Chers lecteurs,

J'espère que la chasse aux œufs a été bonne. La chasse aux indices continue.
Continuez à me faire rire, ça fait du bien ! Et bienvenue aux nouveaux poursuiveurs de cette partie de Cluedo !
Portez-vous bien, surveillez votre consommation de café, à mercredi,

Al

PS : ze réponse pour Katymyny : toujours un plyzyr de te lire, mais il faut vraiment que tu arrêtes la consommation de goyave, c'est dangereux pour la santé. la comparaison avec gilderoy est fort intéressante, je n'y avais pas pensé, mais en effet, y a un air de ressemblance. peut-être que diggory est le fils caché de lockhart. tiens, ça donne des idées... merci pour ta review !


« Déclinez vos nom, prénom, maison, âge.

- Dumbledore, Albus Perceval Wulfric Brian – et oui, j'ai un peu honte de m'appeler Wulfric, ça sonne tellement barbare et si peu anglais ! Mais après tout, ça rime avec Godric – ancien Gryffondor, mais j'aime me définir comme toutes maisons confondues, ou plutôt, ma maison c'est Poudlard tout entier, et voyons, mon âge ? Alastor, il me semblait que nous en avions fini avec ces questions absurdes. Vous savez bien que je ne me ferai pas vulgairement remplacer par un Mangemort qui oserait défier le confinement.

- Vigilance constante. »

Maugrey entra dans le bureau de Dumbledore. Depuis qu'il y avait repris ses esprits, deux ans auparavant, après avoir été séquestré pendant huit mois dans une malle, l'endroit n'avait guère changé. Les tableaux chuchotaient, un délicat fumet se dégageait des assiettes posées sur le bureau. Albus, impérial, trônait sur son large fauteuil rembourré par du duvet d'hippogriffe.

« Merci beaucoup pour l'invitation, Albus. J'en suis honoré.

- C'est moi qui suis honoré par votre présence, répondit malicieusement le directeur de Poudlard. Je vous en prie, prenez place. »

Maugrey s'installa.

« J'ai fait monter pour vous mon meilleur vin. »

Le vieil homme connaissait son hôte. Maugrey ne résistait jamais à un bon vin.

Avant que l'alcool ne lui fasse perdre ses moyens, il décida de chercher les changements éventuels qui avaient pu avoir lieu dans le bureau du directeur.

À part une vitrine vide qui devait contenir l'épée de Godric Gryffondor, sûrement absente pour raison de nettoyage printanier par un elfe zélé, et un coussin qui perdait ses plumes, rien ne semblait avoir changé. L'étagère d'ébène était toujours surmontée par la tête de basilic, aux yeux fort heureusement clos, dans son bocal de formol.

« Il me semblait que la bête avait tous ses crochets, la dernière fois que je l'ai vue, nota Maugrey. Elle a dû passer chez le dentiste.

- Vous parlez de Fred ?

- Weasley ?

- Le basilic. Frederick le basilic. Encore un nom en ic. Que voulez-vous, j'ai cédé. J'adore les rimes de mauvais goût, blagua Dumbledore. Vous savez, Fred ne m'est utile que quand je lui ouvre les paupières, pour pétrifier ou tuer mes ennemis. Je n'ai jamais fait attention au nombre de ses crocs, je n'en ai pas besoin. Harry ne m'aura pas tout ramené de la Chambre des Secrets, voilà tout. Ou alors un crochet sera resté coincé dans le journal de Tom Jedusor, vous vous souvenez ? Je vous en avais parlé. »

Maugrey soupira. Il était quasi certain que la bête avait tous ses crochets. La gueule édentée le perturbait. Mais la première gorgée d'alcool lui nettoya les idées aussi rapidement que l'écorce de saule blanc annihile le mal de crâne.

Ils discutèrent de choses et d'autres tout en déjeunant. Albus avait une conversation agréable qui vint à bout des réticences initiales de Maugrey, qui n'avait jamais été très bavard.

Ils terminèrent par un brandy que Maugrey sirota en parcourant la bibliothèque fournie du directeur.

« Agatha Christie ?, s'étonna-t-il en voyant un livre à la couverture noire coincé entre des magazines de tricot. C'est qui ?

- Un auteur moldu qu'Harry m'a fait découvrir. Elle est passionnante : elle écrit des enquêtes fabuleusement intéressantes. J'ai lu toute la collection. »

Maugrey opina. Les amours littéraires d'Albus Dumbledore l'intéressaient autant que les amours de Malefoy Junior. C'est-à-dire très peu. Voire pas du tout, s'il était honnête.

« Je vais prendre congé. Je dois cependant vous poser la fameuse question. Quand avez-vous Severus Rogue pour la dernière fois ?

- Hier soir, il est venu prendre une tisane chez moi avant d'aller se coucher. Le préfet en charge de la surveillance des couloirs à ce moment pourra vous le confirmer.

- Vous savez qui c'est ? Que je puisse lui demander de confirmer le fait… »

Albus hoqueta comme une diva, sûrement choqué qu'on ose remettre sa parole en doute. Mais Maugrey n'était pas le meilleur Auror de sa génération pour rien. Le directeur fouilla dans ses parchemins et lui en lança un :

« La distribution des tours de garde. Vous pourrez d'ailleurs demander à ce fameux préfet pourquoi j'ai entendu deux amoureux se disputer violemment devant ma porte. Ils ont fait un de ces boucans !

- Merci, Albus. »

Maugrey sortit et ferma doucement la porte. Pomfresh et un autre verre de brandy l'attendaient.

