Chers lecteurs,
J'espère que vous allez bien. Voilà. Je ne sais pas quoi vous dire ni vous souhaiter de plus. Une belle journée, à la rigueur. Merci toujours pour vos commentaires.
Portez-vous bien, faites de la peinture sur soie ou sur soi, à vendredi,
Al
PS : you know what pour you know who :
Katymyny : le formol n'empêche pas le pouvoir des yeux du basilic, c'est scientifiquement prouvé. ta remarque m'a fait penser à une nouvelle de théo gautier où un pied de momie se promène dans une maison pour commettre des meurtres. là, j'imagine la tête de basilic s'attaquer au coussin... merci pour cette vision !
« Déclinez vos nom, prénom, maison, âge.
- Malefoy, Drago, Serpentard, 17 ans. Et mon père entendra parler de cet interrogatoire. Vous n'avez aucun droit. »
Le jeune crachait et sifflait plus qu'il ne parlait. Un parfait exemple de la maison de Salazar.
« Fais donc. Ça me fera plaisir de revoir ton daron. Je lui dois mon œil bleu, j'aimerais tant lui rendre la pareille. »
Le sang quitta le visage du Serpentard.
« Puisqu'on a établi ensemble qui posait les questions et faisait des remarques désobligeantes, tu mesures combien ?
- Un mètre quatre-vingt-quatre, répondit-il, apparemment perturbé. C'est vraiment utile, pour l'enquête ?
- C'est parfait. »
Maugrey lui fit signe de se lever puis de se rasseoir dans le fauteuil de Rogue. Il sortit les photos de Crivey et disposa Malefoy dans le fauteuil à la manière de Rogue.
« La tête comme ça… Les bras là…
- Qu'est-ce que vous faites ?
- Je répète, c'est moi le chef. »
Maugrey vérifia plusieurs fois l'image et la simulation. Malefoy remplissait parfaitement le rôle. Si ce n'est la couleur capillaire, il ressemblait assez à l'ancien professeur de potions. Enfin satisfait de son travail, Maugrey décalqua d'un geste de baguette la déchirure dans le dossier du fauteuil sur le vêtement de Malefoy.
« Hééééé !
- T'inquiète mauviette, ça part au lavage. Je connais un elfe sympa qui s'occupera de te nettoyer ça sans moufter. Il s'occupera aussi de te recoudre ça, nota Maugrey en lui montrant un accroc qui faisait carrément un trou dans le tissu de la robe. Quand on le lui demande gentiment, Dobby est toujours prêt à rendre service.
- Dobby ? »
Maugrey ignora la rougeur qui parsemait les joues de Malefoy. Il lui lança :
« Allez, suis-moi. On doit discuter, toi et moi. »
Il le poussa dans les couloirs déserts et l'emmena à l'infirmerie en prenant le chemin le plus long.
« Alors, comme ça, tu joues au Quidditch ? Quel poste ? »
Pas de réponse.
« Je peux te mettre sous veritaserum, tu sais. Et te faire cracher tous tes petits secrets vicieux.
- Je jouais comme attrapeur. »
Heureusement que cette engeance mangemorte répondait, Maugrey n'avait plus une goutte de veritaserum en stock, et sa proposition tenait plus du bluff que d'autre chose : les labos de production de potions en tous genres avaient fermé pour cause d'impossibilité de télétravail.
« Et comme ça, t'es préfet, aussi ?
- Vous le savez bien, vous avez vu mon insigne.
- T'as remarqué quelque chose hier pendant ta ronde ?, demanda Maugrey sans relever le ton méprisant de Malefoy.
- Rien de bien particulier. Deux élèves de Serdaigle qui se promenaient…
- Chang ? Lovegood ?
- Ni l'une ni l'autre. Chang, ça fait bien trois jours qu'on l'a pas vue. Quant à Lovegood, je sais qu'elle se promène la nuit, mais c'est pas moi qui irai lui dire de rentrer dans son dortoir. »
Chang avait disparu depuis trois jours. Elle n'était pas planquée chez Diggory, puisque ce dernier prenait le balai pour essayer d'aller la voir en pleine nuit. Les herbes de Londubat avaient été vendues quatre jours auparavant.
Ça faisait trois jours qu'elle squattait le placard de Rogue ?
« T'as pas remarqué un truc bizarre avec Rogue, ces derniers temps ?
- Bizarre comment ?
- Bizarre comme il n'était pas comme d'habitude. »
Malefoy parut réfléchir, mais avec lui, rien n'est moins sûr.
