans ses épaules. Il était négligemment appuyé sur la table de nuit partagée entre les deux lits et, du bout pied, traçait des formes indéfinies sur les dalles de pierre. Sa gêne attira l'attention de tous. Il finit par lever un visage cramoisi.

- Je ne resterai pas à Poudlard, l'an prochain.

L'exclamation de Ginny resta silencieuse. Harry, lui, l'observa avec étonnement et compréhension mêlés. Minerva McGonagall n'afficha aucune expression et Fred parut se remplir de fierté.

- Ron ! le sermonna Hermione, éberluée.

- Ca va, ça va ! George m'a proposé de travailler au chemin de Traverse pendant un moment, quand j'aurai assez d'argent, j'irai voir Charlie en Roumanie, puis pour la suite, je verrai. Je ne veux pas passer les ASPICs. Je n'ai pas envie de rester à Poudlard, je ne veux pas être Auror ou avoir un poste au Ministère, voilà. Désolé de vous décevoir.

Le regard qu'il lui avait lancé à la dérobée ne trompa pas Hermione et elle se sentit, soudain, à la fois coupable et révoltée.

- Entendu, conclut McGonagall.

- Miss Granger, vos souhaits pour les ASPICs.

- Euh... Arithmancie, astronomie, botanique, étude des runes, métamorphoses, sortilèges, potions et défense contre les forces du mal. J'aimerais viser un poste au Département de Justice Magique, peu importe lequel.

- Eh bien, tu ne vas pas t'ennuyer, Hermione, on se revoit en juin prochain ? plaisanta Ginny.

- Je n'en espérais pas moins. Mr Potter ? poursuivit McGonagall.

Harry réfléchit un moment lui aussi, uniquement pour rassembler dans son esprit les ASPICs nécessaires à la poursuite d'un cursus d'Auror.

- Potions, botanique, métamorphoses, sortilèges et défense contre les forces du mal.

- Bien. Commencez à penser au contenu de votre Mémoire Magique. Par ailleurs, vous avez tous les deux pointé la défense contre les forces du mal. Si vous êtes d'accord, je proposerai au conseil d'administration de vous accorder d'office cet ASPIC avec une note maximale. Ce sera valable pour vous également, Mr Weasley.

Ron haussa les épaules, jouant avec le tiroir de la petite commode, jusqu'à l'ouvrir complètement. Seule Hermione, qui l'observait avec agacement, remarqua alors son étonnement. Autour d'eux, les conversations avaient repris, sur fond d'emplois du temps et de Quidditch.

- Si tu veux fouiller dans mes placard, c'est aussi permis, Ronald Weasley, le sermonna-t-elle à voix basse.

- Non mais, ce n'est pas du tout ce que...

- ...que vous assuriez les cours de défense contre les forces du mal.

Ron s'était interrompu en captant le contenu de la déclaration du professeur McGonagall.

- Désolée, j'ai peur de ne pas avoir saisi ? lança Hermione, incrédule.

- Je signalais à Mr Potter que, le professeur Rogue ayant décidé de ne pas reprendre son poste, ni au directorat ni en cours, avant l'année prochaine, si aucun candidat ne propose un profil valable - et nous allons être scrupuleux sur la sélection-, il serait envisageable que vous assuriez les cours de défense contre les forces du mal. Mr Potter, et vous, Miss Granger.

- Le conseil d'administration ne validera jamais cette proposition, s'exclama Hermione.

- Je l'appuierai, conclut-elle, lui lançant un regard déterminé par-dessus ses lunettes. Miss Granger, vous pourrez quitter l'infirmerie aujourd'hui. En revanche, le professeur Rogue souhaiterait vous voir, vous comme Mr Potter, dans son bureau au plus tôt. Je vous laisse vous organiser.

Sur ces déclarations en formes de montagnes russes, tous sortirent, donnant rendez-vous à Hermione dans la Grande Salle pour le dernier repas de l'année à Poudlard. Enfin, elle réalisait les multiples aspects de la situation : Voldemort avait disparu, elle avait sauvé Severus Rogue d'une mort certaine, elle allait pouvoir libérer ses parents du sort de faux souvenirs qu'elle leur avait lancé, il allait également falloir discuter avec Ron pour tenter de reconquérir un ami, la Baguette de Sureau n'était pas détruite et menaçait Harry, un poste de professeur l'attendait à la rentrée à Poudlard, ils devraient préparer des cours. Réfléchissant à tous ces points à la fois, elle vidait l'armoire qui avait été garnie de ses affaires et fit le tour de la pièce pour s'assurer de ne rien oublier. Elle aperçut Mrs Pomfresh à son bureau et, à ses pieds, une caisse entrouverte qui laissait sourdre une lueur bleutée. Son cœur s'emballa : les souvenirs de Rogue.

- Miss Granger, voulez-vous bien venir signer le registre de sortie ?

Hermione entra dans l'office et s'exécuta, obsédée soudainement par la nécessité presque inexpliquée de récupérer le contenu du coffre qu'elle avait aperçu. De retour dans l'infirmerie, Fred, était là : la solution.

- Fred, ne me pose pas de question, j'ai besoin que tu attires Mrs Pomfresh dans le couloir juste quelques minutes. S'il te plaît.

- A peine soulagée par ma non mort, tu m'utilises déjà !

- S'il te plaît, Fred, supplia-t-elle.

- D'accord, mais tu me devras un service, rétorqua-t-il, faisant mine de noter une information capitale sur un carnet invisible.

Et il se volatilisa. Un instant plus tard, un vacarme roula depuis le couloir, la voix de Minerva McGonagall hurlant des morts incompréhensibles au milieu desquels on pouvait percevoir des "Poppy" plus ou moins éraillés. Mrs Pomfresh se précipita hors de son office et Hermione attendit que la porte claque pour s'avancer à sa place. Sans une seconde d'hésitation, elle lança :

- Gemino.

Une deuxième caisse, exactement identique à la première, apparut sous le bureau. Hermione examina la copie : le coffre et son contenu étaient scrupuleusement identiques à leurs modèles. Évidemment, les souvenirs étaient factices : gemino n'avait pas la capacité de conserver les propriétés magiques des objets auxquels il était appliqué. Elle s'empara finalement de l'original pour le fourrer sans ménagement dans son sac de perles. Son subterfuge accompli, elle se saisit de son sac à dos et se dirigea vers la sortie, croisant dans le couloir le chemin d'une Mrs Pomfresh excédée.

- Ça ne va pas pouvoir continuer comme ça, Peeves, d'abord, et maintenant Fred Weasley... à jamais !

Hermione pouffa de rire et entreprit, enfin, de rejoindre la Grande Salle, où tous étaient attablés.