Il s'engagea dans les couloirs quand une trace sur le mur l'arrêta. On avait cherché à effacer, sans grand succès, une éclaboussure verte. Maugrey posa son nez contre les pierres et renifla. À l'odeur, un philtre d'euphorie. Mais pas sûr : l'odeur âcre des murs trop humides de Poudlard ajoutait son moisi aux effluves euphorisants. Maugrey sentait qu'il approchait. Quelque chose était planqué là. Quelque chose qui allait tout changer.

La preuve ultime qui allait résoudre son enquête.

Il parcourut le couloir du regard. Derrière une tapisserie, une volée de marches s'enfonçait dans l'obscurité. Un passage secret pour rejoindre l'étage inférieur plus rapidement, sans doute.

Mais, un peu plus loin, caché derrière une armure, dans sa niche, se trouvait un chaudron troué aux bords luisants d'une substance verdâtre.

OoO

« Pompom !

- Fol Œil, seul Albus ose m'appeler ainsi.

- Vous pouvez m'analyser la substance qu'il y a dans le chaudron ? »

Pomfresh s'approcha du chaudron.

« À vue de nez, je dirais du philtre d'euphorie.

- C'est ce que je me dis aussi.

- Vous croyez que c'est le chaudron de potion qui a servi à étouffer Severus ?

- J'en mets mon œil au feu. Et le bon. »

L'infirmière prit une spatule et récupéra un résidu de potion sur le bord du chaudron.

« Je vais demander à Miss Granger d'analyser la mixture. Je n'ai pas le matériel disponible nécessaire à un tel processus. »

Tandis que Pomfresh appelait un elfe pour qu'il convoque Granger, Maugrey se rallongea sur son éternel lit. Il se sentait bien dans le domaine de Pomfresh. Il appréciait sa conversation et elle n'avait pas peur du ragoûtant. Il sortit la liste des préfets de sa poche et chercha les préfets de garde du côté du bureau du directeur la veille.

Le confinement avait réduit le nombre de personnes et de tours de garde. Il y avait un unique nom : Drago Malefoy. Il verrait à l'interroger plus tard. Là, l'appel de la digestion le poussait à faire une petite sieste.

Il émergea un quart d'heure plus tard, à l'entrée de Granger dans l'infirmerie.

« Décidément, Granger, vous êtes la botte secrète de tous les enseignants. »

Elle ricana. Elle était mignonne, si on faisait abstraction du buisson qui lui servait de couvre-chef. Elle était surtout efficace et Maugrey aimait s'entourer de gens efficaces.

« Bien, je vais dans les cachots de Rogue pour refaire cette potion et établir des comparaisons probantes, répondit-elle une fois que Maugrey lui eut expliqué ce qu'il attendait d'elle.

- Merci beaucoup. Faites attention à bien mettre votre masque. »

Elle remballa le chaudron, l'échantillon prélevé dans les narines de Rogue et la pince à épiler qui avait servi à prélever ledit échantillon.

« D'ailleurs, Professeur, j'ai quelque chose à vous remettre. Colin a développé les photos qu'il a prises ce matin, il m'a passé ce qui pourrait vous intéresser. »

Elle lui tendit une enveloppe brune. Décidément, l'efficacité aurait dû être une devise Gryffondor.

OoO

Maugrey se retrouvait encore une fois dans le salon de Rogue. Il revenait sans cesse sur les lieux du crime, il avait toujours procédé ainsi. Il examina attentivement la cheminée, aperçut deux traces de part et d'autre du manteau de la cheminée dans la poussière, comme s'il y avait eu deux objets posés sur le rebord et qu'ils n'étaient plus là

Ou comme si quelqu'un s'était appuyé contre la cheminée pour se réchauffer, les deux mains posées dans la poussière. Il posa ses deux mains dans les traces et leva le regard.

Et il le vit. Le léger renfoncement, comme si quelque chose s'était enfoncé dans le mur. Une trace ronde. Une balle ?

Il se creusa la tête et sentit venir poindre la migraine. Il recula de deux pas et trébucha contre le fauteuil. Était-il possible que Rogue soit tombé dans le fauteuil ? Il s'appuie à la cheminée, s'intoxique à cause de la fumée, tombe en arrière dans le fauteuil ?

Absurde. Les cheminées de Poudlard éjectent la fumée rapidement. On protège les apprentis sorciers, à Poudlard. Et puis ça n'expliquait toujours pas le déplacement du corps de Rogue dans son lit puis dans le fauteuil…

Bon, sa migraine s'accentuait. Maugrey abandonna le fauteuil et la cheminée et décida de reconstituer ce qui avait pu se passer.

Commencer par le commencement. Commencer par Chang.

Il se planqua dans l'armoire. Par la porte entrouverte, il supposait qu'il ne pouvait pas voir la tête de Rogue, mais uniquement le dossier massif du fauteuil.

Tiens d'ailleurs… Il ressortit de l'armoire et observa attentivement le dos du siège.

Une grande estafilade parcourait le dossier. Elle apparaissait des deux côtés, comme si un objet contondant avait transpercé le dossier molletonné.

Rogue était vraiment plus grand que lui. Il compara dans sa tête les tailles supposées de ceux qu'il avait pu croiser. Il lui faudrait un homme d'au moins un mètre quatre-vingt-cinq pour tenir le rôle de mannequin. Il faudrait faire le test.

Le grincement de la porte qui s'ouvrait tira Maugrey de ses pensées.

« Si vous êtes hors des couloirs en cette période de confinement, s'exclama une voix traînante, j'ôte cinquante points à votre maison. Oh Merlin ! »

Un grand blond passa l'ouverture. À voir sa tête si aimable, on comprenait qu'il s'appelle Malefoy.

Tout vient à point à qui sait attendre. Et Maugrey n'avait plus besoin d'attendre.