« Si, il y a bien quelque chose… Il perdait un peu la tête, vers la fin. Je veux dire… Il oubliait des trucs. Par exemple, il râlait parce que sa boîte à biscuits se vidait trop vite à son goût. Il ne se souvenait plus qu'il les mangeait.
- Et ça date de quand, cette amnésie partielle ?
- Je sais plus trop… D'il y a trois jours. »
Est-ce que Chang piochait dans les réserves de Rogue depuis trois jours ?
« Il s'est passé quoi, il y a trois jours ? »
Une rougeur soudaine donna bien meilleure mine à Malefoy.
« Une histoire a mal tourné en salle commune. »
Maugrey sut qu'il n'en tirerait rien de plus. Le visage du jeune homme s'était fermé et son ton n'appelait pas de commentaire.
Mais bon, vous connaissez l'avis de Maugrey sur les histoires d'adolescents : il creuserait plus tard s'il y avait besoin de creuser. Pour l'instant, il ne fallait pas perdre de vue l'objectif. Savoir si Rogue était bien allé voir Dumbledore.
« Et quoi d'autre ? Rien vers le bureau du directeur ? T'as pas entendu de dispute entre deux personnes ?
- Vers le bureau du directeur ? »
La voix de Malefoy était montée d'une quinte juste. Maugrey l'arrêta en plein couloir. Si le fils était du même moule que ses parents, il n'hésiterait pas à vendre ses amis les plus proches pour prouver sa soi-disant innocence. Il lui pointa la baguette sur la gorge :
« Fils de magie noire, dis ce que tu as vu ou je te ferai passer ton insigne de préfet dans des orifices dont tu ignorais jusqu'à maintenant l'existence.
- Alastor ! Il est interdit de menacer un élève, même si c'est un Serpentard ! »
Malefoy soupira de soulagement.
« Minerva, c'est pour les besoins de l'enquête !
- Quand bien même ! »
Maugrey baissa sa baguette. Il jeta un coup d'œil à sa vieille amie. Ils avaient étudié ensemble, dans le temps, à l'époque où elle avait une liste de prétendants longue comme le bras et où il jouissait encore de ses deux yeux pour l'admirer.
« Que faites-vous dans les couloirs ? Avez-vous une attestation ?
- C'est moi qui délivre les attestations, Alastor. Je suis parfaitement capable d'inscrire mon nom sur un parchemin, rassurez-vous. »
Ils échangèrent un sourire complice. Elle était aussi classe que quarante ans auparavant, le tissu écossais et les cheveux gris en plus. Elle tenait à la main une épée à la garde ornée de rubis. L'épée de Godric Gryffondor, que Potter avait fait sortir du Choixpeau lors de sa deuxième année.
« Vous rapportez l'épée dans le bureau d'Albus ?
- Oui, j'avais besoin de me dégourdir les jambes, j'en ai donc profité. C'est toujours ça que les elfes n'auront pas à faire.
- Vous adhérez à l'asso de Granger, je suppose ? »
Elle acquiesça. Granger devait avoir converti pas mal de monde à sa volonté de libérer les elfes. Maugrey y était opposé : un elfe est fait pour avoir un maître, c'est écrit. Mais bon, Granger lui était utile, donc il n'allait pas lui expliquer qu'elle avait tort.
« Hé toi, reste là, aboya-t-il en attrapant par la peau du cou Malefoy qui tentait vaillamment de prendre la fuite. Nous n'en avons pas fini, toi et moi.
- Promettez-moi de le laisser en un seul morceau.
- Vous avez ma parole. »
McGonagall lui jeta un regard perçant et passa son chemin. Maugrey soupira : c'était une des rares sorcières à l'impressionner. Peut-être parce qu'il avait vu de quoi elle était capable.
Contrairement à cet incapable de Malefoy Junior.
Ils repartirent d'un pas sûr vers l'infirmerie.
« J'ai vu clair dans votre petit jeu, commença à balbutier Malefoy. Vous allez vous débarrasser de moi ! Vous voulez me retirer mon insigne de préfet, mais vous n'avez pas le droit ! Tous les Malefoy sont préfets ! Tous les Malefoy sont Serpentard ! C'est toujours sur les mêmes que ça retombe, c'est injuste ! Quand Potter vole un couteau aux cuisines, personne dit rien ! Mais quand Malefoy n'a rien fait, il est forcément coupable ! J'ai rien vu, rien entendu ! »
Mais quel moulin à paroles !
« Écoute, morveux, tu me plais pas plus que ça et je te fais pas confiance. Mais je sais que Rogue avait confiance en toi. Est-ce que tu connais quelqu'un qui aurait pu lui vouloir du mal ?
- À part toute l'école ? Non. »
Maugrey inspira profondément.
« Réfléchis un peu. Je sais pas, moi, un élève toujours brimé par Rogue, un élève qui en aurait eu sa claque, qui aurait voulu se venger… Un Gryffondor ?
- Si vous pensez à Londubat, je peux vous certifier que ce n'est pas lui. Ce lourdaud est à peine capable de jeter un sort. »
Maugrey ne pensait pas à Londubat, mais à Potter. Et voilà que Malefoy défendait le fils d'Aurors avant même que Maugrey l'ait accusé ! Il éloignait les soupçons de la tête de Londubat !
« Pourquoi me parlez-vous de Londubat ?
- Ce n'est pas lui que vous aviez en tête ? Et pourtant il a fait exploser un chaudron durant le dernier cours de Rogue.
- Vous aviez cours ?
- Bien entendu. Rogue refusait de nous faire cours à distance. Même si le professeur Dumbledore a insisté pour qu'il arrête de nous enseigner son savoir-faire, il refusait toujours. On gardait nos distances, et les fumées des potions tuent le virus. »
C'est avec des théories aussi fumeuses, c'est le cas de le dire, que les plus grandes épidémies se répandent. Mais ça, Maugrey le garda pour lui.
« Qui était au courant ?
- Tout le monde. Rogue n'en faisait pas un secret d'État. »
Maugrey essayait de faire entrer cette nouvelle donnée dans le schéma qui se dressait dans sa tête. Malefoy protégeait Londubat. Pour quelle raison ? Londubat le fournissait-il en drogues ? Non, il n'avait pas vu le nom Malefoy dans les colonnes du botaniste.
« As-tu vu Londubat dans les couloirs, hier ?
- Non. »
Malefoy était plutôt, de l'avis général, bon acteur. Mais Maugrey était plutôt, de l'avis encore plus général, très bon renifleur.
« Donc tu as vu Londubat. Devant le bureau de Dumbledore ?
- Non ! J'ai vu Rogue entrer dans le bureau du directeur, vers vingt heures, puis j'ai continué ma ronde. J'ai croisé Londubat quelques couloirs plus loin : il rentrait des serres où il avait arrosé ses plantes. »
Le bureau de Dumbledore était entre les serres et la tour Gryffondor, ça se tenait. À force de bavardages, ils étaient arrivés devant l'infirmerie. Maugrey bouscula Malefoy d'une bourrade inamicale :
« Entre ! »
Malefoy, étonné d'être encore en vie, trébucha sous l'impulsion que lui avait donnée Maugrey. Il se rattrapa à un paravent.
« Fol Œil ! Évitez de traiter ainsi un pauvre élève ! Oh, Mr Malefoy, ça fait bien longtemps que je ne vous ai pas vu. La dernière fois, c'était pour votre sixième croche-pattes. Dois-je en conclure qu'avec votre septième coup, vous avez tenté de piéger un Auror ? »
Pomfresh se lâchait.
Maugrey avança en claudiquant jusqu'au lit de Rogue. Il donna un coup de baguette : le lit voisin s'accola au lit du mort.
« Allez, Malefoy, couche-toi là ! »
Malefoy obéit de mauvaise grâce, avec sur le visage cet air qui clamait haut et fort que son interlocuteur était fou.
Comme dans le fauteuil, Maugrey l'installa comme Rogue et finit par lui lancer un Pétrificus totalus pour qu'il imite parfaitement la rigidité cadavérique.
« Voyez, Pomfresh, c'est ce que je me disais. L'estafilade du fauteuil correspond parfaitement à celle qui a transpercé Rogue de part en part.
- Et donc ?, répliqua Pomfresh en annulant le sort de Maugrey – dommage, il aurait bien fait durer un peu l'humiliation.
- Donc l'assassin n'a pas vu Rogue de face. Il l'a tué par derrière. Il a planté quelque chose dans son corps. Quelque chose de suffisamment long pour traverser le fauteuil et le corps de Rogue. Un sabre, ou…
- Une épée, compléta Pomfresh en un souffle.
- Je peux y aller, maintenant ? » reprit la voix faiblarde de Malefoy.
